LA FORÊT DOMANIALE DE BONSECOURS
- Bernadette Lamblin -

Nous tenons à préciser que depuis de nombreuses années, nous avons le privilège de travailler en collaboration avec la Maison du Parc naturel des Plaines de l’Escaut. Toutes les animations décrites précédemment ont été réalisées par Monsieur Pierre Delcambre, chargé de mission et Madame Maga Sirjacobs, animatrice au PCDN. Nous profitons de cette note pour les remercier ainsi que Monsieur Reinold Leplat, directeur administratif.

Bonsecours, c’est, entre autres, un massif forestier qui regroupe sans interruption une forêt domaniale belge de 297 hectares et une forêt domaniale française de 470 hectares ainsi que de nombreux bois particuliers, le tout atteignant 1200 hectares. Depuis 1918, la forêt est devenue domaine de l’Etat et est gérée par les administrations belge et française des Eaux et Forêt depuis 1929.

Au néolitique (8000 ans avant J.C.), la forêt de Bonsecours était constituée d’une chênaie Atlantique mais l’action humaine et les brusques variations de climat l’ont fait évoluer vers une hêtraie devenue dominante.

Au Moyen-âge, les manants creusaient le sable et ramassaient les grès pour bâtir leur maison. Dans toute l’Europe, le Moyen-âge est l’époque des grands défrichements. Les activités jointes à l’exploitation des grès Landéniens amèneront un recul de la forêt et la formation de landes sur la crête de Bonsecours, là où furent érigées successivement des chapelles avant la construction de la basilique de Bonsecours vouée au culte de la Vierge. C’est à cette époque que le hameau de Bonsecours est né, entouré par la forêt.

Cette forêt très riche attira les ducs de Croÿ qui vinrent s’installer au cœur du massif forestier dans un ancien pavillon de chasse familial. Ils y firent construire plus tard un château imposant ainsi que plusieurs dépendances. Les habitants de Bonsecours travaillaient dans les bois, au château ou dans les mines de charbon.

Le besoin en bois pour étançonner les galeries de mines exploitées à quelques kilomètres de là fit rechercher une espèce donnant un bon taillis. Elle ne devait pas être exigeante car elle devait se satisfaire d’un sol pauvre, acide, fait de sable et de cailloux (grès). C’est le châtaignier (Castanea sativa) qui fut donc la première essence forestière introduite à Bonsecours. Il fut exploité en taillis car il rejette très bien de souche.

Le duc Emmanuel de Croÿ, Maréchal de France, parvint à devenir propriétaire de toute la forêt qui entourait le relais de chasse où son père avait résidé : le lieu-dit l’Hermitage. C’est lui qui avait fait planter des pins. Cette pinède devint très belle et, par erreur, on parla de « plaine des sapins » (nom qui lui est resté à ce jour et sur lequel fut bâtie la Maison de la Forêt) au lieu de « plaine des pins ». Durant la guerre 14-18, les pins furent abattus.

Notons, pour la petite ou la grande histoire, que le prince Emmanuel de Croÿ était Grand Veneur héréditaire du Hainaut. Excellent chasseur, il abattit un sanglier à une distance considérable, en 1751. Il fit placer deux bornes : la borne du Maréchal « icy étoit P. de Croÿ » et la borne du sanglier « tué le 28/8BRE/1751 de 342 pieds (sic) de France » c’est-à-dire à 111 mètres. Les bornes furent placées à une distance exagérée.

Cette forêt est actuellement peuplée en grande partie par des hêtres qui en imposent par l’ambiance de leur futaie et par leur couvert très épais. Ils empêchent toute concurrence, créant, entre leurs cimes de rare endroit où le soleil peut s’aventurer pour permettre aux plantes herbacées de s’épanouir à leur tour. La particularité du hêtre (Fagus sylvatica) est de n’avoir pas besoin de beaucoup de lumière dans les premières années de sa vie. C’est une espèce dite « sciaphile », ce n’est que bien plus tard qu’il cherche la lumière.

Les autres espèces arborescentes principales étant le chêne sessile (Quercus petraea), le chêne pédonculé (Quercus robur), le chêne d’Amérique (Quercus rubra) et le frêne (Fraxinus excelsior).

