Centre d'écologie appliquée du Hainaut

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jeudi 29 juin 2017

Affiche de la Commémoration de la Tragédie d'Hiroshima et de Nagasaki

SAMEDI 5 AOÛT 2017

Commémoration du 72ème Anniversaire de la Tragédie de Hiroshima et de Nagasaki

« LE DESARMEMENT NUCLEAIRE CE N’EST PAS POUR DEMAIN ! »

Au PARC HIBAKUSHA – UNIVERSITE DE MONS
Plaine de Nimy - Chaussée de Bruxelles - Mons

11 h 00 : Accueil des participants

11 h 15 : Allocution des différentes associations

11 h 45 : Dépôt de fleurs

1 minute de silence à la mémoire des victimes du nucléaire

12 h 00 : Collation au forum

13 h 15 : un film : « Le Docteur Folamour » de Stanley Kubrick, suivi d’un débat entre les participants sur les perspectives de notre combat pour le désarmement nucléaire et contre la guerre.


Les signataires de la Convention pour la Préservation du Parc Hibakusha :

Avec le soutien de Agir Pour la Paix, AMPGN, CEAH, Coalition Stop Armes Uranium Appauvri, CNAPD, COLUPA, CSO, GRAPPE, INTAL, MCP, Parti Humaniste, UMONS, Vrede, Vredesactie.

Renseignements : 02 / 376 10 93
Editeur responsable : M. Piérart-Re

lundi 16 janvier 2017

Bulletin N° 85 - Décembre 2016

DÉCLARATIONS DES ASSOCIATIONS AU PARC HIBAKUSHA

  LE 6 AOÛT 2016

    Marcel Poznanski, pour le Comité Surveillance Otan

La géo-ingénierie sur le sentier de la guerre

Lors de la Journée Hiroshima, Luc Mampaey a focalisé son intervention sur l’impact des forces armées sur le changement climatique. Vous trouverez ci-dessous son article daté de décembre 2015, qui a servi de base à cette intervention.  
Ravivant le fantasme militaire d’agir sur le climat, la géo-ingénierie propose des expérimentations à grande échelle. Le droit international possède pourtant des outils limitant les manipulations de l’environnement, comme la Convention Enmod. Or, « faute d’une révision urgente », elle risque de « sombrer dans les limbes », explique Luc Mampaey dans cette tribune.
À quelques jours de l’ouverture de la 21e Conférence des parties (COP 21) à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), prenons le temps d’évoquer ce dont elle ne parlera pas : l’impact des forces armées sur le changement climatique. Nul besoin de rappeler que les guerres et la militarisation de la planète exercent une action intrinsèquement destructrice sur nos écosystèmes. Mais on sait moins que l’environnement peut aussi devenir une arme en soi, et qu’il existe des instruments de droit qui s’attachent à prévenir ce risque.

Le droit international humanitaire dispose de deux instruments principaux pour veiller à la protection de l’environnement en situation d’hostilités. D’une portée très générale, l’article 55 du Protocole additionnel aux Conventions de Genève du 12 août 1949 (Protocole I du 8 juin 1977), précise que « la guerre sera conduite en veillant à protéger l’environnement naturel contre des dommages étendus, durables et graves. […] ». 
De l’iodure d’argent dispersé par voie aérienne

Le droit des conflits armés ira cependant plus loin que cette simple exhortation à la protection. Dès les années 1940, des recherches militaires avaient porté sur des procédés pour perturber les climatopes. Les recherches gagnèrent en intensité avec la guerre du Vietnam et le projet Popeye lancé en 1966 par les États-Unis. Son objectif était d’inonder la piste Hô-Chi-Minh pour ralentir les mouvements ennemis grâce à un accroissement des précipitations par un ensemencement des masses nuageuses avec de l’iodure d’argent dispersé par voie aérienne. L’opération fut poursuivie de 1967 à 1972.

La communauté internationale tira alors la sonnette d’alarme : la révélation de ces expériences convainquit les États réunis à la Conférence du désarmement d’adopter des dispositions interdisant d’exploiter l’environnement comme une « arme de guerre ». 
C’est l’objectif de la Convention sur l’interdiction d’utiliser des techniques de modification de l’environnement à des fins militaires ou toutes autres fins hostiles, dite Convention Enmod, adoptée à New York le 10 décembre 1976, et entrée en vigueur le 5 octobre 1978. Elle compte aujourd’hui 77 États-Parties. C’est peu, mais les puissances militaires sont là : la Russie et le Royaume-Uni ont ratifié en 1978, les États-Unis en 1980, la Chine en 2005. Pas la France, puissance nucléaire et pays hôte de COP 21 ! Voilà qui tombe mal…

En ratifiant la convention Enmod, les États-Parties s’engagent « à ne pas utiliser à des fins militaires ou toutes autres fins hostiles des techniques de modification de l’environnement ayant des effets étendus, durables ou graves, en tant que moyens de causer des destructions ou des préjudices à tout autre État-Partie » (Article 1er). L’article 2 définit une « technique de modification de l’environnement » comme, « toute technique ayant pour objet de modifier – grâce à une manipulation délibérée de processus naturels – la dynamique, la composition de la Terre, y compris ses biotopes, sa lithosphère, son hydrosphère et son atmosphère, ou l’espace extra-atmosphérique ». 

Il se risque même à en proposer une liste (dans un accord interprétatif de l’article 2), mais en confondant les techniques et leurs effets, et en total décalage par rapport aux évolutions technologiques des vingt dernières années : « Tremblements de terre ; tsunamis ; bouleversement de l’équilibre écologique d’une région ; modifications des conditions atmosphériques (nuages, précipitations, cyclones de différents types et tornades) ; modifications des conditions climatiques, des courants océaniques, de l’état de la couche d’ozone ou de l’ionosphère. »

Pour corriger ces décalages entre le texte et l’état de la science, l’article 8 de la Convention prévoit la tenue de conférences d’examen à des intervalles non inférieurs à cinq ans. La dernière (qui n’était que la seconde) remonte à 1992. Depuis, plus rien… Intérêts commerciaux et militaires 

Or, pendant ce temps, profitant du fossé entre l’extrême urgence de la lutte contre le réchauffement climatique et la timidité des mesures consenties par les gouvernements, l’ingénierie du climat (ou géo-ingénierie) – à savoir l’intervention technologique délibérée sur le système climatique afin de contrer le réchauffement de la planète ou d’en atténuer les effets – est de plus en plus envisagée par certains scientifiques comme une solution possible. Modifier la composition chimique des océans ou envelopper la planète d’une couche de particules réfléchissant les rayonnements du soleil sont deux illustrations parmi la trentaine de techniques évoquées par ces apprentis sorciers pour réduire le réchauffement et stocker le CO2, à défaut de réduire nos émissions.

Les fantasmes de prise de contrôle du temps et du climat ont toujours été étroitement liés aux intérêts commerciaux et militaires, nous rappelle l’historien des sciences James Fleming [4]. L’avenir ne sera pas différent, et l’agitation militaire de ces dernières années pour l’ingénierie climatique devrait retentir comme un nouveau signal d’alarme : faute d’une révision urgente pour prendre en compte les avancées technologiques et prévenir les usages hostiles, la convention Enmod risque de sombrer définitivement dans les limbes du droit international humanitaire.

Seul instrument juridique qui pourrait faire obstacle aux applications militaires de l’ingénierie du climat, au risque de compromettre davantage encore les fragiles équilibres de la planète, la Convention Enmod mérite un sort meilleur. La France doit la ratifier. L’Union européenne dans son ensemble doit sans délai appeler à la convocation d’une nouvelle conférence d’examen.


Luc Mampaey, 15.12.2016

    Comme nous le faisions chaque année avec feu Pierre Piérart, nous nous réunissons pour nous rappeler l'horreur d'Hiroshima, de Nagasaki et de la menace qui plane comme une épée de Damoclès sur l'humanité.

Notre parlement et notre gouvernement sont autistes en la matière, ils ne reconnaissent pas l'existence des bombes nucléaires stockées à KleineBrogel en pleine capacité d'emploi. Le gouvernement veut acheter des avions dans le simple but de transporter ces bombes pour porter la guerre à des soi-disant ennemis : la Russie, la Chine, pour ne pas les citer.

Notre parlement, notre gouvernement veulent nous faire croire que jamais cet ennemi virtuel ne nous réussira à nous envoyer une réplique de bombes nucléaires grâce au bouclier anti-missiles de l'Otan.

La Belgique est le centre névralgique de l'OTAN, nous sommes une cible toute désignée à être anéanti. La population ne se rend pas compte de cette réalité, on croit toujours que la guerre est chez les autres et sur un écran de télévision.

Nous sommes ici, peu nombreux mais déterminés à informer la population et la mobiliser pour la destruction des armes nucléaires en Belgique et dans le monde. Notre organisation, le Comité de Surveillance de l'OTAN,  dont Pierre Piérart était le président, continuera son combat pour la libération du monde de l'arme atomique.


    Paul Lannoye, président du Grappe

  A moins de faire preuve d’un optimisme béat, il est difficile de considérer le contexte géopolitique actuel comme porteur de perspectives de désengagement nucléaire et de paix dans le monde.

Le récent Sommet de l’OTAN vient de confirmer une  volonté commune d’escalade  dans l’intimidation à  l’égard de la méchante Russie et du « diabolique » Poutine. La coalition internationale contre l’Etat islamique est clairement engluée dans une guerre contre le terrorisme dont on ne voit pas l’issue. Pour terminer ce tableau bien sombre, on ne manquera pas de constater l’inquiétante réaffirmation par l’OTAN de sa stratégie nucléaire, incluant le droit de première frappe. Le contexte national belge n’apporte pas non plus de véritable éclaircie. Le gouvernement manifeste sans ambiguïté un suivisme docile à l’égard de l’OTAN et fait entendre en permanence un discours guerrier en guise de sédatif politique. Il fait face à une opposition parlementaire qu’il n’est pas injuste de qualifier de tiède en la matière.

  La question qui se pose au mouvement de paix et aux associations qui refusent le choix nucléaire est, à mon avis, la suivante : Comment ébranler la dynamique guerrière en action ?

L’argumentaire que, les uns et les autres, nous utilisons est suffisamment solide pour démonter celui des va-t’en guerre et des nucléocrates.  Il souffre malheureusement d’un grave handicap : il se heurte à des croyances certes infondées mais qui imprègnent suffisamment les esprits pour rejeter ou ignorer les faits qui les démontent. La conviction selon laquelle la dissuasion nucléaire a bien  fonctionné depuis 70 ans repose sur une lecture erronée de l’Histoire et sur la censure médiatique d’évènements majeurs, comme le refus d’obéir aux ordres de riposte du commandant Stanislas Petrov le 26/09/1983.

  A la suite de notre rendez-vous du 6 août 2015, j’ai, avec deux amis du Grappe, anciens sénateurs comme moi, Mme Dardenne et Mr Trussart, proposé à la présidente du Sénat d’organiser un débat contradictoire au sein de son institution sur la pertinence de la dissuasion nucléaire. Nous avons, à l’appui de cette demande, mentionné la prise de position de deux anciens premiers ministres français, Mrs Alain Juppé et Michel Rocard.
Cette proposition n’a pas été refusée. Elle a tout simplement été ignorée.  Il n’y a même pas  eu d’accusé de réception, malgré un rappel courtois mais pressant.  La presse, sollicitée sur le même thème, notamment à l’occasion de la journée du 26 septembre, n’a pas jugé le sujet digne d’intérêt.

  Ce message n’a pas pour objectif de répandre la morosité parmi vous.  Il est un appel aux suggestions et à la coopération. Ceci dit, je suggère moi-même d’ajouter un argument susceptible d’embarrasser le gouvernement ou, à tout le moins, d’intéresser certains journalistes : il s’agit de l’insécurité provoquée par l’existence de matières fissiles et de sites nucléarisés confrontés à l’utilisation de drones de loisir, en vente libre, par d’éventuels terroristes. On se rappellera que des survols de sites nucléaires par des drones ont eu lieu en France il y a quelques mois sans qu’on ait pu identifier les pilotes.


    Philippe de Salle, pour l'AMPGN

  Comme une  majorité de personnes ici  présentes le savent, je représente l'association médicale pour la prévention de la guerre nucléaire et dont l'acronyme de la section belge est AMPGN et sur le plan international IPPNW. Fondée en 1980 par deux cardiologues en pleine guerre froide, elle a œuvré pour une réduction drastique de l'arsenal nucléaire qui avait à l'époque atteint des proportions démentielles.

Notre association fut couronnée par le prix Nobel de la paix en 1985 et  se distingue par  sa spécificité  médicale  qui lui permet de  dénoncer l'impact humanitaire d'une  ou de plusieurs explosions nucléaires en plus  des effets néfastes  sur la santé des gens qui ont survécu aux effets  de l'explosion et de la chaleur.    Dans le contexte actuel de violence qui frappe nos régions occidentales depuis le début du XXI siècle, nous voudrions souligner qu'en face de la violence bestiale menée par des kamikaze souvent amateurs  qui frappent  à l'aveugle les populations civiles parfois de façon rudimentaire ( bombes artisanales, camions, hache  et autre arme blanche,) se trouve la coalition de  superpuissances suréquipées en matériel très sophistiqué pour effectuer  des frappes précises  sur des objectifs bien ciblés à l'aide de drones et missiles commandé parfois à des milliers de km de distance. Rien n'est plus asymétrique que cette confrontation. Un point commun toutefois, l'horreur. L'horreur suscitée par l'émotion confrontée à l'horreur inhumaine suscitée par la froide mécanique de précision. 

Les  superpuissances, je cite les Etats Unis, la Russie et la Chine, sont des nations violentes dans leur passé et leur présent. Leurs armées comme leurs armements sont surdimensionnés. Les dépenses militaires des trois puissances réunies dépassent la moitié les  revenus de la planète. Chacune a sa politique d'expansion territoriale  en plaçant partout des base militaires. Aucune de ces puissance n'est satisfaite de son armement et continue à investir pour le renforcer. Donald Trump comme Hilary Clinton ont promis de renforcer l'armée américaine qui est déjà la plus forte au monde. A Wall Street, on ne s'inquiète pas  de l'issue des élections. une chose est sûre, les valeurs de l'industrie des armes et de la sécurité vont augmenter. La politique intérieure est également violente. La peine de mort sévit encore aux USA dans  certains Etats et la Chine est le plus grand bourreau de la planète. Sur 163 nations, la criminalité  de ces trois pays atteint les niveaux les plus élevés et dépassent de loin les pays en voie de développement;  Comment s'étonner  que face à l'arrogance des ces superpuissances ne surgisse pas en retour dans un sorte  d'effet boomerang une violence brute et désespérée.  Comment espérer qu'il sorte quelque chose de rassurant pour la survie de l'humanité si l'exemple qui vient du haut ne montre  qu'une lutte pour la domination de la planète;  Violence et superpuissance sont deux mots qui vont si bien ensemble. 


    Charles Ruiz, pour le Parti Humaniste

Les plus grands attentats terroristes de l'histoire humaine ont eu lieu à Hiroshima le 6 août et à Nagasaki le 9 août 1945. Le gouvernement des Etats-Unis a lancé deux bombes atomiques sur ces villes, générant les actes terroristes les plus destructeurs à ce jour. Ce fut un génocide, un crime contre l'humanité, qui aurait dû être jugé immédiatement à la fin du conflit. Mais ceux qui gagnent les guerres sont, entre autres, ceux qui les jugent.

Aujourd'hui, nous sommes dans la situation que les pays qui ont installé le colonialisme et l'impérialisme, sont parmi les plus grands détenteurs d'armes nucléaires. Ils font ironiquement partie du Conseil de Sécurité de l'ONU.

Ces dates dont nous nous souvenons nous rapportent l'horreur du passé et nous invitent à prendre conscience du danger de la situation actuelle. Aujourd'hui on mentionne le terrorisme en tant que facteur de crise et de destruction, tout en cherchant à dissimuler les origines de celui-ci et la situation dangereuse du présent. Il y a plus de 20.000 têtes nucléaires. Plus de la moitié sont dans les mains d'une alliance militaire dont le membre principal est responsable de les avoir utilisées. En plus, il a couver la planète d'invasions et d'affrontements armés. Notre civilisation est sous la menace d'une catastrophe nucléaire civile et militaire générale, qui menace l'existence même de notre espèce.

Nous dénonçons l'hypocrisie de ces puissances qui veulent avoir le monopole des armes nucléaires, sous le couvert d'une "lutte pour la paix". Nous dénonçons en particulier le programme de modernisation entrepris par les gouvernements occidentaux avec les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne, et la Belgique en tête, marquant le modèle international dans lequel, en suivant cette logique, tous les autres sont derrière. Cette dynamique ne fait qu'encourager de nouveaux pays à se doter aussi d'armes nucléaires. Aujourd'hui plus que jamais, les Humanistes avancent en affirmant et en proposant:

-le désarmement nucléaire mondial progressif et proportionnel comme un objectif fondamental
-le retrait des troupes qui envahissent les territoires
-la restitution des territoires occupés
-la dénonciation de la course aux armements, en général, comme une forme d'exploitation et d'oppression des peuples
-le réinvestissement des ressources économiques de la course aux armements, dans les domaines de la santé, de la nutrition et du développement humain des peuples
-l'utilisation de l'énergie nucléaire à des fins pacifiques

Bulletin N° 84 - Juin 2016

SAMEDI 6 AOÛT 2016

  Commémoration du 71ème Anniversaire de la Tragédie de Hiroshima et de Nagasaki

    « LE DESARMEMENT NUCLEAIRE CE N’EST PAS POUR DEMAIN ! »

    Au PARC HIBAKUSHA – UNIVERSITE DE MONS Plaine de Nimy - Chaussée de Bruxelles - Mons

11 h 00 :  Accueil des participants 

11 h 15 :  Allocution des différentes associations

11 h 45 :  Dépôt de fleurs

    1 minute de silence à la mémoire des victimes du nucléaire

12 h 00 :    Collation au forum

13 h 30 : Conférence-débat avec la participation de :

  > Luc Mampaey (GRIP) parlera de l’impact des forces armées sur le changement climatique, en temps de paix comme en temps de guerre

  > Nicolas Bárdos-Féltoronyi parlera du Sommet Otan 2016  et de sa stratégie nucléaire

  > Des associations de paix présenteront l'agenda des prochaines luttes contre l'armement nucléaire en Belgique (Bombes atomiques de Kleine Brogel, Campagne contre le renouvellement des avions de chasse …)

  Présentation : Robert Fourneau (CEAH)
Modérateur : Claudine Pôlet (Comité Surveillance Otan)
 Pour plus d’informations, vous pouvez consulter notre site : http://www.c-e-a-h.be

  Les signataires de la Convention pour la Préservation du Parc Hibakusha :

      Avec la collaboration de l’AMPGN, CEAH, CNAPD, CSO, INTAL, MCP, UMONS,  UN MONDE SANS GUERRE, VREDE, VREDESACTIE, AGIR POUR LA PAIX, COLUPA.

      Renseignements : 02 / 376 10 93   Editeur responsable : M. Piérart-Re

jeudi 17 décembre 2015

Bult N° 82 - Déc 2015

La commémoration du 70ème anniversaire de la tragédie de Hiroshima et de Nagasaki s’est déroulée au Parc Hibakusha de l’Université de Mons. Après l’accueil des participants, différentes associations ont fait part de leur allocution que vous pourrez lire sur le site du CEAH. Il s’en est suivi un dépôt de fleurs et une minute de silence à la mémoire des victimes du nucléaire. L’après-midi la Conférence-débat avait pour thème : Où en sommes-nous 70 ans après le bombardement atomique d’Hiroshima et de Nagasaki par les USA ? 50 ans après la publication du Manifeste Russell-Einstein ? Luc Mampaey du Grip, Ben Cramer et Guillaume Defossé du CNAPD en étaient les conférenciers (voir leur texte).

Cette journée du 8 août 2015 a été marquée par une volonté des participants de ne pas s'en tenir à la commémoration, mais d'en faire aussi une date de rassemblement des volontés de lutte contre les guerres présentes et futures. Quand nous disons que "le désarmement nucléaire, ce n'est pas pour demain", ce n'est pas une constatation pessimiste ou fataliste, mais un appel à maintenir la lucidité et la vigilance de tous les citoyens de notre pays, face aux menaces d'une nouvelle guerre mondiale, face à l'escalade des affrontements dans lesquels la Belgique est entraînée par son engagement vis-à-vis de l'Otan. Il est urgent pour toutes les associations de paix et les partis progressistes de se mobiliser contre cette spirale infernale, à commencer par l'exigence du retrait des bombes atomiques de Belgique, par le refus d'acheter des avions de combat aptes à lancer ces bombes et par le refus de toute nouvelle participation de la Belgique à une nouvelle guerre en Irak et en Syrie (Claudine Pôlet). Hommage de Ben Cramer à Pierre Piérart

Non, je ne chanterais pas, je ne peux pas mettre mon discours en musique….
Je suis citoyen français, personne n’est parfait. Je suis citoyen d’un Etat pour qui le nucléaire fait partie de l’identité nationale. Un Etat qui fait la leçon à l’Iran par exemple, en matière de non-prolifération et pas à Israël. Un Etat qui pour entrer dans le club atomique a fait sauter le moratoire sur les essais atmosphériques en 1960 ; et c’est le dernier pays Etat nucléaire officiel, reconnu comme tel à avoir signé et ratifié le TNP en 1992, après avoir conspué ce traité discriminatoire qui avait pour principal défaut de restreindre le nombre d’Etats que la France voulait aider dans leur aventure nucléaire militaire, que ce soit l’Irak, la Corée du Sud, le Pakistan, l’Afrique du Sud et quelques autres. La France est un pays assez particulier où l’enseignement sur la paix a été interdit jusqu’à la fin de la guerre froide. C’est dans ce même pays où 2 candidats à l’élection présidentielle ont été incapables, lors d’un débat télévisé, de citer le nombre de sous-marins nucléaires, et incapables de faire la distinction entre un sous-marin nucléaire d’attaque SNA et un sous-marin lanceur d’engins nucléaires, les SNLE. Un pays étonnant qui pourrait tout de même, ne l’oublions pas, s’honorer d’avoir offert au monde une dizaine de Prix Nobel de la Paix.

