LE VALLON KARSTIQUE DE MARCINELLE-LOVERVAL - Robert Fourneau -

Descendant de la crête de Haute-Marlagne (vers 220 mètres), un ruisseau pérenne coulant du sud vers le nord dans les terrains gréseux avec poches de minerai de fer du Devonien, le Ruisseau de la Ferrée sur le territoire de Nalinnes, atteint à la limite de cette localité et de celles de Loverval à l'ouest et de Marcinelle à l'est, la zone des terrains calcaires du Carbonifère viséen de la Basse-Marlagne située quelques dizaines de mètres plus bas. Là il s'engouffre dans toute une série de chantoirs impressionnants par leur profondeur et leur largeur de plus de 5 mètres chacun en devenant une rivière souterraine mais dont un cours aérien très intermittent a réalisé un vallon sec dans le même axe, appelé le Ruisseau de Borgnery.

Dans ce vallon le nombre de phénomènes karstiques est considérable à partir de là où il réapparaît en une première résurgence au pied de la carrière abandonnée de Borgnery de triste réputation pour avoir servi de lieu d'exécution par les Nazis de résistants locaux à la fin de la seconde guerre mondiale et auxquels un monument rend hommage.

Dans cette vallée à ruisseau à nouveau pérenne devenu le Ruisseau des Haies, plusieurs autres résurgences apparaissent surtout du côté du versant oriental et le chemin qui suit le fond de la vallée est souvent affecté par des incisions concaves de la berge sous l'effet de l'érosion régressive correspondant au recul des cours souterrains de ces petits affluents résurgents suite à l'érosion régressive normale de chaque cours d'eau. Certaines de ces petites résurgences ne sont actives qu'en période de forte pluviosité mais à quelques mètres de hauteur par rapport à ces petites résurgences actives, à flanc de versant, s'ouvrent quatre cavités importantes connues dans la région sous le nom de Grottes des Sarrasins, espacées entre elles d'une dizaine de mètres et de quelques mètres en altitude de l'amont vers l'aval. Toutes portent des traces d'écoulements d'eau anciens sortant du plateau calcaire dominant et se terminant par une corniche partiellement démantelée. La plus importante est la plus septentrionale par son couloir désobstrué sur une dizaine de mètres horizontalement et se terminant à l'orifice par une série de coups de gouge, petites incisions parallèles superposées et concaves sur le flanc méridional du couloir, témoins du clapotis des sorties d'eau à ces niveaux successifs autrefois; un cône de déjection prolonge cette grotte-abri sous roche à ses pieds et les contours rocheux enserrant cette résurgence fossile témoignent par la disposition des anciennes parois d'un grande voûte qui s'avançait autrefois beaucoup plus près du centre de la vallée.

A la fin de la zone calcaire vers le sud, la vallée appelée alors définitivement Ruisseau des Haies, s'élargit fortement mais de façon asymétrique laissant le calcaire sur sa rive occidentale et dégageant les terrains de sa rive orientale en suivant une faille de décrochage entre des entités géologiques différentes. Là les terrains sont en versants particulièrement abrupts dans une première rive concave façonnés dans les grès à phtanites du Houiller inférieur.

Au-delà des calcaires de la rive occidentale, dans les schistes du Houiller cette fois, s'est modelé un vallon sans nom au départ suivant une faille oblique rejoignant la faille principale sud-nord. Ce vallon à ruisseau pérenne que nous appellerons vallon des Templiers, à fond imperméable a permis à des moines-Templiers de réaliser des petits barrages pour étangs de pisciculture près de l'installation de leur obédience sur l'éperon calcaire qui le domine en site de défense. De nombreuses traces de leurs anciens bâtiments dont les vestiges de la base de leur chapelle sont encore visibles.

De plus le groupe des participants a pu voir perdus dans les hautes herbes et peu connus du grand public, les restes fracturés à la fin du XIXème siècle par les autorités religieuses locales, d'un menhir en roche du type bloc mamelonné de grès pédologique landenien, pris dans les terrains meubles du plateau surincombant, attestant ainsi d'une occupation humaine très ancienne sur cet éperon calcaire.

Avec ses grottes où on y a découvert des restes d'hommes préhistoriques ce vallon et ses versants ont favorisé des époques d'occupation humaine pratiquement permanente depuis sa formation; c'est maintenant un site classé et un trajet de promenade pédagogique d'importance dans la ceinture verte botanique et forestière au sud de Charleroi mais il y a quelques dizaines d'années, il y avait un gros problème de pollution. En effet la vallée du Ruisseau des Haies aboutit avant sa confluence avec la Sambre dans les étangs d'agrément du Centre de délassement de Marcinelle. Ils ont été ainsi pollués sans savoir pourquoi par les organisateurs de ces activités en aval puisque les eaux sortaient "normalement" de "sources" en amont au niveau des grottes. L'étude du vallon karstique a montré qu'elles sortaient en réalité de résurgences du Ruisseau souterrain de Borgnery-la Ferrée et que celles-ci étaient alimentées au grand chantoir de La Ferrée (perte d'eau en région wallonne) par les eaux du même ruisseau venant de Nalinnes dans lequel se déversaient les eaux usées laiteuses d'une laverie de laiterie qui traversaient en souterrain les terrains calcaires pour alimenter les résurgences. Heureusement ce problème a été actuellement résolu.