Centre d'écologie appliquée du Hainaut

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jeudi 3 juillet 2008

AEPGN Bulletin n° 60 - juin 2008

L'Association des Etudiants pour la Prévention de la Guerre Nucléaire

vous invites le samedi 2 août 2008

à la Commémoration du 63ème anniversaire de la Tragédie de Hiroshima et de Nagasaki

2008 : 40ème anniversaire du tnp signé le 1er juillet 1968 à Washington, Moscou et Londres

Les armes nucléaires de l’OTAN sont un obstacle aux négociations de désarmement

A l’Université de Mons-Hainaut Parc Hibakusha - Plaine de Nimy - Chaussée de Bruxelles - Mons

10 h 30 : Accueil des participants au mémorial Hibakusha

10 h 45 : Allocutions

Pierre Piérart (AEPGN)
40ème anniversaire du TNP : « de bonne foi » ·

Marcel Poznanski
« L’Otan et le bourbier afghan »·

Pierre Debaut
« Une arme comme les autres ? »·

Intervention des participants

11 h 45 : Dépôt de fleurs

Organisé par l’AMPGN, l’AEPGN, Mayors for Peace, l’Association pour la Paix de Cuesmes, Stop USA, CSO, CNAPD, la Colupa.

Avec le soutien de la Communauté française


Chers Lecteurs,

Le Traité de Non Prolifération (TNP), privilège discriminatoire des puissances nucléaires

La prolifération nucléaire a débuté en mai 1942 avec le projet Manhattan qui a mis au point la bombe atomique en vue de dissuader les Allemands de fabriquer ce type d’armes de destruction massive. Avec une guerre froide rampante, vers la fin du 2ème conflit mondial cette bombe est devenue une bombe offensive qui a eu pour conséquence les tragédies de Hiroshima et Nagasaki. Malgré ces crimes de guerre, les Américains durent accepter la collaboration soviétique et le maintien de la monarchie de l’Empire du Soleil Levant pour mettre fin à la guerre.

Avec la persistance de la guerre froide, le nombre d’essais nucléaires de la part des Américains et des Soviétiques, n’a cessé de croître au gré des circonstances (un exemple parmi d’autres :1962 - 96 essais américains et 72 essais soviétiques). La pollution atmosphérique avait atteint un tel degré que N. Kroutchev et J. Kennedy (suite également à la très grave crise de Cuba) vont, en trois semaines de discussions, signer, le 5 août 1963, au Kremlin, un traité partiel d’interdiction des essais nucléaires (PTBT - Partial Test Ban Treaty) qui n’autorisait plus les essais dans l’atmosphère, dans l’espace et sous l’eau.

L’idée d’un traité de non prolifération va débuter très rapidement avec les protestations du tiers- monde et aboutit en 1965 à une proposition de l’Assemblée générale des Nations Unies en vue d’un traité pour mettre fin à l’arme nucléaire. Cette proposition prendra forme le 1er juillet 1968, quand les Américains, les Soviétiques et les Anglais signeront un Traité de Non Prolifération (NPT) respectivement à Washington, à Moscou et à Londres. Ce traité est déjà discriminatoire vis-à-vis des Français et des Chinois qui s’étaient entre-temps aussi dotés de la bombe atomique respectivement en 1960 et 1965.

Le TNP, entré en vigueur le 5 mars 1970, pour 25 ans, prévoit des révisions tous les cinq ans. Ces révisions n’ont pas amélioré la situation jusqu’en 1995, malgré le traité d’arrêt partiel des essais nucléaires de 1963, le Traité Antimissiles Balistiques (ABM) de 1972 et le traité de 1974 limitant les essais à 150 kilotonnes. La révision de 1995, après la chute de l’Union Soviétique, a prolongé le TNP pour une durée illimitée et les cinq puissances nucléaires se sont engagées à signer et ratifier le CTBT (Traité d’arrêt complet des essais nucléaires) déjà signé (entre autres par B. Clinton) en 1996.

Le TNP est un traité discriminatoire entre les cinq puissances nucléaires et les autres pays, incomplet et imprécis au sujet de la définition de l’arme nucléaire et de l’entreposage de cette dernière et insuffisant par manque de sanctions. Les Etats-Unis violent l’article I du TNP qui interdit à une puissance nucléaire de transférer ce type d’armes ou le contrôle de celles-ci, dans un pays qui n’en est pas doté. Pour ce dernier, l’article II interdit d’accepter un tel transfert. Malgré ces interdictions les Etats-Unis ont transféré de nombreuses armes nucléaires à plusieurs pays membres de l’OTAN. Encore aujourd’hui, malgré une diminution substantielle de leur nombre en Europe, l’Allemagne, la Belgique, l’Italie, les Pays-Bas et la Turquie ont été contraint de maintenir des bases aériennes avec des abris pour bombes à gravité de type B-61.

En 1996 la Cour internationale de Justice de La Haye, présidée par le juge Mohammed Bedjaoui, a décrété que l’arme nucléaire était illégale. Le juge Bedjaoui déclare en outre que l’arme nucléaire constitue un grand défi à l’existence même du droit humanitaire, il souligne que la Cour, à l’unanimité, rappelle aux puissances nucléaires « l’obligation de poursuivre de bonne foi et de mener à terme des négociations pour un désarmement nucléaire ».

La 6ème révision en 2000 a été relativement fructueuse, avec la présentation par la NAC, Coalition d’un Nouvel Agenda (constituée par la Suède, l’Irlande, le Mexique, le Brésil, l’Egypte, l’Afrique du Sud et la Nouvelle Zélande), d’une proposition de désarmement nucléaire mondial total et programmé dans le temps.

En 2001, avec l’arrivée du président Bush, la politique américaine se radicalise avec le refus de ratifier le CTBT, le retrait du Traité ABM (signé en 1972 par R. Nixon et L. Brejnev), la reprise de la production de matières fissiles et une accélération du programme anti-missiles (guerre des étoiles). Du côté français on continue le programme Mégajoules et la préparation de nouveaux missiles M 51. Cette nouvelle politique explique pourquoi la révision de 2005 a été catastrophique, vu qu’aucune décision n’a pu être prise.

Dans de telles circonstances on se demande avec une certaine angoisse, comment se déroulera la prochaine révision de 2010. En effet les Etats-Unis veulent installer 10 missiles intercepteurs en Pologne et un radar de détection en Tchéquie pour compléter un dispositif global existant déjà en Alaska, en Californie, au Groenland et en Grande-Bretagne. D’autre part l’OTAN s’étend vers l’Est et se rapproche des frontières russes avec l’installation de bases en Roumanie et en Bulgarie. La riposte de la Russie ne s’est pas faite attendre ; son représentant à l’ONU a évoqué le recours à la force militaire si l’Union Européenne continue à adopter un consensus de vassalité à l’OTAN. Cette nouvelle guerre froide latente ne présage donc rien de bon pour la prochaine révision.

La position de la Belgique, comme celle des autres membres de l’OTAN et membres de l’Union Européenne, est inqualifiable. En effet, depuis de nombreuses années, le ministre belge des Affaires étrangères vote de façon ambigüe à l’Assemblée générale des Nations Unies sur les 12 questions concernant le désarmement nucléaire. Parmi les 5 ou 6 refus à un désarment nucléaire figure celui de suivre l’avis de la Cour internationale de Justice de La Haye, avec, comme seule excuse, la solidarité entre les membres de l’OTAN. Quant à l’Union Européenne, elle se tait, aussi bien au niveau du Parlement européen, que de la Commission et du Conseil des chefs d’Etat, où figurent, d’ailleurs, deux puissances nucléaires, la Grande-Bretagne et la France qui continuent à se doter de nouvelles armes nucléaires. Quant à notre ministre actuel des Affaires étrangères, K. De Gucht, on ne doit pas s’attendre à un changement de position, vu ses intentions beaucoup plus belliqueuses que celles de son prédécesseur. Son collègue de la Défense concrétise cette politique de soumission à l’OTAN en accélérant la conversion de l’armée belge en vue d’opérations « humanitaires » hors Europe !