Je veux rendre hommage aux victimes de Hiroshima et Nagasaki. Aux jeunes qui nous écoutent, ils peuvent avoir l’impression que tout a été dit sur ces 2 tragédies et pourtant. En février 2013, une nouvelle photo de l’accident d’Hiroshima…a été retrouvée, et fut publiée par le journal « Rue 89 »….
En tant que journaliste, je veux rendre hommage à ceux qui ont fait leur travail, et qui honorent la profession. Tel journaliste australien Wilfred Burchett, ami personnel d'Ho Chi Minh, seul journaliste occidental à avoir rendu compte de la guerre du Vietnam, à partir du camp nord-vietnamien, Il a vu Hiroshima et témoigné de ce qu’il a vu. Son premier papier qui a échappé à la censure fut publié le 5 septembre 1945, presque un mois après le largage de la bombe A sur Hiroshima. Il est paru à Londres dans le Daily Express. Sous le titre « la peste atomique ». Il a fait le tour du monde. Il commençait par : « Hiroshima ne ressemble pas à une ville bombardée. C’est comme si un rouleau compresseur lui était passé dessus et l’avait complètement écrasée. J’écris ces mots avec le moins de passion possible en espérant que cela servira de mise en garde pour le monde ». Accusé de traître par ses concitoyens, c’est donc lui le premier qui a lancé l’alerte, qui a parlé, décrit et dénoncé la peste brune qui envahissait la ville. Et c’est grâce à lui qu’on saura qu’une nouvelle ère post-Hiroshima a commencé alors et qui perdure : l’ère de la censure concernant les activités nucléaires. (Voir son livre Atomic cover-up). Je veux rendre hommage aux victimes des essais. En évoquant les expérimentations nucléaires à travers le monde, on ne minimise pas ce qui a frappé le Japon, On rappelle juste que les destructions du 6 et du 9 étaient aussi des expérimentations, l’une à l’uranium, l’autre au plutonium. et des humains utilisés comme cobayes ; et ceci nous permet aussi de réfléchir aux victimes par radiations qui se sont retrouvées pas par hasard dans des contrées colonisées dans l’hémisphère nord et sud, des îles qui n’étaient pas désertes (Nouvelle Zemble, Polynésie, Iles Xmas), des territoires qui n’étaient pas désertiques (près de Lop Nor, Reggane, Sahara), des zones particulières où l’on a assisté à d’autres rapports de forces, pour faire taire d’autres peuples, pour imposer d’autres formes de destruction, ce que j’ai dénommé dans mon livre les guerres oubliées. Parmi tant d’autres.

Je veux rendre hommage à Pierre Piérart qui est à l’origine en 1989 du Parc Hibakusha. Et par ce biais, rendre hommage à sa profession. Me sentir solidaire de ces scientifiques qui ont compris jusqu’à quel point le combat anti-nucléaire était un combat pour la vie. Qui ont compris en tant que médecins que les guerres provoquent des malades particulières, que les sociétés guerrières - et de plus en plus militarisées - sont malades… La guerre pourrait être perçue comme une maladie et d’ailleurs ce fut le titre d’un livre que les nazis ont brûlé. Ce livre était préfacé par un certain Albert Einstein…

A la devise « si tu veux la paix, prépare la paix », je préfère celle de Gaston Bouthoul pour qui « si tu veux la paix, connais la guerre !» Je sais cela peut paraître un peu paradoxal, voire malsain. Alors, si tu veux la paix, tâche au moins de connaître ce qui empêche la paix, méfie-toi des paix des cimetières, tâche de repérer les ennemis de la paix, ceux qui ont besoin de la guerre pour faire fructifier leurs affaires mortuaires, renseigne-toi sur les systèmes d’armes qui ne sont pas adaptés aux menaces mais qui seront mis sur le marché dès que l’on aura trouvé un prétexte pour les rendre indispensables…

Je veux rendre hommage aux victimes de cette pollution mentale…cette pollution que constitue la croyance dans cette « révolution technologique» (le titre du journal Le Monde au lendemain d’Hiroshima (http://encyclopedie-dd.org/encyclopedie/terre/5-2-les-differents-secteurs/la-paix-par-et-pour-le.html), une pseudo « révolution » qui s’est accompagnée de nouvelles façons de mourir ….et d’une incapacité de penser le monde et ses limites comme avant. Eh oui, on ne peut pas penser le monde avant août 1945 et après. Ben Cramer

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Déclaration du Groupe de Réflexion et d'Action Pour une Politique Écologique (Grappe)

Comme le proclamait avec un enthousiasme obscène l’ensemble de la presse occidentale, au lendemain du largage des bombes nucléaires sur Hiroshima et Nagasaki, nous sommes entrés en août 1945 dans l’ère atomique. Septante ans plus tard, nous y sommes toujours et nous avons vu s’accumuler les dommages irréversibles causés à l’humanité par une technologie incompatible avec le vivant.

La politique de dissuasion nucléaire, plus par chance que par effet de décisions rationnelles des Etats nucléarisés, n’a pas conduit à de nouveaux désastres humains de même ampleur qu’à Hiroshima et Nagasaki. Mais, elle a donné lieu à une quantité invraisemblable d’essais nucléaires qui ont conduit à une contamination radioactive lourde de conséquences pour des populations prises en otage et sacrifiées aussi bien aux Etats-Unis ( Nevada) qu’en Russie ( Nouvelle Zemble), au Kazakhstan ( Semipalatinsk) ou encore en Polynésie française et dans le Pacifique – Nord ( Iles Marshall).

Sans oublier que ce n’est qu’après le constat d’une contamination générale de l’hémisphère Nord consécutive aux essais atmosphériques des années 1950 et du début des années 60 (543 essais au total) que le traité interdisant les essais nucléaires dans l’atmosphère, l’espace et sous la mer fut signé le 5 août 1963. Il ne faut pas minimiser, en outre, l’impact des accidents graves qui ont conduit à des dispersions d’éléments radioactifs ou de matières fissiles dans les mers ou au sol. Le secret – défense qui a généralement entouré ces événements dommageables a certes bien fonctionné mais au fil du temps, leur déclassification a permis de mesurer leur gravité : Accidents d’avions ayant conduit à des fuites d’armes nucléaires ou à une dispersion significative de radionucléides ; Accidents de sous-marins nucléaires russes ou américains.

Dans le domaine du nucléaire civil, les catastrophes, considérées jusque-là comme impossibles, qui ont eu lieu à Three Miles Island (Etats-Unis) en 1979, à Tchernobyl (Union Soviétique) en 1986 et à Fukushima (Japon) en 2011 ont dissipé définitivement le double mirage d’une maitrise totale et d’une énergie propre. Face à des faits indiscutables, face à ce qu’il faut considérer comme un empoisonnement irrémédiable de la biosphère, rien ou presque n’a bougé dans les États-majors gouvernementaux et dans la logique en cours. Aucune des puissances détentrices de l’arme nucléaire et d’une industrie nucléaire civile n’a fait de pas significatif dans le sens d’un démantèlement de son arsenal nucléaire ou de réduction de sa production électronucléaire.

On constate au contraire une volonté de modernisation de l’arsenal nucléaire qui montre bien qu’aucun Etat ne se prépare à renoncer à l’arme nucléaire, malgré l’exigence qui leur est adressée par le Traité de non-prolifération.

Le Grappe partage l’opinion de plus en plus répandue dans les milieux pacifistes et les nations non nucléarisées qu’il faut mettre en place une nouvelle stratégie pour aller vers l’abolition de l’arme nucléaire.

La « promesse de l’Autriche » de s’engager à œuvrer pour combler le vide juridique pour l’interdiction et l’élimination des armes nucléaires est une initiative prometteuse. A ce jour, 109 Etats ont adhéré à cet engagement parmi lesquels 4 Etats membres de l’Union européenne : outre l’Autriche, il s’agit de l’Irlande, de Malte et de Chypre.

A l’occasion du 70 ème anniversaire de la tragédie d’Hiroshima, la meilleure manière, selon nous, d’affirmer notre volonté de rompre avec la barbarie technologique et la menace de mort sur la planète entière est de soutenir concrètement l’initiative autrichienne et mettre enfin l’arme nucléaire sur le même plan que les autres armes proscrites que sont les armes chimiques et bactériologiques, les mines antipersonnelles et les armes à sous munitions.

Le Grappe entend bien contribuer à toute initiative visant à interpeller le gouvernement belge pour que notre pays adhère à la promesse autrichienne et concrétise cette adhésion par des décisions politiques en cohérence avec cet engagement.

A.M Francken et P. Lannoye , GRAPPE

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Déclaration Comité Surveillance de l'Otan

Aujourd’hui nous nous réunissons pour commémorer la destruction d’Hiroshima et Nagasaki où des centaines de milliers d’êtres humains ont péri en quelques secondes et d’autres dans les mois qui ont suivi.

Le Professeur Pierre Piérard a créé ce lieu pour empêcher l’oubli et nous rappeler en permanence qu’une épée de Damoclès nucléaire menace l’humanité. Notre présence dans ce Parc Hibakusha est l’expression de notre volonté de continuer ce combat, tel était le souhait du Professeur Pierre Piérard. Il semble que tous les traités pour réduire et éliminer l’armement nucléaire soient réduits à néant. Le Traité de Non Prolifération nucléaire (TNP) est violé par la Belgique qui stocke des bombes atomiques à Kleine Brogel et qui se prépare à accepter le remplacement par un nouveau type de bombes que seul l’avion F35 est apte à porter.

Le professeur Pierre Piérard était cofondateur et président du « Comité de surveillance de l’OTAN ». Ce comité de Paix dénonce notamment l’Otan et sa détermination à employer l’arme nucléaire en première frappe.

L’achat des F35 est une volonté de nos gouvernements successifs à accepter la politique de première frappe de l’OTAN. Croire que nous pourrions échapper à une réplique nucléaire si ces avions bombardaient la Russie, est une illusion créée par les militaristes de tous pays. Nous ne compterons plus alors en centaines de milliers le nombre de morts mais en millions et peut être en milliards. L’ensemble de l’armement nucléaire peut détruire la vie sur notre terre plus de 5 fois.

Ce n’est pas un cri de désespoir, c’est un cri pour éliminer l’arme atomique que nous amplifierons en permanence pour donner une terre libérée de l’angoisse de la destruction à nos enfants.

Marcel Poznanski - CSO

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Déclaration de la Coalition pour l'Interdiction des Armes à l'Uranium

Mon nom est Ria et je représente la "Coalition belge et internationale pour l' interdiction des armes à l'uranium". L'organisation a été fondée en 2003 en Belgique et compte 160 groupes dans 33 pays.

La Coalition a lancé récemment un nouveau projet: il concerne les Restes Toxiques de Guerre (en anglais:TRW). Les TRW sont : ‘Toute substance toxique ou radiologique résultant des activités militaires qui constitue un danger pour les humains et les écosystèmes ». Ces substances toxiques et radiologiques lors d'activités militaires contaminent de nombreux lieux. La protection des écosystèmes précieux pendant et après un conflit est très urgente.

Les conflits armés et la pollution de l'environnement sont toujours liés. Un exemple: en Irak, une étude officielle de 2010 a recensé plus de 40 sites à travers le pays qui ont été contaminés à des niveaux élevés, par des radiations et par les dioxines. L'Irak souffre de ces polluants radioactifs à la suite des guerres continues dans les années 1980 à 2003, lorsque les États-Unis ont utilisé des armes très sophistiquées contenant de l'uranium appauvri.

Les déchets produits par ces guerres, causent des problèmes graves de santé à la population, des taux élevés de cancers et de malformations congénitales. En outre, en Iraq, il y a un manque de contrôle de qualité sur les marchandises importées. Par exemple: la contamination radioactive est également le résultat des importations de pièces automobiles en provenance du Japon. Le gouvernement irakien étudie comment se débarrasser de ses déchets radioactifs.

À propos des armes nucléaires:

le TNP (Traité de Non Prolifération) n’a pas permis d’enclencher un processus de désarmement, mais bien au contraire autorise les puissances nucléaires, à pérenniser leur arsenal.

Où sont nos braves politiciens qui peuvent décider d’interdire les armes nucléaires américaines sur le territoire belge? Où est leur courage d'interdire les armes nucléaires dans le monde et de travailler à des solutions pacifiques au lieu de choisir à chaque fois les solutions violentes et destructrices ?

Nous attendons de nos politiciens, des dirigeants du monde, qu’ils s’engagent réellement dans un processus d’élimination totale des armes nucléaires. Nous savons tous que l’arme nucléaire n’est pas un facteur de sécurité et de stabilité mondiale, mais bien au contraire un obstacle à la paix et à la sécurité humaine. Nous nous engageons dans un processus d’élimination totale des armes nucléaires et des conflics armées. Je propose une autre conception de la sécurité humaine: un sécurité environnementale- une sécurité d'emploi / protection sociale / accès à l'éducation / à la santé / éducation à la paix

Ria Verjauw, pour la Coalition

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Déclaration CNAPD

Le 22 avril dernier marquait le 100e anniversaire de la première utilisation à grande échelle d’armes chimiques. C'était en Belgique, à Ypres.

Notre Ministre des Affaires étrangères nous rappelait à cette occasion que « le terrible effet des armes chimiques et l'atroce souffrance des victimes ont amené les gouvernements de l’époque à interdire leur utilisation en signant le protocole de Genève en 1925 ».

30 ans après ce premier bombardement à l’arme chimique, il y a donc 70 ans, l’armée américaine larguait deux bombes nucléaires, une sur Hiroshima et une sur Nagasaki. 240.000 morts et des conséquences humanitaires, sanitaires, environnementales et sociales terribles, encore fortement perceptibles aujourd’hui. Curieusement, « le terrible effet de l’utilisation d’armes de destruction massive » n’a ici pas abouti àl’adoption d’un traité d’interdiction. Au contraire, on compte aujourd'hui 17.000 armes atomiques dans le monde, dont 20 en Belgique qui participent à faire du « monde sans arme nucléaire », une illusion. Cependant, alors que la Belgique pourrait demander unilatéralement aux Etats-Unis de reprendre les têtes nucléaires qu’ils entreposent chez nous, comme l'a fait la Grèce, elle préfère perpétuer l’illégalité dans laquelle elle se trouve au regard du TNP auquel elle a souscrit… et qu’elle appelle à respecter dans son accord de Gouvernement.

Depuis bien longtemps, donc, la Belgique dit qu'elle s’inscrit « résolument dans la lutte pour le désarmement nucléaire » tout en entraînant ses pilotes à larguer les bombes nucléaires présentes sur le territoire à bord des avions de chasse F-16… que l’accord de gouvernement prévoit de remplacer avant la fin de cette législature. Le choix du remplacement des F-16 de l’armée belge, c’est donc l'occasion de questionner la société civile et la population, les médias et les syndicats, le monde politique et économique sur la perpétuation du rôle de la Belgique dans le partage des tâches nucléaires de l’OTAN. Acheter des avions capables transporter ces bombes, c’est pérenniser pour des décennies, la présence des armes nucléaires sur notre territoire. Et c'est inacceptable.

Comme je vous le disais l'année dernière : « Nous devons nous rappeler tous les jours que contrairement à ce que l'on veut nous faire croire, l'armement nucléaire, ce n'est pas la paix. L'armement nucléaire, ce n'est pas l’équilibre de la terreur, l'armement nucléaire, c'est la terreur ! »

La CNAPD œuvre depuis plus de 40 ans à expliquer ça aux citoyens, et en particulier aux jeunes. Parce que c'est sur eux aussi que nous devrons compter pour qu'ils se mobilisent à nos côtés pour un monde en paix, désarmé et démocratique.

Guillaume Defossé, CNAPD

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Déclaration AMPGN

La majorité des personnes présentes à cette commémoration connaissent notre association médicale pour la prévention de la guerre nucléaire et dont l'acronyme est en Belgique est AMPGN et sur le plan international IPPNW. Fondée en 1980 par deux cardiologues en pleine guerre froide, elle a œuvré pour une réduction drastique de l'arsenal nucléaire qui avait à l'époque atteint des proportions démentielles.

Notre association qui a été couronnée par le prix Nobel de la paix en 1987 tient à sa spécificité médicale et c'est en cette qualité qu'elle est la mieux placée pour dénoncer les effets particulièrement néfastes sur la santé des gens qui ont survécu aux effets de l'explosion et de la chaleur.

Il faut rappeler que les Etats-Unis ont nié l'existence des effets mortels des radiations et des anomalies génétiques frappant la descendance des femmes enceintes pendant l'explosion. Toute publication sur ce sujet a été sciemment censurée pendant les années qui ont suivi l'explosion de crainte que la thèse du "mal nécessaire" ou de "la bombe pacificatrice permettant la survie des 500.000 à 1.000.000 de combattants américains " ne soit remise en question par l'opinion publique .

La mission de notre mouvement est l'information sous toutes ses formes et par toutes les voies médiatiques à notre disposition, des citoyens de notre planète, à propos du danger mortel qu'ils courent en restant passifs. Réveiller et stimuler les consciences afin de se prémunir d'un fléau que la médecine ne pourra guérir. C'est un principe de la médecine préventive.

Pour rappel, 90% des médecins et 97 % des infirmiers d'Hiroshima sont décédés et toutes les infrastructures hospitalières ont été détruites le jour de l'explosion. Les preuves d'un impact humanitaire catastrophique ont été apportées récemment en dénonçant qu'une famine nucléaire sans précédent atteignant plus d'un milliard de personne se produirait à l'occasion d'un conflit nucléaire de moyenne importance. Ces preuves ont redynamisé la lutte pour l'abolition complète et mobilisent les gouvernements de nombreuses nations en vue de bannir l'arme nucléaire sur le plan légal.

Je citerai pour terminer une phrase du président Eisenhower dans son discours "Atom for peace" du 8 décembre 1953 aux Nations Unies à New York . Il exprimait le désir que:

"Ce n'est pas suffisant que cette arme soit retirée de mains de soldats. Il faut qu'elles soit mise dans les mains de ceux qui sauront comment éliminer leur enveloppe militaire afin de l'adapter à l'art de la paix".

La commémorions d'Hiroshima est un moment de réflexion tout aussi nécessaire que les moments d'action pour s'associer à la douleur des ceux qui ont souffert, de ceux qui souffrent encore et se promettre que nous ferons tout ce que nous pouvons pour ne plus revivre demain un pareil cauchemar.

Philippe de Salle, AMPGN

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Déclaration Mouvement Chrétien pour la Paix (MCP)

La guerre nucléaire est encore actuellement en cours !

par les graves atteintes à son environnement humain : exemple : l’extraction de minerai d’uranium (Niger et Gabon) qui engendre maladies et décès chez les mineurs et les villageois.

"Des gamins de quinze et seize ans se font irradier dans les mines sous contrôle français au Niger. Il n'y a quasiment aucune protection contre l'inhalation de gaz radon. La main d'œuvre, presque exclusivement des nomades Touaregs, reste totalement ignorante des effets de l'exploitation minière. La détection des radiations et les contrôles sanitaires sont inexistants." GREENPEACE

par l’emploi d’armes nucléaires : Voir, par exemple, l'explosion récente d'une bombe à neutron au Yémen
par la préparation des futures guerres atomiques , à l’aide de la fabrication d'armes sophistiquées : des "mini-nuclear bombs", de sous-marins, bateaux, et avions qui transportent à leur bord de l’armement nucléaire et provoquent ou peuvent provoquer des incidents mortels

par les dangereux entreposages d’engins nucléaires : 180 armes nucléaires dans 5 pays européens (6 bases), ce qui demande, entre autre, de la maintenance et la sécurité des sites

par le traitement et le stockage des déchets nucléaires: par exemple, les entrepôts nucléaires en Sardaigne

par les atteintes graves à l’environnement naturel

Je veux aussi rappeler ici la campagne qui bat son plein au Royaume Uni, et particulièrement en Ecosse contre le renouvellement des sous-marins nucléaires TRIDENT et dans d’autres pays européens (l’Italie, et les Pays-Bas notamment), celle contre le renouvellement des avions de chasse F35 ou d’autres avions pouvant transporter et larguer des bombes nucléaires, sans oublier les drones, qui, semble-t-il, pourraient aussi transporter de l’armement nucléaire

Nous pouvons dès lors affirmer que le nucléaire mène aussi contre le monde une guerre économique, car le budget qui y est alloué, va au détriment d’autres budgets comme celui de l’enseignement, la santé etc…

Et je terminerai par un extrait de la conférence des évêques de Belgique : "les évêques rappellent avec force que la détention d’armes nucléaires touche à l’immoralité. La haute capacité destructrice dont sont dotées ces armes ne repose sur aucun fondement juridique, ni encore moins moral. Quand il sert d’argument au discours militaro-sécuritaire, le caractère désormais essentiellement dissuasif des armes nucléaires bloque la moindre tentative de désarmement".

