Centre d'écologie appliquée du Hainaut

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mercredi 12 mai 2010

COMPTE RENDU DES ACTIVITES - Bernadette Lamblin

Voici un aperçu des activités du C. E. A. H. de ce début d’année. Le Centre a joué pleinement son rôle d’information et d’éducation au respect de l’environnement. Les animations se sont plus particulièrement adressées aux élèves des écoles primaires, tout réseaux confondus.

Les Nations Unies ont déclaré 2010 Année internationale de la Biodiversité. Et c’est tout naturellement qu’à la suite d’une convention signée entre le C.E.A.H. et l’asbl C.O.N.E.P « La Gronde » située à Baudour que nous avons décidé d’en faire notre thème principal et fil conducteur d’un stage de 5 jours. Malgré les conditions atmosphériques difficiles durant ce congé de Carnaval, les enfants de 8 à 12 ans ont pu être sensibilisés, par diverses animations, à l’importance de préserver la biodiversité. Les après-midis étaient consacrées à un atelier « marionnettes ». Le stage s’est terminé par un spectacle réalisé par les enfants. Très bonne expérience, enrichissante, récompensée par la motivation de ces jeunes qui étaient tous issus de familles émergents du CPAS de Saint-Ghislain.

Année internationale de la biodiversité mais également le 22 mars, Journée mondiale de l’Eau, c’était l’occasion de mettre en avant la biodiversité des milieux aquatiques (mares, rivières, étangs, canaux…) de notre territoire, la richesse qu’ils représentent et de mettre le doigt sur les menaces qui pèsent sur eux. L’occasion nous en a été donnée par le Parc naturel des Plaines de l’Escaut qui nous a demandé de prendre en charge le côté animation de leur « Projet Eau ». Les 13 animations se sont déroulées du 22 février au 20 mars, elle nous ont permis de mettre en évidence l’utilité vitale de la mare pour de nombreuses espèces d’insectes, de batraciens… dont les larves sont aquatiques, de retracer les origines de la mare et de mieux comprendre la raison de leur disparition, de parler de la flore et de la faune gravitant autour de ce biotope très particulier. Une comparaison entre la mare, l’étang, la rivière et le canal permettait aux enfants de 1er et de 2ème primaire de la région de Bon-Secours de mieux comprendre

l’environnement proche de chez eux. Après cette animation, les élèves et les enseignants ont dû réaliser une fresque sur la biodiversité de la rivière, de la mare ou de l’étang avec explications sur les différents liens existant entre ces espèces (chaîne alimentaire…) et leurs milieux (habitat, reproduction…). Après photographie, les fresques ont été restituées aux écoles, les photos seront exposées le 4 juillet au Parc naturel des Plaines de l’Escaut, rue des Sapins, 31 à Bon-Secours à l’occasion de la fête du Parc naturel transfrontalier du Hainaut.

La Maison du Parc nous a également sollicité pour répondre à la demande d’écoles des environs désirant des animations sur le sol et la pédofaune, sur la découverte de la forêt par les 5 sens, ainsi que des visites guidées de l’Escale forestière et des animations à Stambruges sur les traces des Fées de l’Ottée, cette fois, pour des classes françaises faisant partie du projet transfrontalier.

L’école communale d’Eugies a demandé au Centre deux animations, c’est ainsi que les élèves de 5ème et de 6ème primaire ont pu découvrir la richesse en terme de biodiversité d’un petit sentier proche de leur école et ont pu le comparer l’après-midi à l’écosystème du bois de Colfontaine. Les élèves de 2ème, de 3ème et de 4ème ont pu observer la pédofaune du milieu forestier grâce à la litière prélevée et placée dans l’appareil de Berlèse qui fait fuir les arthropodes et autres invertébrés, suite à l’assèchement du substrat, dans un récipient adéquat. Expérience complétée par une animation sur la décomposition de la litière et l’importance des décomposeurs pour l’amendement naturel du sol.

