LE PIC DU PÉTROLE EST EN VUE. PRÉPARONS-NOUS.

- Patrick Brocorens -, Service de Chimie des Matériaux Nouveaux, Université de Mons-Hainaut

En tant qu’éditeur, nous avons le plaisir de vous présenter un article de Patrick Brocorens qui est né en 1974 à Tournai. Il obtint en 2002 sa thèse de doctorat à l’Université de Mons-Hainaut dans le Service de Chimie des Matériaux Nouveaux du Professeur Jean-Luc Brédas. Ce laboratoire, à présent dirigé par le Professeur Roberto Lazzaroni, étudie principalement des matériaux plastiques prometteurs dans le domaine de l’électronique, la technologie de l’information, et la fabrication de cellules photovoltaïques. L’intérêt de Patrick Brocorens pour le Pic du pétrole résulte de plus de 10 années de recherches dans la chimie de ces matériaux à base de molécules et de polymères tous issus du pétrole et du gaz naturel.

Chaque jour à travers le Monde, des milliards d’individus, industriels, et responsables politiques planifient leur vie, investissent, et prennent des décisions comme si l’ère du pétrole abondant et bon marché était éternelle. Or de nombreux indices indiquent que cette ère dans laquelle nous sommes nés et avons grandi est prête de s’achever. Ce tournant historique s’appelle le Pic du Pétrole, c’est à dire le moment de l’histoire de l’humanité où la production de pétrole ne peut plus augmenter et entame son déclin. Etant donné le rôle central du pétrole dans notre civilisation, les conséquences seront incalculables.

Lorsqu’on essaie d’imaginer un monde avec moins de pétrole, on pense tout d’abord aux transports. Des modes de transports plus efficaces devront être mis sur pied. Pour les déplacements personnels, cela signifiera l’utilisation de véhicules plus performants, le co-voiturage, les transports en commun, la bicyclette, et la marche à pied. Le transport de marchandises sera plus onéreux, plus local, ce qui entraînera un déclin du transport par route et par avion, au profit du bateau et du train. Des déplacements plus difficiles mettront fin à la globalisation. Une réorganisation du travail sera nécessaire, la mobilité étant remplacée par l’accessibilité (télétravail, webconférence), de même qu’une réorientation des priorités économiques, certains secteurs entrant en crise aiguë (agro-business, transport aérien, tourisme exotique de masse, automobile, industrie plastique, et multinationales en général, très dépendantes des transports), alors que d’autres se développeront (énergies, agriculture organique, biomatériaux, recyclage, réparation, entreprises et commerces locaux). L’aménagement du territoire et le bâti devront être repensés. La population préférera se regrouper dans des centres urbains plutôt que dans des banlieues mal desservies éloignées de tout service, alors que les maisons passives ou à deux façades seront préférées aux bungalows à quatre façades tels qu’ils étaient conçus dans les années 80 et 90. L’alimentation sera plus locale, saisonnière, et moins variée.

Bien que les conséquences énumérées précédemment soient issues de rapports gouvernementaux sur les effets du Pic du pétrole sur nos sociétés, pour tout un chacun, elles paraissent sorties tout droit d’un film de science fiction. Dans le domaine des transports en particulier, envisager la marche à pied ou la bicyclette comme solutions en fera sourire plus d’un, qui s’attend à voir débarquer le véhicule high-tech à hydrogène. Mais il est en fait peu probable que la voiture individuelle reste un moyen de transport accessible à tous, non qu’il n’existe pas de sources d’énergie autres que le pétrole – des voitures électriques performantes existent déjà – mais parce que la disparition progressive du pétrole signifie que notre pouvoir d’achat va certainement diminuer. Le pétrole a en effet ceci de particulier que c’est à la fois une source d’énergie dense et une matière première incontournable. Lorsque le caractère extrêmement bon marché du pétrole et sa disponibilité en abondance auront disparu, c’est l’ensemble des biens de consommation qui augmenteront de prix, car aujourd’hui 100% des produits achetés en magasin dépendant de près ou de loin du pétrole.