Carla Goffi, MCP

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Conférence Le désarmement nucléaire n'est pas pour demain"

- Luc Mampaey (GRIP) : "Le TNP, un Traité obsolète? Comment rebondir après l'échec de la 9ème conférence d'examen". (L'exposé de Luc Mampaey sera publié intégralement dans le bulletin électronique Alerte Otan, dès que possible.)

- L'intervention de Ben Cramer à la conférence du 8 août 2015:

"Définir un programme pour la décroissance dans le domaine de la militarisation"

Une réflexion s’impose sur les mythes relatifs à l’arme nucléaire. L’ouvrage « Armes Nucléaires – 5 mythes à déconstruire » de Ward Wilson (préfacé par Michel Rocard et traduit par Danièle Fayer-Stern) que le GRIP vient de publier à Bruxelles arrive à point. Je ne voudrais quant à moi en relever qu’un seul : « La bombe, le garant de la paix ». Je pourrais évidemment en citer d’autres : le mythe relatif au coût infime que cette arme allait représenter par rapport à sa « force de frappe », sa puissance destructrice. Celui de tremplin pour disposer d’un siège (ou strapontin) au Conseil de Sécurité. Celui d’atout majeur pour être indépendant des blocs et coalitions militaires, alors même que la France et le Royaume-Uni s’accommodent fort bien d’être à la fois puissances nucléaires et membres de l’OTAN ! Et que nul ne s’offusque à Paris ou à Londres que ce soient les Etats-Unis d’Amérique qui disposent du plus grand arsenal nucléaire sur le continent européen !

Mais je voudrais m’arrêter sur le pire d’entre eux : le mythe selon lequel l’atome « nous aurait évité la guerre depuis 1945 ». Ce mythe - que des historiens plus compétents que moi pourraient aisément réfuter - est le plus ravageur pour la simple raison qu’il a rendu possible, ici, chez nous, deux erreurs d’appréciation. Il a non seulement tronqué notre histoire depuis 45, mais il fournit par la même occasion les clefs de l’impasse d’un certaine pacifisme. Expliquons-nous.

Le premier trucage concerne la raison d’être de l’unification européenne. Alors que le « Marché Commun » a été la base économique de l’OTAN, comme le rappelait d’ailleurs Michel Rocard au début des années 70, on nous a leurrés et baratinés en nous présentant ce projet comme un projet pacificateur et le summum, le « top » de la réconciliation entre les peuples. Toutefois, si l’on parvient à se défaire de la pollution mentale que représente cette propagande du « monde libre », la liberté de circulation des marchandises tant prisée par les Européistes visait aussi et surtout à éradiquer le communisme de l’Europe de l’Ouest. Pourquoi tant d’efforts ? Parce que nos élites des deux côtés de l’Atlantique étaient persuadées que le communisme ne pourrait contaminer que les pauvres ! (cf. à ce propos les analyses de JP Vernant).

La paix ici, parce que la guerre là-bas

La seconde tromperie à l’égard des peuples européens est pire encore. Nul n’a osé expliquer que si nous bénéficions présentement de la paix ici, dans cet espace bien délimité, c’est parce qu’il y avait la guerre…ailleurs. Que les centaines de conflits et les millions de morts et de blessés de par le monde, c’était le prix à payer pour avoir un peu de calme à nos frontières schengenisées. La guerre ailleurs assurait notre paix ici. Il aura fallu beaucoup d’années otanesques, des bombardements et massacres officiellement « de faible intensité » dans la périphérie, dans les banlieues de l’Europe, dans cette zone grise entre les Balkans et le Moyen-Orient, pour que le lien soit établi, le lien de cause à effet entre notre si paisible Union Européenne (qui a kidnappé à son profit l’espace pan-européen et flingué le chantier du Conseil de l’Europe) et la stratégie du chaos sous d’autres latitudes. La prise de conscience de cette connexion est entrain de s’opérer, en même temps que la reconnaissance d’un certain terrorisme et la découverte des réfugiés, bref, à partir du moment où les opérations militaro-policières menées par nos dirigeants en notre nom ont fait boomerang et nous éclaboussent en pleine figure.

Nous avons cru trop longtemps que la paix était due à nos valeurs, à l’édification de nos beaux principes, à la beauté de nos espaces naturels estampillés Natura 2000, à nos terrains de golf, à la propreté de nos maisonnettes…pour ne pas avoir à se préoccuper ou s’émouvoir des miradors, des barbelés et de l’EU Navfor Med. Certains d’entre eux ont mimé la paix sous toutes ses coutures. Les porte-parole de l’OTAN, passés maîtres dans l’art de la novlangue chère à George Orwell, ont vanté leur institution en tant qu’« organisation pacifiste ». L’illusion et la mauvaise foi ont fait le reste. « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs » déclara Chirac à Johannesburg en 2002. Les commentateurs ont apprécié, les militants ont applaudi le style. Mais enfin …, si la maison brûle, Monsieur Chirac, c’est parce que des incendiaires bien identifiés ont mis une partie de la planète à feu et à sang. Pourquoi ne l’a-t-on pas dit ? Le diagnostic s’impose : la majorité d’entre nous ont refoulé tout ce qui relève de la polémologie. Aujourd’hui encore, 25 ans après le début des guerres en Yougoslavie, la majorité des ONG, qui s’auto-proclament la « société civile », y compris celles qui se mobilisent pour le développement, y compris les altermondialistes de la belle-époque post-Porto-Alegre, y compris les associations environnementales qui zappent le fait que la protection de la planète passe par la capacité à pacifier les rapports entre les humains et la Terre, y compris les ONG écolos qui scandent des slogans apocalyptiques sur le climat …, toutes ont évacué la thématique de la guerre et de la militarisation dans leurs réflexions et dans leurs débats. Bref, il serait temps de travailler sur notre refoulé et remettre les pendules à l’heure.

Pour remédier à cette dérive, la formule de Bouthoul « Si tu veux la paix, connais la guerre », est à décliner sous toutes ses facettes. Il ne sera pas inutile non plus de méditer la phrase de Castoriadis : « Une société moderne montre son degré de civilisation à sa capacité à se fixer des limites ». Je ne peux pas m’étendre ici, ni développer. Il y aurait beaucoup à dire et s’interroger … : jusqu’à quel point la notion de limite permettrait d’enrichir le pacifisme à partir de cette conscience que certains écologistes ont intégré. Mais les limites auxquelles je fais allusion sont et seront l’une des recettes pour éviter la casse, limiter les dégâts. Il s’agit à mon avis de penser comment pénaliser les entreprises de l’armement pour leur contribution au réchauffement climatique, taxer les trafics d’armes pour qu’une réaffectation des dépenses militaires (exponentielles ou presque) favorise la sécurité de tous dont la sécurité sociale ; définir des seuils dans le domaine de l’exportation de la violence. Reconsidérer la répartition internationale de la menace de mort qui est aussi délirante que la répartition des richesses. De façon plus globale, définir un programme pour la décroissance dans le domaine de la militarisation, à un moment clef de notre Histoire où le pire n’est pas exclu.

Ben Cramer

Dernier ouvrage paru : “Guerre et Paix …et Ecologie – les risques de militarization durable, édition Yves Michel, fin 2014.
http://www.athena21.org

mardi 23 juin 2015

Commémoration du 70 ème anniversaire de la tragédie de Hiroshima et de Nagasaki

« LE DESARMEMENT NUCLEAIRE CE N’EST PAS POUR DEMAIN ! »

Au PARC HIBAKUSHA – UNIVERSITE DE MONS Plaine de Nimy - Chaussée de Bruxelles - Mons

11 h 00 : Accueil des participants

11 h 15 : Allocution des différentes associations

11 h 45 : Dépôt de fleurs

1 minute de silence à la mémoire des victimes du nucléaire

12 h 00 : Collation au forum

13h30 : Conférence-débat :
Où en sommes-nous 70 ans après le bombardement atomique d’Hiroshima et de Nagasaki par les USA ? 50 ans après la publication du Manifeste Russell-Einstein ?


Avec la participation de :

 Luc Mampaey (GRIP) parlera de la Conférence 2015 d’examen du Traité de Non-Prolifération Nucléaire

 Ben Cramer parlera de son livre « Guerre et Paix… et Ecologie, les risques de militarisation durable »

 Guillaume Defossé (CNAPD) présentera la Plate-Forme des 120 organisations « Contre le renouvellement des avions de chasse »


Présentation : Robert Fourneau (CEAH)
Modérateur : Claudine Pôlet (Comité Surveillance Otan)

jeudi 18 septembre 2014

COMMEMORATION DU 69ème ANNIVERSAIRE DE LA TRAGEDIE DE HIROSHIMA ET DE NAGASAKI

A 69 ANS DES BOMBARDEMENTS NUCLEAIRES SUR HIROSHIMA ET NAGASAKI

A Mons, la commémoration des bombardements nucléaires américains sur Hiroshima et Nagasaki en août 1945 a commencé par l’inauguration d’une stèle consacrée à Pierre Piérart, professeur à l’université de Mons, fondateur du Parc Hibakusha, décédé en 2010. Celle-ci fait face au mémorial en hommage « aux victimes de Hiroshima et Nagasaki et des essais nucléaires ».

Macha Ré-Piérart a dévoilé la stèle dans laquelle un fidèle portrait était gravé ainsi que les inscriptions : « le Parc Hibakusha a été créé par le Pr Pierre Piérart en 1989 », « Lutter contre l’armée nucléaire, c’est lutter pour la vie », « Si tu veux la paix, prépare la paix ». L’émotion de tous les participants à la cérémonie s’est muée en réflexion et en fraternité en écoutant une des chansons préférées de Pierre Piérart : « Le Déserteur » de Boris Vian, interprétée par son auteur.

Des amis et collègues du Professeur Piérart ont ensuite pris la parole, ainsi que des représentants de plusieurs associations de paix – tant flamandes que francophones - .

Devant le mémorial , un dépôt de fleurs a précédé la minute de silence à la mémoire des victimes des bombardements nucléaires de Hiroshima et Nagasaki et aussi avec une pensée pour toutes les victimes des guerres actuelles, nucléaires ou pas. Au nom de la Cnapd, Guillaume Defossé a fait le discours reproduit ci-dessous.

La conférence de l’après-midi s’est efforcée de faire un bilan de l’état du désarmement nucléaire en 2014 avec les contributions très intéressantes des trois conférenciers qui ont introduit le débat : Luc Mampaey (directeur du GRIP), Michel Wautelet (membre du CEAH), Ludo De Brabander (responsable de VREDE). Nous renvoyons à leurs textes (publiés intégralement sur ce site) afin de ne pas déformer leurs idées par un résumé trop court.

Quelques pistes de réflexion sont apparues : même si, selon certains intervenants, des progrès se sont accomplis vers un relatif désarmement nucléaire, cela ne représente pas pour autant un progrès vers la paix dans le monde ; les armes « conventionnelles » se produisent et circulent massivement et causent des désastres dans des conflits de plus en plus nombreux sur toute la planète ; des armes nucléaires, aussi miniaturisées qu’elles puissent être, sont toujours des armes de destruction massive, un missile ou une bombe nucléaire n’est jamais « une arme tactique » ; l’Otan (27 pays membres, d’Europe et d’Amérique du Nord, sur les 198 pays de l’ONU) développe sans cesse sa stratégie nucléaire, possède l’arsenal d’armes le plus puissant du monde, et s’arroge toujours le droit « de la première frappe nucléaire ».

La conférence s’est conclue sur l’engagement des participants, -associations et personnes-, à ne jamais laisser tomber dans l’oubli les Hibakusha, ni les victimes des guerres d’aujourd’hui et à poursuivre le combat pour la paix uni à celui pour la justice sociale dans le monde.

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Guillaume Defossé – Cnapd – intervention commémoration Hiroshima 9 aout 2014

Chers amis,

Il y a tout juste 69 ans, s’écrivaient d’affilée deux pages parmi les plus sombres de l’histoire des crimes de guerre. Hiroshima et Nagasaki se voyaient ainsi utilisées comme premiers cobayes de la pire arme de destruction massive jamais inventée par l’Humanité, mais peut-on l’appeler ainsi dans ce cas ? Derrière les noms bien connus de ces deux villes japonaises, se cachent des centaines de milliers de morts, victimes tant du bombardement en lui-même que des brûlures et des radiations qui en ont découlé.

C’est pourquoi nous devons nous rappeler tous les jours que contrairement à ce qu’on veut nous faire croire, l’armement nucléaire, ce n’est pas la paix. L’armement nucléaire, ce n’est pas l’équilibre de la terreur. L’armement nucléaire, c’est la terreur ! La terreur de savoir qu’une simple pression sur un bouton peut provoquer des centaines ou des millions de morts à l’autre bout de la planète, la terreur de voir qu’au final, c’est toute l’humanité qui est mise en danger.

Alors, oui, nous aussi, nous avons peur. Nous avons peur parce que nous savons que notre pays, qui est une démocratie et qui prétend agir pour notre bien, notre pays donc, possède sur son territoire à Kleine Brogel ce type d’armement. Et ces armes, qu’on nous dit ne pas exister, elles n’appartiennent même pas à la Belgique. Elles appartiennent aux Etats-Unis, le seul état à avoir jamais utilisé la bombe nucléaire sur des civils dans un conflit armé. Nous avons peur parce que nous savons que dans les cartons du gouvernement, se trouve un dossier visant à remplacer les chasseurs-bombardiers F16 belges par des F35 qui sont eux compatibles avec les nouveaux missiles nucléaires américains. La conclusion est évidemment simple et terrifiante : quelques-uns en Belgique envisagent la possibilité qu’un jour, nos avions belges lâchent des bombes nucléaires sur une population quelque part dans le monde. Nous avons peur pour ces victimes potentielles.

Or, il y a deux façons de réagir face à la peur : soit on se cache sous la table et on attend, soit on se révolte. Le monde associatif présent ici, au Parc Hibakusha, a choisi il y a des dizaines d’années de ne pas abandonner le combat contre l’injustice, l’impérialisme et la folie des hommes, nos associations ont choisi la résistance. Pour la CNAPD, ça a été le combat historique et emblématique. Ça doit aujourd’hui le rester.

Alors que partout en Europe cette année, nous commémorons les événements de la guerre 14-18, la question du souvenir et de la transmission aux plus jeunes est partout mise en avant. Il doit en être de même pour Hiroshima et Nagasaki. Même si ce n’est pas facile, même si l’armement atomique ne semble plus être aujourd’hui une réelle préoccupation pour une majeure partie de la population. Nous devons d’autant plus réinsister sur l’importance de cette question pour la paix mondiale et pour la sécurité de tous. Aujourd’hui, la CNAPD veut clamer haut et fort son engagement pour un monde enfin débarrassé de l’arme nucléaire. Car nous ne croirons à la rengaine du « Plus jamais ça » que lorsque tous les missiles nucléaires en Belgique comme partout ailleurs dans le monde auront été détruits.

Je vous remercie.

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Edouard Brion (MCP) allocution à la commémoration Hiroshima 9 aout 2014
(Mouvement Chrétien pour la Paix-MCP)
Nous, militants pour la paix, pourrions parfois être perçus comme des doctrinaires, attachés à des principes absolus de non-violence, principes ressassés sans trêve, toujours les mêmes. Un « tu ne tueras point » abstrait, indépendant des circonstances, un tel principe absolu et général serait-il ce qui nous définit ?

Au contraire, notre présence ici aujourd’hui nous donne l’occasion de rectifier cette impression trop répandue. Ce qui nous rassemble ici, ce n’est pas un principe abstrait, impersonnel ; au contraire, ce qui nous rassemble, c’est un événement historique. Et cet événement, ce n’est pas tellement l’explosion de la bombe à Hiroshima, c’est surtout la réaction des consciences affrontées au défi de cette explosion. L’événement, c’est la réaction des survivants, en japonais les « Hibakushas ».

C’est de ce soulèvement des consciences, de cet événement, qu’est née une mise en pratique nouvelle de l’ancien « tu ne tueras point ». C’est là qu’a été lancée une invitation à inventer de nouvelles références, de nouvelles motivations, de nouveaux types d’action. Pensons à l’initiative des « mayors for peace » qui en est sortie. Son fondateur, monsieur Tadatoshi Akiba, était là à la Conférence Internationale pour un Moyen Orient libre d’armes de destruction massive, conférence tenue à Haifa et prolongée à Ramallah en décembre dernier.

A l’instar de ces actions des « Hibakushas », je citerai les combats menés en ce moment de par le monde : aux Etats-Unis d’Amérique, les actions menées contre les installations nucléaires de Fort Leavenworth (Kansas) les 31 mai et 1 juin ; en Corée du Sud, en juin dernier à Miryang, les protestations contre une tour de communication ; il y a trois jours, les 5 et 6 août, en Ecosse, les rassemblements du CND contre le programme Trident.

Que cette journée avec nos sœurs et frères survivants, les « Hibakushas », soit marquée d’une pierre blanche dans notre longue lutte pour la paix. Elle se matérialise dans la stèle que nous venons d’inaugurer en mémoire du professeur Piérart, auteur de ce mémorial « Hibakusha » de Mons.


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Intervention Antoine Baguet (INTAL) – commémoration Hiroshima 2014

« Les États-Unis sont le seul pays au monde qui a utilisé ses armes nucléaires, à Hiroshima et Nagasaki.
Son arsenal est constamment modernisé et les bombes nucléaires américaines sont de plus en plus meurtrières.
Celles-ci sont réparties partout dans le monde à travers un vaste réseau de bases militaires, y compris en Belgique.
Cette machine de guerre américaine mondialisée est le moteur d'une course aux armements désastreuse. Seuls les pays qui possèdent également des armes nucléaires sont saines et sauves face aux USA et à l'OTAN, qui se réservent le droit de les utiliser en premier (la doctrine du "first strike").

La complicité politique et militaire "secrète" de la Belgique dans cette folie, qui pose une menace réelle pour la survie de la vie humaine sur notre planète, doit cesser.

Les sondages montrent que les Belges disent un «non» massif à la présence de ces armes de destruction massive dans notre pays, mais nos gouvernements précédents ont toujours préféré écouter Washington.
Cela fait trente ans que cette soumission belge perdure.

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Eduard Kusters Intervention à la commémoration Hiroshima du 9 aout 2014

Chers collègues, chers sympathisants, chère Macha,

Mon nom est Eduard Kusters, Je suis un membre de l'aile belge de IPPNW – International Physicians for the Prevention of Nuclear War. Aujourd' hui, je suis surtout ici pour la mémoire de Pierre Piérard. Je connaissais Pierre personnellement. Nous étions ensemble à de nombreuses réunions de IPPNW.

Je voudrais vous raconter un événement, dont je me souviens très bien, c’était à l'époque de Gorbatchev. IPPNW avait reçu une invitation à visiter les champs d’essais des explosions nucléaires au Kazakhstan. Il y avait des centaines de représentants de différents pays. Nous voyagions dans une longue colonne d’autobus de Alma Ata, -à l’époque, capitale de Kazachstan-, à Semiplatinsk où les essais avaient eu lieu. Le paysage entre Alma Ata et Semipalatinsk est une enorme vaste plaine.

A un moment, tout à coup la caravane s’était arrêtée. Je voyais Pierre quitter l'autobus et la colonne et courir dans la vaste plaine. Les guides étaient inquiets. Pierre n’était plus qu’une petite figure dans l’énorme plaine. Finalement, il revint avec dans ses mains une plante spéciale. Je ne me souviens plus du nom de cette plante, mais je me souviens très bien du visage enthousiaste de Pierre quand il montrait la plante. Cet enthousiasme était typique pour lui. Il avait cet enthousiasme dans toutes les actions de IPPNW. Maintenant, les temps ont changé. Pourtant, les problèmes des guerre et le danger des armes nucléaires restent les mêmes. Nous avons besoin de l'enthousiasme de Pierre si nous voulons réaliser quelque chose.

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Des armes nucléaires plus précises. Cela sert à quoi ?

Michel Wautelet, Université de Mons

Même si les armes nucléaires ne font plus la une de l’actualité depuis plusieurs années, le sujet mérite encore et toujours notre vigilance. C’est que, malgré la diminution des arsenaux nucléaires américains et russes suite aux accords START et SORT, le nombre de têtes nucléaires opérationnelles reste considérable. Quant aux puissances intermédiaires (France, Grande-Bretagne, Chine), elles ne montrent aucune volonté de diminution de leur arsenal nucléaire. L’actualité nous montre aussi la volonté de certains petits pays, comme la Corée du Nord, de se doter de l’arme nucléaire.

