L’ÉRABLE À FEUILLES DE VIGNE ACER RUFINERVE
- Bernadette Lamblin -

L’Acer rufinerve, synonymes : Acer pensylvanicum ssp. rufinerve, A. cucullobracteatum, plus communément appelé érable jaspé de gris, ou encore érable à feuille de vigne est originaire du Japon. C’est un arbre vivace invasif qui est sur « liste grise » des espèces à surveiller. Cette espèce ne figure généralement pas sur la liste des plantes invasives dans les autres pays européens. Comme dans beaucoup de cas, il est arrivé chez nous pour être planté dans des jardins botaniques et plus particulièrement à Bonsecours dans l’arboretum dans les années 1950-1970. Il fut introduit en Europe en 1879 par Ch. Maries pour les pépinières Veitch.

C’est un arbre d’ornement qui peut atteindre 15 à 20 mètres, de couleur verte. L’écorce est dite « à peau de serpent » à cause de ses rayures blanches caractéristiques. Ses feuilles ont 3 à 5 lobes et ne sont pas persistantes.

Cette plante dioïque se reproduit par des graines qui sont disséminées par le vent parfois bien loin de la plante d’origine mais également par multiplication végétative. Les tiges couchées s'enracinent facilement et génèrent rapidement de nouveaux individus. Les jeunes individus rejettent abondamment de la souche une fois la tige principale coupée.

Les bourgeons sont verts en hiver et rouges au début du printemps. Les fruits sont constitués de samares ailées.

Le milieu forestier est son terrain privilégié. A. rufinerve se développe très bien dans les sous-bois, les clairières et les lisières forestières sur des sols pauvres et sableux à sablo-limoneux. En Belgique il peut pousser en compagnie d’un autre arbre invasif présent également en forêt de Bonsecours : le cerisier tardif (Prunus serotina). Dans les conditions favorables, il peut former des peuplements denses en-dessous desquels peu d’espèces herbacées poussent. De par sa forte capacité de multiplication végétative c’est une espèce difficile à gérer.

Un code de conduite des plantes invasives existe. Chaque professionnel et particulier peut y souscrire ; ce projet est proposé par : AlterIAS (2010 – 2013), il est coordonné par l’Unité Biodiversité & Paysage de l’Université de Liège Gembloux Agro Bio-Tech (ULg GxABT), en collaboration avec le Centre Technique Horticole de Gembloux (CTH) et le Centre de Recherche sur les Plantes ornementales (PCS).

Ce code de conduite préconise l’adoption de bonnes pratiques pour limiter les introductions et la dispersion des plantes invasives. C’est un outil d’auto-régulation basé sur la sensibilisation et l’éducation grâce au volontariat.

Les professionnels doivent :
1. Se tenir informés de la liste des plantes invasives en Belgique
2. Stopper la vente et/ou la plantation de certaines plantes invasives
3. Diffuser de l'information sur les plantes invasives aux clients ou aux citoyens
4. Promouvoir l'utilisation des plantes alternatives non invasives
5. Participer à la détection précoce

Pour les particuliers :
1. Informez-vous à propos de la liste des plantes invasives en Belgique
2. Evitez d'acheter ou de planter certaines plantes invasives
3. Choisissez de préférence des plantes alternatives non invasives
4. Ne jetez pas vos déchets verts dans la nature, dans les rivières ou dans les terrains vagues
5. Partagez vos connaissances et votre sensibilisation avec votre entourage

Le contenu du code a été approuvé par les principales fédérations et associations horticoles professionnelles actives dans le pays (Wallonie, Flandre, Bruxelles). Ce code est activement soutenu par les administrations régionales et fédérale en charge de l'environnement en Belgique (Agentshap voor Natuur en Bos, Bruxelles Environnement – Leefmilieu Brussel, Service Public Fédéral - Santé Publique, Sécurité de la Chaîne alimentaire et Environment – DG Environment, Service Public de Wallonie). Il est recommandé par le Conseil de l'Europe, l'Organisation Internationale des Jardins Botaniques (BGCI) et l'Organisation Européenne et Méditerranéenne pour la Protection des Plantes (EPPO).

La faculté universitaire des Sciences agronomiques de Gembloux a rendu son rapport final en novembre 2009. Elle a testé des méthodes de gestion sur trois plantes invasives en Région wallonne (Acer rufinerve, Cotoneaster horizontales et Spiraea spp.) et elle a également sensibilisé des agents de la DNF à la problématique des invasions biologiques.

