NOS POUBELLES DEBORDENT…

Compte-rendu de la journée d’animation avec les guides composteurs de l’Hygea de Cuesmes à Bonsecours - Bernadette Lamblin -

La gestion des déchets coûte de plus en plus cher à la communauté mais également à notre portefeuille. Il est indispensable de réduire nos déchets pour préserver nos écosystèmes. Chaque jour l’ensemble des habitants de la planète produit des millions de tonnes d’ordures ménagères. En 2007, l’Office des statistiques de l’Union européenne a publié des chiffres sur la production et le traitement des déchets ménagers des pays de l’UE. Avec 39%, la Belgique occupe la deuxième place en matière de recyclage des déchets ménagers, derrière l’Allemagne. Chaque Etat membre de l’UE a produit en moyenne 522 kg de déchets ménagers par habitant, la Belgique arrive à 492 kg. Les déchets ménagers peuvent être traités de plusieurs façons : en les destinant à l'enfouissement, en les incinérant, en les recyclant et en les compostant. En 2007, la répartition pour l'UE était en moyenne : 40 % d'enfouissement, 20 % d'incinération, 22 % de recyclage et 17 % de compostage. En Belgique, ces chiffres étaient les suivants : 4 % d'enfouissement, 34 % d'incinération, 39 % de recyclage et 23 % de compostage. La Belgique est donc également le deuxième meilleur élève de l'Europe lorsque l'on considère le recyclage et le compostage (62 %) .

Comment réduire nos déchets ? En choisissant des produits adaptés dès leur achat, en évitant les emballages inutiles, en optant pour des sacs réutilisables ou biodégradables, en réparant les appareils électroménagers lorsque c’est possible. Les déchets organiques et alimentaires représentent souvent plus de 30% du contenu de nos poubelles ; stopper le gaspillage alimentaire constitue souvent un début de solution mais on dispose encore d’une autre alternative qui est le compostage des déchets organiques, une excellente manière pour diminuer de 40 kg notre quota de déchets annuellement jetés.

Si beaucoup d’entre nous sont convaincus du bien-fondé du compostage, il n’est pas toujours évident de savoir comment « bien faire » un bon compost, comment procéder, ce que l’on peut y mettre, ce qui est à proscrire… ce sont les questions les plus fréquemment posées aux « guides composteurs ». Eh oui, cela existe. Qui sont-ils ? A l’image d’un voisin de confiance, le guide composteur peut facilement vous convaincre de l’utilité du compostage, vous aider de façon concrète et vous soutenir dans vos efforts. Bénévole, le guide composteur reçoit gratuitement une formation sur les aspects théoriques et pratiques du compostage, il acquiert les techniques et aussi la méthode pour transmettre son savoir et son expérience. En contrepartie, une fois « diplômé », le guide composteur, s’engage à mettre à disposition quelques heures de son temps libre pour assurer la diffusion du message « compostage à domicile » auprès de la population locale. Sensibiliser un plus grand nombre de foyers et maintenir le geste du compostage dans la durée est également l’un de ses rôles. Ces bénévoles assurent un relais de proximité et garantissent ainsi la pérennité des actions en faveur du compostage domestique.

Ce samedi 15 juin, une quarantaine de guides ou futurs guides composteurs du Hainaut sont venus à Bonsecours. Après avoir été accueilli par Pierre Delcambre, chargé de mission à la Maison du Parc naturel des plaines de l’Escaut, la moitié du groupe l’a suivi pour une visite guidée de l’Escale forestière avant de se rendre sur le promenoir des Cimes pour y observer la canopée et s’informer ensuite du fonctionnement de la Chaufferie Bois-Energie qui alimente le Parc Naturel des Plaines de l’Escaut. Des saules têtards pour chauffer la Maison du Parc naturel… En 2003, le Parc Naturel des Plaines l'Escaut (PNPE) a initié ce projet de chaufferie au bois dans le contexte d’une réflexion plus large sur l’intégration des énergies renouvelables au sein de la Maison du Parc naturel. Cette option répondait à une double préoccupation : valoriser les tailles de saules têtards nombreux sur le territoire du Parc naturel et ainsi participer à la gestion du paysage et au maintien du patrimoine naturel, et d’autre part, développer, dans un deuxième temps, une filière économique locale pour l’approvisionnement en bois-énergie. Cette chaufferie au bois a, de ce fait, un rôle pilote vis-à-vis des communes, entreprises, collectivités et particuliers de la région pour les lancer, eux aussi, dans cette démarche.

Le programme de l’autre groupe était tout autre. En effet, s’ils ont l’habitude de composter dans leur jardin, la plupart d’entre eux ne savent pas comment le compostage à grande échelle s’effectue dans nos forêts. Nous nous sommes rendus à plusieurs endroits pour l’observer.

Le sol n’est pas quelque chose d’inerte, il n’est pas un support, il est une source de vie. Si l’on compare un champ avec un sol forestier on remarque une chose essentielle : il y a nettement plus de matière organique dans nos forêts que dans nos campagnes.

Le sol, c’est la couche supérieure de l’écorce terrestre soumise aux intempéries et donc à l’érosion mécanique et chimique. Il est le résultat de l’action des animaux et des végétaux aboutissant à l’altération des roches sous-jacentes. Il faut plus de 500 ans pour qu’un sol arable se constitue. En dessous, c’est la roche mère.