Rappelons que l’unité d’énergie libérée (que l’on appelle erronément « puissance » de l’arme) est la kilotonne (kt), correspondant à l’énergie libérée par une kilotonne (mille tonnes) d’explosif classique (genre TNT). 1 kt = 4,2 x 1012 J. Les armes nucléaires actuelles ont des puissances comprises entre quelques kt et plusieurs mégatonnes (Mt = 1.000 kt). La bombe d’Hiroshima avait une puissance estimée à environ 13 kt ; celle de Nagasaki, environ 22 kt.

On sait le désir des grandes puissances nucléaires de moderniser leur arsenal nucléaire. Pour la Belgique, on envisage la modernisation des armes nucléaires américaines stationnées à Kleine Brogel, en même temps que le remplacement désiré par certains milieux militaires de nos F-16 par des F-35, avions porteurs de nouvelles armes nucléaires.

Les têtes nucléaires stationnées à Kleine Brogel sont de type B61, comme celles stockées ailleurs en Europe. Elles sont destinées à être transportées par avion. Leur puissance varie de moins de 1 kt à plusieurs centaines de kt. Un programme de modernisation est en cours aux Etats-Unis. Il pourrait coûter la bagatelle de 10 milliards de dollars. Officiellement, la modernisation des B61 a plusieurs objectifs :

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  • - améliorer la précision des porteurs d’armes nucléaires ;
  • - diminuer la puissance des têtes nucléaires ;
  • - renouveler la matière radioactive des bombes (qui se désintègre avec le temps, notamment le tritium) ;
  • - les rendre
compatibles avec les avions de nouvelle génération (dont le F-35).

Si la modernisation des têtes nucléaires était interdite par le traité START-1, elle est aujourd’hui permise, car les accords START de 2010 ont retiré les armes tactiques (dont les B61, de Kleine Brogel) du traité. Une arme nucléaire tactique est une arme « à courte portée », pour usage sur le champ de bataille ou en arrière (contre des centres de commandement, de logistique, etc.). Leur puissance est de 0,3 kt (puissance considérée comme le minimum possible) et quelques dizaines de kt.

Le but de cette note est de rappeler le lien entre précision et puissance des armes nucléaires. Il ne s’agit évidemment pas d’un sujet neuf. Mais autant savoir lorsque le sujet reviendra sur la table lorsqu’il s’agira de discuter de l’achat par notre pays de nouveaux avions porteurs d’armes nucléaires !

Précision et pouvoir destructeur des armes

Dans les médias, on entend dire que « une arme est lancée avec une précision de x mètres », ou des phrases équivalentes. Sous-entendu pour les non-initiés : l’arme tombera certainement à moins de x mètres de sa cible. En réalité, cette interprétation est fausse. On ne peut que parler en terme de probabilité : ici que l’arme arrive sur ou près de sa cible. La « précision » d’une arme est définie à partir de ce que les spécialistes appellent l’erreur circulaire probable (ECP). L’ECP est le rayon d’un cercle dont le but est le centre et à l’intérieur duquel la probabilité que l’arme tombe est de 50 %. Dans la suite, nous appellerons précision cette ECP. Pour être complet, mentionnons que la probabilité d’impact dans un cercle de rayon égal à 3 ECP est de plus de 99 % (soit une quasi-certitude).

Un autre concept important est le pouvoir destructeur des armes. Il en existe plusieurs définitions. Ici, nous considérons le « rayon de destruction ». C’est la distance minima à la cible à laquelle l’arme doit exploser pour la détruire. Il est important que cette distance dépend à la fois de l’arme et de la cible. Elle dépend de l’arme par sa « puissance ». Elle dépend de la cible par la « dureté » de celle-ci. S’il s’agit de détruire un char, un missile doit le toucher à un endroit précis. Le même missile peut détruire une jeep en tombant à quelques mètres. Le rayon de destruction du missile est donc plus grand pour la jeep que pour le char. En pratique, on n’utilisera pas la même arme pour détruire un char ou une jeep. D’où la multiplicité des types d’armes. Mais ceci est une autre histoire.

Il y a une relation entre le rayon de destruction d’une arme et la précision désirée. Si le rayon de destruction est égal à la précision de l’arme (l’ ECP), la probabilité de destruction de la cible est de 50 %. Mais s’il est multiplié par 3, la probabilité de destruction dépasse les 99 %. En pratique, il n’y a guère d’intérêt à diminuer la précision en dessous de, disons, un tiers du rayon de destruction, car on gagnerait moins de 1 % de probabilité de destruction.

Les effets des armes nucléaires

Considérons maintenant les effets des armes nucléaires. Il y a quatre principaux effets des explosions nucléaires : radiation nucléaire immédiate, effet thermique, effet de souffle, retombées radioactives. A quoi on peut ajouter l’impulsion électromagnétique.

Précisons que les distances données dans la suite sont des ordres de grandeur. La valeur réelle, pour autant que cela ait une signification pratique (savoir qu’il y aura une probabilité de 50% de brûlés graves à une distance précise n’a pas de signification pour les victimes et les secours), dépend de nombreux facteurs comme la météo, la géographie du lieu, voire la façon réelle dont l’explosion a lieu (les bombes défectueuses existent aussi et toutes n’explosent pas comme « désiré » par les modèles ; d’autant plus que des tests en situation réelle sont interdits depuis 1996). Personne ne sait vraiment quel pourcentage d’armes nucléaires explosera(it) dans un scénario donné !

L’impulsion électromagnétique

L’impulsion électromagnétique est due, dans les premiers moments de l’explosion, à l’ionisation de l’atmosphère ambiante et la séparation des charges positives et négatives à cause du champ magnétique terrestre. Il en résulte une impulsion électromagnétique très intense, qui peut mettre à mal tous les équipements électroniques dans un rayon considérable. L’intensité de cette impulsion électromagnétique dépend de nombreux paramètres et peut difficilement être évalué quantitativement. Cela ne détruit pas des bâtiments et n’a pas d’effet sur les êtres vivants, mais peut perturber gravement les communications dans un rayon important.

Les radiations nucléaires immédiates

Les radiations nucléaires immédiates sont très intenses. Elles résultent des réactions nucléaires ayant lieu lors de l’explosion et juste après, dans le voisinage de l’arme qui explose. Ces effets sont très importants. Mais comme les effets thermiques et de souffle conduisent à la mort instantanée dans les mêmes zones, en discuter n’a guère de sens.

Dans une arme nucléaire, la réaction nucléaire qui libère l’énergie est une réaction en chaîne, très rapide. Toute l’énergie est libérée en une fraction de seconde. La température initiale de la matière au lieu de l’explosion atteint plusieurs millions de degrés Celsius. Dans ces conditions, l’énergie est répartie en énergie électromagnétique et en énergie thermique. L’énergie est dans une « boule de feu ».

Le flash thermique

Une fraction de seconde après l’explosion, lorsque la rayon de la boule de feu atteint 20 à 30 m, l’énergie électromagnétique s’échappe sous forme de rayonnement, surtout visible et infra-rouge. C’est le « flash thermique ». Ses effets sont très destructeurs pour tout ce qui est en ligne directe de l’explosion : incendies, brûlures intenses. Les effets se font sentir à longue distance. Environ 20% de l’énergie libérée par l’explosion nucléaire se retrouve dans ce flash thermique, qui est peu atténué par la traversée de l’air.

Soit Y, la puissance de l’explosion, exprimée en kt. Soit Q, l’énergie par unité d’aire du flash thermique, reçue à une distance R de l’explosion. En supposant que 20% de l’énergie de l’explosion se retrouve dans le flash thermique, on calcule aisément que :

Q.R2 = 6,7x1010 Y Joules.

Des brûlures du troisième degré ont lieu lorsque la peau est soumise à Q = 25 J.cm-2. On calcule que cela a lieu à une distance R(3e degré) de l’explosion donnée par :

R(3e degré) = 0,5 x Y1/2 km.

On obtient : R(3e degré) = 500 m pour Y = 1 kt ; 2,5 km pour Y = 25 kt ; 16 km pour Y = 1 Mt.

Les vêtements s’enflamment spontanément pour Q = 100 J.m-2. Il est évident que les conséquences de ceci pour les hommes, les animaux, la végétation, les habitations, etc. sont considérables.

On peut s’en protéger en n’étant pas directement en ligne avec l’explosion, en étant protégé par un mur ou un obstacle naturel.

Etant donné les distances considérables auxquels les effets du flash thermique sont importants, agir sur la précision des missiles n’a guère d’influence sur ces effets. Par contre, agir sur Y a des conséquences, puisque diminuer Y par 10 diminue les distances pour un effet donné de 101/2 ~ 3.

L’onde de choc

Pour le militaire, l’effet le plus intéressant est celui de l’onde de choc. C’est grâce à l’onde de choc que l’on peut détruire des silos de missiles, des cibles enterrées, etc.

Après l’explosion nucléaire, lorsque la boule de feu s’étend, sa température diminue rapidement. Lorsque la plupart du rayonnement s’est échappé, il ne reste plus que de la chaleur dans le système. L’air dans la boule de feu est à très haute température, sa pression est très élevée. Dès lors, une surpression (onde de choc), p, est présente à la limite entre l’air chaud et l’air froid ambiant. On peut montrer que, pour les explosions nucléaires dans l’air :

p ne dépend que du rapport Y/R3

Ceci est valable pour Y compris entre quelques kt et quelques Mt, soit la quasi-totalité des armes nucléaires actuelles.

Les effets de l’onde de choc sont variés. Ils vont de la destruction des maisons à la rupture des tympans.

Cibles enterrées

Militairement, une explosion nucléaire n’a plus pour but de détruire des cibles civiles (villes) mais de détruire des installations enterrées, comme des silos de missiles, centres de commandement (comme le SHAPE à Casteau), grottes (refuges de terroristes dans des montagnes), etc. Ce qui, évidemment, ne signifie pas qu’il n’y aura aucun des effets précédents sur les civils. La destruction de cibles enterrées est la principale justification militaire officielle des armes nucléaires, comme les B61 à Kleine Brogel.

L’explosion a alors lieu sous terre, avec propagation de l’onde de choc sous terre. La loi donnant la surpression en fonction de Y et de R est semblable à celle de l’explosion dans l’air, mais avec une constante multiplicative qui dépend notamment de la nature du sol. Pour fixer les idées, une arme nucléaire de 1 Mt explosant au sol crée un cratère et détruit un silo de missile sur-renforcé dans un rayon R = 150-200 m du lieu de l’explosion. Le même effet avec un missile qui tombe à R = 15-20 m a lieu avec Y = 1 kt.

Dans ce cas, il est évident que l’amélioration de la précision des missiles (via l’ECP, donc R) peut avoir des conséquences sur tous les autres effets non désirés pour des raisons militaires (radioactivité, flash).

Néanmoins, il ne faut pas perdre de vue la formidable énergie libérée par une explosion nucléaire et les effets sismiques qui en résultent. Une explosion de 10 kt libère autant d’énergie qu’un séisme de magnitude 6 sur l’échelle de Richter ; une de 1 Mt correspond à la magnitude 7. Prétendre qu’une « bombinette » nucléaire n’a que des effets à courte portée est donc une minimisation de ses effets.

Retombées radioactives

Aussitôt après l’explosion, surtout au sol ou sous terre, des vents verticaux de bas en haut se développent sous la boule de feu et l’entraînent dans l’atmosphère. C’est le champignon nucléaire bien connu. Il emporte avec lui une quantité importante de matière radioactive. La nature de la radioactivité dépend des réactions nucléaires ayant lieu dans les premiers moments de l’explosion. Elle dépend donc de la nature du sol et de bien d’autres paramètres. Cette radioactivité est emportée plus ou moins loin, selon la météo (vitesse et direction des vents) et la hauteur atteinte par le champignon nucléaire.

Lorsque l’on parle des effets des retombées radioactives des explosions nucléaires, on caractérise les distances pour lesquelles la probabilité de décès est de 50%. La dose correspondante est prise égale à 450 rem. Pour Y = 1 Mt, cela correspond à une distance R = 17 km de l’explosion, lorsqu’il n’y a pas de vent. Pour Y = 10 kt, cela correspond à R = 1,7 km. En cas de vent, la distance à l’explosion est beaucoup plus importante dans la direction du vent. Bien entendu, la dangerosité s’étend sur une zone bien plus importante, car le seuil de 50% de décès est arbitrairement faible. Souvenons-nous des effets à long terme des victimes d’Hiroshima et Nagasaki. Rappelons aussi que l’on a considéré dangereux les effets de Tchernobyl, même en France et en Belgique, pourtant éloignés de plus de mille kilomètres.

Améliorer la précision des armes nucléaires

Depuis une vingtaine d’années, avec l’avènement des GPS mais aussi des systèmes embarqués avec gyroscope laser, la précision des missiles s’est considérablement améliorée. Détruire une cible enterrée avec une ECP de 110-170 m requiert une bombe de Y = 400 kt. C’est une puissance plus importante que celles délivrées par les B61. Par contre, avec une ECP de 20 m, le même effet ne demande « que » Y = 20 kt, compatible avec une B61. On comprend bien l’utilité de telles armes dites « tactiques ».

Rappelons cependant que Y = 20 kt est la puissance de l’explosion de Nagasaki. Que cela correspond à un séisme de magnitude 6 sur l’échelle de Richter. Que les retombées radioactives peuvent se comparer à celles de Tchernobyl pour certains isotopes. Dès lors, même si l’amélioration de la précision des têtes nucléaires entraîne une diminution de leur puissance explosive et des effets « collatéraux », elle ne suffit pas à en faire des armes de « frappe chirurgicale ». Une explosion nucléaire aura toujours des effets beaucoup plus graves qu’une forte explosion classique. Durant le conflit 1914-1918, des mines de plusieurs dizaines de tonnes ont explosé en Flandre ; bien loin des dizaines de kilotonnes des explosions nucléaires.

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Parc Hibakusha, UMons, 9 août 2014
Exposé de Luc Mampaey (GRIP)
(Groupe de recherche et d'information sur la paix et la sécurité)
Internet : www.grip.org

Mesdames et messieurs,

Jean-Michel Guieu, sans doute l’un des plus éminents chercheurs français sur l’histoire du pacifisme, mettait en évidence dans un article récent que depuis une vingtaine d’année, un important courant historiographique dans l’étude de l’histoire européenne du 20ème siècle, décrivait souvent l’Europe comme un « continent des ténèbres ». Un continent qui, selon Eric Hobsbawm, aurait essentiellement « vécu et pensé en termes de guerre mondiale, même lorsque les armes se taisaient et que les bombes n’explosaient pas ».

Selon cette interprétation tragique de l’histoire européenne, les périodes de retour à la paix deviennent des « sorties de guerre », c’est-à-dire « une sorte de guerre après la guerre » , « une ère de catastrophes » , ou une Guerre Froide.

Entretemps la Guerre Froide s’est terminée, la menace d’une destruction mutuelle totale s’est dissipée, les forces armées européennes se sont considérablement réduites et le service militaire obligatoire a disparu dans la plupart des pays – laissant ipso facto sombrer dans l’oubli les combats des objecteurs de conscience, comme Jean Van Lierde en Belgique –, mais cela ne signifie pas que la guerre a disparu.

La guerre s’est banalisée comme une partie de nos vies quotidiennes. Il semble que la guerre soit devenue un simple moyen technique de gestion des conflits. On peut bombarder Tripoli sans le moindre débat ou exécuter Ben Laden sans procès. La Belgique est, ou était, en guerre en Afghanistan, en Libye ou au Mali, tout comme d’autres Etats européens, sans débats dans nos assemblées parlementaires. Tous ces conflits se déroulent dans une relative indifférence générale, seulement perturbée par quelques manifestations.

Pour le dire autrement, comme le soulignait Loïc Poujol dans le Nouvel Observateur en 2011, depuis que la peur d’une guerre totale s’est dissipée, l’utopie d’une paix totale s’est aussi estompée. D’où la question : le pacifisme est-il l’illusion perdue du 21ème siècle ? Je ne le pense pas. Car cette interprétation tragique et violente de notre histoire cache aussi les rêves de paix et de liberté – portés par des hommes comme Henri Lafontaine, Frédéric Passy, Paul Henri Balluet d'Estournelles de Constant, Léon Bourgeois, Jean Jaurès évidemment dont nous commémorons cette année le centenaire de l’assassinat, mais aussi Aristide Briand et Gustav Stresemann, tous deux lauréats du Prix Nobel de la Paix en 1926, avec leur projet des « Etats-Unis d’Europe » après la Première Guerre Mondiale – rêves de paix et de liberté qui ont profondément et durablement influencé notre histoire.

Le souvenir de ces hommes, qui ont cru en une Europe qui a fini par s’imposer grâce à ses forces de reconstruction et ses capacités de réconciliation, nous invite à une vision un peu plus optimiste que celle renvoyée par l’image d’un « continent des ténèbres ». Un siècle nous sépare d’eux. Leur héritage nous encourage à nous interroger sur la signification actuelle du mot « pacifisme » – un mot parfois connoté négativement et qu’il faut éviter de le confondre avec la non-violence – ses succès et ses échecs, et ce qu’on attend de lui demain, notamment dans le domaine du désarmement nucléaire.

Un pacifiste est une personne qui est opposée à la guerre et à la violence ; une personne qui s’oppose à l’idée de tuer, quel qu’en soit le motif. Selon Dustin Ells Howes, Professeur de Sciences-Politiques à l’Université d’Etat de Louisiane, le pacifisme est d’abord une affirmation idéologique selon laquelle la guerre et la violence devraient, dans tous les cas, être rejetées dans la vie politique comme au niveau individuel. C’est la posture, essentiellement morale, qui était celle des grands pacifistes allemands au début du 20ème siècle, et sans doute aussi la raison pour laquelle une telle acception du pacifisme, peu conciliable avec les réalités politiques, est toujours et partout restée une position très minoritaire, et peu efficace.

Car le pacifisme moralisateur et idéologique qui a dominé le 20ème siècle a échoué. Si nous posons la question de savoir si les mouvements pacifistes ont été capables d’arrêter ou d’empêcher des guerres, une évaluation réaliste de l’histoire occidentale suggère que la réponse est non. Les manifestations massives à travers l’Europe en 1914, aux cris de « War against war ; Guerre à la guerre ; Kriege dem Kriege » n’ont pas pu empêcher le déclenchement de la Première Guerre Mondiale. Clamer « plus jamais ça » après la Première Guerre Mondiale, n’a pas empêché la Seconde. De gigantesques mobilisations aux Etats-Unis n’ont pas mis fin à la guerre au Vietnam. De la même façon, l’une des plus importantes manifestations de l’histoire – 10 millions de personnes dans 600 villes à travers le monde en février 2003 – n’a pas empêché la guerre en Irak de commencer en mars 2003.

Ce qui a sans aucun doute aussi contribué à la faiblesse du mouvement pacifiste dans la seconde moitié du 20ème siècle c’est, comme le souligne Guieu, le triple traumatisme qu’il a subi depuis les années 1940:

• Premièrement, la profonde imprégnation du pacifisme dans la société durant l’entre-deux guerres – particulièrement en France – a été considérée comme l’une des causes ayant mené à la débâcle de 1940 et à l’occupation allemande.
• Deuxièmement, aussi particulièrement en France, plus d’un pacifiste radical s’est plus ou moins compromis dans la collaboration avec l’occupant. Ce comportement d’une minorité au sein du mouvement pour la paix a mené, après la guerre, à une assimilation, certes injuste et disproportionnée, entre activisme pour la paix et collaboration.
• Enfin, durant la Guerre Froide, le mouvement pour la paix était souvent associé aux partis communistes en Europe Occidentale et étaient ainsi perçus comme un relai de la propagande soviétique. A cet égard, reconnaissons que dans nos manifestations, les slogans n’étaient pas toujours des plus avisés, lorsque certains scandaient « plutôt rouge que mort », ignorant sans doute qu’ils reprenaient ainsi à leur compte, en l’inversant, l’exhortation de Joseph Goebbels pour motiver ses troupes et la population allemande à poursuivre envers et contre tout le combat face à l'Armée rouge à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ce n’était pas des plus judicieux…

Ce constat d’échec du pacifisme moralisateur et idéologique qui a dominé le 20ème siècle ne doit évidemment pas nous conduire à la conclusion que le pacifisme est futile, inutile, voire même dangereux aux yeux de certains. Mais il doit certainement nous inciter à nous remettre davantage en question et à en tirer les enseignements pour élaborer nos stratégies et éviter que le pacifisme ne devienne l’illusion perdue de ce siècle.

Dans son article juin 2013 intitulé ”The Failure of Pacifism and the Success of Nonviolence”, Dustin Howes, déjà cité, propose une nouvelle et intéressante distinction entre le pacifisme moralisateur traditionnel et un nouveau pacifisme qu’il définit comme pragmatique. Au contraire du pacifisme traditionnel qui rejette la violence sur la base de la morale ou de la religion, le pacifisme pragmatique repose, non sur la morale, mais sur des principes politiques pour s’opposer à la violence.