Le pétrole, une matière première incontournable

Dans une voiture, les pneus sont en pétrole, le tableau de bord est en pétrole, les sièges sont en pétrole, les essuie-glaces, les pare-chocs, le tapis de sol sont en pétrole. Les vitres et la carrosserie ont consommé du pétrole, du gaz, et du charbon pour être fabriqués. Les routes elles-mêmes sont en pétrole (asphalte) ou ont consommé du gaz naturel (pour produire le béton). Le pétrole et le gaz naturel, ce sont également des milliers de produits de la vie quotidienne: shampoings, savons, détergents, cosmétiques, parfums, laques, teintures, peintures, vernis, médicaments, conservateurs, colorants, emballages, isolants, textiles et tapis synthétiques, plastiques, etc. L’agriculture industrielle moderne est elle-même une machine à transformer des énergies fossiles en nourriture (voir ci-contre). Celles-ci interviennent dans la fabrication des insecticides, pesticides, et engrais, le fonctionnement des machines agricoles, l’irrigation, la conservation, le transport, le traitement, l’emballage, et la préparation des denrées agricoles. Selon plusieurs études, 7 à 10 calories d’énergie fossile sont nécessaires pour amener une calorie de nourriture du champ à l’assiette. Le problème numéro un de l’ère de l’après-pétrole sera donc l’alimentation bien plus que les transports.

Le pétrole, une énergie dense, abondante et bon marché

Sur les marchés internationaux, le pétrole est à 0,30€/litre. Dans les stations services du pays, il est à 1,30€/litre (mi mai 2007). Est-ce cher ? Tout le monde s’accorde à dire que ces prix sont exorbitants et abusifs, accusant tour à tour les pays producteurs, les compagnies pétrolières et l’Etat de s’en mettre plein les poches au détriment du contribuable. Pourtant, si on examine ce que contient en énergie un litre de pétrole, on se rendra vite compte qu’il s’agit de prix dérisoires. Via un moteur, un litre d’essence est en effet capable d’effectuer un travail équivalent à 31 heures de travail manuel non stop. Essayez de trouver une personne qui voudra bien travailler pour vous pendant une semaine pour 1,30€. Et si vous n’êtes pas convaincu de la densité énergétique du pétrole, la prochaine fois que vous vous rendez au travail, poussez votre voiture au lieu de la conduire. Chaque jour en Belgique ce sont 72 millions de litres de pétrole qui sont consommés, 6.8 litres/habitant, soit l’équivalent de centaines de millions d’esclaves invisibles qui travaillent pour notre bien-être, et qui ont rendu possible, entre autres choses, la globalisation, les banlieues tentaculaires, les gratte-ciel, les fraises en décembre, le vin chilien et les kiwis de Nouvelle-Zélande sur nos tables, les vacances aux Canaries, les congés payés, la pension, et l’assurance chômage.

