Chers Lecteurs,

Le Dr Abraham Behar, Président de l’Association Française pour la Prévention de la Guerre Nucléaire (AMFPGN), a eu l’amabilité de nous donner un papier intitulé Accidents nucléaires militaires : ce qui émerge de l’iceberg « secret défense ». Cet article nous montre clairement qu’une catastrophe nucléaire est toujours possible suite à un accident de diverses natures (fabrication, transport, etc.). Le Dr Behar nous présente les différents types d’accidents possibles. En ce qui concerne les accidents aériens il se limite à trois exemples : l’accident de Goldsburo en Caroline du Nord en janvier 1961 ; l’accident de Palomares en Espagne en janvier 1966 suite à la collision entre un bombardier porteur d’armes atomiques et son avion ravitailleur en vol ; l’accident de Thulé au Groenland en janvier 1968 au cours duquel un bombardier s’était écrasé sur la banquise. Pour abréger citons les accidents connus des sous-marins parmi lesquels les deux sous-marins perdus par les Américains et sept par la Russie. Dans les centrales nucléaires de très nombreux accidents nucléaires, comme celui de Damascus dans l’Oklahoma en décembre 1980 avec l’explosion d’une fusée Titan et celui de Tcheliabinsk dans l’Oural en 1957 avec l’explosion d’une cuve qui a provoqué une contamination de la rivière Techa ayant nécessité l’évacuation de 75.000 habitants. En ce qui concerne les accidents nucléaires au cours des 2.000 essais, il est impossible d’en donner un aperçu à cause du « secret défense » ; rappelons néanmoins le plus spectaculaire, le tir accidentel du Hoggar en 1962, où les militaires ont vu la montagne exploser et le nuage radioactif rejoindre les troupes françaises. A titre personnel nous pouvons témoigner d’une conversation que nous avons eue, lors d’un séjour en France, avec un pilote commandant d’escadrille dont les avions devaient traverser le nuage radioactif afin de prélever 20 kilos de poussière en vue d’analyse. Plusieurs de ses collègues sont morts d’un cancer. Et la série continue, A. Behar cite les bavures au Kazakhstan, en Nouvelle Zamble, dans le Nevada, en Australie, dans les Iles Marshall, en Inde, etc. Les Anglais ont même répandu des aérosols de plutonium sur les Aborigènes australiens. La liste est trop longue, mais rappelons encore les accidents dus au trafic des radio-nucléides.

Vous pourrez prendre note de l’article du Figaro, « Un arsenal nucléaire censé être sous haute protection », qui nous informe de la précarité de l’arsenal nucléaire pakistanais. L’Autorité de commandement national dispose de 10.000 soldats pour défendre l’arsenal national en cas d’attaque, dispositif financé par les Etats-Unis. Le Pakistan a favorisé pendant des décennies la prolifération du secret nucléaire en fournissant des centrifugeuses pour l’enrichissement de l’uranium à la Corée du Nord, la Libye, l’Iran et même l’Irak de Saddam Hussein.

Olivier Corten, professeur à l’ULB, a publié dans « Le Soir » une carte blanche sur la reconnaissance prématurée du Kosovo. Il démontre clairement que cette reconnaissance est contraire au droit international. D’autres politologues ont démontré les éventuelles conséquences déstabilisatrices de ce précédent que notre ministre des Affaires étrangères, Karel De Gucht, considère comme normal bien qu’il reconnaisse que cette politique est devenue exceptionnelle. Que dire face à la Palestine qui a déclaré son indépendance le 15 novembre 1988 et qui n’a eu aucun écho sinon d’être punie, sanctionnée et humiliée par Israël ? Le démembrement systématique non seulement de la Yougoslavie mais même de la République Serbe est, selon le général belge Francis Briquemont , « la plus grave faute stratégique commise par les Européens depuis la remilitarisation tolérée de la Rhénanie en mars 1936 ». Cette sentence de la part d’un militaire nous rappelle celle de George Kennan qui avait qualifié l’extension de l’OTAN vers l’Est comme étant la plus grande erreur politique des Etats-Unis depuis la fin de la 2ème guerre mondiale. On peut vraiment se demander ce que veut l’OTAN si ce n’est la guerre totale.

La politique belge dans ce domaine est lamentable que ce soit pour accepter les bombes nucléaires de Kleine Brogel, ou envoyer les F16 et les militaires belges en Afghanistan ou encore les votes aux Nations Unies favorables au maintien des armes nucléaires par les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité. On peut se demander ce que veut l’Europe en matière de politique étrangère, elle rappelle le gâchis des années 1930 (1933 à 1937) qui a conduit à l’effacement de la Société des Nations. La politique européenne calquée sur celle des Etats-Unis et de l’OTAN consiste à démanteler les Nations Unies, ce qui serait catastrophique pour notre avenir.

Le sommet de l’OTAN, qui se tiendra du 2 au 4 avril à Bucarest, va certainement décider un envoi de nouvelles troupes en Afghanistan où il y a déjà 43.000 hommes de l’ISAF (mission de l’OTAN en Afghanistan) et, parallèlement, 14.000 militaires américains sous commandement direct des Etats-Unis. Quant à Monsieur Sarkozy, il s’apprête à y envoyer au moins 1.000 soldats pour marquer son engagement envers l’OTAN. La pression s’exerce également sur la Belgique pour augmenter son effort déjà important avec des troupes de combat et des F16. Tous les membres de l’OTAN seront appelés par le Président Bush à se préparer à « porter une lourde charge » dans cette guerre sans issue. Enfin, il est invraisemblable que l’U.E., qui a dans ses attributions la politique européenne de sécurité et de défense, n’exige pas de la part des Etats-Unis d’être consultée au sujet de l’installation des radars et des intercepteurs anti-missiles en Tchéquie et en Pologne.

Pour terminer ce triste tableau il faut constater que les médias francophones de notre pays se limitent à un strict minimum pour informer le grand public des actions menées par le mouvement de la paix : c’est ainsi qu’aucune information sérieuse n’a été donnée à l’occasion de la marche de Louvain à Bruxelles qui s’est terminée au parc du Cinquantenaire le 16 mars pour commémorer le cinquième anniversaire de la guerre en Irak et pour réclamer la fin de l’occupation de ce pays. Récemment encore, le 22 mars, un groupe de pacifistes venant de plusieurs pays européens inspectait le siège de l’OTAN à Bruxelles. Plusieurs centaines de ces manifestants ont été brutalement arrêtés. Espérons que le droit international finira par être respecté pour leur donner raison.

Pierre Piérart