Il rejette aussi le radicalisme. Notons à cet égard que beaucoup de grands auteurs, de Karl Marx à Jean-Paul Sartre et Raymond Aron, qui pourtant se définissaient comme pacifistes, en sont tous venus à l’un ou l’autre moment de leur existence à affirmer un principe fondamental selon lequel de mauvais moyens conduisent parfois à de bonnes fins et donc que la violence physique est parfois un moyen nécessaire en politique. Je pense en effet aussi qu’on peut être un promoteur de moyens non-violents pour la résolution des conflits, tout en ayant la sagesse d’admettre que la force armée et la violence physique sont parfois nécessaires, sous certaines circonstances.

C’était probablement aussi le cas pour Henri Lafontaine, prix Nobel de la Paix en 1913 qui, alors qu’il était le délégué belge à la Première Assemblée de la Société des Nations en 1920-1921, s’était exprimé très clairement en faveur d’une application sans faille de l’Article 16 du Pacte de la Société des Nations, article qui stipulait que les Membres de la Société convenaient de se prêter l'un à l'autre un appui mutuel, mais aussi qu’ils devaient contribuer respectivement aux forces armées destinées à faire respecter les engagements de la Société.

Ce pacifisme pragmatique a démontré très tôt, sans doute dès 1864 et l’adoption des premières Conventions de Genève, sa capacité d’acteur pour tirer vers le haut les normes du droit de la guerre et du droit international et humanitaire.

Il a, dans les années qui ont suivi la crise des euromissiles et les énormes manifestations contre l’installation (en réponse aux SS-20 soviétiques) des missiles de croisière américains et des Pershing II en Europe de 1979 à 1983, gagné la plupart des instituts de recherche sur la paix qui se sont créés à cette époque (GRIP en 1979, mais aussi SIPRI, PRIO, BICC, CDRPC, CIRPES, COPRI, GIPRI, …), et un nombre croissant de mouvements activistes.

Aujourd’hui, ce pacifisme pragmatique est consolidé par un abondant travail empirique et théorique assez récent qui montre que la violence n’est pas seulement immorale, mais surtout qu’elle est aussi, le plus souvent, politiquement inefficace et même contre-productive. Je suis convaincu que cette approche renforce nos chances de succès politique, et que c’est ainsi que nous pourrons devenir une part essentielle des processus par lesquels les paradigmes et les stratégies de politique étrangère changent et peuvent devenir plus responsables.

Mais cela suppose aussi de quitter une posture exclusivement contestatrice, pour accepter de s’engager, de s’impliquer beaucoup plus activement dans les processus politiques et décisionnels, même si c’est au détriment – on nous le reproche parfois – d’une certaine conception du militantisme.

Le pacifisme du 21ème siècle sera différent, mais pas une illusion perdue. D’hommes comme Jaurès ou Lafontaine, l’Union Européenne a hérité d’un riche patrimoine d’idées et d’expériences de paix, malheureusement perverties par deux Guerres Mondiales et une série d’interventions militaires questionnables, mais qui lui assigne néanmoins un rôle pacificateur sur la scène internationale. Cela nous aide.

Dans le domaine du contrôle des armements, les initiatives ont très souvent trouvé leur origine dans des centres de recherches et organisations non gouvernementales européennes, qui ont réussi à rallier à leur cause quelques États plus volontaires, par exemple la Belgique pour les mines, la Norvège pour les armes à sous-munitions.

C’est le mouvement pour la paix, principalement européen, qui a conduit à l’interdiction de certains types d’armes particulièrement odieuses comme les mines anti-personnel et les armes à sous-munitions. Plus récemment, les campagnes pour mieux réglementer le commerce des armes ont abouti à l’adoption du Traité sur le Commerce des Armes le 2 avril 2013. Nous ne devons pas oublier que ce Traité n’est pas le résultat d’une volonté spontanée des États, mais bien le résultat d’un processus complexe, conduit parallèlement par des centaines de mouvements, d’instituts de recherche sur la paix et du monde académique à travers le monde, avec rigueur, réalisme, persévérance, et sans jamais rompre le contact avec les parties prenantes qu’étaient les gouvernements et l’industrie. Une approche pragmatique.

Bien entendu, le TCA ne pourra pas éradiquer une fois pour toutes le commerce des armes dans le monde, tout comme celui d’Ottawa n’a pas éradiqué le fléau des mines anti-personnel, ni celui d’Oslo les armes à sous-munitions. Nous serons toujours frustrés dans la poursuite de nos objectifs à court-terme, mais ces Traités, aussi imparfaits soient-ils, ont déclenché une dynamique vertueuse et nous devons rester confiants, en élaborant ces outils de droit, dans notre capacité à peser sur le changement social de long-terme.

C’est pourquoi aussi, pour en revenir au nucléaire, je suis en désaccord avec le titre donné à cette journée : « Le désarmement nucléaire, ce n’est pas pour demain, point d’exclamation ». Là, on part perdants !

Il y a dix ans, personne n’aurait parié un sou sur l’adoption d’un Traité international sur le commerce des armes. Or ce Traité est là ; il n’est pas une fin, mais une étape fondamentale dans la lutte contre la prolifération des armements conventionnels.

Il en sera de même pour le nucléaire. Un traité d’interdiction totale peut être obtenu rapidement si l’on conjugue la pression du public et la volonté politique. Il n’éliminera pas du jour au lendemain toutes les armes nucléaires, mais il est une étape indispensable sur la voie de l’élimination complète.

Au milieu des années 1980, les États-Unis et l’Union Soviétique accumulaient un arsenal de 70 000 armes nucléaires. Le 21ème siècle s’est ouvert avec une nette diminution de l’arsenal nucléaire mondial (environ 16 300 ogives aujourd’hui) grâce notamment à d’importants accords internationaux assortis d’un système de vérification contraignant.

Mais il est indéniable que le désarmement nucléaire marque aujourd’hui le pas : blocages sur l’interdiction des essais et de la fabrication de matières fissiles à usage militaire, modernisation des arsenaux, désaccords américano-russes sur la défense antimissile et l’utilisation militaire de l’espace, refus d’engager la négociation sur une zone exempte d’armes nucléaires et de destruction massive au Moyen-Orient, maintien d’arsenaux nucléaires tactiques qui font toujours de l’Europe un champ de bataille nucléaire potentiel.

Mais dans le même temps, on assiste à une prise de conscience de plus en plus grande de l’impasse de cette stratégie, y compris parmi certains États dotés de l’arme nucléaire. Ceux-là aussi commencent à réaliser que la dissuasion nucléaire n’est plus une garantie de paix et qu’un tir nucléaire – délibéré ou accidentel – redevient une hypothèse crédible. Le simple fait de l’accroissement du nombre d’acteurs nucléaires multiplie mécaniquement les risques d’un échec de la dissuasion ou d’un tir accidentel. D’où l’importance pour nous de bien comprendre les facteurs qui peuvent contribuer à infléchir la position des partisans de la dissuasion nucléaire. Si les lignes bougent dans ces pays – je pense surtout à la France où, lors d’une récente conférence à l’Assemblée nationale, j’ai entendu des discours très inattendus – ce n’est pas parce qu’ils seraient subitement réceptifs à nos arguments sur les conséquences humanitaires d’une explosion nucléaire. Mais bien en raison du coût exorbitant et bientôt insupportable des arsenaux nucléaires militaires, ainsi que de la perte de pertinence stratégique de plus en plus évidente du concept de dissuasion.

Nous sommes dans une période propice pour relancer le processus de désarmement nucléaire global, d’ailleurs prévu explicitement par l’article 6 du Traité de non-prolifération . Et l’année 2015 pourrait être une année décisive, tant pour des raisons politiques (conférence de révision du TNP), que symboliques (70ème commémoration, 1955 Manifeste Russell-Einstein, 1995 Prix Nobel Pugwash, 2005 Josef Rotblat), autant de raisons pour mobiliser l’opinion.

Sachons aussi que nous sommes soutenus dans cette volonté par la quasi-totalité des Etats ne disposant pas d’armes nucléaires, par des milliers d’organisations de la société civile, par des millions de citoyens, des milliers de maires et parlementaires, mais aussi un nombre croissant de décideurs et de militaires dans des pays qui détiennent ces armes nucléaires.

Mais je voudrais terminer par une mise en garde : l’abolition des armes nucléaires ne peut être une fin en soi, et l’argument humanitaire pour leur abolition doit être utilisé avec beaucoup de prudence s’il veut rester pertinent.

Lorsque nous serons débarrassés des armes nucléaires, – un jour nous le serons, nous devons y croire – nous risquons de nous trouver devant deux questions plus complexes encore :

• Celle de la réallocation des ressources libérées, tout en ayant conscience qu’une large part de celles-ci seront absorbées par le coût du démantèlement ;
• Et surtout, comment éviter une relance de la course aux armements conventionnels dans laquelle les États qui ont renoncé à l’arme nucléaire pourraient se lancer pour retrouver un avantage stratégique.

Ce dernier point est à mes yeux fondamental, car même sans armes nucléaires, le risque de désastre humanitaire reste intact. Certaines armes conventionnelles sont tout aussi redoutables que les armes nucléaires. Prenons les innovations dans le domaine des armes électromagnétiques. Pas de destructions massives, pas de radiations, mais une impulsion électromagnétique qui mettra hors services tous les équipements électroniques, plus d’ordinateurs, flux de données et circuits d’approvisionnement interrompus, hôpitaux paralysés, perte du contrôle des centrales électriques et nucléaires, stations de pompage et d’épuration hors services, développement des épidémies…

Le désarmement nucléaire ne peut être une fin en soi, ni un combat isolé. Des ALPC aux ADM, c’est sur tous les fronts que nous devons rester mobilisés pour avancer vers un monde moins armé et plus sûr.


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Parc Hibakusha, UMons, 9 août 2014
Ludo De Brabander
(VREDE)

LA STRATEGIE NUCLEAIRE DE L’OTAN

La politique nucléaire de l’Otan est aussi ancienne que l’Otan elle-même. Selon la doctrine de défense, de novembre 1949, l’OTAN « doit assurer la capacité d’effectuer un bombardement stratégique, y compris la livraison d’une bombe atomique »… les Etats-Unis étant les principaux responsables du bon fonctionnement de cette doctrine ». C’est ainsi que l’idée du « nuclear sharing » est née, c.à.d. l’installation d’armes nucléaires sur le territoire d’Etats non-nucléaires.

Les Etats-Unis allaient déployer des armes atomiques à grande échelle sur le territoire européen, quelques années après la fin de la IIe Guerre Mondiale. En 1954, c’était au Royaume Uni, suivi par la Belgique, Allemagne, Grèce, Italie, Pays-Bas et Turquie. Au début des années 70, l’Otan disposait d’environ 7300 armes atomiques en Europe.

A l’heure actuelle, les Etats-Unis sont le seul pays ayant installé des bombes atomiques hors de son propre territoire. Il s’agit de bombes tactiques du type B-61. Bien que ces armes restent sous contrôle des Etats-Unis, c’est l’armée de l’air de chaque pays concerné qui est responsable de leur transport. Depuis 1966, un Groupe de Planification Nucléaire (NPG) sert de forum aux ministres de la Défense des Etats nucléaires (NWS) et non-nucléaires(NNWS) pour discuter et éventuellement réviser la politique nucléaire de l’Otan.

Le nombre de bombes tactiques « Otan » a été réduit drastiquement, tant pour des raisons politiques, que technologiques, ou de sécurité. Les bombes atomiques US ont été démantelées, en Grande Bretagne et en Grèce. En Allemagne également, le nombre de bases ayant une fonction nucléaire, a été réduit. 20 bombes nucléaires sont encore stationnées à Büchel, quasi le même nombre en Belgique (Kleine Brogel) et aux Pays-Bas (Volkel). Il y a 90 bombes atomiques sur le territoire italien (Aviano et Ghedi-Torre), ainsi qu’en Turquie (Incirlik). Au total : 240 bombes atomiques. Il s’agit là d’une évaluation, car peu d’informations officielles sont diffusées à propos des bombes atomiques tactiques en Europe.

L’entrée en vigueur du Traité de Non Prolifération (TNP) date de 1970. Dans le TNP, on parle de 5 Etats nucléaires, ce sont les pays qui ont fait des essais nucléaires avant 1967 : Chine, Russie (URSS), France, Etats-Unis, Royaume-Uni. Les autres pays qui ont signé le TNP sont Non-nucléaires. Tous les membres de l’Otan ont signé le TNP et les documents officiels de l’Otan se réfèrent aux obligations des pays membres envers le TNP.

Des bombes tactiques en Europe, en infraction avec le TNP
La présence de bombes atomiques américaines sur le territoire européen est difficile à concilier avec l’Article I et II du TNP. Selon l’Art. I : « les NWS (les Etats Nucléaires) ne peuvent transférer à qui que ce soit, ni directement, ni indirectement, des armes nucléaires et autres dispositifs nucléaires explosifs, ni leur donner le contrôle de telles armes ou de tels dispositifs explosifs ». L’Art. II stipule encore plus clairement que les NNWS, Etats Non Nucléaires (dont la Belgique, l’Allemagne, L’Italie, les Pays-Bas, la Turquie) s’engagent « à n’accepter de qui que ce soit, ni directement, ni indirectement, le transfert d’armes nucléaires ou autres dispositifs explosifs nucléaires ou du contrôle de telles armes nucléaires ou de tels dispositifs explosifs ».

Mais l’OTAN réfute ces arguments, pourtant assez clairs, et prétend qu’il s’agit d’une simple « installation » sur des territoires étrangers sur lesquels les Etats-Unis gardent le total contrôle aussi longtemps qu’il n’y a pas de décision de les utiliser. En réalité, il s’agit bien plus qu’une simple installation, car les pays « hôtes » participent activement aux missions nucléaires. Ceux-ci mettent des avions de combat à disposition, avec des pilotes et du personnel au sol impatients d’aller au combat. Il s’agit bien d’une collaboration. En outre, on parle aussi d’un réel transfert de contrôle au cas où des pilotes des pays hôtes seraient effectivement impliqués.

Quelle perspectives pour un futur désarmement ?br /> Les paroles du président Obama à Prague (avril 2009) lors de son plaidoyer pour « un monde sans armes nucléaires » a poussé un certain nombre de gouvernements des Etats Non Nucléaires (NNWS) où des armes atomiques étaient entreposées, à demander le renvoi de celles-ci. Il semblait y avoir une ouverture politique. Mais la France n’a pas voulu se défaire de sa « force de frappe » et les Etats-Unis avaient déjà un plan pour la modernisation de leurs bombes atomiques en Europe. Il n’y avait pas d’unité au sein de l’OTAN.

Le Sommet Otan de Chicago (mai 2012) présenta de nouvelles « Postures de Dissuasion et de Défense (DPPR) qui exposaient les deux positions. Le texte commence en faveur du désarmement : « nous restons profondément préoccupés par la prolifération des armes nucléaires et d’autres armes de destruction massive, ainsi que leurs vecteurs. La prolifération menace notre vision commune qui est de créer les conditions nécessaires à un monde sans armes nucléaires ». En réalité, cette nouvelle prise de position ne change pas grand-chose à la politique nucléaires de l’OTAN. Nous pouvons lire dans la suite de la Déclaration : « l’Otan est déterminée à maintenir une combinaison appropriée de capacités nucléaires, conventionnelles et de défense antimissile pour la dissuasion et la défense ». En outre, l’Otan fait un pas de plus dans la construction d’un bouclier antimissiles en Europe pour « compléter les rôle des armes nucléaires dans la dissuasion, mais elle ne peut pas s’y substituer ».

De nouvelles réductions des armes nucléaires non stratégiques ont été effectuées unilatéralement par la Russie. Mais dans le climat actuel, on est très éloigné du désarmement. L’OTAN veut à tout prix sauvegarder la solidarité entre ses membres. Le rapport appelle les pays membres à développer les concepts permettant la plus large participation possible afin que les membres concernés puissent assumer leurs tâches nucléaires.

Depuis le speech d’Obama, le contraire de ce qu’il annonçait est arrivé. Washington a donné son accord pour moderniser les B-61 en Europe, un projet qui va coûter au moins 10 milliards de dollars. Les pays membres sont invités à remplacer leurs avions de chasse par d’autres capables de mieux remplir des missions nucléaires. Les Pays-Bas ont déjà opté pour l’achat de 37 F-35. Le ministre belge de la Défense, Pieter De Crem, a déjà exprimé son souhait de voir la Belgique se doter de 40 nouveaux F-35. C’est un type d’avions capable de transporter les bombes « modernisées ». Sur base des calculs de la Cour des Comptes Flamande, nous pouvons estimer que la facture pour les citoyens belges pourrait s’élever à 6 milliards d’euros. Sans compter les frais d’exploitation qui pourraient revenir à plus de 7 millions d’euros par an.

La protestation contre les avions de chasse est donc fort importante dans le combat contre la présence des bombes atomiques. Si la Belgique ne remplace pas ses F-16, ce sera aussi un coup mortel pour les tâches nucléaires de l’armée belge et donc, pour la présence des bombes atomiques.

Mais il y a encore un autre moyen de faire disparaître ces bombes. A la fin de la législature précédente, deux propositions de loi ont été introduites (SP.a et Groen !) qui demandent l’interdiction pure et simple du stationnement d’armes nucléaires sur notre territoire. Le parlement a donc un réel pouvoir de chasser ces bombes. C’est important d’insister sur ces propositions au cours de la prochaine législature.

Une campagne importante s’engage pour le mouvement de la paix : la lutte contre l’achat des avions de combat et pour une loi interdisant la présence d’armes nucléaires dans notre pays !

jeudi 9 janvier 2014

COMMEMORATION DU 68EME ANNIVERSAIRE DE LA TRAGEDIE DE HIROSHIMA ET DE NAGASAKI - Claudine Pôlet -

Le Parc Hibakusha de l’Université de Mons est un lieu de commémoration de la tragédie de Hiroshima et de Nagasaki. Et aussi un moment de réflexion, d’échanges d’idées, de recherche d’actions pour le désarmement nucléaire mondial et l’abolition des guerres. Cette année encore, avec la collaboration de l’AMPGN, CEAH, CNAPD, COLUPA, CSO, EUROPEFORPEACE, INTAL, MCP, MIR-IRG, UMONS, VREDE, VREDESACTIE, ACTIONS POUR LA PAIX a lieu un rassemblement à la mémoire des victimes du nucléaire, suivi d’une conférence le samedi 10 août.

Le Parc Hibakusha, a été créé dans l'enceinte de l'Université de Mons à l'initiative de feu le professeur Pierre Piérart. Chaque année, à la date anniversaire des bombardements nucléaires US sur Hiroshima et Nagasaki, plusieurs associations qui luttent contre la guerre, pour le désarmement nucléaire et pour la paix mondiale se rassemblent pour commémorer ces tragiques événements et rendre hommage aux victimes japonaises des bombardements nucléaires et de leurs conséquences désastreuses, et à toutes les victimes des essais nucléaires dans le monde (1).

La conférence-débat qui a suivi la commémoration a été l'occasion de tirer des conclusions de l'état du monde depuis la fin de la deuxième Guerre Mondiale, et de débattre des projets et des perspectives du combat du mouvement de la paix pour en finir avec l'arme nucléaire et avec les guerres.

Nicolas Bardos (Cnapd), Georges Spriet (Vrede) et Pierre Villard (ICAN) ont apporté des analyses et réflexions qui ont permis un échange d'idées très animé entre les participants. Pour prendre connaissance de leurs différents points de vue, nous invitons à consulter leurs publications (2).

La question du désarmement nucléaire mondial est à replacer dans le cadre de la guerre en général. Chaque intervenant ne donne pas la même importance à l'armement nucléaire, il n'y a pas d'armes absolues ou intelligentes. Les armes ne sont qu'un moyen pour assurer une domination politique. A la fin de la première guerre mondiale, les pacifistes disaient déjà « plus jamais ça »… et aujourd'hui, la guerre est répandue sur toute la surface du globe. De là l'importance de ne pas isoler le combat, nécessaire par ailleurs, pour le désarmement nucléaire, du combat politique général pour prévenir, empêcher, arrêter les guerres d'aujourd’hui, qui se basent certes sur la menace nucléaire, mais ont recours à toutes sortes d'armes très sophistiquées, dites « conventionnelles », qui détruisent les humains avec une grande cruauté.

Dans les guerres d'aujourd'hui, la Belgique – ou plutôt les gouvernements belges et les puissants de notre pays – a une bonne part de responsabilité. Sa participation zélée à l'OTAN en est la preuve : l'armée belge est de toutes les « opérations militaires » otaniennes : Irak, Afghanistan, Libye. La Belgique finance le bouclier anti-missiles de l'Otan – qui continue à se déployer. Quant aux armes nucléaires : le stockage de la vingtaine de bombes atomiques à la base de Kleine Brogel n'est plus un mystère pour personne. Et la Belgique souscrit à la stratégie nucléaire de l'Otan qui s'attribue toujours le « droit de frapper le premier ».

Tous les participants à la journée ne sont pas convaincus qu'un nouveau Traité sur le désarmement nucléaire serait une garantie contre l'utilisation de l'arme atomique. Cependant, tout ce que le mouvement de la paix peut faire pour avancer vers des mesures de désarmement nucléaire est important.

