DÉCLARATIONS DES ASSOCIATIONS AU PARC HIBAKUSHA

  LE 6 AOÛT 2016

    Marcel Poznanski, pour le Comité Surveillance Otan

La géo-ingénierie sur le sentier de la guerre

Lors de la Journée Hiroshima, Luc Mampaey a focalisé son intervention sur l’impact des forces armées sur le changement climatique. Vous trouverez ci-dessous son article daté de décembre 2015, qui a servi de base à cette intervention.  
Ravivant le fantasme militaire d’agir sur le climat, la géo-ingénierie propose des expérimentations à grande échelle. Le droit international possède pourtant des outils limitant les manipulations de l’environnement, comme la Convention Enmod. Or, « faute d’une révision urgente », elle risque de « sombrer dans les limbes », explique Luc Mampaey dans cette tribune.
À quelques jours de l’ouverture de la 21e Conférence des parties (COP 21) à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), prenons le temps d’évoquer ce dont elle ne parlera pas : l’impact des forces armées sur le changement climatique. Nul besoin de rappeler que les guerres et la militarisation de la planète exercent une action intrinsèquement destructrice sur nos écosystèmes. Mais on sait moins que l’environnement peut aussi devenir une arme en soi, et qu’il existe des instruments de droit qui s’attachent à prévenir ce risque.

Le droit international humanitaire dispose de deux instruments principaux pour veiller à la protection de l’environnement en situation d’hostilités. D’une portée très générale, l’article 55 du Protocole additionnel aux Conventions de Genève du 12 août 1949 (Protocole I du 8 juin 1977), précise que « la guerre sera conduite en veillant à protéger l’environnement naturel contre des dommages étendus, durables et graves. […] ». 
De l’iodure d’argent dispersé par voie aérienne

Le droit des conflits armés ira cependant plus loin que cette simple exhortation à la protection. Dès les années 1940, des recherches militaires avaient porté sur des procédés pour perturber les climatopes. Les recherches gagnèrent en intensité avec la guerre du Vietnam et le projet Popeye lancé en 1966 par les États-Unis. Son objectif était d’inonder la piste Hô-Chi-Minh pour ralentir les mouvements ennemis grâce à un accroissement des précipitations par un ensemencement des masses nuageuses avec de l’iodure d’argent dispersé par voie aérienne. L’opération fut poursuivie de 1967 à 1972.

La communauté internationale tira alors la sonnette d’alarme : la révélation de ces expériences convainquit les États réunis à la Conférence du désarmement d’adopter des dispositions interdisant d’exploiter l’environnement comme une « arme de guerre ». 
C’est l’objectif de la Convention sur l’interdiction d’utiliser des techniques de modification de l’environnement à des fins militaires ou toutes autres fins hostiles, dite Convention Enmod, adoptée à New York le 10 décembre 1976, et entrée en vigueur le 5 octobre 1978. Elle compte aujourd’hui 77 États-Parties. C’est peu, mais les puissances militaires sont là : la Russie et le Royaume-Uni ont ratifié en 1978, les États-Unis en 1980, la Chine en 2005. Pas la France, puissance nucléaire et pays hôte de COP 21 ! Voilà qui tombe mal…

En ratifiant la convention Enmod, les États-Parties s’engagent « à ne pas utiliser à des fins militaires ou toutes autres fins hostiles des techniques de modification de l’environnement ayant des effets étendus, durables ou graves, en tant que moyens de causer des destructions ou des préjudices à tout autre État-Partie » (Article 1er). L’article 2 définit une « technique de modification de l’environnement » comme, « toute technique ayant pour objet de modifier – grâce à une manipulation délibérée de processus naturels – la dynamique, la composition de la Terre, y compris ses biotopes, sa lithosphère, son hydrosphère et son atmosphère, ou l’espace extra-atmosphérique ». 