Pendant les vacances de Pâques l’asbl « La Gronde » nous a, à nouveau, sollicité pour organiser un stage nature sur la mare. En effet, dans le petit jardin communal jouxtant le local se trouvait une mare complètement eutrophiée. Les 18 enfants l’ont vidée complètement. Dans un avenir proche, une nouvelle bâche sera posée et quelques plantes typiques de ce milieu seront introduites attirant, nous l’espérons, des insectes et pourquoi pas quelques batraciens. Un nichoir pour insectes a été réalisé par les enfants avec des bambous proliférant dans le fond du jardin. Chaque matin, une information théorique sur la faune et la flore de la mare a permis aux jeunes d’acquérir une meilleure connaissance de ce milieu aquatique. Durant ce stage nous avons pu observer plusieurs nids très importants de punaises gendarme (Pyrrhocoris apterus). Cette dernière est la plus commune et la plus répandue des Punaises d’Europe. Elle forme des groupes denses sur le tronc et au pied des tilleuls. Les après-midis étaient consacrées à un atelier « magie ». Ce stage s’est terminé par un spectacle où les petits magiciens en herbe ont pu montrer leur savoir faire.

En marge de ces activités le Centre participe à des réunions afin d’être présent dans le réseau d’animateurs du Parc transfrontalier du Hainaut, la dernière réunion s’est déroulée au CRIE d’Harchies. L’expérience de chacun ne peut être qu’enrichissante dans la mesure où nous poursuivons tous le même but de part et d’autre de la frontière à savoir sensibiliser le public par une meilleure connaissance à la protection de l’environnement. Il participe aussi aux réunions de la section « Hellebore » C.N.B. Bon-Secours afin de mettre sur pied des visites guidées pour les séminaristes résidant au château d’Arondeau (Peruwelz). C’est à la demande des nouveaux propriétaires désirant mieux faire connaître le très beau parc et ses abords que nous en devons l’initiative. Parmi de nombreuses essences nous avons pu admirer de magnifiques aulnes, dont le réseau racinaire a une très grande importance dans la retenue des berges. Autre implication du Centre cette fois dans le contrat de rivière du bassin de la Haine, la prochaine réunion est prévue à la mi-mai au musée d’histoire naturelle de Mons.

POUR UNE MORALE BASÉE SUR LA COEXISTENCE DE L’HOMME ET DE SON ENVIRONNEMENT - Extraits : MORALE & ECOLOGIE - P. Duvigneaud – professeur à l’U.L.B.

De tout ce qui vient d’être dit sur la situation actuelle et future de l’humanité, il semble bien que doivent se dégager les principes d’une nouvelle éthique, qui aurait pour bases la connaissance scientifique de l’homme et de son environnement (biologie, génétique et écologie) et la nécessité de leur coexistence harmonieuse.

Les thèmes d’une telle morale se rattacheraient aux grands problèmes auxquels la biosphère doit faire face, et qui résultent d’une double rupture entre mortalité et natalité et entre progrès médical et économique. En voici quelques-uns:

- Nous n’avons qu’une terre (WARD et DUBOS);
- Cette terre inextensible est polluée physiquement et moralement, et l’espèce humaine s’en trouve menacée;
- La productivité primaire (végétale) et secondaire (animale) des terres et des eaux doit être envisagée en fonction des problèmes de la faim dans le monde et de l’accroissement de la misère; L’encombrement de la biosphère exige une philosophie nouvelle de l’aménagement des territoires; L’augmentation énorme de la circulation pose le problème de l’homme et de son automobile (STERNERG) ;
- La ville, écosystème complexe (LE CORBUSIER, DOXLADIS), est en voie de se transformer en un zoo humain ; les réactions des citadins (stress psycho-social) peuvent devenir celles d’animaux en cage. La ville doit répondre à une planologie écologique de chaque endroit et de chaque « instant » avec participations des citadins;
- Les hommes sont menacés de maladies de civilisation dues à la nervosité et à l’obésité; Les problèmes de l’environnement du travailleur et de la machine (écoergologie) sont loin d’être résolus;
- On s’orientera, tôt ou tard, vers une croissance zéro de la population humaine. Il vaut mieux organiser la prévention des naissances en vue d’une population optimale, que de laisser faire la Nature, et laisser aller l’humanité vers les pires catastrophes (guerre, famine, recrudescence des maladies infectieuses, infanticide, cannibalisme, etc…);
- Une régulation de la croissance économique, sinon une halte à cette croissance, s’impose de toute urgence, en même temps qu’une socialisation de la Nature conduisant à une économie des biens immatériels (MEADOWS, SAINT MARC, MANSHOLT);
- L’espèce humaine est menacée dans son avenir d’une invasion de son poll génétique par des gènes délétères (MULLER);
- Si dans toute l’histoire de l’humanité, la paix n’a pratiquement jamais régné intégralement (de sorte que la guerre paraît bien être une caractéristique de notre espèce, lui apportant régulation, développement économique et progrès scientifique), elle est devenue aujourd’hui une nécessité absolue.

On peut en somme synthétiser ces problèmes par l’apologue de « la poudrière et du rongeur » de SAUVY. Tout se passe comme si l’humanité d’aujourd’hui vivait sur une poudrière, s’attendant sans cesse à sauter (menace d’une guerre atomique), pendant qu’un rongeur détruit lentement, la construction sur laquelle elle repose (surpopulation d’hommes affamés).

L’édification de la nouvelle morale… dont d’ailleurs bien des aspects sont anciens, mais n’avaient pas vu se dessiner jusqu’ici d’illustrations ou de justifications aussi totales…, devrait être le fait d’un travail de synthèse groupant une équipe enthousiaste de biologistes, de sociologues, de philosophes et d’historiens, il n’a pas encore été réalisé, bien qu’à notre avis, le besoin en soit urgent.

PRODUCTION CROISSANTE DE CO2 DANS LA BIOSPHERE - Pierre piérart

La productivité brute des végétaux, due à la photosynthèse, est estimée par Paul Duvigneaud (La Synthèse écologique - 1973) à 200 milliards de tonnes (poids sec) par an pour l’ensemble des écosystèmes terrestres et marins. Dans une biosphère équilibrée ces 200 milliards de tonnes de matière organique vont être oxydées pour produire 300 milliards de tonnes de CO2. Selon Duvigneaud 84 milliards de tonnes seront utilisées par la respiration des végétaux; 84,5 milliards de tonnes par les champignons et les bactéries; 5 milliards de tonnes seront détruites par les incendies; 20 milliards de tonnes seront oxydées par la respiration des animaux (bétail, pédofaune, etc.) et 900 millions de tonnes par la population humaine. Suite à la respiration des plantes, des animaux et des humains, des bactéries et des champignons et aux incendies, il ne reste plus, grosso modo, que 5 Gt de matière organique qui représente la productivité nette théorique. Si l’on tient compte qu’une petite partie de la matière organique n’est pas minéralisée, on peut admettre une productivité nette réelle de +/- 2 Gt. Cette dernière est représentée par le bois (bois d’oeuvre, bois de chauffage et papier), la production herbagère (prairies pâturées et prairies de fauche), la production agricole (céréales, tubercules, fruits, légumes, plantes médicinales, plantes aromatiques, café, thé, cacao, etc.) la productivité textile (lin, coton, jute, etc.) et la productivité pour usage industriel (caoutchouc, agro-carburants, etc.). Ce qui explique que cette énumération très diversifiée représente le rendement photosynthétique d’environ 1% (2 Gt pour 200 Gt). Ces données sont confirmées par une étude récente concernant la respiration du sol, publiée dans « Nature » par Ben Bond-Lamberty et Allison Thomson. Selon ces auteurs la respiration globale des sols en 2008 était de 98 +/-12 Gt de carbone, avec une répartition de 13%, 20% et 67% respectivement pour les écosystèmes des régions boréales, tempérées et tropicales.

