La commémoration du 70ème anniversaire de la tragédie de Hiroshima et de Nagasaki s’est déroulée au Parc Hibakusha de l’Université de Mons. Après l’accueil des participants, différentes associations ont fait part de leur allocution que vous pourrez lire sur le site du CEAH. Il s’en est suivi un dépôt de fleurs et une minute de silence à la mémoire des victimes du nucléaire. L’après-midi la Conférence-débat avait pour thème : Où en sommes-nous 70 ans après le bombardement atomique d’Hiroshima et de Nagasaki par les USA ? 50 ans après la publication du Manifeste Russell-Einstein ? Luc Mampaey du Grip, Ben Cramer et Guillaume Defossé du CNAPD en étaient les conférenciers (voir leur texte).

Cette journée du 8 août 2015 a été marquée par une volonté des participants de ne pas s'en tenir à la commémoration, mais d'en faire aussi une date de rassemblement des volontés de lutte contre les guerres présentes et futures. Quand nous disons que "le désarmement nucléaire, ce n'est pas pour demain", ce n'est pas une constatation pessimiste ou fataliste, mais un appel à maintenir la lucidité et la vigilance de tous les citoyens de notre pays, face aux menaces d'une nouvelle guerre mondiale, face à l'escalade des affrontements dans lesquels la Belgique est entraînée par son engagement vis-à-vis de l'Otan. Il est urgent pour toutes les associations de paix et les partis progressistes de se mobiliser contre cette spirale infernale, à commencer par l'exigence du retrait des bombes atomiques de Belgique, par le refus d'acheter des avions de combat aptes à lancer ces bombes et par le refus de toute nouvelle participation de la Belgique à une nouvelle guerre en Irak et en Syrie (Claudine Pôlet). Hommage de Ben Cramer à Pierre Piérart

Non, je ne chanterais pas, je ne peux pas mettre mon discours en musique….
Je suis citoyen français, personne n’est parfait. Je suis citoyen d’un Etat pour qui le nucléaire fait partie de l’identité nationale. Un Etat qui fait la leçon à l’Iran par exemple, en matière de non-prolifération et pas à Israël. Un Etat qui pour entrer dans le club atomique a fait sauter le moratoire sur les essais atmosphériques en 1960 ; et c’est le dernier pays Etat nucléaire officiel, reconnu comme tel à avoir signé et ratifié le TNP en 1992, après avoir conspué ce traité discriminatoire qui avait pour principal défaut de restreindre le nombre d’Etats que la France voulait aider dans leur aventure nucléaire militaire, que ce soit l’Irak, la Corée du Sud, le Pakistan, l’Afrique du Sud et quelques autres. La France est un pays assez particulier où l’enseignement sur la paix a été interdit jusqu’à la fin de la guerre froide. C’est dans ce même pays où 2 candidats à l’élection présidentielle ont été incapables, lors d’un débat télévisé, de citer le nombre de sous-marins nucléaires, et incapables de faire la distinction entre un sous-marin nucléaire d’attaque SNA et un sous-marin lanceur d’engins nucléaires, les SNLE. Un pays étonnant qui pourrait tout de même, ne l’oublions pas, s’honorer d’avoir offert au monde une dizaine de Prix Nobel de la Paix.

