ÊTES-VOUS TERRIENS OU MARTIENS ?
PLAIDOYER POUR UNE ÉCONOMIE PERMACIRCULAIRE

Dominique Bourg, University of Lausanne & Christian Arnsperger, University of Lausanne

L’ouvrage Ecologie intégrale - Pour une société permacirculaire a ceci d’édifiant qu’il propose en moins de 200 pages accessibles un cadre de réflexions et d’actions (très) exigeant ET très ouvert, le tout sur base de constats choisis avec parcimonie et pertinence. Au programme : deux principes régulateurs - la permacircularité, soit recycler mais surtout réduire, et la sobriété volontaire - et une réflexion sur la création d’une culture où les libertés individuelles peuvent se coproduire et co-évoluer à travers une pluralités de trajectoires encadrées par ces deux principes régulateurs. Une lecture incontournable pour tous ceux qui veulent sérieusement que les choses changent. Vraiment stimulant. Vous trouverez ici une présentation originale de l’ouvrage par les auteurs eux-même.

Terriens ou Martiens? La question peut paraître oiseuse. Elle semble pourtant avoir déjà été tranchée dans l’esprit des propagandistes de la fuite en avant technologique et des décideurs qu’ils hypnotisent.

Et nous ne cessons d’y répondre nous-mêmes par nos modes de vie, par leur effet global cumulé. En dépassant les capacités de charge de la planète (que l’on mesure avec l’« empreinte écologique ») ou en franchissant (pour considérer une autre batterie d’indicateurs globaux) les « limites planétaires », nous agissons quasiment tous comme si nous disposions d’une autre planète – comme si Mars s’apprêtait à nous accueillir ! Ce « nous » masque certes des inégalités dans la responsabilité, mais il s’agit ici d’aborder un autre aspect du problème.

Le niveau global où se situent les indicateurs pertinents pour évaluer l’impact de nos activités sur la planète est, pour nous autres humains, d’ordre purement scientifique. Il renvoie à une dimension de la réalité à laquelle nos sens ne nous donnent aucun accès et il n’est actuellement pris en charge par aucune instance politique.

Le Conseil de sécurité des Nations unies veille à la paix mondiale mais pas au non-franchissement des limites planétaires, même si les questions environnementales peuvent désormais y avoir droit de cité. L’Accord de Paris de 2015 a représenté à cet égard un réel progrès. Dans un ouvrage qui vient de paraître (Écologie intégrale : pour une société permacirculaire, Éditions Puf), nous proposons de faire entrer cet horizon global dans l’arène démocratique. Nous proposons de transformer en objet de décision politique (en prenant l’échelle d’une nation particulière) la question du non-franchissement des limites planétaires. Et nous prétendons que la réponse à cette question conditionne la faisabilité d’une économie authentiquement circulaire. La seule qui nous permette de continuer à vivre sur Terre.

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