Une cinquantaine de personnes se sont rassemblées dans la matinée du 4 août 2012 au parc Hibakusha, à l’Université de Mons, pour la cérémonie annuelle de la commémoration de la tragédie de Hiroshima et de Nagasaki.

Les participants, représentant soit un mouvement de paix, soit des associations anti-nucléaires, tant flamandes que francophones, ont été accueillis par le Prof. Robert Fourneau, président du C.E.A.H.

Plusieurs allocutions ont été prononcées pendant la matinée; nous en reproduisons quelques unes un peu plus loin.

La cérémonie s’est terminée par un dépôt de fleurs et une minute de silence devant la stèle « A la mémoire des victimes des bombardements de Hiroshima et Nagasaki et des essais nucléaires ».

L’après-midi a été consacrée à une conférence-débat sur le thème « Le monde sans armes nucléaires…..ce n’est pas pour demain ». Les exposés et le débat qui a suivi ont abordé différents aspects de la question nucléaire.

Après avoir lu le message japonais de Kazashi Nobuo, Vladimir CALLER (CSO) en tant que modérateur a introduit les différents orateurs :

Charles RUIZ (Europe for Peace)
« Les liens entre les centrales électronucléaires et les bombes atomiques » ou « Comment les centrales atomiques sont une menace aujourd’hui pour nos vies et pour la Paix »

Georges SPRIET (VREDE)
«La Stratégie nucléaire de l’OTAN après le Sommet de Chicago : maintien et modernisation des bombes nucléaires en Europe, construction du bouclier anti-missiles, le désarmement n’est pas pour demain»

Marc CUYPERS (A.M.P.G.N.)
« Hiroshima, Nagasaki : leçons apprises ou non »

Paul LANNOYE (GRAPPE)
« Faibles doses d’irradiation : des risques toujours sous-estimés »

Sur proposition du Président du C.E.A.H., Robert Fourneau, toute la cérémonie du matin a été filmée avec l’aide d’Alain Lechien, de la Cellule Audiovisuelle de l’Université de Mons, et la vidéo a été envoyée au maire d’Hiroshima par l’intermédiaire de Pol D’Huyvetter, Directeur de la campagne «Mayors for Peace».
Nous remercions tous les participants de cette journée ainsi qu’Alain Lechien qui a continué à nous aider pendant toute l’après-midi.

Message du Japon aux participants de la commémoration d’Hiroshima/Nagasaki à Mons lue par Vladimir CALLER

Nous apprécions beaucoup le fait que vous organisez une réunion spéciale commémorant le largage de la bombe atomique sur Hiroshima le 6 août.

Les journées cauchemardesques qui ont suivi le Tsunami de l’an dernier ont provoqué chez pratiquement tout le monde au Japon la crainte de scénarios réellement catastrophiques, et, de fait, la situation autour des centrales nucléaires de Fukushima demeure fort précaire et requiert la plus extrême prudence.

Bien que l’une des centrales nucléaires ait été remise en marche, l’expression massive de la colère face à la décision du gouvernement de redémarrer une centrale est en train de s’afficher et de s’intensifier de plus en plus ouvertement.

Nous espérons que cette montée en puissance d’hostilité à l’encontre de l’énergie nucléaire s’étendra sur la surface du globe de sorte que nous puissions progresser d’un pas ferme vers l’établissement d’un mode de vie libéré du nucléaire.

Le 6 août, à Hiroshima, nous allons –outre maints autres évènement et conférences- tenir la 9ième réunion du refus de l’uranium appauvri. Notre but cette année est d’attirer l’attention des gens sur le fait que le mois de mars prochain marquera le 10ième anniversaire du début de la guerre d’Irak en annonçant que nous organiserons une conférence commémorative à Tokyo vers la mi-mars l’an prochain afin de contester l’utilisation à des fins militaires des déchets nucléaires dont les armes à uranium appauvri sont constituées.

Nous espérons que vous, également, vous joindrez à nous dans cette réflexion, et nous vous souhaitons un vif succès lors de vos activités du 6 août, et au-delà.

Le Prix pour un Avenir dénucléarisé (Nuclear-Free Future Awards - NFFA), organisme basé en Allemagne, a été attribué au Dr. Katsumi Furitsu, l’un des membres de l’équipe scientifique et du comité d’organisation de la Coalition Internationale pour l’Abolition des Armes à Uranium.