Je veux rendre hommage aux victimes de Hiroshima et Nagasaki. Aux jeunes qui nous écoutent, ils peuvent avoir l’impression que tout a été dit sur ces 2 tragédies et pourtant. En février 2013, une nouvelle photo de l’accident d’Hiroshima…a été retrouvée, et fut publiée par le journal « Rue 89 »….
En tant que journaliste, je veux rendre hommage à ceux qui ont fait leur travail, et qui honorent la profession. Tel journaliste australien Wilfred Burchett, ami personnel d'Ho Chi Minh, seul journaliste occidental à avoir rendu compte de la guerre du Vietnam, à partir du camp nord-vietnamien, Il a vu Hiroshima et témoigné de ce qu’il a vu. Son premier papier qui a échappé à la censure fut publié le 5 septembre 1945, presque un mois après le largage de la bombe A sur Hiroshima. Il est paru à Londres dans le Daily Express. Sous le titre « la peste atomique ». Il a fait le tour du monde. Il commençait par : « Hiroshima ne ressemble pas à une ville bombardée. C’est comme si un rouleau compresseur lui était passé dessus et l’avait complètement écrasée. J’écris ces mots avec le moins de passion possible en espérant que cela servira de mise en garde pour le monde ». Accusé de traître par ses concitoyens, c’est donc lui le premier qui a lancé l’alerte, qui a parlé, décrit et dénoncé la peste brune qui envahissait la ville. Et c’est grâce à lui qu’on saura qu’une nouvelle ère post-Hiroshima a commencé alors et qui perdure : l’ère de la censure concernant les activités nucléaires. (Voir son livre Atomic cover-up). Je veux rendre hommage aux victimes des essais. En évoquant les expérimentations nucléaires à travers le monde, on ne minimise pas ce qui a frappé le Japon, On rappelle juste que les destructions du 6 et du 9 étaient aussi des expérimentations, l’une à l’uranium, l’autre au plutonium. et des humains utilisés comme cobayes ; et ceci nous permet aussi de réfléchir aux victimes par radiations qui se sont retrouvées pas par hasard dans des contrées colonisées dans l’hémisphère nord et sud, des îles qui n’étaient pas désertes (Nouvelle Zemble, Polynésie, Iles Xmas), des territoires qui n’étaient pas désertiques (près de Lop Nor, Reggane, Sahara), des zones particulières où l’on a assisté à d’autres rapports de forces, pour faire taire d’autres peuples, pour imposer d’autres formes de destruction, ce que j’ai dénommé dans mon livre les guerres oubliées. Parmi tant d’autres.

Je veux rendre hommage à Pierre Piérart qui est à l’origine en 1989 du Parc Hibakusha. Et par ce biais, rendre hommage à sa profession. Me sentir solidaire de ces scientifiques qui ont compris jusqu’à quel point le combat anti-nucléaire était un combat pour la vie. Qui ont compris en tant que médecins que les guerres provoquent des malades particulières, que les sociétés guerrières - et de plus en plus militarisées - sont malades… La guerre pourrait être perçue comme une maladie et d’ailleurs ce fut le titre d’un livre que les nazis ont brûlé. Ce livre était préfacé par un certain Albert Einstein…

A la devise « si tu veux la paix, prépare la paix », je préfère celle de Gaston Bouthoul pour qui « si tu veux la paix, connais la guerre !» Je sais cela peut paraître un peu paradoxal, voire malsain. Alors, si tu veux la paix, tâche au moins de connaître ce qui empêche la paix, méfie-toi des paix des cimetières, tâche de repérer les ennemis de la paix, ceux qui ont besoin de la guerre pour faire fructifier leurs affaires mortuaires, renseigne-toi sur les systèmes d’armes qui ne sont pas adaptés aux menaces mais qui seront mis sur le marché dès que l’on aura trouvé un prétexte pour les rendre indispensables…

Je veux rendre hommage aux victimes de cette pollution mentale…cette pollution que constitue la croyance dans cette « révolution technologique» (le titre du journal Le Monde au lendemain d’Hiroshima (http://encyclopedie-dd.org/encyclopedie/terre/5-2-les-differents-secteurs/la-paix-par-et-pour-le.html), une pseudo « révolution » qui s’est accompagnée de nouvelles façons de mourir ….et d’une incapacité de penser le monde et ses limites comme avant. Eh oui, on ne peut pas penser le monde avant août 1945 et après. Ben Cramer

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Déclaration du Groupe de Réflexion et d'Action Pour une Politique Écologique (Grappe)

Comme le proclamait avec un enthousiasme obscène l’ensemble de la presse occidentale, au lendemain du largage des bombes nucléaires sur Hiroshima et Nagasaki, nous sommes entrés en août 1945 dans l’ère atomique. Septante ans plus tard, nous y sommes toujours et nous avons vu s’accumuler les dommages irréversibles causés à l’humanité par une technologie incompatible avec le vivant.