Le sol d’une forêt est très peuplé. Sa formation à partir de la roche mère est très lente, 1000 années pour que la vie s’y installe et 7000 années pour obtenir une épaisseur de 20 cm. Il est évident que l’on comprend très bien le danger que représentent pour la forêt les prélèvements sauvages d’humus malheureusement trop fréquents.

Pour obtenir un sol, il faut que la roche mère soit soumise en premier aux attaques chimique et mécanique, ensuite des bactéries et des virus qui préparent un terrain favorable pour les premiers organismes végétaux (lichens et mousses) qui vont amender le sol et permettre l’installation de végétaux de plus grandes tailles. Les mousses sont très importantes en forêt et sont protégées car elles absorbent suivant les espèces jusqu’à 20 fois leur volume en eau lors de fortes pluies et elles restituent progressivement cette eau au milieu forestier lorsque le sol devient plus sec.

Que peut-on trouver en forêt de Bonsecours et qui peut-on y rencontrer ?

De nombreux insectes et chenilles qui feront le bonheur des mésanges charbonnière, noire, bleue, nonnette huppée et à longue queue à l’époque où il faut rassasier les oisillons ainsi que le pinson des arbres, le pouillot siffleur, fitis et véloce ou encore le geai des chênes, le rouge-gorge, le troglodyte, le pipit, le merle noir, les grives, la fauvette à tête noire, le coucou gris, le roitelet huppé, le pigeon ramier, la chouette hulotte et le hibou moyen-duc, l’épervier, les pics et bien d’autres…

La luzule printanière, l’épilobe en épis, première plante colonisatrice des sols dénudés, la fougère aigle, la canche flexueuse et autres ronces, myrtilles, callune fausse-bruyère sont abondamment représentés. Parmi les insectes typiques des milieux sablonneux notons, au niveau des landes à bruyère, la présence de la cicindèle champêtre (Cicindela campestris) et du minotaure typhée (Typhaeus typhaeus). Celui-ci est un fouisseur acharné, il creuse des galeries atteignant souvent un mètre de long au fond desquelles il pond ses œufs. La femelle s’occupe des petits pendant que le mâle apporte des « crottes » de lapin, de mouton, de cervidés,… dont ils se délectent. La cicindèle champêtre dont les élytres vert mat présentent chacune 6 tâches d’un blanc ivoire est un insecte carnassier très rapide à la course qui aime se « dorer » au soleil durant la journée. La larve également carnassière s’installe dans un « puits » vertical creusé dans le sol d’où elle guette ses proies.

Il n’est pas rare non plus d’observer un « serpent de verre », l’orvet, qui est en fait un lézard sans patte il possède la même caractéristique que les lézards à savoir, la possibilité en cas de danger de vous laisser sa queue entre les mains (c’est l’autotomie caudale). Chose qu’il faut évidemment éviter car la perte de cette partie de queue peut entrainer des conséquences importantes sur la santé du reptile. Elle contient les réserves de graisses et la perte de celle-ci peut causer du tort au reptile en particulier lorsque la nourriture est rare. Après 30 jours environ, elle aura repoussé mais elle est différente de l’ancienne. Elle est plus courte et les nombreux petits os sont remplacés par un seul tube de cartilage. Les mouvements de la nouvelle queue seront donc moins précis.

Parmi les mammifères, rencontrer un chevreuil de bon matin est chose courante. Le lapin de garenne est fort répandu si l’on en juge par les crottes qui parsèment le sol et les dégâts occasionnés aux jeunes plants, surtout les années de forte abondance. La musaraigne carrelet y est également présente ainsi que le muscardin et l’écureuil roux.

Les batraciens profitent de la mare située près de la maison du parc ainsi que des mares temporaires dispersées dans la forêt. La salamandre noire et jaune nous rend régulièrement visite aux abords du bâtiment ainsi que des tritons et des grenouilles.

C’est un lieu à découvrir en famille en respectant le site trop souvent souillé par les promeneurs. Tout au long de l’année la végétation évolue très vite rendant la promenade chaque fois agréable. Rendez-vous à la Maison du Parc de Bonsecours : de nombreux circuits vous y seront proposés.

Bibliographie

C. Keulen, Guide pour une promenade en forêt de Bon-Secours (Péruwelz), 1986, Liège-Environnement

A. Quintart, Une maison pour une forêt – Approche et compréhension de la vie dans une forêt, 1980, Les Naturalistes belges, 61, 149-233.