Le cycle de l'eau - évaporation, condensation, précipitations -bien connu de tous puisque enseigné depuis l'école primaire est cependant un peu plus complexe non seulement dans ses étapes de formation (ruissellement, évapotranspiration, infiltration, percolation) mais aussi dans ses conséquences sur la réalisation des formes du relief de la planète et sur les formes de vie qui l'occupent. C'est dans nos régions à climat tempéré doux et humide en permanence le principal responsable des nombreuses variétés géomorphologiques. Si l'origine des eaux de la Planète bleue qu'elles soient principalement eaux océaniques en occupant les deux tiers de sa surface ou qu'elles soient eaux continentales de surface, souterraines ou très profondes, n'en est encore qu'à des hypothèses de plus en plus précises dans les recherches actuelles, à savoir d'origine cosmique plus lointaine que les comètes qui nous frôlent de temps en temps, sans doute des cristaux entourant des poussières de la Ceinture de Ourt, à la limite du système solaire, du refroidissement de la première atmosphère sur les premières plaques de basalte il y a 4,3 - 4,4 GA ou d'expression des silicates de l'écorce primitive, le mécanisme complet du cycle terrestre est lui de mieux en mieux connu.

Les spécialistes estiment le volume des eaux océaniques à 1.348.000.000 km3 et celui des eaux continentales à 37.300.000 km3 tandis que l'atmosphère serait accréditée de 13.500 km3 (moyenne variant selon l'altitude) en vapeur d'eau initiée sous l'effet de l'énergie solaire. Pour que cette vapeur se condense en liquide c'est à dire en gouttes en suspension, il faut absolument que les molécules s'accrochent à des solides microscopiques dont la provenance peut aussi bien être cosmique que terrestre (sans envisager ici la pollution anthropique). De l'espace nous viennent quelque 10 à 40.000 T de poussières par an, résultat de la fusion en entrant dans la masse atmosphérique freinante, de corps célestes du type astéroïde, comètes ou de l'explosion de supernovae (sans envisager les débris de satellites artificiels de plus en plus nombreux). Mais c'est la Terre elle-même qui envoie dans l'atmosphère des milliards de km3 de poussières lors des éruptions volcaniques et dont les Européens viennent d'en apprendre les conséquences économiques en ce début d'année 2010, tout en se souvenant des émissions catastrophiques antérieures des volcans d'Asie du SE, par exemple le Tambora en 1814 ou d'Amérique, comme le Mont Sainte-Hélène et le Pinatubo, ou du Laki islandais lui aussi, responsable de grosses perturbations atmosphériques et étant - en partie - une cause de la Révolution française en ayant engendré une famine de plusieurs années après 1783, sans oublier les projections extraordinaires et inimaginables à l'échelle humaine, des temps géologiques d'il y a par exemple 65 ou 250 MA avec extinction de nombreuses espèces vivantes ou la formation des trapps, mot suédois repris en anglais pour escaliers, allure que prennent les couches de cendres de centaines de mètres d'épaisseur formant actuellement le plateau du sud de l'Inde ou celui de la Sibérie orientale notamment. D'autres poussières moins bien connues proviennent des brûlis naturels d'espaces végétaux, des savanes par exemple - même de fagnes belges par très forte sécheresse - engendrés par la foudre ou de la combustion de vastes surfaces d'affleurements naturels de houille comme par exemple en Chine du Nord ou encore les aérosols soufrés issus du plancton marin et limnique (DES LACS) et de sa couche superficielle, le neustron qui interviendra dans la formation des pluies acides.

C'est donc autour de ces particules solides que s'accrochent les molécules d'eau évaporée et vont se former les gouttelettes de saturation en une première condensation en nuages par leur refroidissement en altitude. Emportées dans la circulation atmosphérique par les vents, elles vont se rassembler en masses pluvieuses lorsqu'il y a sursaturation au contact d'air plus froid sur les continents en hiver ou en prenant de l'altitude pour aborder des reliefs appelés traditionnellement reliefs-écrans.

C'est alors que commencent les précipitations sous différentes formes et dans différentes conditions: pluie, neige, grêle...et dès lors l'impact sur la surface du sol. Rarement l'impact érosif est nul, seules quelques surfaces très pentues sur roches imperméables laissent s'écouler la pluie en un film enveloppant jusqu'au bas de la pente abrupte mais le plus souvent le ruissellement se manifeste déjà par la percussion de grosses gouttes d'orage sur les roches meubles de type loessique par exemple, qui réalise des petits cratères qui par recoupements successifs des cloisons intermédiaires initie un premier ru favorisé par une dénivellation naturelle. Le plus souvent cependant ce sont les sources issues des châteaux d'eau naturels que sont les nappes aquifères, les tourbières, les névés ou les grands régulateurs de débit que sont les glaciers de montagne, qui sont à l'origine du ruissellement d'abord diffus puis se concentrant de plus en plus par le rassemblement des filets d'eau, qui avec l'altération mécanique, chimique ou biochimique des sols initie une érosion d'enlèvement de particules par une action mécanique de plus en plus forte que la pente est importante ou que le débit s'amplifie. Les réseaux hydrographiques se forment en surface ou dans les terrains fissurés par l’eau circulant dans les fissures (circulation vadose), ou en nappes captives depuis l'existence des temps géologiques à roches perméables. Agent d'érosion donc devenant très vite agent de transport pour finir par être agent de dépôt lorsque la force vive s'amortit.