Le Traité de Lisbonne ne dit pas un mot concernant ce problème de désarmement nucléaire. Le sociologue Jean-Claude Paye, dans un article consacré à ce Traité paru dans La Libre Belgique du 23 juin 2008, déclare que « cette constitution n’a pas pour objet d’unifier la diversité des populations de l’ancien continent, mais simplement de faire écran au réel : de marquer le fait que l’Europe n’existe que par son insertion dans une structure politique globalisée, placée directement sous souveraineté américaine ».

Espérons vivement que les représentants de la diplomatie européenne, et spécialement les représentants européens de l’OTAN, voteront enfin à l’Assemblée générale des Nations Unies en faveur du suivi de la Cour internationale de La Haye, qui déclare l’arme nucléaire illégale. Cette prise de position éviterait que la révision du TNP de 2010 ne soit encore plus catastrophique que celle de 2005.

Pierre Piérart

AEPGN Bulletin n° 59 - mars 2008

Chers Lecteurs,

Le Dr Abraham Behar, Président de l’Association Française pour la Prévention de la Guerre Nucléaire (AMFPGN), a eu l’amabilité de nous donner un papier intitulé Accidents nucléaires militaires : ce qui émerge de l’iceberg « secret défense ». Cet article nous montre clairement qu’une catastrophe nucléaire est toujours possible suite à un accident de diverses natures (fabrication, transport, etc.). Le Dr Behar nous présente les différents types d’accidents possibles. En ce qui concerne les accidents aériens il se limite à trois exemples : l’accident de Goldsburo en Caroline du Nord en janvier 1961 ; l’accident de Palomares en Espagne en janvier 1966 suite à la collision entre un bombardier porteur d’armes atomiques et son avion ravitailleur en vol ; l’accident de Thulé au Groenland en janvier 1968 au cours duquel un bombardier s’était écrasé sur la banquise. Pour abréger citons les accidents connus des sous-marins parmi lesquels les deux sous-marins perdus par les Américains et sept par la Russie. Dans les centrales nucléaires de très nombreux accidents nucléaires, comme celui de Damascus dans l’Oklahoma en décembre 1980 avec l’explosion d’une fusée Titan et celui de Tcheliabinsk dans l’Oural en 1957 avec l’explosion d’une cuve qui a provoqué une contamination de la rivière Techa ayant nécessité l’évacuation de 75.000 habitants. En ce qui concerne les accidents nucléaires au cours des 2.000 essais, il est impossible d’en donner un aperçu à cause du « secret défense » ; rappelons néanmoins le plus spectaculaire, le tir accidentel du Hoggar en 1962, où les militaires ont vu la montagne exploser et le nuage radioactif rejoindre les troupes françaises. A titre personnel nous pouvons témoigner d’une conversation que nous avons eue, lors d’un séjour en France, avec un pilote commandant d’escadrille dont les avions devaient traverser le nuage radioactif afin de prélever 20 kilos de poussière en vue d’analyse. Plusieurs de ses collègues sont morts d’un cancer. Et la série continue, A. Behar cite les bavures au Kazakhstan, en Nouvelle Zamble, dans le Nevada, en Australie, dans les Iles Marshall, en Inde, etc. Les Anglais ont même répandu des aérosols de plutonium sur les Aborigènes australiens. La liste est trop longue, mais rappelons encore les accidents dus au trafic des radio-nucléides.

Vous pourrez prendre note de l’article du Figaro, « Un arsenal nucléaire censé être sous haute protection », qui nous informe de la précarité de l’arsenal nucléaire pakistanais. L’Autorité de commandement national dispose de 10.000 soldats pour défendre l’arsenal national en cas d’attaque, dispositif financé par les Etats-Unis. Le Pakistan a favorisé pendant des décennies la prolifération du secret nucléaire en fournissant des centrifugeuses pour l’enrichissement de l’uranium à la Corée du Nord, la Libye, l’Iran et même l’Irak de Saddam Hussein.

Olivier Corten, professeur à l’ULB, a publié dans « Le Soir » une carte blanche sur la reconnaissance prématurée du Kosovo. Il démontre clairement que cette reconnaissance est contraire au droit international. D’autres politologues ont démontré les éventuelles conséquences déstabilisatrices de ce précédent que notre ministre des Affaires étrangères, Karel De Gucht, considère comme normal bien qu’il reconnaisse que cette politique est devenue exceptionnelle. Que dire face à la Palestine qui a déclaré son indépendance le 15 novembre 1988 et qui n’a eu aucun écho sinon d’être punie, sanctionnée et humiliée par Israël ? Le démembrement systématique non seulement de la Yougoslavie mais même de la République Serbe est, selon le général belge Francis Briquemont , « la plus grave faute stratégique commise par les Européens depuis la remilitarisation tolérée de la Rhénanie en mars 1936 ». Cette sentence de la part d’un militaire nous rappelle celle de George Kennan qui avait qualifié l’extension de l’OTAN vers l’Est comme étant la plus grande erreur politique des Etats-Unis depuis la fin de la 2ème guerre mondiale. On peut vraiment se demander ce que veut l’OTAN si ce n’est la guerre totale.

La politique belge dans ce domaine est lamentable que ce soit pour accepter les bombes nucléaires de Kleine Brogel, ou envoyer les F16 et les militaires belges en Afghanistan ou encore les votes aux Nations Unies favorables au maintien des armes nucléaires par les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité. On peut se demander ce que veut l’Europe en matière de politique étrangère, elle rappelle le gâchis des années 1930 (1933 à 1937) qui a conduit à l’effacement de la Société des Nations. La politique européenne calquée sur celle des Etats-Unis et de l’OTAN consiste à démanteler les Nations Unies, ce qui serait catastrophique pour notre avenir.

Le sommet de l’OTAN, qui se tiendra du 2 au 4 avril à Bucarest, va certainement décider un envoi de nouvelles troupes en Afghanistan où il y a déjà 43.000 hommes de l’ISAF (mission de l’OTAN en Afghanistan) et, parallèlement, 14.000 militaires américains sous commandement direct des Etats-Unis. Quant à Monsieur Sarkozy, il s’apprête à y envoyer au moins 1.000 soldats pour marquer son engagement envers l’OTAN. La pression s’exerce également sur la Belgique pour augmenter son effort déjà important avec des troupes de combat et des F16. Tous les membres de l’OTAN seront appelés par le Président Bush à se préparer à « porter une lourde charge » dans cette guerre sans issue. Enfin, il est invraisemblable que l’U.E., qui a dans ses attributions la politique européenne de sécurité et de défense, n’exige pas de la part des Etats-Unis d’être consultée au sujet de l’installation des radars et des intercepteurs anti-missiles en Tchéquie et en Pologne.

Pour terminer ce triste tableau il faut constater que les médias francophones de notre pays se limitent à un strict minimum pour informer le grand public des actions menées par le mouvement de la paix : c’est ainsi qu’aucune information sérieuse n’a été donnée à l’occasion de la marche de Louvain à Bruxelles qui s’est terminée au parc du Cinquantenaire le 16 mars pour commémorer le cinquième anniversaire de la guerre en Irak et pour réclamer la fin de l’occupation de ce pays. Récemment encore, le 22 mars, un groupe de pacifistes venant de plusieurs pays européens inspectait le siège de l’OTAN à Bruxelles. Plusieurs centaines de ces manifestants ont été brutalement arrêtés. Espérons que le droit international finira par être respecté pour leur donner raison.

Pierre Piérart

AEPGN Bulletin n° 58 - Déc 2007

Chers Lecteurs,

Nous voici à la fin de l’année 2007 qui n’a pas été brillante, loin de là, en ce qui concerne le désarmement nucléaire.

