Rappelons que le pétrole se forme à partir du plancton marin et s’accumule dans des roches sédimentaires à des profondeurs de +/- 700 à 5.000 mètres de profondeur.

Dans le Golfe du Mexique, entre 1940 et 1990 plus de 30.000 sondages offshores ont été effectués à des profondeurs ne dépassant pas 300 mètres. Plus de 3.000 plateformes ont été édifiées pendant cette période. Le maximum des gisements semble se situer dans le Sud du Golfe. Au cours des dernières années des sondages ont été réalisés à des profondeurs de plus de 1.800 mètres. La catastrophe de la compagnie British Petroleum a été provoquée par l’explosion d’une plateforme située à 60 kilomètres des côtes de la Louisiane et où la profondeur des eaux est de 1.500 mètres. A cet endroit les sédiments tertiaires varient de 6 à 8.000 mètres d’épaisseur et les terrains crétacés et jurassiques sont d’une épaisseur de 2.000 mètres. Les gisements pétroliers pourraient se situer à des profondeurs de plus de 5.000 mètres. L’étude sismologique a permis de localiser les niveaux stratigraphiques et de nombreuses failles.

L’administration du président G.W. Bush a adopté des incitations fiscales pour encourager les forages offshores à plus grande profondeur, entre 3.000 et 4.000 mètres où ceux-ci sont naturellement beaucoup plus risqués. En 2004 les incitants fiscaux ont été renforcés. C’est alors que BP a entrepris des forages à très grande profondeur ; il a loué, jusqu’en septembre 2013, une plate-forme pétrolière ultramoderne construite en 2001 en Corée du Sud et propriété de Transocéan. C’est à l’endroit cité plus haut que, le 2 septembre 2009, BP commence le forage du plus profond puits de pétrole et de gaz jamais réalisé, avec une profondeur verticale de 5.500 mètres dont 1.500 sous l’eau. C’est le 20 avril 2010 que l’accident est survenu, probablement à la faveur d’une faille.

Il s’agit probablement de la plus grande catastrophe connue de marée noire sans comparaison avec les accidents survenus avec des bateaux pétroliers. Selon les spécialistes les pertes seraient supérieures à 10.000 m3 de pétrole par jour. La nappe de pétrole recouvre plusieurs dizaines de milliers de km2 et risque même d’être entrainée par le Gulf Stream et de contaminer l’Océan Atlantique. Sur le plan écologique des milliers d’espèces d’invertébrés et de vertébrés sont menacés non seulement sur les côtes mais également dans tout le Golfe. La dispersion en profondeur des hydrocarbures sous forme de gouttelettes crée un milieu considérablement appauvri en oxygène dont les conséquences sont fatales pour tous les organismes vivants. Cet évènement dramatique qu’on aurait probablement pu éviter en utilisant toutes les techniques de protection indispensables va perdurer pendant plusieurs mois. Le nouveau forage pourrait, espérons-le, colmater la fuite dans le courant du mois d’août. Quant aux conséquences économiques elles n’ont pas encore été chiffrées, elles concernent les pêcheries et toutes les économies qui en dérivent, y compris le tourisme, ce qui va provoquer une crise sociale encore plus grave de celle du cyclone Katrina. Un désastre économique sans précédents qui affecte tous les écosystèmes marins et terrestres du Golfe et de cinq états des Etats-Unis.