La politique de dissuasion nucléaire, plus par chance que par effet de décisions rationnelles des Etats nucléarisés, n’a pas conduit à de nouveaux désastres humains de même ampleur qu’à Hiroshima et Nagasaki. Mais, elle a donné lieu à une quantité invraisemblable d’essais nucléaires qui ont conduit à une contamination radioactive lourde de conséquences pour des populations prises en otage et sacrifiées aussi bien aux Etats-Unis ( Nevada) qu’en Russie ( Nouvelle Zemble), au Kazakhstan ( Semipalatinsk) ou encore en Polynésie française et dans le Pacifique – Nord ( Iles Marshall).

Sans oublier que ce n’est qu’après le constat d’une contamination générale de l’hémisphère Nord consécutive aux essais atmosphériques des années 1950 et du début des années 60 (543 essais au total) que le traité interdisant les essais nucléaires dans l’atmosphère, l’espace et sous la mer fut signé le 5 août 1963. Il ne faut pas minimiser, en outre, l’impact des accidents graves qui ont conduit à des dispersions d’éléments radioactifs ou de matières fissiles dans les mers ou au sol. Le secret – défense qui a généralement entouré ces événements dommageables a certes bien fonctionné mais au fil du temps, leur déclassification a permis de mesurer leur gravité : Accidents d’avions ayant conduit à des fuites d’armes nucléaires ou à une dispersion significative de radionucléides ; Accidents de sous-marins nucléaires russes ou américains.

Dans le domaine du nucléaire civil, les catastrophes, considérées jusque-là comme impossibles, qui ont eu lieu à Three Miles Island (Etats-Unis) en 1979, à Tchernobyl (Union Soviétique) en 1986 et à Fukushima (Japon) en 2011 ont dissipé définitivement le double mirage d’une maitrise totale et d’une énergie propre. Face à des faits indiscutables, face à ce qu’il faut considérer comme un empoisonnement irrémédiable de la biosphère, rien ou presque n’a bougé dans les États-majors gouvernementaux et dans la logique en cours. Aucune des puissances détentrices de l’arme nucléaire et d’une industrie nucléaire civile n’a fait de pas significatif dans le sens d’un démantèlement de son arsenal nucléaire ou de réduction de sa production électronucléaire.

On constate au contraire une volonté de modernisation de l’arsenal nucléaire qui montre bien qu’aucun Etat ne se prépare à renoncer à l’arme nucléaire, malgré l’exigence qui leur est adressée par le Traité de non-prolifération.

Le Grappe partage l’opinion de plus en plus répandue dans les milieux pacifistes et les nations non nucléarisées qu’il faut mettre en place une nouvelle stratégie pour aller vers l’abolition de l’arme nucléaire.

La « promesse de l’Autriche » de s’engager à œuvrer pour combler le vide juridique pour l’interdiction et l’élimination des armes nucléaires est une initiative prometteuse. A ce jour, 109 Etats ont adhéré à cet engagement parmi lesquels 4 Etats membres de l’Union européenne : outre l’Autriche, il s’agit de l’Irlande, de Malte et de Chypre.

A l’occasion du 70 ème anniversaire de la tragédie d’Hiroshima, la meilleure manière, selon nous, d’affirmer notre volonté de rompre avec la barbarie technologique et la menace de mort sur la planète entière est de soutenir concrètement l’initiative autrichienne et mettre enfin l’arme nucléaire sur le même plan que les autres armes proscrites que sont les armes chimiques et bactériologiques, les mines antipersonnelles et les armes à sous munitions.

Le Grappe entend bien contribuer à toute initiative visant à interpeller le gouvernement belge pour que notre pays adhère à la promesse autrichienne et concrétise cette adhésion par des décisions politiques en cohérence avec cet engagement.

