Centre d'écologie appliquée du Hainaut

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mardi 12 août 2014

Bulletin N° 78 - Juin 2014

COMPTE RENDU : STAGE D’ÉCOLOGIE DANS LA FORÊT DE BON-SECOURS

- Bernadette Lamblin -

Le 25 avril, soixante élèves de dernière secondaire du collège Saint-Stanislas de Mons sont venus à Bon-Secours à la Maison du Parc naturel des Plaines de l'Escaut pour un stage d’écologie. La mission de ces élèves divisés en 4 groupes était de suivre un parcours fléché et de répondre aux questionnaires.

Cette animation a été créée en étroite collaboration avec Maga Sirjacobs, animatrice au Parc naturel des Plaines de l'Escaut, qui par sa très bonne connaissance du site a réalisé tous les repérages ayant permis le bon déroulement de cette journée ainsi que proposé de nombreuses animations. Qu'elle en soit ici remercie.

Grâce à une clé de détermination, éditée par la Région Wallonne, ils ont déterminé plusieurs espèces d’arbres et arbustes, mesuré leur circonférence et leur hauteur en utilisant un dendromètre de Franck (Fig. 1). Toutes ces données servant à réaliser des relevés précis et à cartographier les zones délimitées. Une estimation du taux de recouvrement des différentes strates (Fig. 2) venant compléter ce schéma. Il leur a été également demandé d’observer la litière, d’en mesurer l’épaisseur, d’observer et de prélever la ou les différentes couches (horizon) en vue d’un travail en classe, de noter l’état de décomposition et l’essence principale présente (chêne, hêtre,…) à cet endroit. Le dendromètre de Franck est formé d’un triangle rectangle isocèle pourvu d’un tube de visée et d’un fil à plomb. L’observateur vise le sommet de l’arbre en plaçant son œil devant le tube de visée et se déplace par rapport à l’arbre de telle manière qu’il puisse obtenir l’extrémité du plus haut rameau dans son champ de visée. A ce moment, une autre personne vérifie la position du dendromètre en se servant du fil à plomb. Il faut qu’un côté du dendromètre soit parfaitement vertical. La distance qui sépare l’observateur de l’arbre, augmentée de la hauteur de l’observateur, donne avec une bonne approximation la hauteur totale de l’arbre.

Le dendromètre de Franck a également servi à déterminer la hauteur d’une petite butte. Les élèves se sont placés sur le point le plus haut, ils ont visé avec le dendromètre une branche d’un arbre qui se trouvait dans la partie basse, et mesuré d’en bas, en visant ce repère, la distance qui les en séparait. Ils ont pu ainsi déduire la hauteur de la butte qu’ils ont comparée avec les courbes de niveaux indiqués sur la carte.

Durant toute cette journée nous leur avons demandé de bien observer les traces, non seulement celles laissées par les animaux mais également les signes et symboles utilisés par les agents de la DNF (Département de la Nature et des Forêts). C’est ainsi que sur une parcelle très proche de la maison de la forêt, ils ont repéré le sigle représentant un lion. Pour marquer les troncs des arbres à abattre, l’agent de la DNF commence par détacher un morceau d’écorce sur le tronc avec le tranchant de sa hachette. Il marque ensuite l’arbre en frappant ces endroits avec l’autre extrémité de son outil où un signe distinctif figure en relief sur le métal. Pour la Belgique, il s’agit d’un lion. Toute imitation est sévèrement punie.

La lumière, seule source d’énergie de la forêt, est reçue et utilisée pour réaliser la photosynthèse des végétaux qui s’étagent généralement selon les niveaux appelés strates.

La strate arborescente, constituée par les cimes des arbres, absorbe la plus grande partie de la lumière incidente à plus de 7 mètres.
La strate arbustive, formée par les jeunes arbres et les arbustes, n’est présente que sous le couvert léger de certaines essences ligneuses qui laissent filtrer suffisamment de lumière à travers leur cime, de 1 à 7 mètres.
La strate herbacée, qui recouvre le sol, offre des aspects saisonniers caractéristiques très changeants et est constituée de jeunes arbres et arbustes de moins d’un mètre.
La strate muscinale ou niveau des mousses, lichens et champignons pousse au ras du sol.