Lors de la commémoration du 62ème anniversaire de la tragédie d’Hiroshima et de Nagasaki, au parc Hibakusha de l’Université de Mons-Hainaut, des communications ont été faites par les représentants de plusieurs associations pacifistes. Henri Firket (AMPGN) a dénoncé les provocations américaines d’installation de radars en République tchèque et de 10 intercepteurs de missiles nucléaires en Pologne, en dépit de la contestation des populations européennes, en particulier de ces deux pays. Pierre Piérart, au nom de l’AEPGN, a démontré l’escroquerie du concept de dissuasion nucléaire défendu bec et ongles non seulement par les puissances nucléaires mais aussi par les pays membres de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN). Le Comité de Surveillance OTAN (CSO), créé en réaction à l’agression de la Yougoslavie par l’OTAN, était représenté par Claudine Pôlet qui, dans un exposé exhaustif, a analysé tous les dangers de cette organisation militariste qui entraîne dans ses crimes de guerre non seulement ses membres mais aussi l’Union européenne. La perversité du complexe militaro-industriel qui fait pression sur la politique militaire américaine a été dénoncée par la Coordination Luxembourgeoise pour la Paix (Colupa) représentée par Pierre Debaudt. Pol D’Huyvetter nous a fait part des succès enregistrés par l’expansion du réseau « Mayors for Peace » ainsi que de la nécessité de poursuivre une campagne pour arracher aux gouvernements occidentaux une convention de désarmement nucléaire en 2010, date à laquelle une nouvelle révision du TNP aura lieu, afin d’obtenir un désarmement nucléaire total en 2020.

Chers Lecteurs, vous trouverez également dans ce bulletin une série d’articles traitant de divers problèmes, comme l’expansion de l’OTAN malgré l’effondrement de l’URSS, une réponse au général Briquemont destinée à prouver que la dissuasion est loin d’être une réalité implacable ainsi que plusieurs articles de diverses personnalités à propos de la position de la France et de la Grande-Bretagne qui continuent à perfectionner leur armement nucléaire.

Profitons de cet édito pour dénoncer l’attitude scandaleuse des gouvernements occidentaux qui, à la 62ème Assemblée générale des Nations Unies, ont adopté une série de résolutions sur le désarmement et la non-prolifération en opposition totale avec les populations qu’ils représentent. La Belgique (en coordination avec les membres de l’OTAN) vote en faveur de décisions inadmissibles, comme le refus d’accepter l’interdiction de l’usage de l’arme nucléaire ainsi que de suivre l’avis de la Cour internationale de Justice, de juillet 1996, déclarant l’illégalité de cette arme. Dans le même ordre d’idées, l’OTAN et l’Union européenne se sont engagées, ce jeudi 6 décembre, à maintenir la pression sur l’Iran, malgré un rapport américain selon lequel Téhéran a suspendu son programme d’armes nucléaires en 2003, a annoncé le ministre belge des Affaires étrangères, en affaires courantes, Karel De Gucht. « Tous sont tombés d’accord sur le fait que nous ne devrions pas modifier notre position » a déclaré le chef de la diplomatie belge à la presse à Bruxelles, à l’issue d’un dîner de chefs de la diplomatie de l’Alliance atlantique et de l’Union européenne dont il était l’hôte (AFP).

Pour conclure, souhaitons qu’en 2008 l’opinion publique, de plus en plus sensibilisée par l’extension des guerres, fasse pression sur les responsables politiques pour exiger la résolution des crises internationales par la négociation, la diplomatie et la solidarité entre tous les peuples.

Pierre Piérart

AEPGN Bult n° 57 - juin 2007

Chers Lecteurs,

L’OTAN était au départ dotée d’une organisation militaire défensive strictement limitée aux territoires de ses pays membres et dont l’article 5 exigeait la solidarité entre ceux-ci. Avec la chute du mur de Berlin et l’effondrement de l’URSS, l’OTAN n’avait plus de raison d’être d’autant plus que le Pacte de Varsovie fut dissous. En 1999, à l’occasion de son 50ème anniversaire, la nouvelle stratégie de l’OTAN devint de plus en plus agressive.

Aujourd’hui l’OTAN comprend 26 membres et un grand nombre de pays adhérents au Partenariat pour la Paix, ce dernier constituant un stade d’adhésion partielle à la politique de l’Alliance. Des pays comme l’Autriche, la Suisse, l’Irlande et la Finlande en font partie malgré une très longue tradition de neutralité.

L’Alliance constitue une succursale de la politique agressive des Etats-Unis en infraction avec le droit international. Plusieurs exemples peuvent être cités d’infractions flagrantes à plusieurs traités internationaux et à la Charte des Nations Unies. Il y a huit ans l’OTAN a bombardé la Serbie en visant de nombreuses infrastructures civiles comme les stations de télévision, les usines, les stations électriques, les ponts, les chemins de fer et même les colonnes de réfugiés, sans oublier l’ambassade de Chine. Qui plus est, des bombes à uranium appauvri ont été utilisées et ont contaminé des surfaces entières de ce pays. Actuellement l’OTAN, avec l’aide de plusieurs membres comme l’Allemagne, la France, les Pays-Bas, la Belgique, a déclenché la guerre en Afghanistan.

La complicité de l’Union Européenne avec l’OTAN est évidente. Le Haut Représentant de la Politique étrangère de l’Union Européenne, Monsieur Solana, et la Commissaire européenne aux Relations extérieures, Benita Ferrero Waldner, ne se préoccupent nullement des infractions aux articles 1 et 2 du Traité de Non Prolifération (TNP). Rappelons que ce dernier interdit le transfert d’armes atomiques américaines sur le territoire de pays étrangers comme c’est le cas aujourd’hui, 15 ans après la fin de la guerre froide, pour l’Allemagne, la Belgique, l’Italie et les Pays-Bas. Le nombre de bases de l’OTAN en Europe et en Méditerranée est très élevé et contraire au statut juridique et à la Constitution de ces pays occupés par l’armée américaine.

Dans ce bulletin vous pourrez lire que le droit de séjour des forces américaines en Allemagne est en infraction avec de nombreuses conventions internationales. Des pays comme l’Allemagne et la Belgique avaient le droit de refuser leur soutien à la guerre des Etats-Unis contre l’Irak. Ces pays ont été de véritables complices en laissant passer sur leur territoire des troupes, du matériel et des munitions en partance pour l’Irak. En effet, il n’y a pas que l’agresseur qui agit à l’encontre du droit international mais également les pays qui le soutiennent en tolérant sur leur territoire des actions guerrières. Incroyable mais vrai, les « Tornados » allemands envoyés en Afghanistan peuvent s’entraîner dans les Alpes suisses avec l’accord tacite du gouvernement fédéral de ce pays.

Enfin, rappelons que des rampes anti-missiles vont probablement être installées en Pologne ainsi qu’une base de radars en Tchéquie, soi-disant dirigés contre des « pays voyous », comme l’Iran et la Corée du Nord.

Pour conclure nous vous invitons à la commémoration du 62ème anniversaire de la tragédie de Hiroshima et de Nagasaki, qui se tiendra à l’Université de Mons-Hainaut, au Parc Hibakusha. Vous aurez l’occasion d’entendre la communication du Prof. Henri Firket sur l’effet pervers des rampes anti-missiles qui ne peuvent qu’accélérer la course aux armements. Une autre allocution est prévue pour démontrer que la dissuasion n’est pas une réalité implacable comme le prétend le Gén. Briquemont dans un article paru dans La Libre Belgique du 23 mai 2007. Pour l’AMPGN et l’AEPGN la dissuasion est un leurre et une hypocrisie qui ne peut que provoquer tôt ou tard une guerre nucléaire. Enfin, Claudine Pôlet parlera de l’OTAN et de la militarisation de l’Europe.

Nous espérons vous rencontrer nombreux à cette manifestation.

Pierre Piérart

AEPGN Bult n° 56 - mars 2007

Chers Lecteurs,

La dissuasion nucléaire, selon les diplomates et les militaires, serait un facteur de stabilité et de paix. C’est une illusion et même une escroquerie, qu’il faut dénoncer.