Un manque d’alternatives

Vu le rôle prépondérant du pétrole dans notre civilisation, il est inéluctable que notre mode de vie change. Pourtant, personne ne s’y prépare ou ne veut s’y préparer, essentiellement à cause d’une méconnaissance générale du rôle du pétrole dans nos sociétés et de ce qu’est l’énergie. Voilà pourquoi on entend de nombreuses personnes dire ‘les compagnies pétrolières et les gouvernements ont certainement des solutions dans leurs cartons, mais ils n’ont pas intérêt à les faire éclore tant qu’ils peuvent tirer un maximum d’argent du pétrole, mais ces solutions apparaîtront le moment venu’ ou ‘le moteur à eau existe’ ou encore ‘l’énergie solaire est gratuite, il suffit de la capter et plus personne ne se battra pour les ressources’. Impressionnés par les innovations technologiques incessantes, la majorité d’entre nous est fermement convaincue que la Science va venir avec une solution qui résoudra tous les problèmes. Or technologie et énergie sont deux mots qui ne sont pas interchangeables. L’énergie permet d’effectuer un travail. La technologie utilise ce travail pour effectuer toutes sortes de choses. La plupart des gens ne se rendent pas encore compte des quantités énormes de pétrole qui sont extraites du sous-sol et qu’on ne pourra reproduire ces volumes à l’aide des énergies renouvelables. Le danger dans le débat concernant le Pic du Pétrole est donc de donner la perception que des alternatives telles que les biocarburants ou le photovoltaïque vont combler le déficit. Le pétrole étant une énergie dense, un petit nombre de sites de production suffisent pour produire de grandes quantités d’énergie. Le solaire, l’éolien, au contraire, sont des énergies diluées. Il faut donc installer des surfaces considérables de collecteurs pour capter ces énergies. Ensuite, il faut transformer l’énergie captée (mécanique dans le cas des éoliennes, lumineuse dans le cas des panneaux solaires), en énergie utilisable, c’est à dire en électricité. Toute transformation d’une forme d’énergie en une autre impliquant des pertes, l’énergie captée par unité de surface est extrêmement faible. Les panneaux solaires à base de silicium ont un rendement de 15-20%. En deux années de fonctionnement, ils produiront une quantité d’énergie équivalente à celle qu’il a fallu dépenser pour les construire. Un panneau solaire doit donc fonctionner un temps énorme pour produire une très petite quantité d’énergie ; le panneau solaire est également extrêmement coûteux. Voilà pourquoi le photovoltaïque et l’éolien, malgré leur développement spectaculaire, ne représentent toujours que 0.03% de l’énergie consommée en Belgique et 0.34% de l’énergie consommée en Europe. L’électricité n’est pas non plus une énergie facile à manipuler (elle est quasiment impossible à stocker à grande échelle, et donc, que fait-on lorsqu’il n’y a pas de soleil ou pas de vent ?) et n’est pas adaptée à tout usage (comme nous le rappelle la compagnie pétrolière Chevron, 0% des avions fonctionnent au photovoltaïque, à l’éolien et au nucléaire). L’éolien et le photovoltaïque ne permettent pas non plus de fabriquer des pneus, des routes, et les milliers d’objets de la pétrochimie. Seule la biomasse forme une source renouvelable de combustible liquide et de matières premières pour l’industrie chimique, mais elle est limitée au niveau des surfaces exploitables. En Belgique, les surfaces agricoles et boisées n’occupent que respectivement 1740 et 580 m2 par habitant. Il est donc impensable d’utiliser massivement la biomasse comme source d’énergie. De nombreuses études ont déjà montré que la mise en place massive des biocarburants va accélérer la destruction des forêts tropicales et tempérées, épuiser les réserves d’eau, mener à des extinctions massives d’espèces, à peine ralentir le réchauffement climatique, faire flamber les prix de l’alimentation dans nos pays, et conduire des peuples entiers vers la famine.

Pic du Pétrole et réchauffement climatique

Bien qu’étant liés, le Pic du Pétrole et le réchauffement climatique sont différents dans leurs conséquences. Résoudre le problème du réchauffement climatique consiste à trouver un rythme de décroissance de la consommation d’énergie fossile qui soit compatible avec le maintien d’une économie saine. Le Pic du pétrole entraînera bien une décroissance de la disponibilité en pétrole, mais il n’est pas sûr que le rythme de ce déclin puisse être absorbé sans générer une crise économique. Une diminution trop rapide de la disponibilité en pétrole et en gaz pourrait inciter les gouvernements à abandonner les projets de séquestration du CO2, qui sont coûteux en énergie et en ressources financières, et à se ruer vers des alternatives catastrophiques telles que les biocarburants agricoles (tendance que l’on observe déjà) ou d’autres énergies fossiles mobilisables rapidement et facilement substituables au pétrole, mais bien plus polluantes, telles que le charbon et les sables bitumineux. La diminution de la disponibilité en énergie qui suivra les Pics pétroliers et gaziers rendra également plus difficile la gestion des conséquences du réchauffement climatique.