Une plante faisant partie de la strate herbacée attire l’attention, il s’agit de la bardane séchée. Nous leur avons demandé de dessiner l’infrutescence (ensemble des fruits) ainsi qu’un fruit constitué d’une graine et de son petit crochet lui permettant de réaliser une relation interspécifique (relation entre espèces différentes) appelée zoochorie (transport des fruits par des animaux ou l’homme). Pour la petite histoire Georges de Mestral a inventé la bande autoagrippante en 1941. L'idée lui en est venue lorsque, revenant d'une promenade à la campagne, il remarqua qu'il était difficile d'enlever les fleurs de grande bardane accrochées à son pantalon et à la fourrure de son chien. Il les examina et découvrit la possibilité de faire adhérer deux matériaux de façon simple et réversible. Il développa rapidement la bande autoagrippante et breveta son idée en 1951. De Mestral nomma son invention « Velcro » : Vel de velours (aussi appelé Astrakan) et cro de crochets. De nos jours les applications de ce système sont très nombreuses et le mot velcro est devenu un terme générique pour tous les types de bande autoagrippante.

Vient ensuite une autre observation, celle de gros copeaux de bois auprès d’une grosse branche jonchant le sol. Il s’agit d’un écorçage réalisé par le Pic noir (Dryocopus martius) à la recherche de larves ou de fourmis. Les cratères plus ou moins profonds signalent les endroits où le Pic noir a fait voler le bois en éclats pour accéder aux petits tunnels des larves, où il a ensuite introduit sa langue. Les minuscules trous ronds sont les sorties des galeries d’insectes (des petits veinards qui ont eu la bonne fortune de sortir de la bûche avant l’arrivée du Pic). Sa langue très longue et effilée est d’une grande mobilité. Par un jeu compliqué de muscles et de ligaments, elle peut être poussée très loin hors du bec. Enduite d’une sécrétion visqueuse produite par les glandes salivaires, elle est capable d’aller engluer les insectes jusque dans leur retraite.

Juste en face de l’écorçage se trouve un hêtre isolé, qui n’a pas subi la concurrence de la lumière à cause de la végétation environnante. Il a donc pu s’épanouir harmonieusement en largeur plutôt que de chercher coûte que coûte la lumière au détriment de ses branches basses. Il nous offre une silhouette tout à fait différente que celle qu’il aurait eue dans une hêtraie plus dense.

A divers endroits, les élèves étaient tenus de mesurer la température ambiante et celle du sol, de noter ces relevés pour les comparer ensuite en classe. Ils faisaient de même avec la luminosité sous couvert d’un feuillage plus ou moins dense et sur le chemin, là où la lumière arrive au sol. L’heure et la position sur la carte étaient systématiquement notés.

Un peu plus loin, un paysage très différent s’offre à notre vue, constitué de « bosses » et de « fonds ». Nous demandons aux élèves munis d’un peu d’acide chlorhydrique et d’un morceau de verre de suivre la procédure qui va leur permettre, grâce au tableau simplifié de la détermination des roches, de trouver la nature des roches présentes en ces lieux. Il s’agit du grès. A l’époque de l’éocène (ère tertiaire) la mer occupait la région à cet endroit et, avant de se retirer, elle y a déposé des sables Landéniens. C’est ce qu’ils ont pu découvrir en observant les documents mis à leur disposition qui schématisaient les terres immergées au cours des temps géologiques. Au moyen âge, les « manants » en quête de matériaux de construction, creusaient le sable et ramassaient les grès, d’abord, en lisière et les clairières de la forêt, ensuite dans la forêt même. Les traces de leurs activités sont encore visibles aujourd’hui sur la crête et le « Plateau du Manège » et confèrent à l’endroit un relief bosselé. Ces grès serviront à bâtir les habitations des communes des environs.