A.M Francken et P. Lannoye , GRAPPE

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Déclaration Comité Surveillance de l'Otan

Aujourd’hui nous nous réunissons pour commémorer la destruction d’Hiroshima et Nagasaki où des centaines de milliers d’êtres humains ont péri en quelques secondes et d’autres dans les mois qui ont suivi.

Le Professeur Pierre Piérard a créé ce lieu pour empêcher l’oubli et nous rappeler en permanence qu’une épée de Damoclès nucléaire menace l’humanité. Notre présence dans ce Parc Hibakusha est l’expression de notre volonté de continuer ce combat, tel était le souhait du Professeur Pierre Piérard. Il semble que tous les traités pour réduire et éliminer l’armement nucléaire soient réduits à néant. Le Traité de Non Prolifération nucléaire (TNP) est violé par la Belgique qui stocke des bombes atomiques à Kleine Brogel et qui se prépare à accepter le remplacement par un nouveau type de bombes que seul l’avion F35 est apte à porter.

Le professeur Pierre Piérard était cofondateur et président du « Comité de surveillance de l’OTAN ». Ce comité de Paix dénonce notamment l’Otan et sa détermination à employer l’arme nucléaire en première frappe.

L’achat des F35 est une volonté de nos gouvernements successifs à accepter la politique de première frappe de l’OTAN. Croire que nous pourrions échapper à une réplique nucléaire si ces avions bombardaient la Russie, est une illusion créée par les militaristes de tous pays. Nous ne compterons plus alors en centaines de milliers le nombre de morts mais en millions et peut être en milliards. L’ensemble de l’armement nucléaire peut détruire la vie sur notre terre plus de 5 fois.

Ce n’est pas un cri de désespoir, c’est un cri pour éliminer l’arme atomique que nous amplifierons en permanence pour donner une terre libérée de l’angoisse de la destruction à nos enfants.

Marcel Poznanski - CSO

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Déclaration de la Coalition pour l'Interdiction des Armes à l'Uranium

Mon nom est Ria et je représente la "Coalition belge et internationale pour l' interdiction des armes à l'uranium". L'organisation a été fondée en 2003 en Belgique et compte 160 groupes dans 33 pays.

La Coalition a lancé récemment un nouveau projet: il concerne les Restes Toxiques de Guerre (en anglais:TRW). Les TRW sont : ‘Toute substance toxique ou radiologique résultant des activités militaires qui constitue un danger pour les humains et les écosystèmes ». Ces substances toxiques et radiologiques lors d'activités militaires contaminent de nombreux lieux. La protection des écosystèmes précieux pendant et après un conflit est très urgente.

Les conflits armés et la pollution de l'environnement sont toujours liés. Un exemple: en Irak, une étude officielle de 2010 a recensé plus de 40 sites à travers le pays qui ont été contaminés à des niveaux élevés, par des radiations et par les dioxines. L'Irak souffre de ces polluants radioactifs à la suite des guerres continues dans les années 1980 à 2003, lorsque les États-Unis ont utilisé des armes très sophistiquées contenant de l'uranium appauvri.

Les déchets produits par ces guerres, causent des problèmes graves de santé à la population, des taux élevés de cancers et de malformations congénitales. En outre, en Iraq, il y a un manque de contrôle de qualité sur les marchandises importées. Par exemple: la contamination radioactive est également le résultat des importations de pièces automobiles en provenance du Japon. Le gouvernement irakien étudie comment se débarrasser de ses déchets radioactifs.

À propos des armes nucléaires:

le TNP (Traité de Non Prolifération) n’a pas permis d’enclencher un processus de désarmement, mais bien au contraire autorise les puissances nucléaires, à pérenniser leur arsenal.

Où sont nos braves politiciens qui peuvent décider d’interdire les armes nucléaires américaines sur le territoire belge? Où est leur courage d'interdire les armes nucléaires dans le monde et de travailler à des solutions pacifiques au lieu de choisir à chaque fois les solutions violentes et destructrices ?

