GASPARD DEMOULIN, UN COLLECTIONNEUR MONTOIS MECONNU
- Michel Wautelet, Université de Mons -

Si les sciences se sont développées grâce à de nombreux scientifiques, elles avancent aussi grâce à quantité de gens discrets et méconnus. Il en est ainsi de collectionneurs qui, avec passion et grâce à une fortune considérable, ont accumulé des trésors, légués plus tard à des institutions scientifiques importantes. Gaspard Demoulin (Mons, 1812 – 1881) fait partie de cette catégorie de collectionneurs éclairés, discrets et méconnus.

Né à Mons le 12 février 1812, Gaspard Demoulin est le fils de Gaspard Joseph Demoulin (1770-1850). Après des études secondaires, il est envoyé à Douai pour faire des études de philosophie, puis à Paris pour des études de droit. Tout jeune, passionné d’entomologie, il parcourt la campagne à la recherche d’insectes rares. Après ses études, il complète ses collections entomologiques par des achats et des échanges. Il porte un grand soin à leur classification. Plus tard, devenues trop importantes, il en fait don au Musée de la ville de Mons.

Membre de la commission administrative de ce même musée, il se charge, seul, du classement des oiseaux et mammifères.

Mais c’est la passion des plantes qui va bientôt le dévorer. Après son mariage avec Marie Derbaix (1820-1913), en 1845, et le décès de son père, en 1850, il se retrouve à la tête d’une belle fortune. Il est aussi propriétaire d’une maison de campagne à Ghlin (actuellement rue du Festinoy). Il y fait des plantations diverses et y bâtit de vastes serres.
«Presque aucun genre de plantes ne lui était étranger. Dans son jardin on remarquait de curieuses collections de Conifères, de Crataegus, de Vitis, de Fougères rustiques, de plantes alpines, etc. Dans la serre chaude des Palmiers, Fougères, Cycadées, Aroïdées, Orchidées, Gloxinia, Achimènes, Amaryllis, etc., tandis que les Camellia, les Azalea, les arbustes de la Nouvelle Hollande, les Cyclamen, les Bouvardia, les Cineraires, les Fuchsia, lui faisaient une serre froide toujours fleurie. Mais il affectionnait tout particulièrement les Pelargonium… » (De Puydt, 1882).

Mais ce qui fit surtout la réputation de Demoulin, c’est sa collection de cactées. Au départ de plantes grasses trouvées dans la serre paternelle, il développe une collection de cactées, qu’il cultive dans ses serres de Ghlin. « Cette collection de Cactées s’était étendue et complétée à tel point qu’aucune autre en Europe n’eût pu lui être comparée. Tous les genres s’y accumulaient en superbes exemplaires; des Opuntia colosses s’y couvraient de fleurs et de fruits; les Cereus s’y élevaient jusqu’à quatre ou cinq mètres de hauteur et y prodiguaient leurs belles et étranges fleurs. Des Echinopsis, des Echinocactus y dépassaient la grosseur d’une tête humaine. Jusqu’aux tout petits genres simplement curieux, les Rhipsalis, les Phyllanthus, etc., avaient leur place dans cet ensemble. Mais une autre tribu partageait les faveurs de Demoulin, celle des Agavées. Aucune belle espèce ne manquait à sa collection et les amateurs ont pu admirer le colossal développement de quelques-unes des plus remarquables. Enfin, les Aloë, dont la réunion est très intéressante, les Stapelia et, en un mot, toutes les plantes charnues étaient soigneusement réunies dans les serres. » (De Puydt, 1882).

Les plantes provenaient de diverses sources: de voyageurs belges (Verheyen, Tonel au Mexique); lors de ses voyages en France (Paris, Lyon, Lille).

Connu des spécialistes, Demoulin est appelé dans de nombreux jurys d’horticulture. Lui-même n’aime pas concourir. Ce qui ne l’empêche pas de s’occuper activement de sociétés locales: il est nommé président de la Société royale d’horticulture de Mons en 1865.

Mais Demoulin n’est pas que collectionneur. Il s’implique dans la vie de Mons. Il est conseiller communal de Mons pendant 35 ans; il est un des collaborateurs les plus dévoués de François Dolez, lorsque celui-ci est bourgmestre de Mons (de 1866 à 1879). Il apprécie les questions budgétaires. Il quitte l’administration communale avec Dolez.

Il est chevalier de l’Ordre de Léopold, membre de l’Administration du Mont-de-Piété de Mons pendant 30 ans, de la Société des Sciences, Arts et Lettres du Hainaut.

Après son décès à Mons, le 14 novembre 1881, sa veuve fait don de sa collection de plantes grasses au Jardin botanique de l’Etat, à Bruxelles. Elle comprend environ 900 espèces, qui constituent le véritable départ de la serre des plantes grasses.

Bibliographie

Ces publications sont dans les Fonds anciens de la Bibliothèque de l’Université de Mons.

- P.E. de Puydt, Notice sur Gaspard Demoulin, in: Bull. Fédération des Sociétés d’horticulture de Belgique, pour 1881, pp. 5 – 17.

- Jean Massart, Notice sur la serre des plantes grasses au Jardin botanique de l’Etat, in: Bull. du Jardin botanique de l’Etat à Bruxelles, Vol 1, fasc 6 (Mai 1905), pp. 355 – 385.

- Gazette de Mons, 16/11/1881.

- Journal de Mons et du Hainaut, 20/11/1881.