Institué en 1998, le Prix pour un Avenir dénucléarisé récompense le travail d’activistes, d’organisations et de groupements anti-nucléaires. Ce prix a pour mission de promouvoir l’opposition à l’extraction d’uranium, aux armes nucléaires et à l’énergie nucléaire.

Le Prix pour un Avenir dénucléarisé est un projet de la Fondation Franz Moll pour les générations futures et il décerne des prix en trois catégories : Résistance, Education et Solutions.

Le prix, dans la catégorie Education, a été décerné en reconnaissance du travail du Dr. Katsumi durant trente années qui a rendu public l’impact des radiations sur des communautés à travers le monde. Ceci inclut des travaux avec Hibakusha-Japon, avec des communautés affectées par les retombées de Tchernobyl, avec des communautés indigènes contaminées par l’extraction d’uranium, et, bien entendu, l’impact des munitions à uranium appauvri. Depuis mars 2011, le Dr. Furitsu a fait connaître l’impact sanitaire et social du désastre de Fukushima à des collègues et à des militants tant au Japon qu’au reste du monde.

Avec nos amitiés et en solidarité

Kazashi Nobuo
ICBUW – Japon (Coalition Internationale pour l’Abolition des Armes à Uranium)

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Voici quelques-unes des interventions de la matinée :

Allocution de Philippe de SALLE (A.M.P.G.N.)

Chers amis, chers collègues,

En tant que porte parole de l’AMPGN Belgique, je tiens à manifester nos remerciements pour tous ceux qui soutiennent notre mouvement. Bien que la popularité médiatique de notre action d’information médicale ait baissé depuis la fin de la guerre froide, la menace d’une agression nucléaire n’a fait qu’augmenter et n’a fait que renforcer notre motivation dans notre mission. L’attitude non conciliante et même arrogante de l’OTAN lors du dernier sommet à Chicago non seulement ne favorise pas le désarmement au sein des nations nucléarisés mais favorise la prolifération car elle inquiète d’autres nations qui, à tort ou a raison, se sentiront menacées tant qu’elles n’auront pas rejoint elles aussi le club des puissances nucléaires. Il nous paraît primordial d’ouvrir les yeux des occidentaux qui s’imaginant être dans le bon camp ne songent jamais à remettre en question le bien fondé de leur soi -disant «défense atlantique»

J’aimerais ajouter un petit mot que m’a confie le Professeur Henri Firket, Président honoraire, et qui vous prie de bien vouloir excuser son absence aujourd’hui. « Si on examine les guerres généralisées (type guerres mondiales ou vastes européennes) depuis le XIXème siècle, et leurs suites, on s'aperçoit que la répulsion pour les conflits armés s'atténue avec le passage des générations et que les "progrès" techniques accroissent le pourcentage de victimes, y compris parmi les populations civiles. Après les quinze ans de guerres napoléoniennes (très mortelles dans toute l'Europe et leurs millions de victimes), l'Europe a connu pratiquement un siècle de paix. La guerre franco-allemande de 1870-1, la seule vraiment importante du XIXème siècle (trois mois) n'a pas fait 200 000 victimes. La première guerre mondiale, 45 ans plus tard, 16 millions de morts militaires + 600 mille civils ; la seconde, découlant de la première: 25 millions + plusieurs millions de civils. Les deux bombes nucléaires ont coûté plus de 200 000 morts sur une population d'environ 400 mille, 9/ 10ème des civils. Etc.
A quand la prochaine? »


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Allocution de Georges BERGHEZAN (CSO)

«Depuis qu'il a été fondé, il y a une douzaine d'années, le CSO s'associe à cette commémoration annuelle de la catastrophe d'Hiroshima. C'est bien entendu le professeur Pierre Piérart, le regretté président de notre comité, qui nous a incité et convaincu à y participer.

En effet, la dénonciation du crime d'Hiroshima s'inscrit totalement dans les objectifs et les activités du CSO. Si le bombardement d'Hiroshima et de Nagasaki fut un des derniers de la Deuxième guerre mondiale, il marqua le début de quarante ans de guerre froide. Davantage que l'empire nippon, c'est l'URSS qui a été visée par le bombardement atomique des États-Unis. Quatre ans plus tard, ceux-ci créaient l'OTAN, la plus puissante alliance militaire de tous les temps.
Aujourd'hui, 67 ans après Hiroshima, la guerre froide est terminée, heureusement sans avoir provoqué l'apocalypse nucléaire tant redoutée.

