Les Rièzes

  Au Pays des Rièzes et des Sarts - Annales d'histoire locale 30ème Année - N° 120            1990

    En parcourant le cahier n° 12 des "Etudes Ardennaises" du 1er janvier 1958, un article écrit par Monsieur Henri Manceau, portant le titre "Nos paysages chargés d'histoire" a retenu mon attention.

Je dirai même qu'une partie de cet article m'a stupéfié et m'a rempli d'étonnement puis de doute.

Monsieur Manceau décrit notre pays des Rièzes comme suit : "Une autre formation "naturelle", si l'on peut dire, c'est la Rièze des plateaux ardennais, parente de la toundra, avec, par place, ses tourbières géologiques. La rièze est à voir à tous moments de l'année : en automne, par ses brumes ou ses bourrasques; en hiver, sous la neige; en juin, quand le paysage rappelle au mieux la toundra septentrionale, que les cosses de genêts éclatent avec un bruit sec sous le soleil, que le rouge oxycoccos1 fleurit sur les coussins verts des sphaignes, quand les petits bouleaux frémissent au vent, entre les fondrières. Il suffit pourtant d'observer la carte d'Etat-Major pour deviner que la rièze représente une création humaine. La grande clairière de Rocroi où elle prend allure de boqueteaux succède, n'en doutons pas, à un défrichement très ancien, après lequel la forêt ne retrouva jamais sa vigueur primitive. Formation "secondaire", donc. Il est permis de penser qu'une partie de la rièze se constitua dans les âges néolithiques ou à l'époque du fer. De nombreuses tombes antiques dispersées à la périphérie, dans la forêt des Pothées, reportent au moins au 2ème siècle avant J.-C. Ce sont celles de chefs qui commandèrent que l'on coupe la forêt. Aujourd'hui, la rièze menace de disparaître. Elle fut conquise en partie depuis le XVIème siècle par le champ de seigle et le pâturage, malgré la difficulté de supprimer le genêt dont les paysans disent que sa graine survit dans le sol près d'un siècle. Au XXème siècle, un enrésinement systématique, après drainage, peut la supprimer de la carte, et de nos promenades, définitivement."

Monsieur Manceau termine son article en ces mots : "Achevons le propos par l'analyse d'une colonisation tardive : celle du plateau de Rocroi, aux XVIème, XVIIème et XVIIIème siècles. Bien après le défrichement néolithique et gaulois, le Plateau avait constitué, sur une profondeur de dix à vingt kilomètres, le plus magnifique exemple de ce "désert-frontière" rappelé par M. Dion dans son ouvrage intitulé "Les Frontières de France". Et cela jusqu'à François 1er. Entre l'Empire et le Royaume, les bois et les rièzes garantissaient des conflits, des provocations réciproques, jusqu'au jour de 1555 où le Roi de France-c'était son domaine-se décida à planter là la place de Rocroi, l'une des premières qui fut bastionnée, la plus ancienne qui reste.

Suite de l'article dans notre bulletin N° 85