Le site d’étude pour la mise en place des tests de gestion pour Acer rufinerve se situe dans la forêt domaniale de Bonsecours. Plusieurs techniques ont été testées : l’arrachage manuel, le gyrobroyage profond, le gyrobroyage superficiel avec un débroussaillage, un gyrobroyage profond couplé avec un arrachage manuel.

Le gyrobroyage superficiel seul (sans débroussaillage) ne semble pas efficace à court terme. L’érable jaspé de gris rejette abondamment après une seule coupe, et le taux de survie des tiges est élevé, même après avoir subi des dégâts importants. De plus, les tiges couchées par le passage des machines génèrent des racines adventives d’où vont émerger des rejets verticaux. Si la végétation est laissée à elle-même pendant 3 à 4 ans, il en résulterait très probablement un fourré tout aussi dense qu’à l’état initial. En 2009, un suivi rapide des zones gérées par un seul passage au gyrobroyeur a montré qu’elles présentaient toujours un recouvrement élevé. La hauteur et le nombre des tiges avaient diminué, mais pas la classe d’abondance.

L’efficacité de l’arrachage est satisfaisante. Il est facile à pratiquer, car l’espèce présente un système racinaire superficiel. Les tiges sont extraites sans aucune difficulté (ce qui constitue un avantage non négligeable par rapport à d’autres plantes invasives). Les tiges arrachées sont accrochées à la végétation existante afin d’éviter qu’elles ne restent en contact avec le sol et puissent dès lors « rejeter ». La technique est sélective et permet un développement rapide de la flore indigène, qui pourra former un tapis permettant de concurrencer les éventuels plants d’érable exotique subsistants. Le principal inconvénient réside dans le faible rendement de la technique. Dès lors, la gestion de vastes superficies envahies nécessiterait la mise en place de plusieurs campagnes d’arrachage avec une importante main d’œuvre à mobiliser. Un suivi des souches des semenciers abattus a également été réalisé. Sur 88 souches suivies, 28 présentaient des rejets, soit environ 32%. Ce sont principalement les jeunes semenciers qui rejettent, c’est-à-dire ceux d’un diamètre inférieur à 15 cm. Environ 42% d’entre eux rejettent, soit près de la moitié. Les semenciers de plus grande taille semblaient définitivement morts après la coupe.

Le gyrobroyage superficiel, couplé à un débroussaillage 2 mois plus tard, donne de meilleurs résultats (réduction de 60% des effectifs). Pour réduire davantage les effectifs, il faut probablement répéter l’opération durant plusieurs années (au moins 2 ans). Il n’est toutefois pas certain que cette modalité de gestion permette d’éradiquer la population étant donné la forte résistance de la plante à des coupes successives. Si cette modalité est choisie, il faudra certainement la combiner avec de l’arrachage manuel car il est impossible de passer avec les machines dans toutes les zones envahies.

Le gyrobroyage profond utilisé seul montre une très bonne efficacité et un bon rendement, mais c’est une technique qui perturbe fortement le milieu. Il n’apparaît pas envisageable de l’appliquer sur de vastes superficies. Cette méthode pourrait être préconisée sur des superficies limitées, dans des zones fortement envahies qu’il faut prioritairement reboiser ou restaurer. Il est préférable de l’appliquer dans des zones suffisamment dégagées pour permettre à l’engin de manœuvrer correctement et de bien couvrir la zone. Pour éliminer les individus résiduels inaccessibles à la machine, il est nécessaire de procéder à une finition manuelle, ce qui réduit sensiblement le rendement.

L’arrachage manuel montre également de très bons résultats, mais son faible rendement nécessite une mobilisation importante en main d’œuvre, il convient de repasser sur les rejets de souches des jeunes semenciers abattus afin de les éliminer définitivement. Un traitement chimique pourrait être envisagé. Un plan d’éradication sectorisé et pluriannuel paraît réalisable, moyennant la poursuite des tests et quelques données complémentaires à collecter sur l’écologie de l’espèce.

Actuellement une gestion réalisée par la cellule d’appui à la lutte contre les plantes invasives (DNF/PNPE) est toujours en cours. La zone en rouge foncé est une zone tellement « infectée » qu’il semble impossible de la gérer.

Bibliographie :

http://www.alterias.be/fr/que-pouvons-nous-fairen/les-codes-de-conduite-sur-les-plantes-invasives

M. Halford, Tests de méthodes de gestion sur trois plantes invasives en Région wallonne (Acer rufinerve, Cotoneaster horizontalis et Spiraea spp.) et sensibilisation des agents DNF à la problématique des invasions biologiques, rapport final, 2009, Gembloux agro-bio tech, Université de Liège.

Cartes et photos dans le bulletin N° 81 du CEAH