Dans le tableau ci-dessous nous avons évalué la quantité de CO2 rejetée par la population humaine au cours du temps, en tenant compte qu’une tonne de matière organique consommée par l’homme donne 1,5 tonne de CO2 rejetée par la respiration.

Emission de CO2 par la population humaine au cours du temps en Gt/an

Dates.......................1..........1975............2010.................2020................2030
Démographie
en millions..............150..........4.000...........6.900................8.063...............9.422
CO2 en Gt(1)..........0,034.......0,908...........1,566................1,830...............2,138
CO2 en Gt(2)..........0,037.......1,000...........1,720................2,015...............2,355

Ce tableau donne le nombre d’habitants exprimés en millions d’unités, c’est-à-dire 150 millions d’habitants au début de notre ère; 4 milliards en 1975; 6,9 milliards aujourd’hui; +/- 8 milliards en 2020 et 9,4 milliards en 2030, en se basant sur un taux de croissance identique à celui qui a prévalu entre 1975 et 2010.

Les deux lignes inférieures nous donnent la quantité de CO2 rejetée par la population humaine en se basant sur 2 scénarios soit 227 kg(1) ou 250 kg(2) par an et par habitant.

Avec une population qui en 2020 aura doublé par rapport à 1975 la quantité de CO2 rejetée par les humains devrait s’exprimer dans une fourchette comprise entre 1,8 et 2 Gt de CO2. Cette situation nécessitera une augmentation de la productivité primaire (végétaux) et de la productivité secondaire (animaux), désormais de plus en plus localisée, sans oublier la production modérée des agro-carburants. Il est indispensable d’adopter rapidement de nouvelles règles de vie pour freiner la croissance démographique et diminuer la productivité secondaire (production de viande) si l’on veut éviter la catastrophe, que le professeur de Duve a prévu dans son ouvrage « Génétique du péché originel. Le poids du passé sur l’avenir de la vie ». Selon Christian de Duve les gènes de la survie qui ont permis à l’homme du Paléolithique de progresser, sont devenus des gènes de compétition, de violence et de guerre, spécialement avec la révolution industrielle et le colonialisme des Etats de plus en plus puissants et militarisés. Pour le prix Nobel Christian de Duve, la bombe démographique est le facteur le plus dangereux qui menace notre planète; seule l’épigenèse (la prise de conscience de l’humanité, prédatrice de la biodiversité, devant s’adapter à un environnement de plus en plus déstabilisé) pourrait inverser cette évolution qui conduit immanquablement à l’autodestruction.

Albert Jacquard, d’autre part, s’inquiète de la prolifération nucléaire qui, tôt ou tard, pourrait anéantir l’univers. Il insiste particulièrement sur le partage des richesses dans le monde qui ne fait qu’approfondir le fossé entre pauvres et riches. Si 10% de la population se partage 90% des richesses, 90% de la population devra se contenter des 10% restants ce qui, avec une moyenne représentative d’une très grande variance, a pour résultat que le revenu moyen d’un riche est de 81 fois supérieur à celui d’un non riche.

Ces différents points de vue ont déjà été repris par Paul Duvigneaud dans sa conférence remarquable « Morale et Ecologie » publiée par la Fédération des Amis de la Morale laïque en 1973, qui expose les thèmes principaux de la morale écologique. Cet exposé est resté d’une actualité étonnante: il souligne que nous n’avons qu’une terre inextensible, polluée physiquement et moralement. Sont énumérés successivement: le problème de la faim dans le monde, l’augmentation énorme de la circulation, l’écosystème urbain devenu un zoo humain, les maladies des civilisations dues au stress et à l’obésité, la nécessité d’une croissance zéro de la population humaine, une régulation indispensable de la croissance économique à laquelle devrait être substituée une économie des biens immatériels, le risque d’une contamination du pool génétique par des gènes autodestructeurs et finalement l’instauration d’une paix mondiale absolument nécessaire face aux armes de destruction massive.

