A 69 ANS DES BOMBARDEMENTS NUCLÉAIRES SUR HIROSHIMA ET NAGASAKI
- Claudine Pôlet –

A Mons, la commémoration des bombardements nucléaires américains sur Hiroshima et Nagasaki en août 1945 a commencé par l’inauguration d’une stèle consacrée à Pierre Piérart, professeur à l’université de Mons, fondateur du Parc Hibakusha, décédé en 2010. Celle-ci fait face au mémorial en hommage « aux victimes de Hiroshima et Nagasaki et des essais nucléaires ».

Macha Re-Piérart a dévoilé la stèle dans laquelle un fidèle portrait était gravé par Monsieur Giuseppe Giudice (artiste de la région de Mons : www.sculpture-en-marbre.be) ainsi que les inscriptions : « Le Parc Hibakusha a été créé par le Pr Pierre Piérart en 1989 », « Lutter contre l’armée nucléaire, c’est lutter pour la vie », « Si tu veux la paix, prépare la paix ». L’émotion de tous les participants à la cérémonie s’est muée en réflexion et en fraternité en écoutant une des chansons préférées de Pierre Piérart : « Le Déserteur » de Boris Vian, interprétée par son auteur.

Des amis et collègues du Professeur Piérart ont ensuite pris la parole, ainsi que des représentants de plusieurs associations de paix – tant flamandes que francophones - . Les textes des discours d’Eduard Kusters de l’IPPNW, d’Antoine Baguet de INTAL, d’Edouard Brion du MCP et de Guillaume Defossé de la CNAPD se trouvent sur le site du CEAH (http://www.c-e-a-h.be).

Devant le mémorial, un dépôt de fleurs a précédé la minute de silence à la mémoire des victimes des bombardements nucléaires de Hiroshima et Nagasaki et aussi avec une pensée pour toutes les victimes des guerres actuelles, nucléaires ou pas.

La conférence de l’après-midi s’est efforcée de faire un bilan de l’état du désarmement nucléaire en 2014 avec les contributions très intéressantes des trois conférenciers qui ont introduit le débat : Luc Mampaey (directeur du GRIP), Michel Wautelet (membre du CEAH et de l’UMONS), Ludo De Brabander (responsable de VREDE). Nous renvoyons à leurs textes publiés intégralement dans les articles de ce bulletin afin de ne pas déformer leurs idées par un résumé trop court.

Quelques pistes de réflexion sont apparues : même si, selon certains intervenants, des progrès se sont accomplis vers un relatif désarmement nucléaire, cela ne représente pas pour autant un progrès vers la paix dans le monde; les armes « conventionnelles » se produisent et circulent massivement et causent des désastres dans des conflits de plus en plus nombreux sur toute la planète; des armes nucléaires, aussi miniaturisées qu’elles puissent être, sont toujours des armes de destruction massive, un missile ou une bombe nucléaire n’est jamais « une arme tactique »; l’Otan (27 pays membres, d’Europe et d’Amérique du Nord, sur les 198 pays de l’ONU) développe sans cesse sa stratégie nucléaire, possède l’arsenal d’armes le plus puissant du monde, et s’arroge toujours le droit « de la première frappe nucléaire ».

La conférence s’est conclue sur l’engagement des participants, -associations et personnes-, à ne jamais laisser tomber dans l’oubli les Hibakusha, ni les victimes des guerres d’aujourd’hui et à poursuivre le combat pour la paix uni à celui pour la justice sociale dans le monde.

Parmi les interventions de la matinée, nous publions celle du Dr. Kusters qui décrit bien l'enthousiasme du Prof. Piérart.

Chers collègues, chers sympathisants, chère Macha,

Mon nom est Eduard Kusters. Je suis un membre de l'aile belge de l’IPPNW - International Physicians for the Prevention of Nuclear War. Aujourd'hui, je suis surtout ici pour la mémoire de Pierre Piérart. Je connaissais Pierre personnellement. Nous avons été ensemble à de nombreuses réunions de l’IPPNW.

Je voudrais vous raconter un événement, dont je me souviens très bien, c'était à l'époque de Gorbatchev. L'IPPNW avait reçu une invitation à visiter les champs d'essais des explosions nucléaires au Kazakhstan. Il y avait des centaines de représentants de différents pays. Nous voyagions dans une longue colonne d'autobus de Alma-Ata, -à l'époque, capitale de Kazakhstan-, à Semipalatinsk où les essais avaient eu lieu. Le paysage entre Alma-Ata et Semipalatinsk est une énorme vaste plaine.

A un moment, tout à coup la caravane s'était arrêtée. Je voyais Pierre quitter l'autobus et la colonne et courir dans la vaste plaine. Les guides étaient inquiets. Pierre n'était plus qu'une petite figure dans l'énorme plaine. Finalement, il revint avec dans ses mains une plante spéciale. Je ne me souviens plus du nom de cette plante, mais je me souviens très bien du visage enthousiaste de Pierre quand il la montrait. Cet enthousiasme était typique pour lui. Il avait cet enthousiasme dans toutes les actions de l'IPPNW.

Maintenant, les temps ont changé. Pourtant, les problèmes des guerres et le danger des armes nucléaires restent les mêmes. Nous avons besoin de l'enthousiasme de Pierre si nous voulons réaliser quelque chose.