La comparaison entre une photo datant du siècle passé et l’observation sur le terrain actuellement montre qu’à cet endroit l’homme a encore une forte influence sur le paysage. C’est un site « privilégié » pour la pratique du VTT.

Le long du chemin, une bande sablonneuse attire l’attention des adolescents car des petits trous y sont creusés. C’est une abeille solitaire, probablement l’abeille des sables (Andrena cineraria), qui creuse son nid dans le sol sous forme de galerie simple se ramifiant en plusieurs cellules. Chaque terrier se ramifie vers une dizaine de cellules où la femelle pond un œuf et entasse une réserve de pollen et de nectar pour le développement de la larve. Certaines espèces d'abeilles-coucous parasites profitent de l'absence de l'Andrène pour pondre dans le terrier.

La souche d’un arbre récemment coupé a permis aux élèves d’en déterminer l’âge, en comptant le nombre de cernes annuels. Le bois formé au cours d’une année comporte deux zones distinctes : le bois de printemps constitué de nombreux vaisseaux conducteurs de sève et d’un petit nombre de fibres (cernes étroites et foncées) et le bois d’été qui contient moins de vaisseaux conducteurs et beaucoup de fibres (cernes plus larges et plus clairs).

Des cônes de pin au pied d’un hêtre méritent une petite réflexion. En cherchant bien, il s’agit d’une forge. Ces « ateliers » sont typiques du pic épeiche, grand amateur de graines de conifères, mais ils sont parfois utilisés par d’autres espèces. La forge de l’épeiche se remarque, au pied d’un arbre, par un amas de cônes de résineux déchiquetés. Plus haut, dans les crevasses de l’écorce, d’autres cônes sont également coincés.

D’un arbre résineux du voisinage le pic détache un cône et le transporte au bec (parfois dans les pattes) jusqu’à son établi. Là, après avoir jeté l’ancien hors de son étau, il fixe son butin et ouvre méthodiquement les écailles pour en avaler les graines. Il a terminé en cinq minutes et repart chercher un nouveau cône. Il fait de même avec les galles, les noyaux, les fruits… Chaque individu possède plusieurs forges disséminées sur son domaine vital. En cherchant un peu, nous avons trouvé son nid à une trentaine de mètres à la lisière des conifères.

La forêt peut dans certains cas être sculptée et l’on observe très facilement les marques laissées par le chèvrefeuille. Ces cicatrices caractéristiques sur l’écorce d’un arbre proviennent de la déformation par l'enlacement d'un chèvrefeuille, plante ligneuse, qui pousse en tournant autour du tronc dans le sens des aiguilles d’une montre en suivant le soleil et formant un garrot. Ces branches ainsi déformées sont recherchées pour la fabrication de cannes. Les agents de la DNF coupent cette liane pour limiter les dégâts sur la croissance de l’arbre. Cette opération doit être régulièrement réitérée car chaque année le chèvrefeuille tente une nouvelle ascension.

Certaines plantes très ingénieuses trouvent une parade afin de fructifier avant que le reste de la végétation les recouvre empêchant alors la photosynthèse de se faire. Au soleil d’avril, ce sont les fleurs blanches de l’anémone Sylvie et les étoiles jaunes des ficaires fausses-renoncules qui apparaissent en premier. Ce sont les réserves présentes au niveau racinaire qui leur permettent cette précocité. En mai les clochettes bleues de la jacinthe des bois prennent le relais, puis vient le temps du muguet.

Une fois les plantes présentes en tapis fleuri, dessinées et observées à l’ombre et dans les endroits ensoleillés, il est temps de prendre en compte une donnée très importante : le pH (mesure d’acidité du sol) qui va influencer la diversité des espèces dans les différentes strates. Plusieurs mesures en différents endroits du parcours complètent les données déjà engrangées.