Nous attendons de nos politiciens, des dirigeants du monde, qu’ils s’engagent réellement dans un processus d’élimination totale des armes nucléaires. Nous savons tous que l’arme nucléaire n’est pas un facteur de sécurité et de stabilité mondiale, mais bien au contraire un obstacle à la paix et à la sécurité humaine. Nous nous engageons dans un processus d’élimination totale des armes nucléaires et des conflics armées. Je propose une autre conception de la sécurité humaine: un sécurité environnementale- une sécurité d'emploi / protection sociale / accès à l'éducation / à la santé / éducation à la paix

Ria Verjauw, pour la Coalition

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Déclaration CNAPD

Le 22 avril dernier marquait le 100e anniversaire de la première utilisation à grande échelle d’armes chimiques. C'était en Belgique, à Ypres.

Notre Ministre des Affaires étrangères nous rappelait à cette occasion que « le terrible effet des armes chimiques et l'atroce souffrance des victimes ont amené les gouvernements de l’époque à interdire leur utilisation en signant le protocole de Genève en 1925 ».

30 ans après ce premier bombardement à l’arme chimique, il y a donc 70 ans, l’armée américaine larguait deux bombes nucléaires, une sur Hiroshima et une sur Nagasaki. 240.000 morts et des conséquences humanitaires, sanitaires, environnementales et sociales terribles, encore fortement perceptibles aujourd’hui. Curieusement, « le terrible effet de l’utilisation d’armes de destruction massive » n’a ici pas abouti àl’adoption d’un traité d’interdiction. Au contraire, on compte aujourd'hui 17.000 armes atomiques dans le monde, dont 20 en Belgique qui participent à faire du « monde sans arme nucléaire », une illusion. Cependant, alors que la Belgique pourrait demander unilatéralement aux Etats-Unis de reprendre les têtes nucléaires qu’ils entreposent chez nous, comme l'a fait la Grèce, elle préfère perpétuer l’illégalité dans laquelle elle se trouve au regard du TNP auquel elle a souscrit… et qu’elle appelle à respecter dans son accord de Gouvernement.

Depuis bien longtemps, donc, la Belgique dit qu'elle s’inscrit « résolument dans la lutte pour le désarmement nucléaire » tout en entraînant ses pilotes à larguer les bombes nucléaires présentes sur le territoire à bord des avions de chasse F-16… que l’accord de gouvernement prévoit de remplacer avant la fin de cette législature. Le choix du remplacement des F-16 de l’armée belge, c’est donc l'occasion de questionner la société civile et la population, les médias et les syndicats, le monde politique et économique sur la perpétuation du rôle de la Belgique dans le partage des tâches nucléaires de l’OTAN. Acheter des avions capables transporter ces bombes, c’est pérenniser pour des décennies, la présence des armes nucléaires sur notre territoire. Et c'est inacceptable.

Comme je vous le disais l'année dernière : « Nous devons nous rappeler tous les jours que contrairement à ce que l'on veut nous faire croire, l'armement nucléaire, ce n'est pas la paix. L'armement nucléaire, ce n'est pas l’équilibre de la terreur, l'armement nucléaire, c'est la terreur ! »

La CNAPD œuvre depuis plus de 40 ans à expliquer ça aux citoyens, et en particulier aux jeunes. Parce que c'est sur eux aussi que nous devrons compter pour qu'ils se mobilisent à nos côtés pour un monde en paix, désarmé et démocratique.

Guillaume Defossé, CNAPD

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Déclaration AMPGN

La majorité des personnes présentes à cette commémoration connaissent notre association médicale pour la prévention de la guerre nucléaire et dont l'acronyme est en Belgique est AMPGN et sur le plan international IPPNW. Fondée en 1980 par deux cardiologues en pleine guerre froide, elle a œuvré pour une réduction drastique de l'arsenal nucléaire qui avait à l'époque atteint des proportions démentielles.

Notre association qui a été couronnée par le prix Nobel de la paix en 1987 tient à sa spécificité médicale et c'est en cette qualité qu'elle est la mieux placée pour dénoncer les effets particulièrement néfastes sur la santé des gens qui ont survécu aux effets de l'explosion et de la chaleur.