Nous avons répondu à l’article du général Briquemont, paru dans La Libre Belgique, pour démontrer que d’une façon générale le surarmement ne pouvait mener qu’à des catastrophes et, plus spécialement, dans le cas de l’arme nucléaire. L’arme nucléaire n’est pas une arme qu’on brandit et qu’on n’utilise pas. A plusieurs reprises on a failli l’employer depuis 1945. Pendant la guerre de Corée, à deux reprises Mac Arthur et son successeur ont proposé de rayer plusieurs grandes villes chinoises par le feu nucléaire. En 1956, lors de l’attaque du canal de Suez par les Anglais, les Français et les Israéliens, l’Union Soviétique a menacé les belligérants de l’arme atomique. En 1954 et en 1967 les Américains ont proposé l’utilisation de cette arme au Vietnam. Enfin, en 1962, on a évité le pire avec la crise de Cuba, quand les Soviétiques ont installé des missiles dans l’île, ce qui provoqua une réaction immédiate des militaires américains et qu’il fallut toute l’énergie de John Kennedy et de son frère Robert, pour éviter la catastrophe. Grâce aux négociations les Soviétiques retirèrent leurs missiles et les Américains leurs têtes nucléaires déployées en Turquie.

Aujourd’hui encore la situation reste très préoccupante ; l’installation de missiles anti- missiles par l’OTAN près des frontières de la Russie constitue une véritable provocation que Poutine a dénoncé récemment à Munich. Enfin le problème des armes nucléaires déployées par l’OTAN en Europe (Allemagne, Belgique, Italie et Pays-Bas) et en Turquie, est une infraction flagrante au Traité de Non Prolifération. Les résolutions votées à la Chambre, au Sénat et aussi par les parlementaires européens, n’ont toujours pas provoqué de réactions de la part des gouvernements membres de l’Alliance. Tony Blair a relancé son pays pour renouveler ses sous-marins nucléaires ; il en est de même pour le gouvernement français qui renouvelle son arsenal nucléaire et envisage également la construction de nouveaux sous-marins.

Espérons que les appels réitérés, pour un désarmement nucléaire total, par des personnalités comme Kissinger, Mac Namara, Rocard, Gorbatchev et bien d’autres diplomates et généraux pensionnés, seront entendus et discutés par nos responsables politiques.

Si tu veux la paix, prépare la paix et non la guerre.

Pierre Piérart

Bulletin n° 60 - juin 2008

EDITORIAL

AGENDA DES ACTIVITES

COMMEMORATION DU 63ÈME ANNIVERSAIRE DE LA TRAGÉDIE DE HIROSHIMA ET DE NAGASAKI LE 2 AOÛT 2008

ARTICLES

A propos de la diversité entomologique des terrils liégeois et hennuyers
Pascal Hauteclair, Mathieu Derume et Christophe Bauffe
Journée du 24 janvier 2008, à l’UMH, consacrée au Pic du pétrole, aux alternatives et à nos modes de vie en 2050
Pierre Piérart
Quelques estimations sur les ressources du sous-sol hennuyer
Pierre Piérart
Petit aperçu sur la production d’électricité dans le monde
Pierre Piérart
Agro-énergie et alimentation : fin de la pensée unique
CEWAS

MYCOLOGIE

Laccaria bicolor, espèce symbiotique, saprophyte et prédatrice
Pierre Piérart

REVUE DE LA PRESSE

NUCLEAIRE
Greenpeace : l’énergie de demain ne sera pas nucléaire!
Le Soir – 19 et 20/04/08
La France importe du plutonium anglais en toute discrétion
Le Monde – 22/05/08
Bruxelles accompagne le retour en grâce du nucléaire civil en Europe
Le Monde – 26/05/08
Alerte nucléaire en Europe après un incident en Slovénie
Le Monde – 06/06/08

ENERGIES
Frère en quête de gaz en… Belgique
La Libre Belgique – 03/04/08
Les émirs au charbon
Le Monde – 14/05/08
Les agrocarburants de 2ième génération ne seront pas prêts avant une décennie
Le Monde – 23/04/08
Eoliennes : le paysage n’est pas sacré, il ne peut être bradé mais doit être partagé
Le Soir – 25/04/08
Eolien : première mondiale à Ostende
La Libre Belgique – 26 et 27/04/08
L’éolien serait multiplié par sept dans dix ans
Le Soir – 30/05/08
Des algues dopées au CO2 pour produire du carburant
Le Soir – 09/06/08
Petit lexique des biocarburants
La Libre Belgique – 08/06/08

RECHAUFFEMENT CLIMATIQUE
La Terre pourrait déjà avoir dépassé le seuil dangereux de CO2
Le Monde – 11/04/08
Le réchauffement du climat menace les animaux d’Australie
Le Monde – 03/05/08
Le réchauffement perturbe les zones océaniques les plus poissonneuses
Le Monde – 12/06/08
Le CO2 des autos, dossier chaud à Bruxelles
Imagine – Mai & Juin 08
L’étiquetage du CO2 sur les produits alimentaires
Le Monde – 8 et 9/06/08

CRISE ALIMENTAIRE
La révolte des ventres creux
Le Vif/L’Express – 18/04/08
Crises alimentaires
Kairos-Europe – Mai 08
Investir dans la souveraineté alimentaire!
Imagine – Mai & Juin 08

SCIENCES NATURELLES
Reptile, oiseau et mammifère mêlés
Le Soir – 08/05/08
Materpiscis, découverte en Australie de la « mère des poissons »
Le Soir – 29/05/08

BIOTECHNOLOGIES
OGM : France : limitation de la culture des OGM
Le Monde – 04/04/08
Brevets sur des gènes de résistance à la sécheresse
Le Monde – 10/06/08
Wallonie : loi contraignante concernant les OGM
Le Monde – 14/06/08
Bioéthique : Les embryons de la discorde
Le Vif/L’Express – 06/06/08

SANTE
Effets du GSM sur la santé
Le Soir - 17/06/08
Climat, écosystèmes, comportements et maladie
Le Généraliste – 08/05/08

EPURATION DES EAUX USEES
La nature à l’ouvrage
Imagine – Mai & Juin 08

BIODIVERSITE
Quand l’homme aura vidé la mer
Le Vif/L’Express – 09/05/08
Libérons les semences
Imagine – Mai & Juin 08
L’érosion de la biodiversité, nouvelle urgence mondiale
Le Monde – 03/06/08

ECOLOGIE
Des microguêpes contre les pucerons
Le Soir – 07/04/08
La biodiversité dispose de sa maison
Le Soir – 30/05/08
Recréer la nature
Le Vif/L’Express – 25/04/08

MONDIALISATION & RELATIONS NORD/SUD
Climat et pauvreté
Le Généraliste – 13/03/08
Adieu le droit humain à l’eau ?
La Libre Belgique – 21/04/08
Le mythe de l’or vert
Sciences et Avenir – Avril 08

NOUVELLES BREVES

Bulletin n° 59 - mars 2008

EDITORIAL

AGENDA DES ACTIVITES

ARTICLES

L’après-pétrole bon marché est à nos portes
Michel Wautelet
Comment se sont formées des milliards de tonnes de charbon
Pierre Piérart
Césium radioactif dans les champignons
Tjakko Stijve

MYCOLOGIE

Quelques considérations sur Boletus edulis Bull. : Fr
Pierre Piérart
Premier décryptage du génome d’un basidiomycète ectomycorhizien, laccaria bicolor
Pierre Piérart

REVUE DE LA PRESSE

NUCLEAIRE
Augmentation des cas de cancer infantile autour des centrales
Horizons et débats – 21/01/08
Symbole de Tchernobyl, Iouri Bandajevski s’exile en Lituanie
Le Monde – 06/02/08
La France se prépare aux conséquences d’un accident de type Tchernobyl
Le Monde – 21/02/08
Nucléaire : stop ou encore ?
Le Vif/L’Express – 22/02/08
Atomic partout !
Le Canard enchaîné – 13/02/08
Des physiciens réclament des moyens face au trafic de matières radioactives
Le Monde – 21/02/08

ENERGIES
Agrocarburants Une fausse bonne idée ?
Iewpresse – 19/01/08
La montée des agrocarburants risque d’exacerber les pénuries alimentaires
Le Monde – 13/03/08
Le charbon, marché ardent
Le Soir – 06/02/08
Du fumier pour produire de l’électricité
Sciences et Avenir – Mars 08
Vent de progrès ou vent mauvais?
La Libre Belgique – 1er et 2/03/08