Il se risque même à en proposer une liste (dans un accord interprétatif de l’article 2), mais en confondant les techniques et leurs effets, et en total décalage par rapport aux évolutions technologiques des vingt dernières années : « Tremblements de terre ; tsunamis ; bouleversement de l’équilibre écologique d’une région ; modifications des conditions atmosphériques (nuages, précipitations, cyclones de différents types et tornades) ; modifications des conditions climatiques, des courants océaniques, de l’état de la couche d’ozone ou de l’ionosphère. »

Pour corriger ces décalages entre le texte et l’état de la science, l’article 8 de la Convention prévoit la tenue de conférences d’examen à des intervalles non inférieurs à cinq ans. La dernière (qui n’était que la seconde) remonte à 1992. Depuis, plus rien… Intérêts commerciaux et militaires 

Or, pendant ce temps, profitant du fossé entre l’extrême urgence de la lutte contre le réchauffement climatique et la timidité des mesures consenties par les gouvernements, l’ingénierie du climat (ou géo-ingénierie) – à savoir l’intervention technologique délibérée sur le système climatique afin de contrer le réchauffement de la planète ou d’en atténuer les effets – est de plus en plus envisagée par certains scientifiques comme une solution possible. Modifier la composition chimique des océans ou envelopper la planète d’une couche de particules réfléchissant les rayonnements du soleil sont deux illustrations parmi la trentaine de techniques évoquées par ces apprentis sorciers pour réduire le réchauffement et stocker le CO2, à défaut de réduire nos émissions.

Les fantasmes de prise de contrôle du temps et du climat ont toujours été étroitement liés aux intérêts commerciaux et militaires, nous rappelle l’historien des sciences James Fleming [4]. L’avenir ne sera pas différent, et l’agitation militaire de ces dernières années pour l’ingénierie climatique devrait retentir comme un nouveau signal d’alarme : faute d’une révision urgente pour prendre en compte les avancées technologiques et prévenir les usages hostiles, la convention Enmod risque de sombrer définitivement dans les limbes du droit international humanitaire.

Seul instrument juridique qui pourrait faire obstacle aux applications militaires de l’ingénierie du climat, au risque de compromettre davantage encore les fragiles équilibres de la planète, la Convention Enmod mérite un sort meilleur. La France doit la ratifier. L’Union européenne dans son ensemble doit sans délai appeler à la convocation d’une nouvelle conférence d’examen.


Luc Mampaey, 15.12.2016

    Comme nous le faisions chaque année avec feu Pierre Piérart, nous nous réunissons pour nous rappeler l'horreur d'Hiroshima, de Nagasaki et de la menace qui plane comme une épée de Damoclès sur l'humanité.

Notre parlement et notre gouvernement sont autistes en la matière, ils ne reconnaissent pas l'existence des bombes nucléaires stockées à KleineBrogel en pleine capacité d'emploi. Le gouvernement veut acheter des avions dans le simple but de transporter ces bombes pour porter la guerre à des soi-disant ennemis : la Russie, la Chine, pour ne pas les citer.

Notre parlement, notre gouvernement veulent nous faire croire que jamais cet ennemi virtuel ne nous réussira à nous envoyer une réplique de bombes nucléaires grâce au bouclier anti-missiles de l'Otan.

La Belgique est le centre névralgique de l'OTAN, nous sommes une cible toute désignée à être anéanti. La population ne se rend pas compte de cette réalité, on croit toujours que la guerre est chez les autres et sur un écran de télévision.

Nous sommes ici, peu nombreux mais déterminés à informer la population et la mobiliser pour la destruction des armes nucléaires en Belgique et dans le monde. Notre organisation, le Comité de Surveillance de l'OTAN,  dont Pierre Piérart était le président, continuera son combat pour la libération du monde de l'arme atomique.


    Paul Lannoye, président du Grappe

  A moins de faire preuve d’un optimisme béat, il est difficile de considérer le contexte géopolitique actuel comme porteur de perspectives de désengagement nucléaire et de paix dans le monde.