Le Pic du Pétrole en Belgique

Comme nous l’avons évoqué précédemment, de nombreuses études indiquent que le déclin de la production pétrolière sera très vraisemblablement accompagné d’un déclin du pouvoir d’achat et des licenciements massifs dans des secteurs entiers de l’économie. Malgré ce pronostic pessimiste, l’espoir existe. Des secteurs économiques entièrement nouveaux devront voir le jour, et notre bien-être et qualité de vie ne vont pas forcément diminuer, à condition que la transition s’effectue d’une manière ordonnée et intelligente, l’énergie la moins chère étant finalement celle qu’on n’achète pas. Mais il est évident qu’un plan de préparation au déclin de la disponibilité en pétrole est nécessaire de toute urgence. En Belgique, ce plan fait défaut. Le Pic du pétrole n’est au programme d’aucun parti politique. C’est pourquoi 10 scientifiques de l’Université de Mons-Hainaut et moi-même avons envoyé aux principaux partis politiques et bourgmestres belges une Résolution reconnaissant le défi posé par les Pics du Pétrole et du Gaz et l’urgence pour la Belgique à établir un plan de préparation et de réponse au déclin imminent de la disponibilité en pétrole et en gaz. Les exemples à travers le monde montrent que la commune est le niveau de pouvoir le plus prompt à se mobiliser une fois qu’il a pris conscience du problème. Nous espérons ainsi que les communes seront l’initiatrice d’une dynamique de réflexion et d’action qui se propagera rapidement à l’ensemble de la Belgique et de l’Europe. Et j’ai l’espoir qu’en s’y mettant tous dès aujourd’hui, il sera possible d’être à la hauteur du défi du Pic du Pétrole.

26 Avril 2007

Résolution reconnaissant le défi posé par les Pics du Pétrole et du Gaz et l’urgence pour la Belgique à établir un plan de préparation et de réponse au déclin imminent de la disponibilité en pétrole et en gaz.

Par le Comité « Pic du Pétrole » des Scientifiques de l’Université de Mons-Hainaut

Il est communément admis que les réserves de pétrole sont équivalentes à un peu plus de 40 ans de consommation, laissant sous-entendre que les besoins mondiaux seront satisfaits pendant plusieurs décennies. En pratique cette affirmation ne signifie pas grand-chose pour deux raisons. Premièrement, cela suppose une demande constante en pétrole, or le développement rapide des pays émergents entraîne une explosion de la demande (+40% d’ici 2025). Deuxièmement, cela suppose qu’il est possible d’extraire le pétrole aussi rapidement qu’on le désire. Or, pour des raisons géologiques et techniques, toute production de pétrole suit le schéma général suivant : la production augmente après les premiers forages, atteint un maximum –un ‘pic’– lorsque environ la moitié des réserves extractibles ont été produites, puis diminue progressivement jusque zéro. Ce schéma est valable aussi bien à l'échelle d'un champ de pétrole individuel que pour l'ensemble des ressources pétrolières mondiales. Du point de vue de l’économie, le moment où il n’y aura plus de pétrole importe peu. Ce qui compte, c’est le moment où il y en aura moins. En effet, passé le Pic de production, un déséquilibre croissant apparaîtra entre une demande qui augmente et une production qui diminue chaque année, entraînant tout d’abord volatilité et hausse des prix, et ensuite des pénuries.

Les Pics Pétrolier et Gazier : Quand ?

Les indices d’un Pic pétrolier imminent sont omniprésents :

· De nombreuses compagnies pétrolières voient leur production plafonner ou décliner. Relevons l’évolution entre 2001 et 2005 de la production de certaines compagnies : Exxon, -1% ; Shell, -5% ; BP (hors participation russe), -14% ; Chevron, -15% ; Repsol, -18%.