Il faut rappeler que les Etats-Unis ont nié l'existence des effets mortels des radiations et des anomalies génétiques frappant la descendance des femmes enceintes pendant l'explosion. Toute publication sur ce sujet a été sciemment censurée pendant les années qui ont suivi l'explosion de crainte que la thèse du "mal nécessaire" ou de "la bombe pacificatrice permettant la survie des 500.000 à 1.000.000 de combattants américains " ne soit remise en question par l'opinion publique .

La mission de notre mouvement est l'information sous toutes ses formes et par toutes les voies médiatiques à notre disposition, des citoyens de notre planète, à propos du danger mortel qu'ils courent en restant passifs. Réveiller et stimuler les consciences afin de se prémunir d'un fléau que la médecine ne pourra guérir. C'est un principe de la médecine préventive.

Pour rappel, 90% des médecins et 97 % des infirmiers d'Hiroshima sont décédés et toutes les infrastructures hospitalières ont été détruites le jour de l'explosion. Les preuves d'un impact humanitaire catastrophique ont été apportées récemment en dénonçant qu'une famine nucléaire sans précédent atteignant plus d'un milliard de personne se produirait à l'occasion d'un conflit nucléaire de moyenne importance. Ces preuves ont redynamisé la lutte pour l'abolition complète et mobilisent les gouvernements de nombreuses nations en vue de bannir l'arme nucléaire sur le plan légal.

Je citerai pour terminer une phrase du président Eisenhower dans son discours "Atom for peace" du 8 décembre 1953 aux Nations Unies à New York . Il exprimait le désir que:

"Ce n'est pas suffisant que cette arme soit retirée de mains de soldats. Il faut qu'elles soit mise dans les mains de ceux qui sauront comment éliminer leur enveloppe militaire afin de l'adapter à l'art de la paix".

La commémorions d'Hiroshima est un moment de réflexion tout aussi nécessaire que les moments d'action pour s'associer à la douleur des ceux qui ont souffert, de ceux qui souffrent encore et se promettre que nous ferons tout ce que nous pouvons pour ne plus revivre demain un pareil cauchemar.

Philippe de Salle, AMPGN

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Déclaration Mouvement Chrétien pour la Paix (MCP)

La guerre nucléaire est encore actuellement en cours !

par les graves atteintes à son environnement humain : exemple : l’extraction de minerai d’uranium (Niger et Gabon) qui engendre maladies et décès chez les mineurs et les villageois.

"Des gamins de quinze et seize ans se font irradier dans les mines sous contrôle français au Niger. Il n'y a quasiment aucune protection contre l'inhalation de gaz radon. La main d'œuvre, presque exclusivement des nomades Touaregs, reste totalement ignorante des effets de l'exploitation minière. La détection des radiations et les contrôles sanitaires sont inexistants." GREENPEACE

par l’emploi d’armes nucléaires : Voir, par exemple, l'explosion récente d'une bombe à neutron au Yémen
par la préparation des futures guerres atomiques , à l’aide de la fabrication d'armes sophistiquées : des "mini-nuclear bombs", de sous-marins, bateaux, et avions qui transportent à leur bord de l’armement nucléaire et provoquent ou peuvent provoquer des incidents mortels

par les dangereux entreposages d’engins nucléaires : 180 armes nucléaires dans 5 pays européens (6 bases), ce qui demande, entre autre, de la maintenance et la sécurité des sites

par le traitement et le stockage des déchets nucléaires: par exemple, les entrepôts nucléaires en Sardaigne

par les atteintes graves à l’environnement naturel

Je veux aussi rappeler ici la campagne qui bat son plein au Royaume Uni, et particulièrement en Ecosse contre le renouvellement des sous-marins nucléaires TRIDENT et dans d’autres pays européens (l’Italie, et les Pays-Bas notamment), celle contre le renouvellement des avions de chasse F35 ou d’autres avions pouvant transporter et larguer des bombes nucléaires, sans oublier les drones, qui, semble-t-il, pourraient aussi transporter de l’armement nucléaire