CHANGEMENTS CLIMATIQUES
La dérive de la goélette « Tara » illustre la fragilité de la banquise arctique
Le Monde – 23/02/08
Le transport maritime émettrait 2 fois plus de gaz à effet de serre que l’aérien
Le Monde – 15/02/08
L’importance du méthane comme gaz à effet de serre
Le Monde – 06/03/08
Coup de pouce pour refroidir la terre
La Libre Belgique – 22/01/08
Les E.-U. se disent prêts à un accord «contraignant» de réduction des émissions
Le Monde – 27/02/08
Quotas de CO2 Le « Chaud » redémarre
Le Vif/L’Express – 08/02/08
Nos plantes sont stressées
Métro – 04/03/08
Le réchauffement global stérilise les océans
Sciences et Avenir – Mars 08
L’OCDE sonne l’alarme sur l’état de la planète à l’horizon 2030
Le Monde – 07/03/08

MOBILITE
Des ONG dénoncent l’illégalité des publicités automobiles
Imagine – Mars - Avril 08

SCIENCES ET RECHERCHE
Quand l’ADN de microbes raconte l’histoire de la Terre primitive
Le Monde – 13/03/08
Des souris aux multiples cousines
La Libre Belgique – 12/03/08
L’ami des arbres mis à nu
Le Soir – 06/03/08

BIOTECHNOLOGIES
OGM : Les OGM, une solution à la famine ?
Le Monde – 12/02/08
OGM : La France cale (un peu)
Le Vif/L’Express – 18/01/08
OGM : Par la porte ou par la fenêtre
Le Vif/L’Express – 29/01/08
Les surfaces cultivées en OGM ont augmenté de 12% en 2007
Le Monde – 15/02/08
L’univers monstrueux de Monsanto
Le Monde – 13/03/08
Cellules souches : La troisième voie des cellules souches
Sciences et Avenir – Janvier 08
Clonage : On a cloné des hommes
Le Journal du Médecin – 8/02/08

SANTE
Fumer en paix
Le Vif/L’Express – 25/01/08
Des études démontrent les dangers des nanoparticules pour la santé
Le Monde – 12/02/08
Le mobile serait bien source de tumeurs
Sciences & Vie – Février 08
Identifier Dolly dans son assiette
Le Soir - 16 et 17/02/08

BIODIVERSITE
Plus de 10.000 espèces exotiques mettent en danger la biodiversité européenne
Le Monde – 18/01/08
Le poisson meurt d’être exploité
Le Soir - 08/02/08

NATURE
Un jardin en pleine jungle
Le Vif/L’Express – 4/01/08
Quel mal étrange décime les ruchers?
Imagine – Mars 08

POLLUTION
Naufrage de l’Erika: Total reconnu coupable
Le Vif/L’Express – 18/01/08
Vivement la baignade… propre
Le Vif/L’Express – 08/02/08
Une décharge géante en haute mer
Le Vif/L’Express – 08/02/08
Une bactérie traiterait les sols pollués par la dioxine
Science & Vie – Mars 08

RELATIONS NORD/SUD
Les cobayes et les « big pharma »
Sciences et Avenir – Février 08

NOUVELLES BREVES

mercredi 2 juillet 2008

Journée du 24 janvier 2008 à l'UMH - Bulletin 60 - juin 2008

JOURNÉE DU 24 JANVIER 2008, À L’UMH, CONSACRÉE AU PIC DU PÉTROLE,
AUX ALTERNATIVES ET NOS MODES DE VIE EN 2050


- Pierre Piérart -

L’Association ASPO de l’UMH (Association pour l’étude du pic du pétrole), l’UMH, la Faculté Polytechnique de Mons et Hainaut Développement ont organisé une journée consacrée au pic du pétrole, aux alternatives à ce déclin et aux modifications des modes de vie de la société dans les prochaines années.

Pierre Gillis remercie les associations, institutions et le CIAM (Centre Informatique, Audio-visuel et Multimédia) qui ont participé à cette journée ainsi que Patrick Brocorens, chimiste de l’UMH, fondateur d’ASPO Belgique, qui parlera du pic du pétrole, Xavier Chavanne, ingénieur de recherche à l’Université Diderot et à l’Institut de Physique du Globe de Paris (IPG), qui présentera des alternatives au déclin du pétrole et Michel Wautelet , physicien, professeur à l’UMH, qui nous entretiendra des nouveaux comportements à adopter dans un monde où le pétrole sera devenu une matière de plus en plus rare et chère.

1er exposé : « Pétrole, l’autre vérité qui dérange... Avons-nous franchi le pic du pétrole ?»

Monsieur Brocorens entame sa conférence en insistant sur le fait que le grand public se figure, suite aux déclarations des instances responsables et des médias, que l’on disposera du pétrole encore pendant 40 ans. Cette idée est tout à fait erronée ; il est évident que le pétrole ne sera pas abondant comme aujourd’hui jusqu’en 2048 pour disparaître subitement en 2049.

Patrick Brocorens nous a entretenus de ce fameux pic du pétrole. Il souligne d’abord les informations erronées diffusées à ce propos, en citant deux exemples, celui des Etats-Unis et de la planète en général. Depuis 1920 les instances américaines déclarent que l’Amérique ne dispose plus que de 10 années de ces précieuses réserves énergétiques. Aujourd’hui encore les médias américains déclarent que l’Amérique dispose encore de réserves pour 10 ans. On observe la même désinformation pour les réserves pétrolières mondiales en répétant, depuis 1980, que nous en disposons encore pour 40 ans. A quoi est due cette désinformation ? Il faut savoir qu’il y a 3 types de réserves pétrolières : les trouvées (correspondant avec une probabilité de 90 % aux réserves existantes) ; les probables (correspondant à des découvertes de nouveaux gisements avec une probabilité significative) ; et les possibles (correspondant à des découvertes aléatoires). C’est en transférant, au cours du temps, les réserves probables dans les réserves prouvées que les sociétés pétrolières peuvent déclarer de façon continue les 10 années pour l’Amérique et les 40 années pour le monde. En superposant les deux courbes, officielle (=prouvée) et technique (= prouvée + possible) Patrick Brocorens nous montre clairement que si la courbe officielle continue à croître, celle des géologues est en train de diminuer.

Selon Monsieur Brocorens, nous serions déjà en plein pic du pétrole depuis 2004. Deux méthodes lui permettent de l’affirmer, la première étant la « courbe d’écrémage » qui consiste à évaluer la production pétrolière d’un gisement en fonction du nombre des sondages. C’est ainsi qu’en Norvège les 200 premiers sondages pratiqués en mer du Nord ont eu pour conséquence une forte production pétrolière alors que les 400 sondages suivants n’ont produit qu’une quantité de plus en plus faible. Une autre technique basée sur la production annuelle divisée par la production cumulée en fonction de la production cumulée donne lieu à une droite déclinante qui aboutit à l’axe des x. Ce point de rencontre correspond encore une fois au pic du pétrole.

Le concept du pic de pétrole a été formulé en 1949 par le géophysicien américain King Hubbert .

Le Dr. King Hubbert, géophysicien bien connu, a prévu une diminution des réserves pétrolières et a étudié la courbe évolutive de la production du pétrole, courbe qui porte son nom.

Ce concept a été matérialisé par une courbe en forme de cloche.

Courbe théorique de Hubbert, établie en 1948, représentant la production de pétrole au cours du temps. Cette courbe a prévu que le pic pétrolier américain s’est avéré en 1970. Cette courbe théorique n’envisage pas des interventions alternatives pour prolonger les réserves de pétrole pendant quelques décades.

Cette courbe ne doit pas être confondue avec la courbe de Gauss utilisée en statistique. Elle débute par une production zéro pour s’élever rapidement de façon exponentielle, pour ralentir et finalement atteindre le pic ou sommet qui annonce le déclin de la production. Cette dernière décline rapidement et à mi-chemin ralentit son déclin pour s’aplatir le long de l’axe horizontal. L’expression mathématique est différente de celle de la courbe de Gauss et montre deux scénarios de la production mondiale basés, le premier sur une production totale de 2.100 milliards de barils, le second de 1.350 milliards de barils.