· Sur les 48 principaux pays producteurs de pétrole, 33 sont en déclin confirmé.

· En 2005 et 2006, les Koweïtiens, les Saoudiens, et les Mexicains annoncèrent que leurs champs ‘super géants’, qui produisent l’équivalent de 30% des exportations mondiales, entraient en déclin, et ce déclin est rapide (> 10%/an au Mexique, 5-12%/an en Arabie Saoudite) et difficile à compenser.

· Depuis l’an 2000, de nombreux pays ont franchi leur pic de production largement en avance par rapport aux prévisions de l’Agence Internationale de l’Energie (IEA) et de l’Administration de l’Information de l’Energie Américaine (EIA):

- la Norvège, Oman, le Mexique, et l’Australie ont franchi leur pic pétrolier avec respectivement 5, 9, 26 et 30 ans d’avance par rapport aux prévisions de l’EIA.

- La Grande-Bretagne et l’Amérique du Nord ont franchi leur pic gazier avec respectivement 10 et 28 ans d’avance par rapport aux prévisions de l’IEA.

Plus grave encore, plusieurs années (de 1 à 5 ans) se sont écoulées sans que ces pics n’aient été reconnus, et les taux de déclin de nombreux pays ont été sous-estimés (les productions pétrolières norvégiennes et britanniques déclinent de respectivement 7% et 10% par an). Si ces agences se sont si lourdement trompées pour tous ces pays, n’est-ce pas dangereux pour nos gouvernements de se fier aveuglément à leurs prévisions concernant le Pic mondial ?

De nombreux experts attendent un Pic pétrolier mondial dans l’intervalle 2005-2020. Nous pourrions déjà y être, car depuis 2005 la production mondiale de pétrole stagne. Et ce n’est qu’après avoir dépassé le Pic et avoir constaté que la production a décliné pendant plusieurs années que nous confirmerons avec certitude quand a eu lieu le pic. La situation du gaz est tout aussi préoccupante, car un nombre significatif de producteurs clés assurant 50% de la production mondiale sont entrés en déclin de façon largement inattendue, la plupart après l’an 2000: les Etats-Unis, le Canada, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, et les principaux gisements russes.

Les Conséquences de Notre Dépendance

Selon plusieurs études sérieuses, être surpris par l’arrivée du Pic du pétrole sans qu’aucune préparation n’ait été entamée ou même pensée aura des conséquences catastrophiques : crise économique sans précédent, compétition accrue pour les ressources, instabilité géopolitique, et baisse du niveau de vie des populations.

Le pétrole est capital pour les transports, le revêtement des routes, la lubrification de toute mécanique, la production de nourriture, des médicaments, et des biens de consommation de masse, le chauffage des habitations, et quantité d’autres éléments de l’économie.

Le gaz naturel est capital pour l’industrie, notamment l’industrie chimique et les engrais dont dépend l’agriculture, ainsi que pour l’extraction du pétrole des sables bitumineux et des gisements offshore. Le déclin du gaz naturel générera donc des problèmes supplémentaires d’approvisionnement en pétrole, en nourriture, et en biocarburants.

Peu de Temps pour Déployer des Solutions

Face au déclin du pétrole et du gaz, il n’existe aucune solution miracle sinon une combinaison de solutions à déployer en parallèle : économies d’énergie, énergies alternatives, et adaptation de notre mode de vie. Le succès de la transition vers un monde de l’après-pétrole dépendra du temps dont nous disposons pour mettre en place les solutions, car ce travail se réalisera à l’aide du pétrole et du gaz qui nous restent. Les éoliennes, les panneaux solaires, et toutes sources alternatives d’énergie dépendent actuellement des énergies fossiles pour être produits. Il est donc capital d’entamer la transition le plus tôt et le plus rapidement possible, alors que l’économie est saine et le pétrole encore abondant et bon marché, car même un déclin léger de la production de pétrole pourrait réduire rapidement notre disponibilité en carburants et faire flamber les prix. Trois facteurs vont jouer en ce sens :