Autre endroit très intéressant, le site dit des « arbres chandelles ». Grâce à une photo aérienne et à l’observation du site, ils ont écrit l’histoire du lieu. En fait, sur la photo aérienne, on voit très clairement une « coupe à blanc ». Les arbres situés en lisière ont subi de ce fait de plein fouet les intempéries auxquelles ils n’étaient pas préparés, ce qui a causé de gros dégâts au niveau de la couronne allant jusqu’à l’étêtement. On constate actuellement que le front continue à avancer au fur et à mesure de l’exposition de la rangée suivante. Dans ce lieu, on peut trouver des mousses et des lichens, faisant partie de la strate muscinale, ce qui permet aux élèves de les observer et de comparer leur mode de vie.

Un arbre couché leur donne l’occasion de découvrir les acteurs qui interviennent dans sa décomposition (champignons, insectes, pics,…) et l’importance de laisser des grumes sur place. Selon la législation, il faut au moins un arbre « affaibli » pour deux hectares marqué d’un triangle non fermé à la base et au moins deux arbres morts à l’hectare marqués d’un triangle fermé pour assurer au minimum le « stock » carbone de la forêt et permettre la biodiversité.

Le cycle du carbone est très important et cet endroit se prête particulièrement bien à son explication. En effet, un petit terril exploité dans les années 1730-1781 à proximité nous permet de rafraichir les mémoires sur le passé minier de la région et de comparer les moyens d’exploitation de cette époque et ceux mis en œuvre lors de l’exploitation des terrils dans le Borinage ou ailleurs dans les années 1950 et de mieux comprendre le côté « modeste » de la butte.

L’origine du charbon et les problèmes liés au réchauffement climatique font l’objet de toute notre attention. Le carbone piégé durant des décennies dans le sol et remis en « circulation », de façon brutale, depuis l’époque de la révolution industrielle contribue pour une bonne part à l’effet de serre.

Une mare temporaire peuplée d’œufs de grenouille nous a permis d’aborder le thème du milieu aquatique et de comparer « grenouilles et crapauds » (les anoures) et « salamandres et tritons » (les urodèles) du point de vue mode de vie, reproduction, site d’hivernage, migration, et d’informer les élèves sur leur statut d’« animaux protégés » en Belgique.

On en vient ensuite aux problèmes des plantes invasives, sans vraiment entrer dans les détails. Les scientifiques ont défini les plantes invasives selon des critères bien précis.

Une plante invasive est une espèce végétale :

• introduite par l’homme de manière volontaire ou accidentelle en dehors de son aire de répartition naturelle (c’est une espèce dite « exotique ») ;
• capable de maintenir des populations viables dans les milieux naturels ;
• qui présente d’importantes capacités de dispersion conduisant à une expansion des populations ;
• qui tend à former des populations denses qui dominent et éliminent progressivement les espèces indigènes.

Ces plantes invasives posent avant tout des problèmes écologiques. Une fois installées dans la nature, elles dominent la végétation en formant des tapis denses et continus. Elles prennent la place des plantes indigènes et leur développement peut ainsi conduire à une diminution de la biodiversité. Certaines de ces plantes produisent des substances toxiques qui empêchent ou diminuent la croissance des autres végétaux. C’est le cas de la Renouée du Japon (Fallopia japonica) classée en liste noire et qui est très présente le long du sentier qui mène à l’arboretum.

Autre plante invasive, l’érable à feuilles de vigne ou érable jaspé de gris (Acer rufinerve) qui, de bonne foi, a été introduite dans l’arboretum par l’agent des forêts de l’époque dans les années 1950 – 1970. N’ayant pas trouvé le terrain favorable, elle s’est « échappée » et a colonisé d’autres endroits de la forêt de Bon-Secours, parfois très loin de son point de départ (voir article dans le prochain bulletin).

