Souvenirs d’aventures et commentaires parfois impertinents d’un vieux maraudeur !

La truffe d’été appelée aussi truffe de la Saint-Jean, car elle fructifie généralement de juin à fin septembre début octobre dans nos régions, semble avoir été trouvée pour la première fois en 1964 à la Montagne-au-Buis, lieu bien connu de tous les mycologues belges. Elle fut retrouvée quasi au même endroit sur le territoire de Fagnolle en 1968. Albert Marchal le relate dans un article des Naturalistes Belges (Truffes et Mycologie au Pays de Couvin). Le regretté Paul Heinemann confirme la chose et dépose l’échantillon dans l’herbier du Jardin Botanique de Bruxelles. Albert Marchal conduit P. Heinemann sur le site. Ce dernier en donne une parfaite description dans un article des Naturalistes Belges sous le titre, Les Truffes (Tubérales) de Belgique. Cet article met nettement en évidence que Tuber aestivum croît très près de la surface du sol et finit souvent par montrer une surface de quelques cm² qu’un œil exercé peut apercevoir. Point n’est donc besoin de chien pour trouver la truffe d’été! J’ai eu la certitude ce jour-là, il y a de cela environ 15 ans, que je trouverai un jour Tuber aestivum. Je commence par acheter plusieurs livres dont le sujet est la truffe et constate que Tuber aestivum est cultivée dans beaucoup de régions d’Italie et spécialement en Toscane, Ombrie, Marche, Abruzzes etc. En France par contre, elle est volontairement bannie, dépréciée pour éviter au maximum de la mettre en concurrence avec Tuber melanosporum et lui garantir un prix fort. En 1997, après une étude approfondie, je décide d’orienter mes vacances vers l’Ombrie, Marche et le Parc National dei Monti Sibillini, dont je ne soupçonnais pas la beauté incomparable. J’ai la chance de trouver une maison à flanc de colline, à Pievebovigliana, exactement dans la partie Nord des Sibillini. Une Belge loue son habitation qui offre tout le confort raffiné d’une bourgeoise nantie. Région remarquable, gîte de grand confort dans un hameau comprenant quelques maisons anciennes et une petite église. Au pied de la maison en contrebas, les sangliers s’en donnent à cœur joie à la recherche de pommes de terres, voire de truffes, qui sait ? Mon épouse et mes enfants passeront de superbes vacances, mais je n’aurais jamais osé dire au départ que j’avais choisi cette région pour la Truffe! Déjà qu’on passe souvent pour des « djondus » en temps ordinaire avec nos réactifs, nos microscopes et tout le bazar…


A la recherche de Tuber aestivum

Après une escale réparatrice chez un ami de Bergamo, nous voilà partis à la recherche de Tuber aestivum. Nous arrivons à Pievebovigliana et que vois-je? Des panneaux partout signalant que la récolte de la truffe est interdite et punissable par la loi. Je crois rêver, j’ai tapé dans le mille! De la truffe, il y en a puisqu’ils le disent! Ils sont fous ces Italiens! Demain, j’irai à la truffe! A la nuit tombée, en savourant l’air pur du soir, je salue un petit vieux du hameau et lui dis que le lendemain j’irai chercher des truffes. « Tu peux y aller! Mais sans chien, tu ne peux pas en trouver! Bonne soirée à demain! » Dès potron-minet, me voilà parti! Pas loin, à 300 m. de mon logis! Une heure après, je reviens avec un fameux paquet de truffes, sûrement un gros kilo. En remontant le sentier, je les montre au petit vieux : « Porca miseria!!! » Je crois qu’il va faire une attaque! Après avoir récupéré tous ses esprits, il me dit : « si tu y vas encore, je viens aussi avec ma femme, nous ferons le guet, car je n’ai pas les moyens mais j’aimerais quand même avant de mourir, en manger au moins une fois dans ma vie! On dit que c’est si bon? »

Suite de l'article dans notre bulletin n° 71