Nous publions dans ce bulletin un passage essentiel de cette Morale Ecologique méconnue qui a été proposée par P. Duvigneaud il y a plus de 30 ans et qui aujourd’hui nous semble être la solution à nos problèmes de dégénérescence économique, financière, environnementale et sociale. Cette Morale Ecologique est basée sur une connaissance du fonctionnement de la biosphère dont le moteur principal est la productivité végétale ne faisant pas partie de la culture humaniste et que Lucien Hauman dénonçait il y a 60 ans par la remarque suivante : « Pour le monde cultivé il est plus important de connaître la victoire des Thermopyles que la Photosynthèse ».

Rappelons que la Photosynthèse est la réaction chimique la plus importante de la biosphère qui absorbe chaque année 10 % des 3.000 Gt de CO2 atmosphérique.

Bibliographie :

Christian de Duve: Génétique du péché originel. Le poids du passé sur l’avenir de la vie; Editions Odile Jacob Sciences; 2009.
Albert Jacquard: Le compte à rebours a-t-il commencé ?; Editions Stock; 2009.
Paul Duvigneaud: La synthèse écologique; Doin, éditeurs; 1974.
Paul Duvigneaud: Morale & Ecologie; Morale laïque; 1973.
Ben Bond-Lamberty & Allison Thomson: Temperature-associated increases in the global soil respiration record; Nature, Vol. 464/25 March 2010.

A RÉVISION DU TRAITÉ DE NON PROLIFÉRATION DOIT PROPOSER UNE CONVENTION DE DÉSARMEMENT NUCLÉAIRE TOTAL POUR 2020 - Pierre Piérart

Des nombreuses associations pacifistes se mobilisent en vue de la réunion concernant la révision du Traité de Non Prolifération (TNP) qui doit se tenir aux Nations Unies à New York du 3 au 28 mai de cette année. Les responsables politiques et les diplomates se concertent et certains ont pris des initiatives pour, semble-t-il, éviter une rencontre encore plus catastrophique que celle de 2005.

Jean-Luc Dehaene, ancien premier ministre, Guy Verhofstadt, également ancien premier ministre et actuellement eurodéputé chef de groupe libéral, Willy Claes, ancien ministre et secrétaire général de l’OTAN et Louis Michel, ancien ministre des Affaires étrangères et commissaire de l’Union européenne, ont déclaré que la Belgique, de concert avec l’Allemagne et la Hollande, allait demander le retrait des bombes nucléaires de Kleine Brogel. D’autre part Philippe Mahoux a également proposé le départ de ces armes illicites pour la Belgique et les Etats-Unis, selon les articles 1 et 2 du TNP.

On peut s’interroger sur ces interventions tardives étant donné que la guerre froide s’est terminée il y a vingt ans. D’ailleurs ces propositions ne font pas l’unanimité. Certaines personnalités s’y opposent comme, par exemple, le président du Sénat qui clame à haute voix que si le territoire belge était débarrassé de ces engins monstrueux (dont la puissance représente plus d’une centaine d’Hiroshima) il faudrait le faire protéger par la force de frappe française. Monsieur Armand De Decker semble ignorer que le TNP et principalement ses articles 1 et 2, interdit le transfert d’armes nucléaires d’une puissance nucléaire à un pays non nucléaire. Il faut savoir que le TNP est un traité discriminatoire puisqu’il permet légalement à cinq Etats d’être des criminels de guerre en puissance.