Eaux océaniques agitées par les courants, les vagues, les marées sous l'attraction lunaire (actuelle et d'autrefois beaucoup plus forte) et solaire, et les tsunamis, fumeurs noirs ou blanches, sources froides ou chaudes, eaux vives des vallées incisées, eaux paresseuses des méandres de plaine ou de vallées burinées aban donnant ses bras anastomosés, eaux d'imbibition des tourbières ou stagnantes des marais, des étangs, des lagons et des lacs, oasis et puits creusés toutes ont contribué à la naissance et à l'évolution de la vie (des êtres les plus inférieurs jusqu'à l'homme), mais aussi à la réguler car si elle peut être qualifiée d'"eau de vie", elle peut l'être aussi d'"eau de mort"selon les variations climatiques ou des usages que l'homme en fait.

Dans les plaines d'alluvions, les vasières et les deltas déposés par les rivières, l'homme a développé, encouragé par des techniques d'irrigation, des civilisations agricoles lui permettant de se multiplier jusqu'à la saturation des espaces et la création de retenues de plans d'eau qui lorsqu'ils perdurent entraînent une salinisation et une perte partielle ou totale de fertilité des sols. S'ils étaient facteurs d'économie pour l'homme aux siècles précédents, les petits barrages qui servaient de réservoirs d'eau potable ou de viviers, engendraient de la force motrice et épargnaient la couverture forestière, les grands barrages créés depuis deux siècles sont eux plus discutables. Certes ils permettent de dompter les tronçons sauvages des grands fleuves mondiaux et aussi en leur aval d'amener l'eau dans des régions normalement sèches voire désertiques et augmenter ainsi la productivité agricole et les sources d'énergie pour une démographie toujours galopante mais ils font aussi disparaître par ennoyage en amont des terres souvent fertiles et les villages qui les travaillaient déplaçant des populations entières ou engloutissant des témoins historiques du patrimoine mondial. De plus en obligeant les eaux à stagner pendant un certain temps derrière des murs, les alluvions acheminées jusque là ne fertilisent plus les terres situées en aval, voire même empêchent les limites des deltas à continuer à lutter contre l'érosion marine qui les rogne petit à petit; quant à la masse que les lacs de retenue représente elle peut jouer par isostasie sur l'écorce terrestre et influencer le jeu des plaques tectoniques jusqu'à favoriser des tremblements de terre, voire des ruptures de barrage entraînant des glissements de terrain et des inondations catastrophiques ce qui en s'ajoutant aux pluies de tempête et de cyclones fait en moyenne 100.000 morts par an. La masse d'eau accumulée elle-même peut aussi initier la formation d'un microclimat pas nécessairement favorable par une grande variation du degré hygrométrique de l'air, des modifications des écosystèmes piscicoles et autres, une prolifération de maladies comme la bilharziose ou des pollutions ne serait-ce que par eutrophisation ou par manque de débit.

En Belgique, le Centre National de Recherches Géomorphologiques avait entrepris la cartographie géomorphologique du territoire non pas seulement dans un but purement scientifique mais aussi dans le but de relever les zones à risques pour la population ; mais avec la régionalisation ce travail n’a pu être que partiel et localisé dans quelques petites régions seulement. La Région Wallonne l’a alors repris officiellement pour cette partie du territoire et publie ainsi une carte des zones à risques sur laquelle on peut se rendre compte de l’importance d’une bonne gestion de l’eau et de l’intérêt que les bâtisseurs de tous les niveaux devraient avoir à en tenir compte dans leur relations avec la nature en général mais plus particulièrement avec l’ « or bleu ». Et pourtant que de dégâts déjà bien visibles n’y a-t-il pas déjà eus dans les régions où elle est mal drainée ou pas drainée provoquant des glissements de terrain, quand elle s’accumule dans des nappes engorgées à la limite de couches géologiques perméable et imperméable dans un relief comme celui du Pays des Collines ou du Pays de Herve par exemples, ou dans des régions où la gestion des nappes exploitables n’est pas maîtrisée et provoque des effondrements de terrain, plus particulièrement dans les terrains calcaires et sous leur forme extrême, les puits naturels du Tournaisis par exemple ou encore dans les fonds de vallées incisées et construites par l’alluvionnement des cours d’eau pour y circuler aussi bien en étiage qu’en période de crues ce que connaissaient bien nos Anciens car ils ne s’en servaient que comme prés de fauche alors qu’actuellement par l’appât du gain dans l’immobilier « tout peut être construit » avec les « technologies modernes » bernant ainsi les futurs occupants qui se retrouvent médusés lorsque le cours d’eau réutilise son lit majeur de façon intermittente et naturelle mais considérée comme catastrophe exceptionnelle par le monde économique. Espérons donc que les bâtisseurs de demain seront plus vigilants avec les nouveaux outils à leur disposition ; ce sera peut-être le cas chez nous mais ailleurs dans le monde ?

Que dire des conflits qu'engendrent les surfaces occupées par les eaux de retenue des grands barrages, plus de 300 conflits actuellement pour cette eau "vitale" retenue égoïstement d'un pays à l'autre voire même entre régions ou états à l'intérieur d'un même territoire. L'eau qui a si bien servi les hommes comme moyen de transport depuis toujours pour le rayonnement des civilisations depuis l'embarcation de Noé jusqu'aux supertankers et hydroglisseurs devient actuellement avec l'augmentation de la population l’« or bleu » de la planète nécessitant de plus en plus de pompage alimentaire, la création d'ouvrages de tous types pour la capter, même des barrages intra-karstiques ou des puits artésiens tirant l'eau fossile piégée dans des couches géologiques profondes et tout cela parce qu'un tétrapode il y a environ 375 à 350 MA a décidé de quitter les mangroves à la limite de l'eau marine et de l'eau douce des marigots pour conquérir des terres émergées!