Tout en faisant confiance à cette courbe, Patrick Brocorens nous signale que les économistes envisagent un déclin moins rapide grâce à des modifications de comportement de la société (utilisation rationnelle de l’énergie), et à des alternatives au pétrole.

Il est vraisemblable qu’après 2010 le déclin va s’amorcer avec, pour conséquence, un baril qui pourrait monter très rapidement à 200 ou 300 dollars.

Patrick Brocorens constate également que les pays exportateurs comme l’Arabie Saoudite, l’Iran, le groupe OPEP et le Mexique ont atteint le pic du pétrole, ce qui a provoqué une diminution des exportations de 2 %. En tenant compte d’une croissance de la demande de pétrole de 1,5 % cela constitue un déficit de 3,5 %.

Cette diminution des réserves représente un défi sans précédent pour une société étroitement dépendante du pétrole : la mobilité nécessite des centaines de millions de voitures, des routes asphaltées constituées en partie de pétrole (asphalte), les voitures elles-mêmes dont les pneus, le tableau de bord, les phares, etc., dont la fabrications repose en partie sur le pétrole. Quant à l’agriculture, elle dépend du pétrole pour la mécanisation, les engrais, les pesticides, l’irrigation et le transport. Si l’on prend en compte le bilan énergétique de l’agro-alimentaire, les intrants sont représentés par la préparation, l’emballage, le transport, avec, comme conséquence, qu’une calorie d’aliments nécessite +/- 10 calories d’investissement.

Courbe de Hubbert appliquée aux réserves mondiales selon deux scénarios : le 1er basé sur des réserves de 2.100 milliards de barils et le 2ème sur 1.350 milliards de barils. Il est intéressant de constater que 80 % de la totalité mondiale ont été consommés soit en 58 années, soit en 64 années.

Pour en terminer, disons que l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) estime que le pic du pétrole sera pour 2030, l’ASPO (Association pour l’étude du pic de pétrole) le situe entre 2010 et 2020. Pour Patrick Brocorens nous sommes dans un pic de pétrole en plateau pour 6-7 ans. Enfin, en Belgique, les importations diminuent parce que la production mondiale ne parvient plus à répondre à la demande. Comme nous l’avons dit plus haut, la différence est de 3,5 %.

Monsieur Brocorens conclut son exposé avec la constatation que le gouvernement semble ne pas se préoccuper de cette situation en soutenant que nous ne connaîtrons pas de problèmes jusqu’en 2030. La situation est d’autant plus grave que la consommation des pays exportateurs augmente énormément en raison, notamment, des prix extrêmement bas de l’essence (le prix de l’essence à la pompe étant inférieur au prix du baril : 10 centimes au litre au Venezuela, 30 centimes dans les autres pays exportateurs, comme l’Indonésie, l’Iran, l’Irak). Tout récemment l’Indonésie, de pays exportateur est devenue pays importateur et s’est retirée de l’OPEP. Des crises sont prévisibles et des émeutes se sont déjà produites dans certains états comme l’Indonésie et l’Iran ! Il faut donc prendre des mesures pratiques pour éviter une catastrophe économique dans les prochaines années, vu la diminution importante de la disponibilité du précieux liquide.

Pierre Gillis remercie l’orateur pour son remarquable exposé et invite l’auditoire à poser quelques questions. Un intervenant demande à l’orateur s’il ne trouve pas surréaliste la sortie du nucléaire en Belgique. P. Brocorens répond qu’outre le déclin du pétrole il faudra tenir compte d’un déclin encore plus important pour le gaz ; il en conclut qu’en sortant du nucléaire il ne restera plus grand’ chose pour la Belgique. Un autre intervenant s’étonne que la rente (prix de vente) pétrolière est hallucinante : elle est de 1400 milliards de dollars par an, alors que le prix de revient atteint 500 milliards de dollars à peine. Monsieur Brocorens et Monsieur Chavanne répondent que les sociétés doivent faire face à des frais d’exploitation et de sondage de plus en plus élevés, étant donné les difficultés d’extraction et le très grand nombre de sondages pour tenter de freiner le déclin de la production.

2ème exposé : « Sortir du pétrole ? Des solutions qui posent problème »

Monsieur Xavier Chavanne aborde le deuxième exposé consacré aux alternatives au pétrole. Il s’intéresse spécialement aux agro-carburants ainsi qu’à la biomasse du bois. En ce qui concerne ce dernier il établit son bilan énergétique qui peut, selon lui, être nul en raison des nombreux paramètres intervenant. En effet, en tenant compte des différentes opérations telles que l’abattage, le débardage, l’élagage, le séchage, le déchiquetage, les pertes de chaleur de la chaudière et l’amortissement du matériel, on arrive à des rendements énergétiques très faibles, voire nuls.

Monsieur Chavanne s’est particulièrement intéressé à l’éthanol produit au départ du maïs aux Etats-Unis. Plusieurs centaines d’usines fonctionnent actuellement et leur nombre ne fait qu’augmenter. Environ 20 % du maïs cultivé principalement dans le Nord-Est des Etats-Unis est consacré à ce type de produit. Ici les paramètres sont encore plus nombreux que pour le bois : mécanisation, engrais et pesticides très énergivores, arrosage, irrigation, récolte, séchage (la dépense due au séchage peut varier de 6 % à 12 % selon les années) et transport ont pour conséquence un rendement énergétique très faible voire négatif. Les dépenses varient selon la météorologie annuelle et les Etats, le rendement pouvant fluctuer de + 20 % à – 20 %. La productivité à l’hectare est d’environ 3,5 tonnes d’éthanol alors qu’au Brésil la productivité pour la canne à sucre est d’au moins 9 tonnes à l’hectare par an.

Plusieurs intervenants ont pris la parole. Le représentant de la Région wallonne a fait remarquer que le rendement était nettement supérieur en Europe et particulièrement en Wallonie, où l’on utilise les coproduits. Monsieur Chavanne arrive aux mêmes conclusions en estimant que les résultats obtenus aux Etats-Unis avec l’éthanol sont mauvais et que les rendements en carbone sont à peine satisfaisants.

3ème exposé : « Notre quotidien sans pétrole ? Un monde à réinventer »

Michel Wautelet aborde le sujet de l’après pétrole. Il déclare qu’il ne s’agit pas de la disparition du pétrole, car il y en aura toujours, mais bien d’un pétrole en déclin et donc de plus en plus cher. A cette première remarque il ajoute que dans les toutes prochaines années nous ne vivrons pas moins bien, mais différemment….

Monsieur Wautelet rappelle la croissance exponentielle de l’utilisation de l’énergie depuis la IIe guerre mondiale, due, en grande partie, au pétrole qui a remplacé le charbon et le bois. Il examine ensuite les énergies alternatives actuellement suceptibles de remplacer le pétrole. Il cite le chauffage solaire (eau chaude), représenté par des panneaux ; le photovoltaïque, de rendement énergétique assez faible (40 m2 pour 1 KW), néanmoins en pleine croissance ; l’éolien également en plein développement (l’équivalent de 48 réacteurs nucléaires pour l’Europe, fin 2006). Selon Michel Wautelet les énergies renouvelables seraient probablement insuffisantes en Belgique mais plus efficaces au niveau européen, en rappelant l’hydroélectricité dans le Nord, l’éolien dans les pays disposant d’un kilométrage côtier important et le solaire dans les pays du Sud. En ce qui concerne l’énergie solaire, le thermique est intéressant pour l’eau sanitaire mais le photovoltaïque aurait encore un rendement insuffisant.

Monsieur Wautelet pose enfin la question « comment vivrons-nous en 2050 ? » avec un pétrole dont le prix aura considérablement augmenté. Il estime justement que les agro-carburants ne pourront être utilisés qu’en petites quantités, de 4 à 10 %, ce qui signifie que le nombre de voitures traditionnelles aura fortement diminué. La voiture électrique, équipée de batteries au plomb, beaucoup plus lourdes, ne bénéficiera que d’une autonomie de 200 km avec une vitesse de pointe de 100 km. La recharge des batteries exigeant 5 à 6 heures, cette voiture ne pourra être qu’une voiture de ville ou de proximité. La voiture à hydrogène posera pas mal de problèmes. En effet il faudra, assez rapidement, produire l’hydrogène pour alimenter les piles à combustible, ce qui nécessitera de très nombreuses centrales nucléaires (240 pour l’Europe), étant donné que les centrales au charbon sont considérées comme trop polluantes. En ce qui concerne les camions (45 millions dans l’Union Européenne) il ne voit pas de solution si l’on considère le poids des réservoirs multiplié par quatre. Quant aux avions, le prix du kérosène ou des agro-carburants sera tellement élevé que seuls quelques nantis pourront les utiliser.