· la baisse rapide des capacités exportatrices des pays exportateurs en déclin, ceux-ci satisfaisant en priorité leur demande intérieure avant d’exporter les surplus ;

· les quantités croissantes d’énergie, et donc de pétrole, qui devront être dépensées pour extraire le pétrole de futurs gisements plus difficiles d’accès ;

· la hausse du nombre de consommateurs. Selon l’Institut Français du Pétrole, un Pic peut survenir dès 2006-2009, suivi d’un déclin de 1,2%/an. Comme le parc automobile croît de 2,5%/an, la disponibilité en carburant par véhicule serait réduite de 30% d’ici 2015, et continuera à baisser par la suite.

Une étude gouvernementale américaine prévoit qu’une baisse de seulement 4% de la production de pétrole pousserait le prix du baril à plus de 160$. Chaque étape de préparation effectuée aujourd’hui se révélera donc bien meilleur marché que toute étape effectuée demain.

Un Réveil Tardif à la Réalité du Pic. Trop Tardif ?

Une étude pour le Département de l’Energie américain a estimé qu’il faut se préparer 20 ans avant l’arrivée du Pic si on veut éviter des conséquences désastreuses. Cependant, plusieurs facteurs risquent de repousser la mobilisation après le Pic, aggravant les conséquences :

· La date du Pic de production ne sera connue qu’une fois le Pic franchi.

· Le franchissement du Pic sera vraisemblablement accompagné d’une volatilité importante des prix. A des prix élevés succèderont des prix bas, donnant l’illusion que le problème n’est que temporaire. Ce scénario s’observe actuellement aux Etats-Unis pour le gaz naturel. Le déclin de la production nord-américaine de gaz provoqua des flambées de prix en 2000, 2003, et 2005, entraînant la délocalisation des industries gourmandes en gaz vers l’étranger et la perte de 3,1 millions d’emplois. Malgré qu’elle ait débuté il y a 7 ans, cette crise reste largement ignorée.

· Tout conflit pour le contrôle des ressources pétrolières ayant lieu au moment du Pic donnera l’illusion que les problèmes sont purement géopolitiques et non géologiques.

· Le principal obstacle sera cependant la nature humaine et sa résistance au changement. Pendant six générations, notre monde occidental a construit un mode de vie basé sur la réalité d’une énergie abondante et bon marché. Cette réalité est pour beaucoup un acquis ou même un droit immuable dont on imagine difficilement qu’il puisse un jour disparaître. Le Pic du pétrole engendrant des conséquences allant à l’encontre de notre expérience quotidienne, la première réaction face au Pic sera donc de refuser de croire qu’un Pic puisse se produire ‘maintenant’. Ensuite suivront les revendications pour s’opposer à toute évolution et maintenir en l’état la situation qui nous est familière. Pendant ce temps-là, il est probable que peu de réelles solutions soient proposées ou acceptées volontairement, alors que l’épuisement des ressources et ses conséquences ne feront que s’aggraver. Un exemple de fausse solution sont les biocarburants à base de maïs, de betterave, et de colza. Actuellement, les transports n’ont pas d’alternative réaliste aux carburants liquides; c’est en partie pourquoi on développe ces biocarburants. Cependant, ils aggraveront les problèmes :

- les quantités seront limitées ; couvrir 10% des terres agricoles belges par du colza ne produirait que 26 litres de biodiesel par habitant et par an.

- les biocarburants entrent en compétition avec la nourriture ; leur développement vient à peine de commencer, et déjà la production mondiale de céréales est inférieure à la consommation (6 des 7 dernières années ont été déficitaires). Et si des pénuries alimentaires n’ont pas eu lieu, c’est grâce aux stocks de céréales accumulés dans les années 80 et 90. A présent que les stocks ont fondu, les prix flambent (maïs, +100% en 2006, sucre, +100% depuis 2004), et ce phénomène s’accentuera à mesure que les biocarburants seront développés et que les énergies fossiles s’épuiseront.