Le récent Sommet de l’OTAN vient de confirmer une  volonté commune d’escalade  dans l’intimidation à  l’égard de la méchante Russie et du « diabolique » Poutine. La coalition internationale contre l’Etat islamique est clairement engluée dans une guerre contre le terrorisme dont on ne voit pas l’issue. Pour terminer ce tableau bien sombre, on ne manquera pas de constater l’inquiétante réaffirmation par l’OTAN de sa stratégie nucléaire, incluant le droit de première frappe. Le contexte national belge n’apporte pas non plus de véritable éclaircie. Le gouvernement manifeste sans ambiguïté un suivisme docile à l’égard de l’OTAN et fait entendre en permanence un discours guerrier en guise de sédatif politique. Il fait face à une opposition parlementaire qu’il n’est pas injuste de qualifier de tiède en la matière.

  La question qui se pose au mouvement de paix et aux associations qui refusent le choix nucléaire est, à mon avis, la suivante : Comment ébranler la dynamique guerrière en action ?

L’argumentaire que, les uns et les autres, nous utilisons est suffisamment solide pour démonter celui des va-t’en guerre et des nucléocrates.  Il souffre malheureusement d’un grave handicap : il se heurte à des croyances certes infondées mais qui imprègnent suffisamment les esprits pour rejeter ou ignorer les faits qui les démontent. La conviction selon laquelle la dissuasion nucléaire a bien  fonctionné depuis 70 ans repose sur une lecture erronée de l’Histoire et sur la censure médiatique d’évènements majeurs, comme le refus d’obéir aux ordres de riposte du commandant Stanislas Petrov le 26/09/1983.

  A la suite de notre rendez-vous du 6 août 2015, j’ai, avec deux amis du Grappe, anciens sénateurs comme moi, Mme Dardenne et Mr Trussart, proposé à la présidente du Sénat d’organiser un débat contradictoire au sein de son institution sur la pertinence de la dissuasion nucléaire. Nous avons, à l’appui de cette demande, mentionné la prise de position de deux anciens premiers ministres français, Mrs Alain Juppé et Michel Rocard.
Cette proposition n’a pas été refusée. Elle a tout simplement été ignorée.  Il n’y a même pas  eu d’accusé de réception, malgré un rappel courtois mais pressant.  La presse, sollicitée sur le même thème, notamment à l’occasion de la journée du 26 septembre, n’a pas jugé le sujet digne d’intérêt.

  Ce message n’a pas pour objectif de répandre la morosité parmi vous.  Il est un appel aux suggestions et à la coopération. Ceci dit, je suggère moi-même d’ajouter un argument susceptible d’embarrasser le gouvernement ou, à tout le moins, d’intéresser certains journalistes : il s’agit de l’insécurité provoquée par l’existence de matières fissiles et de sites nucléarisés confrontés à l’utilisation de drones de loisir, en vente libre, par d’éventuels terroristes. On se rappellera que des survols de sites nucléaires par des drones ont eu lieu en France il y a quelques mois sans qu’on ait pu identifier les pilotes.


    Philippe de Salle, pour l'AMPGN

  Comme une  majorité de personnes ici  présentes le savent, je représente l'association médicale pour la prévention de la guerre nucléaire et dont l'acronyme de la section belge est AMPGN et sur le plan international IPPNW. Fondée en 1980 par deux cardiologues en pleine guerre froide, elle a œuvré pour une réduction drastique de l'arsenal nucléaire qui avait à l'époque atteint des proportions démentielles.

Notre association fut couronnée par le prix Nobel de la paix en 1985 et  se distingue par  sa spécificité  médicale  qui lui permet de  dénoncer l'impact humanitaire d'une  ou de plusieurs explosions nucléaires en plus  des effets néfastes  sur la santé des gens qui ont survécu aux effets  de l'explosion et de la chaleur.    Dans le contexte actuel de violence qui frappe nos régions occidentales depuis le début du XXI siècle, nous voudrions souligner qu'en face de la violence bestiale menée par des kamikaze souvent amateurs  qui frappent  à l'aveugle les populations civiles parfois de façon rudimentaire ( bombes artisanales, camions, hache  et autre arme blanche,) se trouve la coalition de  superpuissances suréquipées en matériel très sophistiqué pour effectuer  des frappes précises  sur des objectifs bien ciblés à l'aide de drones et missiles commandé parfois à des milliers de km de distance. Rien n'est plus asymétrique que cette confrontation. Un point commun toutefois, l'horreur. L'horreur suscitée par l'émotion confrontée à l'horreur inhumaine suscitée par la froide mécanique de précision. 