Le sol n’étant pas qu’un support, il a retenu toute l’attention des élèves qui ont procédé à un « carottage » de plus d’un mètre de profondeur. Les échantillons prélevés ont été placés dans des sacs en plastique dans le but d’être observés en classe. L’animation s’est terminée par une identification sommaire de la pédofaune piégée à l’aide de l’appareil de Berlez et des informations sur le rôle essentiel du ver de terre.

En conclusion, une journée bien remplie qui avait pour objectif de sensibiliser ces futurs diplômés à l’écosystème forêt en les initiant à la gestion forestière, à l’identification des facteurs intervenant dans la décomposition de la litière, à l’étude des relations intra- et interspécifiques, à la recherches des traces animales et autres ainsi que sur le danger des plantes invasives. L’étude des facteurs édaphiques, biotiques et abiotiques étant également très importante dans la compréhension de cet écosystème particulier qu’est la forêt.

Nous remercions les professeurs, Mesdames Fontaine et Barone pour leur implication dans la préparation de cette journée ainsi que pour leur enthousiasme.


Bibliographie

Quintart, Une maison pour une forêt - Bon-Secours, Ministère de l’Education nationale et de la Culture française. Edité précédemment dans la revue des Naturalistes Belges.

C. Keulen, Guide pour une promenade en forêt de Bon-Secours (Péruwelz), 1986, Liège-Environnement

Centre technique de l’enseignement de la communauté française, Ecologie de la forêt, Ministère de l’éducation, de la recherche et de la formation

Nombreuses photos et illustrations dans le bulletin N° 78 du CEAH

Bulletin N° 78 - Juin 2014

QUELQUES OBSERVATIONS PRINTANIÈRES

- Bernadette Lamblin -

Geopora sumneriana

Geopora sumneriana est un champignon printanier qui pousse en groupe sous le cèdre et l’if d’où son nom de Pézize des cèdres ou Géopore des cèdres. Cette espèce mycorhizienne est peu commune, toxique voire mortelle consommée crue.

L’apothécie d’abord sphérique, semi-hypogée ou à peine affleurante se déchire pour s’ouvrir en couronne ayant un aspect étoilé mesurant de 2 à 8 cm et laissant apparaitre l’hyménium gris-clair à café au lait, brunissant de plus en plus à la maturité du sporophore.

La chair est peu épaisse et cassante. La partie externe brun-foncé est garnie de poils. On les appelle parfois « les oreilles de la Terre » ou encore « les bouches de la Terre ». Il faut prendre le temps de les admirer avant que la chaleur et la sècheresse ne les fassent disparaître.


Lycogala epidendrum

Lycogala epidendrum est un myxomycète appelé aussi « Lait de loup ». Les mycomycètes sont dépourvus de mycélium, de basides ou d’asques La fructification de Lycogala epidendrum peut être observée sur le bois mort humide de feuillus ou de résineux, sur les souches, les troncs abattus... Il est assez courant de juin à novembre.

Ce sont des « amibes » unicellulaires qui se déplacent sous forme de petits plasmodes rouges. Lorsque les conditions changent, elles s’agrègent par le biais de signaux chimiques pour former des fructifications de 3 à 15 mm de diamètre, elles se nourrissent par phagocytose de bactéries, de levures et de spores. Elles peuvent être de forme ronde ou un peu comprimé avec une texture rugueuse ou verruqueuse.

Ces fructifications ressemblent à de petits coussinets, rose à brun, les sporanges se développent le plus souvent en groupes serrés de plusieurs individus et excrètent une pâte rose si la paroi extérieure est rompue avant que la fructification ne soit mûre. Le « lait de loup » suinte parfois spontanément. A maturité, la « coque » dure devient brune avant la libération des spores.

Ce myxomycète est difficile à classer parmi les êtres vivants, sa première phase rampante amiboïde évolue vers une fructification qui libère des spores extrêmement résistantes et durables.