Mais, malgré la fin de la guerre froide et la dissolution de son adversaire, l'OTAN existe encore, englobant un nombre toujours plus grand de pays. De plus, elle s'engage de plus en plus directement dans des guerres. Après les bombardements sur l'ex-Yougoslavie dans les années 1990, puis l'occupation de l'Afghanistan, il y eut, il y a à peine un an, la scandaleuse expédition sur la Libye. En outre, l'arsenal nucléaire de l'OTAN reste au cœur d'une stratégie dite de la dissuasion, en fait de chantage à l'échelle planétaire.

Enfin, n'oublions pas que, si les armes à explosion nucléaire n'ont plus été utilisées sur un « champ de bataille » depuis 67 ans, nombre de missiles et de munitions, utilisés notamment par les États-Unis, sont dotés d'uranium appauvri, garantissant une pollution nucléaire durable aux peuples bénéficiant d'interventions humanitaires, de l'ex-Yougoslavie à l'Irak».


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Déclaration de Carlos CRESPO (Président de la CNAPD)
Lue par Marcel POZNANSKI (CSO)

Nous nous retrouvons ici pour commémorer l'acte le plus meurtrier de l'histoire de l'humanité. La destruction d’Hiroshima et de Nagasaki part le feu nucléaire les 6 et 9 août 1945 a signé bien plus que l’apothéose criminelle d’une guerre qui a charrié un lot imprescriptible d’horreurs. Il a illustré l’absence de limites existantes dans la capacité de l’humanité à s’autodétruire. En quelques secondes les vies de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants se sont consumées dans le feu atomique.

Indubitablement il y a eu un avant et un après Hiroshima et Nagasaki. Progressivement un nouvel équilibre des blocs géopolitiques s’est construit avec la peur d’un nouveau recours à la force de frappe nucléaire comme clé de voute. Cette tragédie de la modernité a tout de même provoqué une certaine prise de conscience salutaire. Dans les années qui ont suivi le bombardement d’Hiroshima et de Nagasaki, des militants du monde entier se sont levés parce qu’ils avaient la ferme conviction qu’un avenir radieux pour eux et pour leurs enfants était incompatible avec la prolifération des armes nucléaires. Le Mouvement de la Paix a toujours été à l’avant-garde du combat pour un monde sans armes nucléaires. Dans les années 80, en Belgique, ils étaient des milliers pour battre régulièrement le pavé contre les missiles. Aujourd’hui, malgré la fin de la bipolarisation du monde qui a été particulièrement marquée durant le seconde moitié du XXème siècle, le combat contre la prolifération des armes nucléaires reste plus que jamais d’actualité.

Aujourd’hui, des armes nucléaires sont encore vraisemblablement entreposées en Belgique sans aucun contrôle démocratique et donc sans aucune légitimité politique. Le Mouvement pour la Paix dans notre pays ne faiblira ni dans sa détermination ni dans sa mobilisation tant qu’une seule de ces armes sera encore présente sur notre territoire. Paradoxalement, l’existence et la dissémination des armes nucléaires au niveau mondial jouent dans le nouvel ordre mondial un rôle diamétralement opposées à celui qui était le leur à l’époque de l’antagonisme prééminent entre l’Ouest et l’Est. Alors que cet équilibre basé sur la capacité de chaque camp d’annihiler l’autre produisait un effet dissuasif dans les escalades qu’auraient pu connaître les conflits localisés qui sont survenus lors de la Guerre Froide, la présomption d’accès à la maîtrise de la potentialité destructrice de l’atome peut générer de nouvelles guerres. Les Etats-Unis, seule puissance ayant utilisé l’arme nucléaire contre des populations civiles, prétendent faire passer sous ses fourches caudines les candidats à l’entrée au club sinistre des pays disposant de l’arme nucléaire. Il est difficile de prévoir comment le dossier iranien va évoluer mais les risques d’une nouvelle guerre provoquée par les Etats-Unis et leur allié israélien sont à prendre avec le plus grand sérieux.

"Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage" disait fort justement Jaurès. Si le Mouvement de la Paix veut éloigner à jamais la perspective de conflits armés meurtriers, alors il faut qu’il s’investisse résolument en faveur du changement sociétal. Car la misère, l’exploitation et l’accès à des ressources limitées ont toujours été des causes de conflits. Le Mouvement de la Paix ne peut se contenter de déplorer des conflits existants ou d’anticiper les conflits à venir. Il doit aussi œuvrer à l’éradication des causes profondes des guerres pour en arriver à l’avènement d’une société où la guerre sera définitivement proscrite.

Vive le Mouvement de la Paix !

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Intervention de Carla GOFFI (Mouvement Chrétien pour la Paix)

Le MCP a voulu attirer l’attention sur les dangers de l’armement radioactif en ‘zones de paix’, notamment dans le bassin européen, et sur les réactions légitimes, via des manifs et occupation des sites, en Europe et ailleurs, de plusieurs associations et mouvements anti-guerre et anti-militarisation.

La représentante du MCP a rappelé la situation de la Sardaigne, dont le tiers de l’île est soumis à ‘servitude’ militaire ou à usage militaire par des firmes d'armement. L’OTAN, les armées, le complexe militaro-industriel du monde entier ‘occupent’ et exploitent la terre, l’air, et la mer sarde à des fins d’entraînements militaires…Et cela, dans des zones (polygones de tir) où les bergers et leur bétail continuent à mener une vie non-paisible, et les villages environnants subissent les ‘poudres de guerre’ qui provoquent des morts, des malformations, la destruction de l’environnement. Du césium, du thorium, du tungstène et uranium appauvri ont été trouvés dans les tissus humains et animaux et dans la chaîne alimentaire. Depuis une année, grâce à l’enquête courageuse d’un procureur qui ne se laisse pas intimider par les menaces de mort proférées à son encontre, le 'syndrome de Quirra' a fait enfin l'objet d'attention de la part de la presse et certains politicien italiens. A ce jour, une vingtaine de responsables du Polygone de tir de Quirra (est de la Sardaigne) ont été mis en accusation, dont trois comandants successifs de la base, des médecins, des scientifiques etc. Maintenant, les associations des victimes attendent avec impatience le début du procès.

La Sicile a servi de base de départ des avions, avec ou sans pilotes, impliqués dans ces dernières guerres (Libye, Afghanistan, Irak). Sigonella est la plus grande station aéronavale des USA. Et la situation risque d’empirer, du fait de l’installation du MUOS (centre de télécommunication satellitaire de l’Otan) à Niscemi. Au dire de nombreux scientifiques, cela peut occasionner des risques graves pour la santé des habitants de la Sicile.

D’autre part, le port de Brindisi (Pouilles) va connaître de grands travaux afin de permettre à l’Otan d’élargir sa ‘zone’ portuaire…

On peut donc craindre que, outre la préparation de nouvelles guerres meurtrières, ces sites et bases provoqueront un nombre croissant de maladies et nuisances graves aux populations locales.

Le MCP tient à saluer les associations pacifistes et les citoyens du monde entier qui luttent contre la "militarisation" de nos territoires, et qui manifestent parfois au détriment de leur intégrité physique. Nous rappellerons ici le camp de la paix qui s’est tenu ce printemps a Faslane- Ecosse- (base des sous-marins nucléaires Trident) et dont les participants ont été durement attaqués et emprisonnés par la police UK .

Cela fait déjà plusieurs années que les habitants de Gangjeong, en Corée du Sud, protestent contre la construction d'une base navale sur l'île de Jeju. Le projet militaire aurait un important impact sur l'écosystème de l'un des sites inscrits au patrimoine de l’UNESCO. Lors d'un référendum, 94% des habitants de Jeju ont voté contre la construction de cette base. Malgré cela, le gouvernement sud-coréen a poursuivi les travaux. Le 7 mars 2012, la Marine sud-coréenne a commencé, avec l'entreprise de construction Samsung Corporation à faire exploser les roches de la façade côtière. Le lendemain, des centaines d'activistes se sont rassemblés sur l'île pour s'opposer aux travaux de la Marine. Un grand nombre d’entre eux furent arrêtés et certains se trouvent toujours en prison.

Il est important de savoir, en ce jour de commémoration des bombardements nucléaires sur Hiroshima et Nagasaki, qu’aujourd’hui, dans le monde entier, des personnes se battent pour que cela n’arrive plus.