Les  superpuissances, je cite les Etats Unis, la Russie et la Chine, sont des nations violentes dans leur passé et leur présent. Leurs armées comme leurs armements sont surdimensionnés. Les dépenses militaires des trois puissances réunies dépassent la moitié les  revenus de la planète. Chacune a sa politique d'expansion territoriale  en plaçant partout des base militaires. Aucune de ces puissance n'est satisfaite de son armement et continue à investir pour le renforcer. Donald Trump comme Hilary Clinton ont promis de renforcer l'armée américaine qui est déjà la plus forte au monde. A Wall Street, on ne s'inquiète pas  de l'issue des élections. une chose est sûre, les valeurs de l'industrie des armes et de la sécurité vont augmenter. La politique intérieure est également violente. La peine de mort sévit encore aux USA dans  certains Etats et la Chine est le plus grand bourreau de la planète. Sur 163 nations, la criminalité  de ces trois pays atteint les niveaux les plus élevés et dépassent de loin les pays en voie de développement;  Comment s'étonner  que face à l'arrogance des ces superpuissances ne surgisse pas en retour dans un sorte  d'effet boomerang une violence brute et désespérée.  Comment espérer qu'il sorte quelque chose de rassurant pour la survie de l'humanité si l'exemple qui vient du haut ne montre  qu'une lutte pour la domination de la planète;  Violence et superpuissance sont deux mots qui vont si bien ensemble. 


    Charles Ruiz, pour le Parti Humaniste

Les plus grands attentats terroristes de l'histoire humaine ont eu lieu à Hiroshima le 6 août et à Nagasaki le 9 août 1945. Le gouvernement des Etats-Unis a lancé deux bombes atomiques sur ces villes, générant les actes terroristes les plus destructeurs à ce jour. Ce fut un génocide, un crime contre l'humanité, qui aurait dû être jugé immédiatement à la fin du conflit. Mais ceux qui gagnent les guerres sont, entre autres, ceux qui les jugent.

Aujourd'hui, nous sommes dans la situation que les pays qui ont installé le colonialisme et l'impérialisme, sont parmi les plus grands détenteurs d'armes nucléaires. Ils font ironiquement partie du Conseil de Sécurité de l'ONU.

Ces dates dont nous nous souvenons nous rapportent l'horreur du passé et nous invitent à prendre conscience du danger de la situation actuelle. Aujourd'hui on mentionne le terrorisme en tant que facteur de crise et de destruction, tout en cherchant à dissimuler les origines de celui-ci et la situation dangereuse du présent. Il y a plus de 20.000 têtes nucléaires. Plus de la moitié sont dans les mains d'une alliance militaire dont le membre principal est responsable de les avoir utilisées. En plus, il a couver la planète d'invasions et d'affrontements armés. Notre civilisation est sous la menace d'une catastrophe nucléaire civile et militaire générale, qui menace l'existence même de notre espèce.

Nous dénonçons l'hypocrisie de ces puissances qui veulent avoir le monopole des armes nucléaires, sous le couvert d'une "lutte pour la paix". Nous dénonçons en particulier le programme de modernisation entrepris par les gouvernements occidentaux avec les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne, et la Belgique en tête, marquant le modèle international dans lequel, en suivant cette logique, tous les autres sont derrière. Cette dynamique ne fait qu'encourager de nouveaux pays à se doter aussi d'armes nucléaires. Aujourd'hui plus que jamais, les Humanistes avancent en affirmant et en proposant:

-le désarmement nucléaire mondial progressif et proportionnel comme un objectif fondamental
-le retrait des troupes qui envahissent les territoires
-la restitution des territoires occupés
-la dénonciation de la course aux armements, en général, comme une forme d'exploitation et d'oppression des peuples
-le réinvestissement des ressources économiques de la course aux armements, dans les domaines de la santé, de la nutrition et du développement humain des peuples
-l'utilisation de l'énergie nucléaire à des fins pacifiques