En ce qui concerne les Etats-Unis rappelons que le président Obama, dans son discours du Caire, a proclamé qu’il ne verrait probablement pas, au cours de sa vie, la disparition totale des armes nucléaires. Un tel « réalisme » ne présume rien de bon. Plus on attend plus la probabilité d’une catastrophe mondiale augmente.

Lors de leur dernier accord du 26 mars 2010 les Etats-Unis et la Russie ont proposé un nouveau traité pour remplacer le traité START, venu à expiration en décembre 2009. La signature de ce nouveau traité a eu lieu à Prague le 8 avril et le sommet sur la sécurité nucléaire s’est tenu à Washington, les 12 et 13 avril de cette année.

Deux obstacles principaux risquent de mettre cet accord en difficulté, à savoir, les projets de défense antimissiles américains en bordure de la frontière russe et l’opposition de plusieurs sénateurs américains qui veulent investir des milliards de dollars dans des nouvelles armes nucléaires en échange d’un oui pour ratifier l’exécution de ce nouveau traité qui, pour des raisons techniques et financières ! devrait s’étaler sur sept ans.

En conclusion, les perspectives pour une convention de désarmement nucléaire total pour 2020 ne sont pas des plus favorables. Une mobilisation générale des nombreuses ONG luttant pour un désarmement nucléaire sera indispensable. Il faudra d’abord informer les responsables politiques et parfois même académiques, que le dogme de la dissuasion nucléaire est un mythe et ne peut conduire qu’à l’escalade de la militarisation.

Les défenseurs du désarmement nucléaire sont généralement considérés comme des utopistes, voire même comme des staliniens. Rappelons ici les cas célèbres de Robert Oppenheimer (en 1954 le Comité de l’AEC « Atomic Energy Act » s’oppose au renouvellement de son habilitation d’appartenance à ce Comité sous prétexte qu’il refuse de collaborer à la mise au point de la bombe thermonucléaire), Joseph Rotblat (qui a du quitter Los Alamos dès qu’il s’est insurgé pour l’emploi de la bombe atomique américaine contre les Japonais), Niels Bohr (pour lequel Churchill demandait l’emprisonnement parce qu’il voulait partager les connaissances nucléaires avec les Soviétiques), Andrei Sakharov (condamné à résider à Gorki pendant plusieurs années pour avoir souhaité que la bombe atomique ne soit jamais utilisée), Mordechai Vanunu (condamné à 18 ans de prison et interdit de quitter Israël pour avoir dévoilé l’existence d’une centaine de bombes nucléaires israéliennes), etc.

Il faut aussi dénoncer la nouvelle stratégie de l’OTAN et même de l’Union européenne, celle-ci liée au Traité de Lisbonne. Le secrétaire général de l’Alliance atlantique réclame régulièrement une augmentation des budgets militaires et défend l’installation d’armes antimissiles, soi-disant pour se protéger des menaces de l’Iran. Il a déclaré, en outre, que la lutte contre le terrorisme devait être l’objectif prioritaire de l’OTAN.

Une coordination étroite sera donc nécessaire entre les ONG pacifistes qui seront présentes au mois de mai à l’ONU à New York à l’occasion de la révision du TNP. Nous pensons à des manifestations, à une étroite collaboration en ce qui concerne les revendications pour le respect du TNP, au port du brassard ICAN, lancé par les Australiens et qui signifie « Campagne Internationale contre l’Armement Nucléaire », concertation entre les ONG en vue d’exiger un département renforcé au sein de l’AIEA pour remplir une de ses obligations qui consiste à faire respecter l’article 6 du TNP qui demande aux puissances nucléaires un désarmement nucléaire total de bonne foi et le plus rapidement possible.

Pour en terminer, dans l’hypothèse où la révision du TNP n’obtiendrait pas tous les résultats espérés, nous devrions exiger l’application de l’article 7 du TNP qui autorise des pays comme la Belgique, les Pays-Bas et l’Allemagne à déclarer leurs territoires « zone dénucléarisée » (Nuclear Weapons Free Zone).