Nous pouvons dès lors affirmer que le nucléaire mène aussi contre le monde une guerre économique, car le budget qui y est alloué, va au détriment d’autres budgets comme celui de l’enseignement, la santé etc…

Et je terminerai par un extrait de la conférence des évêques de Belgique : "les évêques rappellent avec force que la détention d’armes nucléaires touche à l’immoralité. La haute capacité destructrice dont sont dotées ces armes ne repose sur aucun fondement juridique, ni encore moins moral. Quand il sert d’argument au discours militaro-sécuritaire, le caractère désormais essentiellement dissuasif des armes nucléaires bloque la moindre tentative de désarmement".

Carla Goffi, MCP

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Conférence Le désarmement nucléaire n'est pas pour demain"

- Luc Mampaey (GRIP) : "Le TNP, un Traité obsolète? Comment rebondir après l'échec de la 9ème conférence d'examen". (L'exposé de Luc Mampaey sera publié intégralement dans le bulletin électronique Alerte Otan, dès que possible.)

- L'intervention de Ben Cramer à la conférence du 8 août 2015:

"Définir un programme pour la décroissance dans le domaine de la militarisation"

Une réflexion s’impose sur les mythes relatifs à l’arme nucléaire. L’ouvrage « Armes Nucléaires – 5 mythes à déconstruire » de Ward Wilson (préfacé par Michel Rocard et traduit par Danièle Fayer-Stern) que le GRIP vient de publier à Bruxelles arrive à point. Je ne voudrais quant à moi en relever qu’un seul : « La bombe, le garant de la paix ». Je pourrais évidemment en citer d’autres : le mythe relatif au coût infime que cette arme allait représenter par rapport à sa « force de frappe », sa puissance destructrice. Celui de tremplin pour disposer d’un siège (ou strapontin) au Conseil de Sécurité. Celui d’atout majeur pour être indépendant des blocs et coalitions militaires, alors même que la France et le Royaume-Uni s’accommodent fort bien d’être à la fois puissances nucléaires et membres de l’OTAN ! Et que nul ne s’offusque à Paris ou à Londres que ce soient les Etats-Unis d’Amérique qui disposent du plus grand arsenal nucléaire sur le continent européen !

Mais je voudrais m’arrêter sur le pire d’entre eux : le mythe selon lequel l’atome « nous aurait évité la guerre depuis 1945 ». Ce mythe - que des historiens plus compétents que moi pourraient aisément réfuter - est le plus ravageur pour la simple raison qu’il a rendu possible, ici, chez nous, deux erreurs d’appréciation. Il a non seulement tronqué notre histoire depuis 45, mais il fournit par la même occasion les clefs de l’impasse d’un certaine pacifisme. Expliquons-nous.

Le premier trucage concerne la raison d’être de l’unification européenne. Alors que le « Marché Commun » a été la base économique de l’OTAN, comme le rappelait d’ailleurs Michel Rocard au début des années 70, on nous a leurrés et baratinés en nous présentant ce projet comme un projet pacificateur et le summum, le « top » de la réconciliation entre les peuples. Toutefois, si l’on parvient à se défaire de la pollution mentale que représente cette propagande du « monde libre », la liberté de circulation des marchandises tant prisée par les Européistes visait aussi et surtout à éradiquer le communisme de l’Europe de l’Ouest. Pourquoi tant d’efforts ? Parce que nos élites des deux côtés de l’Atlantique étaient persuadées que le communisme ne pourrait contaminer que les pauvres ! (cf. à ce propos les analyses de JP Vernant).