Monsieur Wautelet conclut son exposé en déclarant qu’en 2050 nous ne retournerons pas en arrière mais vivrons différemment. Il existe entre autres la voiture électrique, la voiture à hydrogène très hypothétique selon lui, qui nécessitent pour l’électrolyse de l’eau d’énormes quantités d’électricité. De plus, les transports en commun devront être considérablement développés (trains, trams, bus). En ce qui concerne l’agriculture les problèmes seront très préoccupants étant donné qu’elle dépend essentiellement du pétrole pour la mécanisation, les engrais, les pesticides, le plastique, etc. Selon Michel Wautelet les rendements seront en baisse et il faudra nécessairement se passer des gros camions avec, pour conséquence, le recours à une agriculture et à un commerce de proximité.

Toutes ces modifications de nos modes de vie vont exiger beaucoup d’argent et de temps et il est grand temps de s’y préparer si l’on veut éviter des crises de plus en plus graves pour la stabilité de nos sociétés. Il faudra rabâcher, rabâcher et rabâcher l’information dans les écoles et auprès des politiciens pour conserver un confort satisfaisant. Monsieur Wautelet lance un appel pour qu’on lui adresse des contradictions ou des critiques afin d’améliorer les projets d’un développement durable.

Pierre Gillis remercie Michel Wautelet pour son exposé de futurologie, exercice toujours très difficile mais, dans la bouche de Michel Wautelet, logique, réaliste et courageux. C’est un appel impératif à tous les niveaux de la société qui nécessitera un effort prodigieux de tous pour modifier les comportements. En espérant que les commissaires européens, au lieu d’utiliser des voitures problématiques à hydrogène, roulent dans des voitures ne produisant que 100 gr. de CO2 au kilomètre. Si la situation ne change pas nous serons tôt ou tard livrés à un nouvel ordre écologique, comparé par Luc Ferry au nazisme (Le nouvel ordre écologique, L’arbre, l’animal et l’homme – Ed.Grasset, 1992) !

Alors, comme dit Wautelet, « vivement 2050 ! » pour voir si la société aura pu réaliser sa reconversion.

Référence :

Michel WAUTELET / Vivement 2050 ! Comment nous vivrons (peut-être) demain – L’Harmattan, 2007.

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Suite aux trois exposés de la matinée, l’après-midi fut consacrée à trois ateliers concernant les problèmes du Pic du pétrole dont voici trois courts comptes rendus.

1. Atelier Mobilité/aménagement du territoire :

Bart Jourquin (expert en mobilité, FUCAM),
Raymond Debroux, Inspecteur général ff MET (Direction générale des Autoroutes et des Routes),
Dirk Vandercammen (Colruyt),
Patrick Brocorens (Aspo-Belgique),
Michel Dachelet (Direction générale de l'Aménagement du territoire, du Logement et du Patrimoine , Région wallonne).
Président : Pierre Gillis,
Rapporteur : Michel Wautelet

Le professeur Jourquin des FUCAM introduit les discussions en nous proposant un état des lieux du transport en Belgique, qui montre l’écrasante domination du transport routier par camions. M. Vandercammen expose ensuite les mesures concrètes mises en œuvre par la firme Colruyt pour influencer les habitudes de déplacement des travailleurs qu’elle emploie : incitation financière pour emprunter les transports en commun, réalisation d’aménagements favorisant le vélo. Les initiatives ne sont sans doute pas de nature à bouleverser les transports, mais elles vont dans la bonne direction. Le débat s’est ensuite concentré sur les interventions des représentants des ministères wallons, qui, parfois à leur corps défendant, ont dû admettre les insuffisances de la politique menée par le gouvernement wallon : réhabilitation (trop) modeste des voies navigables, retard dans la politique favorisant le transport « doux » (infrastructures pour le vélo, notamment), etc. A leur corps défendant, dans la mesure où l’on a bien senti, notamment à travers les interventions de M. Dachelet, que l’administration de l’aménagement du territoire est loin d’être inactive, mais qu’elle se heurte trop souvent à des priorités ministérielles très éloignées des préoccupations évoquées dans cet atelier.

2. Atelier énergies alternatives :

Marie-Hélène Novak (Valbiom)
Benjamin Wilkin (APERe)
Xavier Chavanne (ASPO France)
Lucianne Licour (FPMs)
Christophe Boitquin (SODECOM)
Président : Jacques Bougard, FPMs
Rapporteur : Jonathan Toubeau,

Parmi les alternatives possibles au pétrole (et au gaz), l’attention s’est principalement portée sur l’utilisation non-alimentaire des produits agricoles, le recyclage des sous-produits, l’exploitation des aquifères géothermiques, notamment celles du Hainaut, et la nécessité de se tourner vers des entreprises éco-dynamiques. Le débat portait sur la nécessité de développer des solutions « par pôles », à l’échelle locale, tout en gardant une vue globale du problème, et en faisant en sorte que celles-ci soient tant économiquement que socialement et politiquement acceptables. En ce qui concerne le transport, l’accent a été mis sur les biocarburants et l’importance de différencier les actuels (dits de première génération), dangereux car en concurrence avec le secteur de l’alimentation, de ceux de seconde et troisième générations, qui réduisent cette dépendance. Après le transport, il a été mis en évidence que le besoin de chaleur est prédominant au sein d’un ménage, puisqu’il y représente les deux-tiers de la consommation, et constitue donc un domaine de première importance. Le puits géothermique de St-Ghislain a ainsi été cité en exemple pour le chauffage domestique, tout en insistant sur le rôle que peuvent jouer les particuliers par l’amélioration de la performance énergétique des bâtiments. Le besoin de dialogue entre scientifiques des différentes disciplines a été souligné, ainsi que l’importance d’investir davantage dans la recherche. Finalement, outre la recherche d’autres filières énergétiques complémentaires et non concurrentielles, la diminution de notre consommation apparaît comme une solution à part entière.

3. Atelier Agriculture :

Diane Thomas (FPMs)
Philippe Dubois (UMH)
Joseph Famerée (Région wallonne)
Un représentant de ValBiom
Olivier Gérard (FWA)
Président/modérateur : Pierre Rasmont
Rapporteur : Francesco Lo Bue

Principal sujet de discussion, parmi d’autres : la biométhanisation et la fabrication d'éthanol, dont les productions doivent s'envisager conjointement. Typiquement, s'il faut chauffer, la rentabilité s'écroule. Et donc, suivant les saisons, afin de ne pas avoir à climatiser, on alterne production d'éthanol et production de méthane, sans quoi on se heurte inéluctablement à une opération dépourvue de rentabilité énergétique.

Bulletin n° 60 - juin 2008

Chers Lecteurs,

La journée du 24 janvier, à l’UMH, consacrée au pic du pétrole, aux biocarburants et aux nécessités de modifier le comportement de la société avec un pétrole qui deviendra de plus en plus cher, a connu un vif succès. De nombreuses personnes représentant les milieux académiques, la Région wallonne et de nombreuses associations, ont suivi avec intérêt les exposés.

Patrick Brocorens a insisté sur le déclin inéluctable et même assez rapide, pour les dix prochaines années, de l’or noir. Il s’est basé essentiellement sur les données fournies par les géologues et sur la distinction à faire entre réserves prouvées, réserves probables et réserves possibles.

Le deuxième exposé, de Monsieur Xavier Chavanne, a porté sur deux alternatives au pétrole : la biomasse forestière et celle du maïs. Il a analysé particulièrement, le problème du bioéthanol produit à partir du maïs ; on retiendra que les Etats-Unis consacrent 20 % de leur surface agricole à la production d’éthanol avec un rendement énergétique rarement satisfaisant.