C’est dans la couche supérieure que l’on va trouver une activité biologique intense. C’est là que les racines des plantes puisent leur nourriture et que des millions d’organismes vivent. On va parler de pédologie (étude des sols) et de pédofaune (la faune du sol).

C’est au niveau de la litière que se joue toute la survie de la forêt ; elle est la source de l’alimentation car elle réutilise ses « déchets » pour continuer à croître. Elle recycle la litière. La pluie d’automne avant la chute des feuilles active les différents organismes, et, par la suite, la pluie va faire pénétrer par ruissellement toute cette matière organique décomposée pour être réutilisée par les végétaux.

Dans nos régions tempérées, il tombe de 3 à 5 tonnes de feuilles par an. 5% de la production végétale est consommée par les herbivores, 95% constitue la litière. 40 à 90% de celle-ci est décomposée en 1 an. L’accumulation des « déchets » dans un écosystème (biotope qui est le support + biocénose qui est le vivant) constitue une stagnation du carbone, élément indispensable pour former la matière vivante. La litière est en quelque sorte un stock de matières premières mais à l’état de « détritus », ce carbone ne peut servir. La décomposition de la matière organique produit du CO2 et libère des éléments minéraux emprisonnés dans cette matière qui retournent dans le sol.

L’intérêt de la visite du jour était de comparer le sol d’une chênaie avec celui d’une hêtraie en forêt de Bonsecours. Les participants ont commencé par observer la litière de la chênaie : très aérée, peu de feuilles encore entières et seulement quelques centimètres de débris végétaux, pas ou presque pas d’horizon noir qui serait le signe d’un horizon organique. Il s’agit d’un « Mull » et donc d’un très bon humus, la litière se dégrade rapidement et les différents éléments sont rapidement remis à disposition dans le sol. Outre la strate herbacée, quelques plantes caractéristiques sont répertoriées telles que la jacinthe des bois (Hyacinthoides non-scripta) et le sceau de Salomon commun (Polygonatum multiflorum). Selon le répertoire des groupes écologiques du fichier écologique des essences édité par le ministère de la Région Wallonne en 1995, nous nous trouvons pour la jacinthe des bois dans le groupe 9 des mull acides et pour le Sceau de Salomon dans le groupe 8, celui des mull mésotrophes à large amplitude. Le pH acide ainsi que les observations confirment bien ce type de sol.

Dans la hêtraie, les choses se passent différemment. Peu ou pas de strate herbacée, les feuilles sur les hêtres forment une voûte qui empêche la lumière de passer et donc ne permet pas aux végétaux de réaliser leur photosynthèse. De nombreuses feuilles non décomposées sont encore présentes sur plusieurs centimètres. Pour trouver les feuilles fragmentées et l’humus il faut « creuser » à plus de 10 cm. Le sol est très sec et la pédofaune n’aime pas vraiment ça. Nous nous trouvons cette fois en présence d’un sol « moder-mor » ce qui est confirmé par la présence de la bruyère commune ou callune (Calluna vulgaris) en quantité importante. Elle fait partie, toujours selon le répertoire des groupes écologiques, du groupe 4, celui du moder-mor assez sec.

Durant cette journée, il était également intéressant « d’identifier » les différents intervenants dans la décomposition de la litière. Quelques petits indices nous ont mis sur la piste. En cherchant dans la litière, nous avons trouvé des feuilles « blanchies ». Il s’agit du mycélium des macro-champignons (basidiomycètes) qui dégrade la lignine, une substance hautement résistante entrant dans la composition de la feuille. Les grosses molécules sont coupées en plus petites. Les micro-champignons (moisissures) et les bactéries vont dégrader la cellulose et la pectine. Tous trois sont des constituants des feuilles et surtout des grandes molécules chimiques, qui « emprisonnent » une partie des éléments minéraux (calcium, potassium, sodium, magnésium, soufre, phosphore,…) utiles au fonctionnement des écosystèmes.

Nous avons également trouvé des feuilles « en dentelle ». Cette fois ce sont principalement des arthropodes et surtout les collemboles qui sont responsables de la décomposition des feuilles. Ils sont aidés par toute une série de bactéries qui agissent indirectement lors de la digestion de ces débris dans le tractus intestinal des animaux eux-mêmes. Et enfin des feuilles « fragmentées ». Il s’agit cette fois d’une désintégration mécanique : ce sont principalement les animaux du sol qui fragmentent les feuilles en morceaux plus petits, mais il faut aussi prendre en compte les alternances de température et de degrés d’humidité. Le résultat de cette fragmentation est une augmentation de la surface des feuilles (chaque fragment de feuille présente un contour possédant une épaisseur de quelques dixièmes de millimètres, c’est principalement la surface représentée par ce contour qui augmente avec la fragmentation) et donc de nouveaux points « d’attaques » pour les bactéries et les champignons qui prennent le relais.

Riches de toutes ces observations, il ne nous restait plus qu’à comprendre pourquoi la décomposition de la litière d’une chênaie se faisait en deux ans tandis que celle d’une hêtraie prenait trois ans. Le tableau reprenant la densité moyenne au m² des arthropodes présents dans ces deux milieux nous a fourni la réponse. Au moyen d’un appareil de Berlez, nous avons pu « piéger » ces invertébrés pour ensuite les observer à la loupe binoculaire, ce qui terminait l’animation.

Après le repas, les deux groupes ont terminé la journée en suivant l’autre animation.