De là la nécessité de soutenir et de participer au succès de la campagne ICAN, réseau auquel prend part la Cnapd, non seulement contre la « modernisation » des bombes atomiques et contre l'achat de nouveaux avions F-35 servant à leur utilisation, mais pour le retrait immédiat et inconditionnel des bombes nucléaires de Kleine Brogel.

(1). Le collectif se compose de : Umons (Université de Mons), CEAH (Centre d'Ecologie Appliquée du Hainaut), CSO (Comité de Surveillance de l'Otan), AMPGN (Association des Médecins pour la Prévention de la Guerre Nucléaire).

(2). A lire : «L'Europe et la Paix » , Nicolas Bárdos-Féltoronyi ; « Als de Navo de Passie preekt » , Georges Spriet et Ludo de Brabander ; «Pour en finir avec l'arme nucléaire » , Pierre Villard

jeudi 17 janvier 2013

COMMEMORATION DU 67EME ANNIVERSAIRE DE LA TRAGEDIE DE HIROSHIMA ET DE NAGASAKI - Maria Piérart-Re

Une cinquantaine de personnes se sont rassemblées dans la matinée du 4 août 2012 au parc Hibakusha, à l’Université de Mons, pour la cérémonie annuelle de la commémoration de la tragédie de Hiroshima et de Nagasaki.

Les participants, représentant soit un mouvement de paix, soit des associations anti-nucléaires, tant flamandes que francophones, ont été accueillis par le Prof. Robert Fourneau, président du C.E.A.H.

Plusieurs allocutions ont été prononcées pendant la matinée; nous en reproduisons quelques unes un peu plus loin.

La cérémonie s’est terminée par un dépôt de fleurs et une minute de silence devant la stèle « A la mémoire des victimes des bombardements de Hiroshima et Nagasaki et des essais nucléaires ».

L’après-midi a été consacrée à une conférence-débat sur le thème « Le monde sans armes nucléaires…..ce n’est pas pour demain ». Les exposés et le débat qui a suivi ont abordé différents aspects de la question nucléaire.

Après avoir lu le message japonais de Kazashi Nobuo, Vladimir CALLER (CSO) en tant que modérateur a introduit les différents orateurs :

Charles RUIZ (Europe for Peace)
« Les liens entre les centrales électronucléaires et les bombes atomiques » ou « Comment les centrales atomiques sont une menace aujourd’hui pour nos vies et pour la Paix »

Georges SPRIET (VREDE)
«La Stratégie nucléaire de l’OTAN après le Sommet de Chicago : maintien et modernisation des bombes nucléaires en Europe, construction du bouclier anti-missiles, le désarmement n’est pas pour demain»

Marc CUYPERS (A.M.P.G.N.)
« Hiroshima, Nagasaki : leçons apprises ou non »

Paul LANNOYE (GRAPPE)
« Faibles doses d’irradiation : des risques toujours sous-estimés »

Sur proposition du Président du C.E.A.H., Robert Fourneau, toute la cérémonie du matin a été filmée avec l’aide d’Alain Lechien, de la Cellule Audiovisuelle de l’Université de Mons, et la vidéo a été envoyée au maire d’Hiroshima par l’intermédiaire de Pol D’Huyvetter, Directeur de la campagne «Mayors for Peace».
Nous remercions tous les participants de cette journée ainsi qu’Alain Lechien qui a continué à nous aider pendant toute l’après-midi.

Message du Japon aux participants de la commémoration d’Hiroshima/Nagasaki à Mons lue par Vladimir CALLER

Nous apprécions beaucoup le fait que vous organisez une réunion spéciale commémorant le largage de la bombe atomique sur Hiroshima le 6 août.

Les journées cauchemardesques qui ont suivi le Tsunami de l’an dernier ont provoqué chez pratiquement tout le monde au Japon la crainte de scénarios réellement catastrophiques, et, de fait, la situation autour des centrales nucléaires de Fukushima demeure fort précaire et requiert la plus extrême prudence.

Bien que l’une des centrales nucléaires ait été remise en marche, l’expression massive de la colère face à la décision du gouvernement de redémarrer une centrale est en train de s’afficher et de s’intensifier de plus en plus ouvertement.

Nous espérons que cette montée en puissance d’hostilité à l’encontre de l’énergie nucléaire s’étendra sur la surface du globe de sorte que nous puissions progresser d’un pas ferme vers l’établissement d’un mode de vie libéré du nucléaire.

Le 6 août, à Hiroshima, nous allons –outre maints autres évènement et conférences- tenir la 9ième réunion du refus de l’uranium appauvri. Notre but cette année est d’attirer l’attention des gens sur le fait que le mois de mars prochain marquera le 10ième anniversaire du début de la guerre d’Irak en annonçant que nous organiserons une conférence commémorative à Tokyo vers la mi-mars l’an prochain afin de contester l’utilisation à des fins militaires des déchets nucléaires dont les armes à uranium appauvri sont constituées.

Nous espérons que vous, également, vous joindrez à nous dans cette réflexion, et nous vous souhaitons un vif succès lors de vos activités du 6 août, et au-delà.

Le Prix pour un Avenir dénucléarisé (Nuclear-Free Future Awards - NFFA), organisme basé en Allemagne, a été attribué au Dr. Katsumi Furitsu, l’un des membres de l’équipe scientifique et du comité d’organisation de la Coalition Internationale pour l’Abolition des Armes à Uranium.

Institué en 1998, le Prix pour un Avenir dénucléarisé récompense le travail d’activistes, d’organisations et de groupements anti-nucléaires. Ce prix a pour mission de promouvoir l’opposition à l’extraction d’uranium, aux armes nucléaires et à l’énergie nucléaire.

Le Prix pour un Avenir dénucléarisé est un projet de la Fondation Franz Moll pour les générations futures et il décerne des prix en trois catégories : Résistance, Education et Solutions.

Le prix, dans la catégorie Education, a été décerné en reconnaissance du travail du Dr. Katsumi durant trente années qui a rendu public l’impact des radiations sur des communautés à travers le monde. Ceci inclut des travaux avec Hibakusha-Japon, avec des communautés affectées par les retombées de Tchernobyl, avec des communautés indigènes contaminées par l’extraction d’uranium, et, bien entendu, l’impact des munitions à uranium appauvri. Depuis mars 2011, le Dr. Furitsu a fait connaître l’impact sanitaire et social du désastre de Fukushima à des collègues et à des militants tant au Japon qu’au reste du monde.

Avec nos amitiés et en solidarité

Kazashi Nobuo
ICBUW – Japon (Coalition Internationale pour l’Abolition des Armes à Uranium)

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Voici quelques-unes des interventions de la matinée :

Allocution de Philippe de SALLE (A.M.P.G.N.)

Chers amis, chers collègues,

En tant que porte parole de l’AMPGN Belgique, je tiens à manifester nos remerciements pour tous ceux qui soutiennent notre mouvement. Bien que la popularité médiatique de notre action d’information médicale ait baissé depuis la fin de la guerre froide, la menace d’une agression nucléaire n’a fait qu’augmenter et n’a fait que renforcer notre motivation dans notre mission. L’attitude non conciliante et même arrogante de l’OTAN lors du dernier sommet à Chicago non seulement ne favorise pas le désarmement au sein des nations nucléarisés mais favorise la prolifération car elle inquiète d’autres nations qui, à tort ou a raison, se sentiront menacées tant qu’elles n’auront pas rejoint elles aussi le club des puissances nucléaires. Il nous paraît primordial d’ouvrir les yeux des occidentaux qui s’imaginant être dans le bon camp ne songent jamais à remettre en question le bien fondé de leur soi -disant «défense atlantique»

J’aimerais ajouter un petit mot que m’a confie le Professeur Henri Firket, Président honoraire, et qui vous prie de bien vouloir excuser son absence aujourd’hui. « Si on examine les guerres généralisées (type guerres mondiales ou vastes européennes) depuis le XIXème siècle, et leurs suites, on s'aperçoit que la répulsion pour les conflits armés s'atténue avec le passage des générations et que les "progrès" techniques accroissent le pourcentage de victimes, y compris parmi les populations civiles. Après les quinze ans de guerres napoléoniennes (très mortelles dans toute l'Europe et leurs millions de victimes), l'Europe a connu pratiquement un siècle de paix. La guerre franco-allemande de 1870-1, la seule vraiment importante du XIXème siècle (trois mois) n'a pas fait 200 000 victimes. La première guerre mondiale, 45 ans plus tard, 16 millions de morts militaires + 600 mille civils ; la seconde, découlant de la première: 25 millions + plusieurs millions de civils. Les deux bombes nucléaires ont coûté plus de 200 000 morts sur une population d'environ 400 mille, 9/ 10ème des civils. Etc.
A quand la prochaine? »


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Allocution de Georges BERGHEZAN (CSO)

«Depuis qu'il a été fondé, il y a une douzaine d'années, le CSO s'associe à cette commémoration annuelle de la catastrophe d'Hiroshima. C'est bien entendu le professeur Pierre Piérart, le regretté président de notre comité, qui nous a incité et convaincu à y participer.

En effet, la dénonciation du crime d'Hiroshima s'inscrit totalement dans les objectifs et les activités du CSO. Si le bombardement d'Hiroshima et de Nagasaki fut un des derniers de la Deuxième guerre mondiale, il marqua le début de quarante ans de guerre froide. Davantage que l'empire nippon, c'est l'URSS qui a été visée par le bombardement atomique des États-Unis. Quatre ans plus tard, ceux-ci créaient l'OTAN, la plus puissante alliance militaire de tous les temps.
Aujourd'hui, 67 ans après Hiroshima, la guerre froide est terminée, heureusement sans avoir provoqué l'apocalypse nucléaire tant redoutée.

Mais, malgré la fin de la guerre froide et la dissolution de son adversaire, l'OTAN existe encore, englobant un nombre toujours plus grand de pays. De plus, elle s'engage de plus en plus directement dans des guerres. Après les bombardements sur l'ex-Yougoslavie dans les années 1990, puis l'occupation de l'Afghanistan, il y eut, il y a à peine un an, la scandaleuse expédition sur la Libye. En outre, l'arsenal nucléaire de l'OTAN reste au cœur d'une stratégie dite de la dissuasion, en fait de chantage à l'échelle planétaire.

Enfin, n'oublions pas que, si les armes à explosion nucléaire n'ont plus été utilisées sur un « champ de bataille » depuis 67 ans, nombre de missiles et de munitions, utilisés notamment par les États-Unis, sont dotés d'uranium appauvri, garantissant une pollution nucléaire durable aux peuples bénéficiant d'interventions humanitaires, de l'ex-Yougoslavie à l'Irak».


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Déclaration de Carlos CRESPO (Président de la CNAPD)
Lue par Marcel POZNANSKI (CSO)

Nous nous retrouvons ici pour commémorer l'acte le plus meurtrier de l'histoire de l'humanité. La destruction d’Hiroshima et de Nagasaki part le feu nucléaire les 6 et 9 août 1945 a signé bien plus que l’apothéose criminelle d’une guerre qui a charrié un lot imprescriptible d’horreurs. Il a illustré l’absence de limites existantes dans la capacité de l’humanité à s’autodétruire. En quelques secondes les vies de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants se sont consumées dans le feu atomique.

Indubitablement il y a eu un avant et un après Hiroshima et Nagasaki. Progressivement un nouvel équilibre des blocs géopolitiques s’est construit avec la peur d’un nouveau recours à la force de frappe nucléaire comme clé de voute. Cette tragédie de la modernité a tout de même provoqué une certaine prise de conscience salutaire. Dans les années qui ont suivi le bombardement d’Hiroshima et de Nagasaki, des militants du monde entier se sont levés parce qu’ils avaient la ferme conviction qu’un avenir radieux pour eux et pour leurs enfants était incompatible avec la prolifération des armes nucléaires. Le Mouvement de la Paix a toujours été à l’avant-garde du combat pour un monde sans armes nucléaires. Dans les années 80, en Belgique, ils étaient des milliers pour battre régulièrement le pavé contre les missiles. Aujourd’hui, malgré la fin de la bipolarisation du monde qui a été particulièrement marquée durant le seconde moitié du XXème siècle, le combat contre la prolifération des armes nucléaires reste plus que jamais d’actualité.

Aujourd’hui, des armes nucléaires sont encore vraisemblablement entreposées en Belgique sans aucun contrôle démocratique et donc sans aucune légitimité politique. Le Mouvement pour la Paix dans notre pays ne faiblira ni dans sa détermination ni dans sa mobilisation tant qu’une seule de ces armes sera encore présente sur notre territoire. Paradoxalement, l’existence et la dissémination des armes nucléaires au niveau mondial jouent dans le nouvel ordre mondial un rôle diamétralement opposées à celui qui était le leur à l’époque de l’antagonisme prééminent entre l’Ouest et l’Est. Alors que cet équilibre basé sur la capacité de chaque camp d’annihiler l’autre produisait un effet dissuasif dans les escalades qu’auraient pu connaître les conflits localisés qui sont survenus lors de la Guerre Froide, la présomption d’accès à la maîtrise de la potentialité destructrice de l’atome peut générer de nouvelles guerres. Les Etats-Unis, seule puissance ayant utilisé l’arme nucléaire contre des populations civiles, prétendent faire passer sous ses fourches caudines les candidats à l’entrée au club sinistre des pays disposant de l’arme nucléaire. Il est difficile de prévoir comment le dossier iranien va évoluer mais les risques d’une nouvelle guerre provoquée par les Etats-Unis et leur allié israélien sont à prendre avec le plus grand sérieux.

"Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage" disait fort justement Jaurès. Si le Mouvement de la Paix veut éloigner à jamais la perspective de conflits armés meurtriers, alors il faut qu’il s’investisse résolument en faveur du changement sociétal. Car la misère, l’exploitation et l’accès à des ressources limitées ont toujours été des causes de conflits. Le Mouvement de la Paix ne peut se contenter de déplorer des conflits existants ou d’anticiper les conflits à venir. Il doit aussi œuvrer à l’éradication des causes profondes des guerres pour en arriver à l’avènement d’une société où la guerre sera définitivement proscrite.

Vive le Mouvement de la Paix !

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Intervention de Carla GOFFI (Mouvement Chrétien pour la Paix)

Le MCP a voulu attirer l’attention sur les dangers de l’armement radioactif en ‘zones de paix’, notamment dans le bassin européen, et sur les réactions légitimes, via des manifs et occupation des sites, en Europe et ailleurs, de plusieurs associations et mouvements anti-guerre et anti-militarisation.

La représentante du MCP a rappelé la situation de la Sardaigne, dont le tiers de l’île est soumis à ‘servitude’ militaire ou à usage militaire par des firmes d'armement. L’OTAN, les armées, le complexe militaro-industriel du monde entier ‘occupent’ et exploitent la terre, l’air, et la mer sarde à des fins d’entraînements militaires…Et cela, dans des zones (polygones de tir) où les bergers et leur bétail continuent à mener une vie non-paisible, et les villages environnants subissent les ‘poudres de guerre’ qui provoquent des morts, des malformations, la destruction de l’environnement. Du césium, du thorium, du tungstène et uranium appauvri ont été trouvés dans les tissus humains et animaux et dans la chaîne alimentaire. Depuis une année, grâce à l’enquête courageuse d’un procureur qui ne se laisse pas intimider par les menaces de mort proférées à son encontre, le 'syndrome de Quirra' a fait enfin l'objet d'attention de la part de la presse et certains politicien italiens. A ce jour, une vingtaine de responsables du Polygone de tir de Quirra (est de la Sardaigne) ont été mis en accusation, dont trois comandants successifs de la base, des médecins, des scientifiques etc. Maintenant, les associations des victimes attendent avec impatience le début du procès.

La Sicile a servi de base de départ des avions, avec ou sans pilotes, impliqués dans ces dernières guerres (Libye, Afghanistan, Irak). Sigonella est la plus grande station aéronavale des USA. Et la situation risque d’empirer, du fait de l’installation du MUOS (centre de télécommunication satellitaire de l’Otan) à Niscemi. Au dire de nombreux scientifiques, cela peut occasionner des risques graves pour la santé des habitants de la Sicile.

D’autre part, le port de Brindisi (Pouilles) va connaître de grands travaux afin de permettre à l’Otan d’élargir sa ‘zone’ portuaire…

On peut donc craindre que, outre la préparation de nouvelles guerres meurtrières, ces sites et bases provoqueront un nombre croissant de maladies et nuisances graves aux populations locales.

Le MCP tient à saluer les associations pacifistes et les citoyens du monde entier qui luttent contre la "militarisation" de nos territoires, et qui manifestent parfois au détriment de leur intégrité physique. Nous rappellerons ici le camp de la paix qui s’est tenu ce printemps a Faslane- Ecosse- (base des sous-marins nucléaires Trident) et dont les participants ont été durement attaqués et emprisonnés par la police UK .

Cela fait déjà plusieurs années que les habitants de Gangjeong, en Corée du Sud, protestent contre la construction d'une base navale sur l'île de Jeju. Le projet militaire aurait un important impact sur l'écosystème de l'un des sites inscrits au patrimoine de l’UNESCO. Lors d'un référendum, 94% des habitants de Jeju ont voté contre la construction de cette base. Malgré cela, le gouvernement sud-coréen a poursuivi les travaux. Le 7 mars 2012, la Marine sud-coréenne a commencé, avec l'entreprise de construction Samsung Corporation à faire exploser les roches de la façade côtière. Le lendemain, des centaines d'activistes se sont rassemblés sur l'île pour s'opposer aux travaux de la Marine. Un grand nombre d’entre eux furent arrêtés et certains se trouvent toujours en prison.

Il est important de savoir, en ce jour de commémoration des bombardements nucléaires sur Hiroshima et Nagasaki, qu’aujourd’hui, dans le monde entier, des personnes se battent pour que cela n’arrive plus.

lundi 19 décembre 2011

COMMÉMORATION HIROSHIMA-NAGASAKI DU 6 AOÛT 2011

Le Parc Hibakusha de l’Université de Mons, qui a été créé à l’initiative de Pierre Piérart, est un lieu de commémoration de la tragédie de Hiroshima et de Nagasaki. Et aussi un moment de réflexion, d’échanges d’idées, de recherche d’actions pour le désarmement nucléaire mondial et l’abolition des guerres. Cette année a vu la confirmation de la continuité de cet objectif, un an après la mort de Pierre Piérart. Une convention a été signée pour perpétuer le Parc Hibakusha dans cette fonction, entre l’Université de Mons (Umons), le Centre d’Ecologie Appliquée du Hainaut (CEAH), l’Association des Médecins pour la Prévention de la Guerre Nucléaire (AMPGN), le Comité de Surveillance de l’Otan (CSO) et la Coordination Nationale d’Action pour la Paix et la Démocratie (CNAPD), dont Pierre Piérart était membre et responsable à divers titres.

La commémoration a rassemblé une cinquantaine de personnes, la plupart représentant des associations de paix et/ou anti-nucléaire, tant flamandes que francophones. La cérémonie s’est terminée par un dépôt de fleurs et une minute de silence devant la stèle à la mémoire des victimes des bombardements nucléaires de Hiroshima et de Nagasaki et des essais nucléaires.

L’après-midi était consacrée à une conférence-débat sur le thème « Le désarmement nucléaire ce n’est pas pour demain – Dangers du nucléaire militaire et civil – Propositions d’actions ».

Philippe de Salle, président de l’AMPGN, a expliqué les aspects médicaux observés lors des explosions, des dysfonctionnements, des essais nucléaires, tant civils que militaires. Brûlures, blessures, contusions, cancers pouvant apparaître 20 à 30 ans après l’exposition. Il souligne également la faiblesse des moyens mis en œuvre pour étudier, et assurer les soins des populations en cas d’explosion, alors que les risques du nucléaire civil et l’éventualité de l’utilisation d’armes atomiques sont plus actuels que jamais dans notre monde en crise.

Henri Firket, ancien président de l’AMPGN, analyse et dénonce le coût exorbitant des armes nucléaires et le poids des dépenses d’armement en pleine crise économique mondiale. Tout le monde est d’accord sur les effets destructeurs de l’arme nucléaire, mais il semble impossible d’obtenir une résolution de l’ONU pour leur élimination. La petite flamme allumée par Obama à son élection s’est vite éteinte. Le cout élevé de la recherche et fabrication de ces armes, nécessite la baisse d’autres budgets comme celui de la santé, de l’éducation, etc. Dans un pays comme les Etats-Unis, l’industrie militaire est même le principal moteur de l’économie. Beaucoup croient en Europe occidentale qu’on est loin de la guerre, mais il faut se rendre compte que les armes essentielles finissent toujours par être utilisées. Le danger de la guerre nucléaire est toujours vivace.

