Insécurité nucléaire maximale
Une opinion de Paul Lannoye, Docteur en sciences physiques Président du Grappe asbl, Député européen honoraire.


Notre sécurité d’approvisionnement énergétique serait largement garantie. Mais à un prix insoutenable: l’insécurité permanente qui nous place au premier rang des pays européens menacés par un accident nucléaire catastrophique.

Une heureuse nouvelle nous est récemment parvenue en provenance d’Electrabel : avant les fêtes de fin d’année, les sept réacteurs nucléaires situés sur notre territoire national seront opérationnels. Soyons rassurés. Les sapins de Noël sont tous illuminés !

Notre ministre en charge de l’Energie peut réaffirmer que notre sécurité d’approvisionnement est largement garantie. Elle a très probablement raison mais elle se garde bien d’ajouter que cela a un prix insoutenable : une insécurité permanente qui nous place au premier rang des pays européens menacés par un accident nucléaire catastrophique. La présence de sept réacteurs nucléaires (même jeunes et en bon état) sur un territoire de 30 000 km², avec une population de près de 11 millions d’habitants, par ailleurs riverain de deux centrales françaises de grande puissance (Gravelines et Chooz), nous placerait déjà au premier rang sur l’échelle du risque d’accident grave. Cette position privilégiée est nettement renforcée par les deux décisions récentes concernant le sort des unités fissurées de Doel 3 et Tihange 2 et la prolongation de dix ans de fonctionnement accordée à Doel 1 et Doel 2.

Fissures "probablement" inoffensives

Le cas de Doel 3 et Tihange 2 est emblématique. En 2012, des microfissures sont détectées sur les parties supérieure et inférieure de la cuve des réacteurs, ce qui entraîne la mise à l’arrêt des deux réacteurs jusqu’à ce que la preuve soit apportée que les défauts décelés n’affectent pas la sûreté. En mai 2013, l’Agence fédérale de contrôle nucléaire, convaincue par le dossier remis par l’exploitant, autorise Electrabel à redémarrer les deux réacteurs. Ce qui a lieu en juin 2013. En février et en mars 2014, de nouveaux tests remettent en question les certitudes de 2013; l’exploitant décide d’arrêter à nouveau les réacteurs. S’ensuit une mobilisation sans précédent d’experts de toutes nationalités chargés de démontrer que l’intégrité structurelle des cuves des réacteurs n’est pas menacée par les très nombreuses microfissures présentes. Le 12 novembre dernier, l’AFCN, à nouveau convaincue, mais cette fois-ci pour de bon, autorise le redémarrage.Sui

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