C’est certainement le "myxo" le plus commun, à rechercher après de bonnes pluies, difficile de ne pas le voir dans sa forme immature, les petites boules molles, roses, tranchant nettement sur son support. A maturité, il devient gris brun et il est plus difficile de l'apercevoir.

Illustrations dans le bulletin N° 78 du CEAH

Bulletin N° 78 - Juin 2014

NOTIONS DE GÉOLOGIE ET DE GÉOMORPHOLOGIE DU SUD DE L'ENTRE SAMBRE-ET-MEUSE VUES PAR UN NATURALISTE D'IL Y A QUELQUES SIÈCLES
Avant-propos
Robert Octave Fourneau a retrouvé un texte d'un Naturaliste du XVIIIème siècle J. LECOMTE qui avait parcouru et observé les différentes parties du sud de l'ENTRE-SAMBRE-ET-MEUSE ; les extraits de ces propos font suite à un texte très détaillé sur les ardoisières, principalement sur celles situées en France actuellement. Il est curieux de constater que de très bonnes observations y étaient déjà faites même si elles sont rapportées confusément et que des termes d'autrefois ont évolué comme dans d'autres domaines de la langue française. Peut-être est-ce de cette époque qu'est née la confusion de l'appellation marbre pour tout calcaire poli dans le domaine commercial?

J. LECOMTE
"J'aborde maintenant le Pays du Marbre et je vous ai déjà fait observer que les pays de même nature avaient toujours quelques différences qui les caractérisaient et les rendaient dissemblables les uns des autres; celui-ci est peut-être plus PROPRE qu'aucun autre à donner cette idée.
Outre les grandes variétés qu'il y a entre bancs de marbre et les qualités très variées de ce marbre même, on voit de temps en temps des masses ou bancs de sorte de CHYTE (se prononce kite, comme dans trachyte, roche feuilletée volcanique) formés en feuillets très minces et très serrés les uns contre les autres et posés sur le marbre. Il semble que ces deux pays qui se touchent, le Pays aux ardoises au sud et celui à marbre, aient voulu conserver de l'alliance entre eux quoique ce chyte, à la vérité ne ressemble nullement aux ardoises, ni à aucune partie des roches ardoisées. Il ne s'y trouve pas de ce chyte singulier, le pays est plat et le chyte ne se trouve pas que dans les parties montagneuses telles qu'aux environs de Chimay, Philippeville et de Mariembourg. Dans tout ce pays comme dans tous les autres fournis de marbre, d'ardoise ou d'autres pierres, les bancs se succèdent les uns aux autres, changent souvent de direction, de situation et de qualité. Tout ce qu'on peut dire encore, est que tout ce qui est calcaire affecte la ligne horizontale tandis que les chytes ou ardoises affectent la ligne oblique ou perpendiculaire. Voilà les généralités de ce pays à marbre.
Le caractère général de ce marbre est d'être d'un fond gris bleu taché de blanc. Les qualités dont nous parlerons dans la suite, n'en sont que des variétés. Dans la région de Chimay on observera que dans les bancs brutes (sic à l'époque) et que l'on peut regarder comme de la pierre ordinaire sous lesquels se trouvent placés les bons bancs de marbre, on trouve de toutes les espèces de coquillages anciens, quoiqu'ils soient clairement semés. Plus les bancs sont élevés, moins ils sont bons, c'est à dire de marbre. Il est vrai que l'on doit distinguer les élévations qui résultent de la détérioration ou du dérangement des terres qui environnent les bancs. Ceux-ci souvent de bonne qualité, tel est le groupe de marbre sur lequel est posé le château de Chimay; il est vrai que cette élévation ne dépasse pas la hauteur de terrein (sic à l'époque) qui est vis à vis au nord; peut-être qu'il en a fait partie autrefois; la petite rivière ou le ruisseau qui y passe, a peut-être creusé ce fond (= Eau Blanche).