La paix ici, parce que la guerre là-bas

La seconde tromperie à l’égard des peuples européens est pire encore. Nul n’a osé expliquer que si nous bénéficions présentement de la paix ici, dans cet espace bien délimité, c’est parce qu’il y avait la guerre…ailleurs. Que les centaines de conflits et les millions de morts et de blessés de par le monde, c’était le prix à payer pour avoir un peu de calme à nos frontières schengenisées. La guerre ailleurs assurait notre paix ici. Il aura fallu beaucoup d’années otanesques, des bombardements et massacres officiellement « de faible intensité » dans la périphérie, dans les banlieues de l’Europe, dans cette zone grise entre les Balkans et le Moyen-Orient, pour que le lien soit établi, le lien de cause à effet entre notre si paisible Union Européenne (qui a kidnappé à son profit l’espace pan-européen et flingué le chantier du Conseil de l’Europe) et la stratégie du chaos sous d’autres latitudes. La prise de conscience de cette connexion est entrain de s’opérer, en même temps que la reconnaissance d’un certain terrorisme et la découverte des réfugiés, bref, à partir du moment où les opérations militaro-policières menées par nos dirigeants en notre nom ont fait boomerang et nous éclaboussent en pleine figure.

Nous avons cru trop longtemps que la paix était due à nos valeurs, à l’édification de nos beaux principes, à la beauté de nos espaces naturels estampillés Natura 2000, à nos terrains de golf, à la propreté de nos maisonnettes…pour ne pas avoir à se préoccuper ou s’émouvoir des miradors, des barbelés et de l’EU Navfor Med. Certains d’entre eux ont mimé la paix sous toutes ses coutures. Les porte-parole de l’OTAN, passés maîtres dans l’art de la novlangue chère à George Orwell, ont vanté leur institution en tant qu’« organisation pacifiste ». L’illusion et la mauvaise foi ont fait le reste. « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs » déclara Chirac à Johannesburg en 2002. Les commentateurs ont apprécié, les militants ont applaudi le style. Mais enfin …, si la maison brûle, Monsieur Chirac, c’est parce que des incendiaires bien identifiés ont mis une partie de la planète à feu et à sang. Pourquoi ne l’a-t-on pas dit ? Le diagnostic s’impose : la majorité d’entre nous ont refoulé tout ce qui relève de la polémologie. Aujourd’hui encore, 25 ans après le début des guerres en Yougoslavie, la majorité des ONG, qui s’auto-proclament la « société civile », y compris celles qui se mobilisent pour le développement, y compris les altermondialistes de la belle-époque post-Porto-Alegre, y compris les associations environnementales qui zappent le fait que la protection de la planète passe par la capacité à pacifier les rapports entre les humains et la Terre, y compris les ONG écolos qui scandent des slogans apocalyptiques sur le climat …, toutes ont évacué la thématique de la guerre et de la militarisation dans leurs réflexions et dans leurs débats. Bref, il serait temps de travailler sur notre refoulé et remettre les pendules à l’heure.

Pour remédier à cette dérive, la formule de Bouthoul « Si tu veux la paix, connais la guerre », est à décliner sous toutes ses facettes. Il ne sera pas inutile non plus de méditer la phrase de Castoriadis : « Une société moderne montre son degré de civilisation à sa capacité à se fixer des limites ». Je ne peux pas m’étendre ici, ni développer. Il y aurait beaucoup à dire et s’interroger … : jusqu’à quel point la notion de limite permettrait d’enrichir le pacifisme à partir de cette conscience que certains écologistes ont intégré. Mais les limites auxquelles je fais allusion sont et seront l’une des recettes pour éviter la casse, limiter les dégâts. Il s’agit à mon avis de penser comment pénaliser les entreprises de l’armement pour leur contribution au réchauffement climatique, taxer les trafics d’armes pour qu’une réaffectation des dépenses militaires (exponentielles ou presque) favorise la sécurité de tous dont la sécurité sociale ; définir des seuils dans le domaine de l’exportation de la violence. Reconsidérer la répartition internationale de la menace de mort qui est aussi délirante que la répartition des richesses. De façon plus globale, définir un programme pour la décroissance dans le domaine de la militarisation, à un moment clef de notre Histoire où le pire n’est pas exclu.

Ben Cramer

Dernier ouvrage paru : “Guerre et Paix …et Ecologie – les risques de militarization durable, édition Yves Michel, fin 2014.
http://www.athena21.org