Georges Spriet, de VREDE, montre que l’OTAN met encore à l’avant-plan une stratégie nucléaire. Celle-ci se retrouve dans le « nouveau concept stratégique » adopté lors du dernier sommet de Lisbonne. On suit toujours ‘la stratégie de la première frappe’ qui préconise l’attaque et destruction quasi-totale de « l’ennemi » et, en cas de riposte de celui-ci, le recours au « bouclier », qui est présenté comme une arme de défense. La Russie reste l’ennemi potentiel… Néanmoins, au sein de l’Otan, l’Allemagne demande le départ des armes nucléaires stockées en Europe. La Belgique a formulé timidement la même demande. Mais rien n’est fait pour autant et les 10 à 20 bombes nucléaires se trouvent toujours à Kleine Brogel. Les bombes B 61 pourraient être « modernisées » au lieu d’être démantelées, afin de pouvoir être placées dans des bombardiers à plus longue distance que les actuels F-16. La notion, chère à l’OTAN, de différence entre bombes tactiques (à courte portée) et bombes stratégiques (à longue portée) sera caduque, avec les risques qu’on devine. Nous devons donc nous prononcer contre cette « modernisation » et le remplacement des avions F 16 et, au contraire, exiger une Zone Européenne « nuclear free ».

Michel Wautelet, professeur de l’Université de Mons, donne un « cours de terrorisme nucléaire ». Une attaque terroriste nucléaire, dont Obama se dit préoccupé, est-elle possible, ou sommes-nous dans le domaine du pur fantasme? La bombe A, pour exploser, nécessite un litre de matière atomique (uranium) et quelques 300 à 400 professionnels pour la fabrication. Où trouver tout cela sinon dans les livres de science-fiction ou dans un film de James Bond? La bombe à plutonium (implosion) a besoin d’uranium enrichi. Où le trouver et comment la fabriquer? La bombe à hydrogène nécessite aussi une équipe de haut niveau. Où la trouver? La bombe sale : cobalt, césium, strontium… irréalisable. La seule attaque réalisable reste celle d’un avion s’écrasant sur une centrale nucléaire civile. Il faudrait néanmoins disposer d’un avion de grosse portée. Comment prévenir et éviter pareille attaque? Militariser la protection des centrales civiles actuelles…. Cette perspective ne semble pas réaliste.

Le débat a porté en particulier sur le lien à faire ou non entre nucléaire civil et nucléaire militaire.

Certains considèrent que la lutte contre l’armement nucléaire passe au second plan et ne peut aboutir sans l’interdiction totale du nucléaire comme source d’énergie à usage « civil ». D’autres pensent que le problème du nucléaire civil est à envisager à échelle mondiale et que tous les pays ne sont pas en mesure de s’en passer, alors que les grandes puissances nucléaires militaires refusent de désarmer tant qu’il existe une possibilité pour un autre pays de développer l’industrie nucléaire, même civile. La question n’est certes pas tranchée!

En conclusion, la volonté de ceux qui ont pris part à cette journée, est de poursuivre la réflexion et l’action et de contribuer à la pérennité du Parc Hibakusha pour servir cette cause.

Carla Goffi et Claudine Pôlet

jeudi 17 décembre 2009

LES NOMBREUX IMPACTS ET CONSÉQUENCES - Pierre Piérart

L’excès de vitesse est l’une des causes principales de la mortalité sur les routes. A défaut de statistiques précises on peut estimer la mortalité annuelle sur les routes de l’Union européenne à +/- 50.000 morts, +/- 60.000 blessés graves et +/- 600.000 blessés légers par an. Si l’on y ajoute les blessés et spécialement les cas graves, particulièrement parmi les cyclistes et les piétons, le chiffre devient hallucinant : plusieurs centaines de milliers, soit l’équivalent d’une guerre meurtrière, avec tout ce que cela comporte comme séquelles physiques irréparables pour des milliers de personnes. Malgré les efforts des instituts de sécurité routière le nombre des accidents en Europe ne diminue que lentement. Ci-dessous les statistiques publiées par La Libre Belgique, concernant les trois régions belges, pour les cinq dernières années. Malgré une amélioration très significative pour les cas graves, la situation actuelle est toujours préoccupante.

Afin de sensibiliser le lecteur à ce problème nous avons calculé les énergies cinétiques en joules pour une voiture de 1.000 kilos. Pour une vitesse donnée, on peut comparer la violence du choc d’un véhicule qui vient s’encastrer sur un obstacle fixe et résistant, à la hauteur de la chute de ce véhicule qui tombe du sommet d’une falaise et qui vient finalement s’écraser sur le sol avec la même énergie cinétique. Cette comparaison est indépendante de la masse et est donc valable pour tous les véhicules.

Dans le tableau ci-dessous nous constatons qu’à la vitesse de 30 km/h le véhicule parcourt déjà plus de 8 m/s et que, s’il heurte un obstacle résistant, le choc correspondra à une chute de 3,54 mètres. A 100 km/h la vitesse correspondante est de 27,78 m/s et le choc correspondra à une chute de 39,32 mètres. Le tableau montre également qu’à la vitesse de 50 km/h l’énergie cinétique (1/2 mv2) est près de 3 fois supérieure à celle d’un véhicule roulant à 30 Km/h. Ne parlons pas des vitesses élevées : à 100 km/h l’énergie cinétique est 11 fois plus élevée que celle d’un véhicule roulant à 30 km/h.

Les dégâts causés lors d’un accident ne sont pas nécessairement proportionnels à l’énergie cinétique. En effet, lors du choc, les dégâts seront d’autant plus importants que l’obstacle est résistant. Une voiture subira des dégâts proportionnels à la solidité de l’obstacle (mur en béton, barrière plus légère, bottes de foins, amoncellement de pneus, etc.). En cas de choc frontal entre deux véhicules, les dégâts seront équivalents à la somme des deux vitesses, en d’autres termes, deux voitures roulant chacune à 50 km/h qui se heurtent frontalement subiront des dégâts +/- équivalents à un choc d’un véhicule heurtant un obstacle à la vitesse de 100 km/h.

En ce qui concerne la consommation de combustible, il faut se rappeler que, pour rouler économiquement, il faut adopter un régime correspondant au meilleur rendement qui équivaut, très souvent, pour les voitures ordinaires circulant sur autoroute, à une vitesse de 90 à 100 km/h.

En conclusion on peut suggérer qu’il devient indispensable de limiter la vitesse des véhicules afin de mettre un terme d’une part au nombre important de morts et de blessés sur nos routes et, d’autre part, au gaspillage du pétrole dont le pic sera très prochainement atteint, sans oublier que ces mesures réduiront d’une façon significative l’émission de CO2 . Le protocole de Kyoto prévoit de limiter cette dernière à 120 gr de CO2 par kilomètre. On en est encore bien loin quand on compare les droites de régression publiées dans ce bulletin par le Prof. Michel Wautelet. A quand une taxe carbone sérieuse ? La taxe sur la tonne de CO2 sera de 13,5 euros en France comme l’a décidé le président Sarkozy, alors que l’ancien premier ministre Rocard proposait 35 euros ; en Suède elle est de 103 euros. Cela annonce pas mal de problèmes pour la conférence de Copenhague. Enfin, il ne faut pas perdre de vue que limiter sa vitesse réduit non seulement le CO2 mais aussi les particules fines.

A quand la suppression de la prime à la casse qui soutient artificiellement l’économie et qui oublie que la construction d’une voiture entraîne la production d’une quantité de CO2 équivalente à l’utilisation du véhicule pendant deux ans ? A quand l’interdiction pure et simple des voitures trop puissantes, injustifiées puisque incompatibles avec la réglementation routière qui, dans certaines circonstances, peuvent conduire même des individus prudents à commettre des infractions qui pourraient s’avérer lourdes de conséquences ? Rouler calmement est une garantie de sécurité.

Le tableau et le schéma sont publiés dans le bulletin du CEAH n° 64

jeudi 10 décembre 2009

AEPGN bulletin N°64 - Décembre 2009

De 1989 à 2009

Le 9 novembre 1989 le mur de Berlin était détruit contre toutes attentes. Cette rupture du barrage entre les forces capitalistes et celles du communisme était le résultat de la politique amorcée par Mikhaïl Gorbatchev pour plus de transparence (glasnost) et la construction d’une « maison commune » (perestroïka) par l’Union européenne et l’Union Soviétique.

Les résultats furent immédiats en déclenchant des révolutions de velours parmi les membres du Pacte de Varsovie et l’effondrement de l’Union Soviétique entériné par Gorbatchev le 25 décembre 1991. La réunification de l’Allemagne fut assez rapidement conçue par les représentants des quatre puissances occupantes du Troisième Reich et des responsables de la RFA et de la RDA. Le plan de M. Gorbatchev fut considérablement écorné suite à la disparition du Pacte de Varsovie et au retrait des troupes soviétiques, rapidement suivi par l’extension de l’OTAN vers l’Est, malgré les promesses faites par les négociateurs de la réunification que l’Alliance atlantique ne s’étendrait pas d’un centimètre vers l’ancien glacis soviétique.

Au début des années 90, sous l’impulsion de forces occultes de la Pologne, du Vatican, de l’Allemagne et de l’Autriche, plusieurs républiques yougoslaves entrent en sédition et déclareront leur indépendance en 1992. La République Fédérale de Yougoslavie, abandonnée et même boycottée par l’Union européenne, s’écroule, les guerres civiles se poursuivent, les Nations Unies et l’Union européenne se révèlent impuissantes à contrôler la situation qui devient de plus en plus dramatique et se termine, en 1999, par l’intervention brutale de l’OTAN qui écrase la Serbie sous des bombardements massifs pendant 78 jours. Dix ans après la chute du mur de Berlin, le chaos et la guerre se sont installés en Europe.

Aujourd’hui la situation est restée chaotique, la Bosnie et la Macédoine sont toujours en situation instable. Le problème de l’indépendance du Kosovo n’est toujours pas résolu, il constitue une pierre d’achoppement en droit international.

La magistrate suisse Carla Del Ponte, douée d’une énergie exceptionnelle, avait collaboré étroitement avec le juge italien Giovanni Falcone (assassiné le 23 mai 1992) dans le jugement des crimes commis par la maffia sicilienne. Etant donné son courage et sa nationalité suisse (Pays neutre), elle a été sollicitée plusieurs fois avec insistance par le secrétaire général des Nations Unies pour présider le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie. D’abord réticente, elle a finalement accepté. Durant huit années elle s’est battue pour assumer cette lourde tâche. Elle a dû faire face à d’énormes obstacles politiques de la part des Américains, des Européens et du gouvernement de Serbie. Carla Del Ponte a terminé son mandat en adressant, dans une autobiographie, des accusations embarrassantes à l’encontre des puissances occidentales qui avaient rendu sa tâche très difficile.

Malgré son courage le résultat a été assez maigre : les Serbes ont été, si pas diabolisés, sévèrement poursuivis et condamnés ; les Croates et les Bosniaques l’ont été beaucoup moins. Quant à l’OTAN, il n’a même pas été question de la traduire en justice. Après de longues tractations juridiques et politiques, Slobodan Milosevic a été livré par Belgrade au Tribunal Pénal international pour la Yougoslavie. Suite à ce transfert l’Union européenne a accordé une aide parcimonieuse de 1,3 milliard de dollars pour la reconstruction de la Serbie dont les destructions dues aux bombardements sont estimées à plus de 100 milliards de dollars !

Nous sommes en 2009, le problème des Balkans n’est pas résolu. Il en est de même pour l’Irak. La guerre en Afghanistan ne fait que s’amplifier et risque de devenir un nouveau Vietnam. Les discussions entre les Etats-Unis et la Russie concernant le désarmement nucléaire sont toujours au point mort.

Nous soutenons entièrement les propositions contenues dans le communiqué du Comité de Surveillance OTAN : le président Obama, qui doit recevoir le prix Nobel de la Paix, poursuit la politique américaine depuis le premier jour de l’invasion de l’Afghanistan en 2001. Nos ministres (de la Défense) De Crem et (des Affaires étrangères) Vanackere, expriment la loyauté de notre gouvernement envers l’Alliance Atlantique. Les forces belges sont présentes en Afghanistan avec 540 militaires et 6 avions de combat F-16. Les budgets de la Défense et de la Coopération sont largement sollicités pour financer la guerre Otanienne.

Depuis la chute du mur de Berlin en 1989, l’élargissement de l’OTAN a eu pour résultat une déstabilisation générale en Europe ayant pour conséquences, directes ou indirectes, une guerre en Yougoslavie, deux guerres en Tchétchénie, deux guerres en Irak, une guerre en Géorgie et la guerre actuelle en Afghanistan.

Syndicats et mouvements de la Paix doivent se mobiliser pour arrêter cette escalade qui ne peut conduire qu’à une catastrophe sociale non seulement en Asie mais aussi en Europe. ARRETEZ L’ESCALADE, C’EST MAINTENANT, TOUT DE SUITE QUE L’ARMEE BELGE DOIT QUITTER L’AFGHANISTAN !

Pierre Piérart

mercredi 9 décembre 2009

AEPGN bulletin N°63 - Juin 2009

Lettre à Barack OBAMA, président des Etats-Unis

Monsieur le Président,

Après votre brillante campagne électorale et votre investiture à la présidence des Etats-Unis, votre discours au Caire a provoqué un soupir de soulagement et de l’espoir d’un changement important de la politique américaine. Un collectif d’associations belges, régionales, nationales, européennes et même internationales s’adresse à vous pour vous demander comment vous allez pouvoir réaliser vos promesses de sécurité dans tous les domaines, y compris de la pauvreté, de l’analphabétisme et de la paix dans le monde.

Il y a 64 ans, les Etats-Unis procédaient à un essai nucléaire, couronné de succès, à Alamogordo, suivi, un mois plus tard, par les bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki les 6 et 9 août, respectivement. La bombe atomique américaine, considérée, au début, comme arme dissuasive vis-à-vis de l’Allemagne, devenait non seulement une arme offensive contre le Japon mais aussi un signal politique adressé à l’URSS qui avait promis à Postdam de déclarer la guerre à ce dernier et de libérer la Mandchourie et la Corée.

En 1946 le président Truman a refusé le plan Baruch qui proposait une mondialisation de l’énergie atomique, ce qui aurait probablement évité la prolifération des armes nucléaires. Les Etats-Unis ont continué à produire ces armes de destruction massive ce qui a déclenché la course aux armements et des essais nucléaires de l’URSS, suivie de la Grande-Bretagne et ensuite de la France et de la Chine. Ces cinq pays bénéficient du droit de véto au Conseil de Sécurité des Nations Unies et, de plus, d’une « reconnaissance légale » de leurs armes atomiques selon le Traité de Non Prolifération entré en vigueur en 1970.

En 2010 le TNP sera révisé et vos promesses de désarmement nucléaire auront, nous l’espérons, la possibilité de se concrétiser. Cela constituera un cap très difficile étant donné les pressions exercées par les militaires, les scientifiques de Los Alamos, les diplomates et spécialement l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord qui considère toujours la dissuasion comme un instrument de paix et, cela, malgré ses infractions aux articles 1, 2 et 6 du Traité de Non Prolifération.

Avec l’effondrement de l’URSS et la réunification de l’Allemagne nous avions espéré la dissolution de l’OTAN. Il n’en a rien été. Lors des accords entre l’URSS et les Occidentaux, il avait été décidé que l’OTAN ne s’étendrait pas d’un centimètre vers l’Est, comme l’a rappelé récemment Mikhaïl Gorbatchev dans la presse allemande. Bien au contraire, avec la dissolution du Pacte de Varsovie, l’Alliance Atlantique s’est empressée de s’étendre vers l’Est en intégrant non seulement tous les anciens membres de ce dernier mais encore les Pays Baltes, sans parler de ses visées vers d’anciennes républiques soviétiques comme l’Ukraine et la Géorgie. Aujourd’hui l’arme nucléaire est détenue par Israël, l’Inde, le Pakistan et la Corée du Nord, ce qui démontre clairement que le TNP est en train de s’effondrer de plus en plus rapidement.

Le redressement ne pourra se faire en 2010, Monsieur le Président, que si vous mettez toute votre énergie pour montrer l’exemple en réduisant drastiquement, de concert avec les Russes, vos deux arsenaux nucléaires qui représentent plus de 95 % de l’armement nucléaire mondial. Nous sommes terriblement inquiets, Monsieur le Président, quand, dans vos discours, vous annoncez que ce désarmement sera très lent et que vous n’en verrez peut-être même pas la fin au cours de votre existence. Devrons-nous subir l’esclavage de l’arme nucléaire encore longtemps ? Cela est-il possible ? Le compte à rebours d’un holocauste nucléaire n’a-t-il pas déjà commencé ?

Nous vous souhaitons très sincèrement non seulement beaucoup de courage mais des nombreux appuis, indispensables pour résoudre une foule de problèmes comme la ratification du CTBT, une convention de désarmement nucléaire programmée de 2010 à 2020, un règlement sur les matières fissiles à usage militaire, l’interdiction des mines antipersonnel, des bombes à fragmentation, de l’utilisation de l’uranium appauvri dans les projectiles et les blindages…. L’uranium appauvri a déjà contaminé une grande partie de la planète, en Serbie, en Irak et dans les territoires de nombreux pays qui fabriquent et utilisent ces types d’armes sur leurs champs de manœuvres.

Si vous pouviez résoudre ne fût-ce qu’une partie de ces problèmes, la planète entière vous en serait extrêmement reconnaissante.


Pierre Piérart

mercredi 22 avril 2009

AEPGN bulletin N° 62 - Mars 2009

Editorial

La politique militariste et impérialiste de l’OTAN et de l’Union Européenne.

Le 15 juin 1945 la guerre en Europe est terminée et Truman arrive en Allemagne par bateau pour ouvrir la conférence de Potsdam au palais du Kronprinz. La conférence s’ouvre le 17 juin et devrait se terminer le 2 août. Le 21 juillet Truman reçoit un rapport détaillé du général Groves : l’essai de la première bombe atomique a pleinement réussi à Alamogordo. Dès ce moment l’attitude du nouveau président américain qui a succédé à Roosevelt, mort le 12 avril, se modifie radicalement. Comme ancien vice-président de Roosevelt, il en avait suivi la politique ; avec la bombe à sa disposition il durcit sa position et décide de mettre un terme à la conférence dès le 24 juillet. Lors d’un aparté il annonce à Staline que les Etats-Unis ont mis au point une arme destructrice très puissante. Staline lui souhaite d’en faire un bon usage.

En 1946 Churchill, qui a perdu son poste de Premier ministre, est fort déprimé et profite d’un voyage à Fulton, dans le Missouri, pour prononcer un discours au Westminster College. Il s’y défoule en accusant l’Union Soviétique d’avoir établi un rideau de fer de Stettin à Trieste. Ce discours connaît un grand succès auprès des Américains venus en masse pour l’écouter dans cette petite ville de 10.000 habitants. Quelques jours plus tard, le 12 mars, Truman reprendra les mêmes idées dans un discours antisoviétique au cours duquel il rejettera le plan Baruch qui proposait une mondialisation de l’énergie atomique. Le 28 septembre 1948, devant l’Assemblée générale des Nations Unies, Paul-Henri Spaak prononcera son fameux discours « Nous avons peur » dans lequel il critiquera violemment la politique soviétique exprimée par le représentant de l’URSS, A.Vichinsky.

L’Alliance atlantique trouve son origine dans les trois discours cités ci-dessus. Le Traité de l’Atlantique Nord fut signé à Washington le 4 avril 1949 mais il avait été précédé par le Traité de Bruxelles, signé le 17 mars 1948 par la France, le Royaume-Uni, le Luxembourg, la Belgique et les Pays-Bas.

Rappelons que dès 1945-46 les services secrets américains et anglais avait déjà mis sur pied un réseau Stay-behind appelé aussi Gladio qui consistait à préparer la résistance contre une occupation de l’Armée rouge en Europe occidentale en semant la terreur dans divers pays. Ce réseau se manifesta notamment en Belgique dans les années 80 avec les tueries du Brabant et l’attaque de casernes comme celle de Vielsalm. C’est l’époque où les mouvements pacifistes manifestent contre l’installation des missiles Pershing et Cruise à Florennes.

L’OTAN, créée en 1949, comme mentionné ci-dessus, est une organisation exclusivement défensive. Le Traité de Washington du 4 avril 1949 fut signé par 12 états : Etats-Unis et Canada d’une part et 10 états européens : la Belgique, le Danemark, la France, l’Islande, l’Italie, le Luxembourg, la Norvège, les Pays-Bas, le Portugal et le Royaume-Uni. Aux 12 états fondateurs sont venus s’ajouter la Grèce et la Turquie, en 1952 ; l’Allemagne fédérale, en 1954 ; l’Espagne, en 1982 et enfin la Pologne, la Hongrie et la République Tchèque en 1999. C’est en 1950, avec le déclenchement de la guerre de Corée, que l’Alliance va se doter d’une structure politique et militaire permanente, l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord ou OTAN instituée par la Convention d’Ottawa du 20 septembre 1951. En 1955, suite à l’entrée de l’Allemagne Fédérale dans l’Alliance, l’Union Soviétique riposte en créant le Pacte de Varsovie qui regroupe l’Albanie, la RDA, la Bulgarie, la Hongrie, la Pologne, la Roumanie et la Tchécoslovaquie. Le Pacte fut dissous en 1991 avec la disparition de l’URSS dont les Républiques, devenues indépendantes, créent la Communauté d’Etats indépendants (CEI).