Enfin le Pr. Michel Wautelet nous a entretenus des problèmes posés à la société à très court terme. Soulignons-en quelques points essentiels : la voiture électrique ne sera utile qu’en ville et pour des courts trajets ; la voiture à hydrogène pose de nombreux problèmes encore non résolus et nécessitera, comme la voiture électrique, une augmentation fantastique d’électricité avec, comme conséquence, des nombreuses centrales nucléaires. D’autre part, pour Monsieur Wautelet le problème des camions est quasi insoluble vu le poids énorme des batteries ou des piles à combustible dont ils devront être équipés. Monsieur Wautelet a opté également pour une relocalisation des activités et principalement dans le domaine de l’agriculture et du commerce.

Les trois ateliers de discussion étaient très intéressants. Nous retiendrons celui de l’agriculture qui pose des problèmes extrêmement nombreux. D’abord celui des agrocarburants considérés par de nombreux spécialistes comme les carburants de la honte ou de la mort (souvent exprimé par la sentence « les réservoirs pleins et les assiettes vides »). Le Pr. Rasmont a rappelé que l’agriculture est pratiquement arrivée à son maximum de rendement et que le prix des engrais a considérablement augmenté. Dans des bonnes conditions un hectare de pommes de terre produit quatre fois plus qu’un hectare de blé : au maximum 40 tonnes à l’hectare pour la première et 10 tonnes pour le second.

Le CEWAS, que nous remercions, nous rappelle dans son communiqué « Agro-énergie et alimentation : fin de la pensée unique », la déclaration du prix Nobel 2007 de chimie, Paul Creutzen, pour lequel les biocarburants ne sont pas une bonne réponse, sachant que les engrais azotés en excès dégagent dans l’atmosphère 5 % de l’azote sous forme de N2O, gaz à effet de serre, dont le pouvoir réchauffant est 296 fois supérieur à celui du CO2. Le cycle de l’azote est encore assez mal connu et mériterait des études supplémentaires. Une bonne partie des nitrates très solubles sont emportés par le ruissellement et par la percolation avec, comme conséquence, la pollution de la nappe phréatique. En bref une crise alimentaire grave menace la planète qui, en 2015, sera peuplée par 7 milliards d’individus.

Les données très intéressantes, qui nous ont été transmises par André Delmer, que nous remercions également, nous ont permis d’évaluer l’état des ressources du sous-sol hennuyer. Elles rappellent l’importance que la production charbonnière a eue en Belgique et prévoient le rôle du charbon pour le stockage du CO2 et la production éventuelle de gaz que l’on a retrouvé d’ailleurs dans quelques sondages. Sans oublier la géothermie dont les applications dans le Couchant de Mons sont très prometteuses depuis le sondage de Saint-Ghislain, ainsi que pour la ville de Mons avec le programme prévu par le Pr. Rorive.

Une petite note est également publiée concernant la puissance électrique dans le monde. Elle ne représente que 10 % et est très inégalement répartie. Il est vraisemblable qu’elle devra augmenter en espérant que l’énorme potentiel hydroélectrique de l’Afrique et de l’Amérique du Sud, déjà installé, soit mieux utilisé.

Nous remercions vivement Messieurs Pascal Hauteclair, Mathieu Derume et Christophe Bauffe pour l’article sur la diversité entomologique des terrils liégeois et hennuyers, où l’on trouve une entomofaune très bien diversifiée grâce à l’absence de pesticides.

Toujours fidèles à la mycologie, vous trouverez un complément d’informations sur Laccaria bicolor qui se comporte non seulement en mycorhizien et décomposeur mais aussi en prédateur !

Enfin, la revue de presse, comme d’habitude, complète ces différentes questions grâce à de nombreuses références sélectionnées dans plusieurs publications.

Nous vous souhaitons une très bonne lecture, en espérant que vous répercuterez les problèmes qui se posent à la société qui devra réagir d’elle-même pour éviter des mesures drastiques toujours difficiles à supporter.

Pierre Piérart

Bulletin n° 59 - mars 2008

Chers Lecteurs,

L’article de Michel Wautelet « L’après-pétrole bon marché est à nos portes » revient sur la nécessité de modifier nos comportements avant 2050. Comment vivrons-nous en 2050 ? Telle est la philosophie de cet article et du livre, publié par l’auteur chez L’Harmattan, Paris, intitulé « Vivement 2050 !, comment nous vivrons (peut-être) demain ». Cela ne sera pas facile vu la complexité du problème et la multitude d’alternatives qui se présentent à la société et aux décideurs en particulier, à savoir aux instances politiques et aux grandes compagnies internationales. L’emploi abusif des agro-carburants est une menace, qui ne fait que s’amplifier, de voir disparaître les forêts équatoriales qui stabilisent le climat et de diminuer la production de céréales (blé, riz, maïs, …). En ce qui concerne l’électricité, les énergies vertes seront pour une bonne part indispensables. De cet article nous retiendrons essentiellement 4 des 8 points du programme de Serge Latouche publié dans son livre « Le pari de la décroissance » : relocaliser (rétablir le commerce de proximité), réutiliser (privilégier les objets durables), réduire (diminuer la consommation) et recycler (remettre dans le circuit divers matériaux : papier, métaux, etc.).

L’article « Comment se sont formées des milliards de tonnes de charbon » nous démontre que la houillification a piégé et stocké des centaines de gigatonnes de CO2 atmosphérique et rejeté dans l’atmosphère des millions de km3 d’oxygène, ce qui, en d’autres termes, signifie un enrichissement considérable de l’oxygène atmosphérique au cours du Carbonifère. On peut en conclure que cette oxygénation a dû sélectionner des animaux aptes à utiliser de grandes quantités d’oxygène pour leur respiration. Les nombreuses planches de l’article illustrent bien la constitution de la houille, comprenant, entre autres, des spores (microspores et macrospores), des cuticules, des trachéides et même des débris de sclérotes. Le charbon occupe la deuxième place parmi les énergies fossiles et il figurera bientôt en tête de ces dernières . Susceptible de piéger et de stocker le CO2 et de produire du gaz, il peut être converti en un substitut du pétrole.

Nous remercions le Dr. Giacomoni et Tjakko Stijve qui nous ont autorisés à reproduire l’article de ce dernier consacré à l’évolution de la radioactivité des champignons « Césium radioactif dans les champignons provenant de régions fortement et modérément exposées aux retombées de Tchernobyl ». Cet article souligne la permanence de la contamination. Dans les régions hautement contaminées les quantités dépassent largement la limite maximale préconisée par la CEE. Les mesures réalisées pendant trois années consécutives indiquent même une certaine augmentation, due à la lente pénétration du césium dans le sol où il est assimilé par le mycélium. Ce phénomène est perceptible bien au delà de la zone de Tchernobyl comme, par exemple, à Gåvle située à 170 km au nord de Stockolm. Cet article est pour le CEAH l’occasion de rappeler la tragédie de Tchernobyl qui est survenue le 26 avril 1986.

Un article est consacré à la biologie de Boletus edulis , qui démontre qu’il s’agit d’une espèce cosmopolite et diversifiée en plusieurs variétés adaptées le plus souvent à des niches écologiques très particulières, se traduisant par des liaisons mycorhiziennes avec des espèces bien définies.

Enfin, l’article « Le premier décryptage du génome d’un basidiomycète ectomycorhizien, Laccaria bicolor » nous démontre que cette espèce possède un patrimoine génétique nettement plus riche que la moyenne des basidiomycètes. Ce génome permet à L. bicolor plusieurs modes de vie comprenant les types symbiotique et saprophyte ainsi que les relations avec les bactéries et la pédofaune.

Comme de coutume la Revue de Presse présente une large palette de sujets tels que les risques engendrés par l’énergie nucléaire, la problématique des agrocarburants, les conséquences des changements climatiques sur la biodiversité notamment, l’impact des biotechnologies sur nos modes de vie et notre santé, les nuisances liées aux diverses pollutions, etc.

Bonne lecture.

Pierre Piérart.