Suite de l'article dans le bulletin N° 78 du CEAH

Bulletin N° 77 - Mars 2014

L’HISTOIRE NATURELLE À L’ECOLE CENTRALE DE MONS (1798-1802)

- Michel Wautelet, Université de Mons -

Introduction

Les sciences, dont l’histoire naturelle, n’ont pas toujours fait partie des programmes d’enseignement secondaire. Dans nos pays, avant la Révolution française, l’accent est mis sur les auteurs latins. Ce n’est qu’à la fin du XVIIIe siècle que, sur l’initiative de savants français, une révolution dans l’enseignement apparaît, plaçant les sciences à une place importante. Cet article présente les débuts de l’enseignement de l’histoire naturelle dans le département de Jemappes, dont est issue notre actuelle province de Hainaut.

Contexte historique

Avant la Révolution française, l’enseignement n’a pas la place qu’on lui connaît aujourd’hui. Sous l’Ancien Régime, avant l’époque autrichienne, l’école n’intéresse guère l’Etat, qui s’en remet aux initiatives locales, privées et au clergé. Des prêtres et religieux dirigent de nombreux collèges. Les grands ordres religieux (Jésuites, Augustins, Oratoriens, Frères Mineurs) organisent les humanités, centrées avant tout sur l’étude des auteurs latins. C’est d’eux que provient la structure en six années des humanités et la tradition d’études gréco-latines.

Au XVIIIe siècle, sous le régime autrichien, l’Etat commence à s’intéresser à l’enseignement dans le but de développer l’absolutisme centralisateur et d’affirmer la prééminence du pouvoir civil. En 1773, le gouvernement des Habsbourg supprime la Compagnie de Jésus. Mais il conserve d’autres établissements religieux, qui entretiennent la tradition des études gréco-latines. En 1777, le Plan provisionnel de l’impératrice Marie-Thérèse est mis en œuvre par Desroches. Il crée une nouvelle forme d’études, penchant dans un sens plus moderne, qui réserve une part à la langue maternelle, aux mathématiques, à l’histoire, à la géographie, aux langues étrangères. Il n’est pas encore question de sciences. Sur le territoire de la Belgique actuelle, on remplace les établissements jésuites par 15 collèges directement gérés par l’Etat. Il y a sept collèges thérésiens (du nom de l’impératrice Marie-Thérèse) avec pensionnat, conçus sur le modèle de celui de Vienne : un à Bruxelles, quatre en Flandre et deux en Wallonie (Namur et Luxembourg). S’y ajoutent huit petits collèges royaux, dont aucun dans l’actuel Hainaut (qui est donc dépourvu de tout enseignement secondaire).

Le Hainaut et le Tournaisis sont annexés à la France en 1795 et deviennent le département de Jemappes. En janvier 1797, la loi du 3 brumaire an IV (25 octobre 1795) est mise en application dans nos régions. Elle se base sur un rapport de Lakanal présenté le 26 frimaire de l’an III (16 décembre 1794). Elle prévoit la création d’écoles primaires municipales, dont la religion est bannie, et qui échouent complètement. Elle impose aussi la création d’écoles secondaires, appelées écoles centrales, entièrement sécularisées, établies dans les chefs-lieux départementaux. Sur le territoire de la Belgique actuelle, il y en a sept, situées à Anvers, Bruges, Bruxelles, Gand, Liège, Mons et Namur. Le système introduit et impose dans l’enseignement secondaire des enseignements jusqu’alors méconnus : dessin, sciences naturelles (physique, chimie, botanique), langue maternelle, etc.

A Mons, l’Ecole centrale du département de Jemappes est fondée en 1797 et inaugurée en 1798. Elle ne fonctionne que pendant cinq ans. La loi du 11 floréal an X (1 mai 1802) supprime les écoles centrales. Celle de Mons fonctionne jusqu’au 22 décembre 1802. Bonaparte les remplace par des lycées de niveau secondaire supérieur, qui en reviennent largement au modèle du collège de l’Ancien Régime.

Suite de l'article dans le bulletin N° 77 du CEAH