La guerre froide, qui a sévi pendant près de 50 ans, n’a été qu’un malentendu entre les deux grandes puissances qui ont émergé à la fin de la 2ème guerre mondiale, les Etats-Unis et l’URSS. Comme le dit Rik Colsaet : l’URSS s’opposant à une extension du capitalisme en Europe avec le plan Marshall et les Etats-Unis et les Européens de l’Ouest à une invasion de l’Armée rouge. Il est intéressant de rappeler que la Belgique et la Pologne ont joué un rôle assez important entre 1963 et 1968 grâce à Pierre Harmel et Adam Rapacki qui souhaitaient la création d’une zone dénucléarisée en Europe centrale. Ce plan a connu un succès réel en juin 1968, à Reykjavik, quand le Conseil de l’OTAN a invité pour la première fois le Pacte de Varsovie à négocier une réduction des forces en Europe. Il semblait aboutir quand , en août 1968, les troupes du Pacte de Varsovie envahirent la Tchécoslovaquie et ce projet fut naturellement abandonné sans pour cela décourager ses promoteurs. Pierre Harmel poursuivit cette politique avec l’Ostpolitik de Willy Brandt, avec qui il entretenait d’excellentes relations qui furent renforcées avec la victoire électorale de ce dernier en 1969.

Lors de la réunification de l’Allemagne en 1990 les 4 occupants + 2 (soit Etats-Unis, Grande-Bretagne, France et Russie et les deux Allemagnes) avaient implicitement admis que cette réunification ne provoquerait pas la militarisation de l’ex-RDA et, a fortiori, l’installation de bases de l’OTAN dans les pays de l’Est.

Si au début des années 90 la situation s’est améliorée, elle s’est dégradée avec le démantèlement programmé de la Yougoslavie. Devant l’indécision de l’Europe face à ce drame, les Etats-Unis en ont profité pour intervenir et pour finalement déclencher l’opération de l’OTAN contre la Serbie. Washington exigeait que Belgrade signe les accords inacceptables de Rambouillet qui stipulaient que la Serbie devrait être occupée militairement et dans sa totalité par les troupes de l’OTAN. Les 79 jours de bombardements en Serbie causèrent une catastrophe incroyable tant pour la population que pour l’environnement et, comme le dit Franz Weber, « nous l’avons laissé commettre chaque jour, chaque nuit, chaque heure sans réagir, sans protestations, sans crier halte ! ». Cinq cents millions d’Occidentaux, dotés d’un armement d’une puissance inouïe et dont l’emploi est contraire aux conventions de Genève, s’attaquent à onze millions de Serbes déjà sanctionnés par un embargo international. Ponts, écoles, hôpitaux, usines chimiques, raffineries de pétrole, stations de radiotélévision sont détruites. L’ambassade de Chine est attaquée avec trois bombes guidées au laser qui tuent plusieurs diplomates. Toutes sortes de nouvelles armes sont utilisées, des bombes à graphite, à uranium appauvri et à sous-munitions. Enfin la province du Kosovo est mise sous tutelle internationale. Les troupes de l’OTAN restent impassibles devant la destruction de 107 églises orthodoxes dont plusieurs datent de l’époque médiévale ! Les musulmans albanais prévoient d’y construire 50 mosquées. Les Kosovars, sous la protection des troupes de la Kfor, ont dérobé ou profané plus de 10.000 icones et brûlé des dizaines de milliers de livres, véritable autodafé qui rappelle celui des nazis.

Au cours des dernières années cette politique impérialiste de l’OTAN a pris des proportions gigantesques. Elle consiste à imposer un capitalisme de plus en plus insupportable à l’Union Européenne dont les responsables sont complices. L’Union Européenne ne peut s’étendre que là où l’OTAN existe déjà et la Russie n’en fait pas partie. L’OTAN a mis au point le partenariat pour la paix (PPP) qui consiste à faire collaborer des pays non membres à ses interventions militaires. Même des pays comme la Finlande, la Suède, l’Autriche et l’Irlande en font partie.

Aujourd’hui l’OTAN déploie de plus en plus de troupes en Afghanistan sous l’impulsion d’Obama. Malgré les atermoiements d’Hillary Clinton le projet d’installation de radars antimissiles en Tchéquie et de missiles antimissiles en Pologne est maintenu. Le Parlement tchèque a refusé de ratifier l’accord signé par le gouvernement et ce dernier attend un moment favorable pour le remettre sur la table. La France, ou plutôt son Premier Consul Sarkozy, a décidé son retour au sein du commandement intégré de l’OTAN et le président Obama a fort apprécié cette décision. Le général de Gaulle, qui ne se faisait aucune illusion à ce sujet, doit se retourner dans sa tombe. De nombreux députés français n’ont pas cautionné cet ukase. L’Alliance atlantique qui doit fêter son 60ème anniversaire entre le 2 et le 5 avril à Strasbourg et à Kehl se prépare à renforcer sa stratégie impérialiste et à réclamer de ses membres une contribution de plus en plus importante à la guerre en Afghanistan. Notre Premier ministre Herman Van Rompuy a déclaré ce samedi 21 mars que la Belgique était prête à participer à ce projet et son ministre de la Défense, Pieter De Crem a annoncé qu’on enverra un contingent supplémentaire d’ une centaine d’hommes et des nouveaux F-16 pour la guerre contre les talibans. De plus le recrutement de troupes pour l’Afghanistan semble poser des problèmes. Après 4 mois de séjour dans cet enfer, les soldats ont vu assez d’horreurs et ne souhaitent que le retour en Belgique. Le ministre de la Défense a créé un service militaire volontaire de 17 mois en vue de former des nouveaux miliciens, destinés à des opérations humanitaires hors Europe.

On ne peut que déplorer cette attitude lamentable de notre gouvernement qui profite de cette journée de protestation contre l’OTAN du 21 mars (qui a réuni plus de 1.000 manifestants avec plus de 400 arrestations administratives) pour prendre de telles décisions sans même un débat politique sur la question. L’attitude de la Belgique qui contribue à la politique militariste de l’OTAN et de l’Union Européenne, devient insupportable et nous fait regretter la diplomatie de l’ancien ministre Pierre Harmel.

Pierre Piérart

lundi 5 janvier 2009

AEPGN bulletin N° 61 - Décembre 2008

Chers Lecteurs,

Non à la guerre et à ses crimes contre l’humanité, oui à la paix, au désarmement, à l’aide au développement et à la réconciliation.

Barack Obama doit mettre fin à la nouvelle guerre froide.

Le nouveau président des Etats-Unis pourra-t-il faire face à toutes les situations catastrophiques laissées par son prédécesseur ? Pour résoudre les problèmes de politique étrangère il a choisi, comme secrétaire d’Etat, Hillary Clinton, comme secrétaire à la Défense il a reconduit Robert Gates qui était déjà en charge sous G.W. Bush et enfin, comme conseiller à la Sécurité nationale, James Jones, général américain à la retraite. Barack Obama a donc respecté sa promesse électorale en constituant une équipe de démocrates et de républicains.

Le nombre de défis qui attendent le prochain gouvernement américain est énorme, parmi lesquels on peut épingler le conflit israélo-palestinien, le problème iranien, la guerre en Irak, la guerre en Afghanistan, la guerre froide avec la Russie, la reforme de la politique otanienne, la ratification du CTBT, la réintégration des Etats-Unis dans le Traité des Missiles Antibalistique (ABM), la production de matières fissiles, la militarisation de l’espace, le respect du Traité de Non Prolifération (TNP), dont la révision aura lieu en 2010 et bien d’autres qu’il serait trop long d’évoquer dans cet éditorial.

Le problème de l’Afghanistan est certainement le plus grave. Au cours du dernier sommet de l’OTAN le secrétaire général de cette organisation et les Etats-Unis ont exercé des pressions énormes sur les membres de l’Alliance pour augmenter leur participation à cette guerre. Obama lui-même s’est promis de retirer une partie des troupes engagées en Irak pour les déplacer en Afghanistan. Canadiens, Anglais et Français ont envoyé des contingents très importants. Le Président Sarkozy a donné priorité au développement de la défense européenne en partenariat avec l’OTAN ; comme son prédécesseur Chirac, qui ne l’a pas obtenu, il espère que la France pourra bénéficier d’un commandement militaire important au sein de l’Alliance. Même la Belgique, sous l’impulsion de son ministre de la Défense Pieter De Crem, y envoie des F-16 déployés à Kandahar pour des bombardements dont la population civile est souvent victime. Le ministre De Crem a déclaré récemment à la radio que la guerre en Afghanistan était une mission indispensable pour la sécurité de la planète et qu’il faisait confiance à l’OTAN qui a connu, depuis 60 ans, un succès sur toute la ligne.

Pourquoi cette sacralisation de l’Alliance atlantique ? Pourquoi les frontières de l’Union Européenne devraient-elles s’arrêter à la frontière russe, là où celles de l’OTAN se sont fixées au cours de sa progression vers l’Est ? Pourquoi l’Europe doit-elle accepter des radars antimissiles en Tchéquie et des missiles antimissiles en Pologne ? Pour nous protéger d’une attaque nucléaire de l’Iran déclarent les stratèges américains. Comment peut-on avaler une telle couleuvre ? Il est évident qu’à la première bombe atomique sur Israël ou sur un autre objectif occidental, l’Iran serait instantanément rayé de la carte par un feu nucléaire bien nourri. Pourquoi des bases militaires américaines de plus en plus nombreuses sur le territoire européen, en infraction totale avec les accords passés entre les alliés et l’Union Soviétique de Gorbatchev lors de la réunification des deux Allemagnes ? A toutes ces questions la réponse est simple : l’Union Européenne est cadenassée par la puissance militaire américaine et doit suivre fidèlement les objectifs de l’Alliance atlantique figurant dans le traité de Lisbonne que l’Irlande a eu la sagesse de refuser.

Comme le dit le général Francis Briquemont, dans un article paru dans La Libre Belgique, auquel nous vous renvoyons dans ce bulletin : n’est-il pas grand temps que les Européens se libèrent des injonctions américaines visant à faire encercler la Russie par l’OTAN et à mettre sous domination le reste de l’Asie ? Les problèmes de la défense et de la sécurité européenne surtout, ne doivent-ils pas être pris en main par les Européens ? Une armée européenne est-elle nécessaire quant on voit les difficultés à justifier son existence ? Les raisons invoquées sont extrêmement floues et ne nécessitent pas la mobilisation d’une grande armée : lutte contre la prolifération des armes nucléaires, contre le terrorisme international, contre les Etats voyous ou encore des catastrophes naturelles, des émeutes sociales, etc. L’absence de consensus dans l’Union Européenne s’explique par l’arrivée de nouveaux membres qui ont fait partie du Pacte de Varsovie, par les six membres qui ne font pas partie de l’OTAN et par la pression exercée par l’éminence grise de Washington, l’Angleterre. Si l’Union Européenne est une puissance économique plus ou moins satisfaisante, son unité monétaire n’est toujours pas réalisée. Sur le plan social, ainsi que pour le maintien des services publics, il en est de même. Enfin sa politique étrangère est pratiquement nulle vu la disparité de ses membres : deux puissances nucléaires qui refusent de désarmer, six pays neutres et enfin deux groupes d’Etats, les anciens et les nouveaux. Cela explique que l’Europe n’a aucun poids politique sur le plan international.

Tout se passe comme si l’on voulait entretenir une nouvelle guerre froide plus ou moins larvée, les dissensions sont nombreuses, que ce soit sur le plan énergétique, sur le plan de la crise financière (due à un endettement incroyable des Etats-Unis) ou sur le plan de l’aide aux pays en voie de développement. Les milliards d’euros investis dans les armements européens pourraient être considérablement allégés pour permettre, enfin, de consacrer 0,7 % du Produit Intérieur Brut à la collaboration avec les pays en voie de développement et spécialement avec l’Afrique qui sombre de plus en plus dans un chaos inacceptable. Citons, à titre d’exemple, le Nigeria un des pays les plus riches en gisements d’hydrocarbures exploités par les grandes sociétés pétrolières, mais où le peuple croupit dans une misère insoutenable. Citons encore la République Démocratique du Congo où la situation est similaire en ce qui concerne ses réserves minérales, toujours exploitées par des sociétés multinationales et où la population n’en retire aucun profit.

Cette absence de consensus européen se traduit même au niveau de la recherche scientifique, quant on lit dans la revue Nature, vol. 455 n° 7209 du 4 septembre 2008, qu’un budget de 53,2 milliards d’euros sera consacré entre 2007 et 2013 à des programmes internationaux de recherche dans lesquels la Suisse et Israël participent de plein droit mais pas la Russie !!

Aide au développement de l’Afrique et suppression de la dette du Tiers Monde, voilà un objectif primordial de l’Europe qui ne doit pas investir dans des guerres criminelles et sans issue.

Pierre Piérart.

jeudi 3 juillet 2008

AEPGN Bulletin n° 60 - juin 2008

L'Association des Etudiants pour la Prévention de la Guerre Nucléaire

vous invites le samedi 2 août 2008

à la Commémoration du 63ème anniversaire de la Tragédie de Hiroshima et de Nagasaki

2008 : 40ème anniversaire du tnp signé le 1er juillet 1968 à Washington, Moscou et Londres

Les armes nucléaires de l’OTAN sont un obstacle aux négociations de désarmement

A l’Université de Mons-Hainaut Parc Hibakusha - Plaine de Nimy - Chaussée de Bruxelles - Mons

10 h 30 : Accueil des participants au mémorial Hibakusha

10 h 45 : Allocutions

Pierre Piérart (AEPGN)
40ème anniversaire du TNP : « de bonne foi » ·

Marcel Poznanski
« L’Otan et le bourbier afghan »·

Pierre Debaut
« Une arme comme les autres ? »·

Intervention des participants

11 h 45 : Dépôt de fleurs

Organisé par l’AMPGN, l’AEPGN, Mayors for Peace, l’Association pour la Paix de Cuesmes, Stop USA, CSO, CNAPD, la Colupa.

Avec le soutien de la Communauté française


Chers Lecteurs,

Le Traité de Non Prolifération (TNP), privilège discriminatoire des puissances nucléaires

La prolifération nucléaire a débuté en mai 1942 avec le projet Manhattan qui a mis au point la bombe atomique en vue de dissuader les Allemands de fabriquer ce type d’armes de destruction massive. Avec une guerre froide rampante, vers la fin du 2ème conflit mondial cette bombe est devenue une bombe offensive qui a eu pour conséquence les tragédies de Hiroshima et Nagasaki. Malgré ces crimes de guerre, les Américains durent accepter la collaboration soviétique et le maintien de la monarchie de l’Empire du Soleil Levant pour mettre fin à la guerre.

Avec la persistance de la guerre froide, le nombre d’essais nucléaires de la part des Américains et des Soviétiques, n’a cessé de croître au gré des circonstances (un exemple parmi d’autres :1962 - 96 essais américains et 72 essais soviétiques). La pollution atmosphérique avait atteint un tel degré que N. Kroutchev et J. Kennedy (suite également à la très grave crise de Cuba) vont, en trois semaines de discussions, signer, le 5 août 1963, au Kremlin, un traité partiel d’interdiction des essais nucléaires (PTBT - Partial Test Ban Treaty) qui n’autorisait plus les essais dans l’atmosphère, dans l’espace et sous l’eau.

L’idée d’un traité de non prolifération va débuter très rapidement avec les protestations du tiers- monde et aboutit en 1965 à une proposition de l’Assemblée générale des Nations Unies en vue d’un traité pour mettre fin à l’arme nucléaire. Cette proposition prendra forme le 1er juillet 1968, quand les Américains, les Soviétiques et les Anglais signeront un Traité de Non Prolifération (NPT) respectivement à Washington, à Moscou et à Londres. Ce traité est déjà discriminatoire vis-à-vis des Français et des Chinois qui s’étaient entre-temps aussi dotés de la bombe atomique respectivement en 1960 et 1965.

Le TNP, entré en vigueur le 5 mars 1970, pour 25 ans, prévoit des révisions tous les cinq ans. Ces révisions n’ont pas amélioré la situation jusqu’en 1995, malgré le traité d’arrêt partiel des essais nucléaires de 1963, le Traité Antimissiles Balistiques (ABM) de 1972 et le traité de 1974 limitant les essais à 150 kilotonnes. La révision de 1995, après la chute de l’Union Soviétique, a prolongé le TNP pour une durée illimitée et les cinq puissances nucléaires se sont engagées à signer et ratifier le CTBT (Traité d’arrêt complet des essais nucléaires) déjà signé (entre autres par B. Clinton) en 1996.

Le TNP est un traité discriminatoire entre les cinq puissances nucléaires et les autres pays, incomplet et imprécis au sujet de la définition de l’arme nucléaire et de l’entreposage de cette dernière et insuffisant par manque de sanctions. Les Etats-Unis violent l’article I du TNP qui interdit à une puissance nucléaire de transférer ce type d’armes ou le contrôle de celles-ci, dans un pays qui n’en est pas doté. Pour ce dernier, l’article II interdit d’accepter un tel transfert. Malgré ces interdictions les Etats-Unis ont transféré de nombreuses armes nucléaires à plusieurs pays membres de l’OTAN. Encore aujourd’hui, malgré une diminution substantielle de leur nombre en Europe, l’Allemagne, la Belgique, l’Italie, les Pays-Bas et la Turquie ont été contraint de maintenir des bases aériennes avec des abris pour bombes à gravité de type B-61.

En 1996 la Cour internationale de Justice de La Haye, présidée par le juge Mohammed Bedjaoui, a décrété que l’arme nucléaire était illégale. Le juge Bedjaoui déclare en outre que l’arme nucléaire constitue un grand défi à l’existence même du droit humanitaire, il souligne que la Cour, à l’unanimité, rappelle aux puissances nucléaires « l’obligation de poursuivre de bonne foi et de mener à terme des négociations pour un désarmement nucléaire ».

La 6ème révision en 2000 a été relativement fructueuse, avec la présentation par la NAC, Coalition d’un Nouvel Agenda (constituée par la Suède, l’Irlande, le Mexique, le Brésil, l’Egypte, l’Afrique du Sud et la Nouvelle Zélande), d’une proposition de désarmement nucléaire mondial total et programmé dans le temps.

En 2001, avec l’arrivée du président Bush, la politique américaine se radicalise avec le refus de ratifier le CTBT, le retrait du Traité ABM (signé en 1972 par R. Nixon et L. Brejnev), la reprise de la production de matières fissiles et une accélération du programme anti-missiles (guerre des étoiles). Du côté français on continue le programme Mégajoules et la préparation de nouveaux missiles M 51. Cette nouvelle politique explique pourquoi la révision de 2005 a été catastrophique, vu qu’aucune décision n’a pu être prise.

Dans de telles circonstances on se demande avec une certaine angoisse, comment se déroulera la prochaine révision de 2010. En effet les Etats-Unis veulent installer 10 missiles intercepteurs en Pologne et un radar de détection en Tchéquie pour compléter un dispositif global existant déjà en Alaska, en Californie, au Groenland et en Grande-Bretagne. D’autre part l’OTAN s’étend vers l’Est et se rapproche des frontières russes avec l’installation de bases en Roumanie et en Bulgarie. La riposte de la Russie ne s’est pas faite attendre ; son représentant à l’ONU a évoqué le recours à la force militaire si l’Union Européenne continue à adopter un consensus de vassalité à l’OTAN. Cette nouvelle guerre froide latente ne présage donc rien de bon pour la prochaine révision.

La position de la Belgique, comme celle des autres membres de l’OTAN et membres de l’Union Européenne, est inqualifiable. En effet, depuis de nombreuses années, le ministre belge des Affaires étrangères vote de façon ambigüe à l’Assemblée générale des Nations Unies sur les 12 questions concernant le désarmement nucléaire. Parmi les 5 ou 6 refus à un désarment nucléaire figure celui de suivre l’avis de la Cour internationale de Justice de La Haye, avec, comme seule excuse, la solidarité entre les membres de l’OTAN. Quant à l’Union Européenne, elle se tait, aussi bien au niveau du Parlement européen, que de la Commission et du Conseil des chefs d’Etat, où figurent, d’ailleurs, deux puissances nucléaires, la Grande-Bretagne et la France qui continuent à se doter de nouvelles armes nucléaires. Quant à notre ministre actuel des Affaires étrangères, K. De Gucht, on ne doit pas s’attendre à un changement de position, vu ses intentions beaucoup plus belliqueuses que celles de son prédécesseur. Son collègue de la Défense concrétise cette politique de soumission à l’OTAN en accélérant la conversion de l’armée belge en vue d’opérations « humanitaires » hors Europe !

Le Traité de Lisbonne ne dit pas un mot concernant ce problème de désarmement nucléaire. Le sociologue Jean-Claude Paye, dans un article consacré à ce Traité paru dans La Libre Belgique du 23 juin 2008, déclare que « cette constitution n’a pas pour objet d’unifier la diversité des populations de l’ancien continent, mais simplement de faire écran au réel : de marquer le fait que l’Europe n’existe que par son insertion dans une structure politique globalisée, placée directement sous souveraineté américaine ».

Espérons vivement que les représentants de la diplomatie européenne, et spécialement les représentants européens de l’OTAN, voteront enfin à l’Assemblée générale des Nations Unies en faveur du suivi de la Cour internationale de La Haye, qui déclare l’arme nucléaire illégale. Cette prise de position éviterait que la révision du TNP de 2010 ne soit encore plus catastrophique que celle de 2005.

Pierre Piérart