- Les biocarburants nécessitent énormément d’énergie fossile pour leur fabrication.

Appel à la Mobilisation Générale

Un changement radical de mode de pensée et de perception de la réalité est un préalable nécessaire à toute forme d’action constructive. Mais ce n’est pas tout. Evoluer de la paralysie à une attitude active et positive ne pourra se faire que via des efforts conséquents d’information et d’éducation. Les discussions sur les conséquences et solutions possibles devraient être permanentes et les préparatifs menés à l’échelle individuelle, familiale, communale, régionale et nationale. Le plus tôt sera le mieux, car chaque jour qui passe, ce sont 84 millions de barils de pétrole en moins dont nous disposons pour effectuer la transition. Or l’ampleur des changements et des investissements prévisibles est synonyme de décennies d’efforts, et ce d’autant plus que les conséquences du Pic du pétrole s’additionnent à celles du changement climatique.

En Conséquence, le Comité « Pic du Pétrole » des Scientifiques de l’Université de Mons-Hainaut,

A décidé

DE CRÉER ASPO Belgique (www.aspo.be), la branche belge de l’Association Pour l’Etude du Pic du Pétrole et du Gaz (ASPO), dont le but est de suivre l’évolution de la formation du Pic du pétrole et de donner une réponse aux défis posés par le Pic du pétrole.

D’ALERTER les différents niveaux de pouvoir du pays de l’urgence à se préparer à l’arrivée du Pic mondial du pétrole.

D’INCITER chaque commune du pays à former le plus rapidement possible un Comité du Pic du Pétrole pour appréhender la nature du problème et étudier les solutions afin de pouvoir donner une réponse locale à la crise qui arrive.

D’INCITER le gouvernement fédéral, les gouvernements bruxellois, wallons et flamands à former le plus rapidement possible un Comité du Pic du Pétrole pour pouvoir donner une réponse nationale et régionale à la crise qui arrive.

D'INCITER le gouvernement fédéral à porter cette problématique au niveau de l'Union Européenne.

D’INCITER chaque responsable politique, scientifique, enseignant, chef d’entreprise, citoyen, à recevoir une information complète et impartiale concernant le Pic du Pétrole et ses conséquences.

D’INCITER les médias à porter une attention soutenue et sérieuse au problème de l’épuisement des énergies fossiles.

D’INCITER les scientifiques à orienter leurs recherches dans la perspective d’un monde où les énergies fossiles sont de plus en plus rares et chères.

Le Comité « Pic du Pétrole » des Scientifiques de l’Université de Mons-Hainaut

Dr. Patrick Brocorens, Faculté des Sciences
Pr. Véronique Bruyère, Faculté des Sciences
Pr. Philippe Dubois, Faculté des Sciences
Pr. Pierre Gillis, Faculté des Sciences
Pr. Michel Hecq, Faculté des Sciences
Dr. Marc Labie, Faculté Warocqué des Sciences Economiques et de Gestion
Pr. Roberto Lazzaroni, Faculté des Sciences
Dr. Francesco Lo Bue, Faculté des Sciences
Pr. Philippe Spindel, Faculté des Sciences
Pr. Pierre Rasmont, Faculté des Sciences
Pr. Michel Wautelet, Faculté des Sciences
Pour obtenir de plus amples informations sur le Pic du pétrole, ainsi que les références à la base de cette Résolution, un rapport plus complet intitulé Pic du Pétrole et Pic du gaz (Patrick Brocorens) est disponible sur le site d’ASPO Belgique (www.aspo.be).

Contacts :
Dr. Patrick Brocorens, Patrick@averell.umh.ac.be, Tel: 065/37.38.68
Pr. Pierre Rasmont, Pierre.Rasmont@umh.ac.be, Tel : 065/37.34.37
Pr. Michel Wautelet, Michel.Wautelet@umh.ac.be, Tel : 065/37.33.25