Centre d'écologie appliquée du Hainaut

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

vendredi 11 janvier 2008

A propos de quelques espèces de champignons invasifs - par Pierre Piérart

A l’instar des plantes invasives on peut mettre en évidence des champignons présentant des caractéristiques de migration géographique comparables. Dans son article, paru dans notre Bulletin n° 53, le Pr. Lambinon, définit les caractéristiques de ces plantes. En bref, une plante invasive est d’origine exotique (xénophyte) à forte expansion géographique et qui envahit des milieux anthropiques +/- naturels et pouvant causer des modifications parfois spectaculaires dans la composition de l’association végétale.

Impatiens glandulifera (Balsamine géante), est une espèce mellifère qui est visitée par de nombreux hyménoptères, dont l’abeille, au détriment des espèces indigènes et cultivées (les vergers). D’autres espèces peuvent être rappelées comme la renouée du Japon (Fallopia japonica) qui peut envahir des espaces importants au point d’éliminer la plupart des plantes du territoire envahi. Citons également la grande berce du Caucase (Heracleum mantegazzianum) qui colonise divers milieux comme les talus de chemin de fer. Une des toutes premières populations de cette espèce a été signalée sur le talus de la gare du Luxembourg à Bruxelles à la fin de la deuxième guerre mondiale. Enfin tout le monde connaît l’arbre aux papillons (Buddleja davidii) qui envahit les friches urbaines et principalement les ruines et les terrains vagues. Certains botanistes pensent qu’il a pris naissance dans les espaces détruits par les bombardements de Londres pendant la dernière guerre mondiale. Citons encore, pour terminer avec les plantes, Senecio inaequidens, originaire de l’Afrique du Sud et que l’on retrouve dans toute l’Europe et même en Amérique. Cette espèce est particulièrement présente en milieu urbain, terrains vagues, terrils, carrières, talus de chemin de fer et même en pleine ville sur les trottoirs.

En ce qui concerne les champignons, les espèces fongiques invasives sont d’origine étrangère et doivent trouver une niche écologique naturelle ou artificielle afin d’assurer leur reproduction. Dans l’état actuel de nos connaissances le nombre de champignons invasifs est assez réduit. On en trouve dans les trois modes de vie des champignons, à savoir : les parasites, les symbiotiques et les décomposeurs. Remarquons néanmoins que les espèces parasites et symbiotiques dépendent de l’hôte auquel elles sont associées. Ainsi le bolet élégant lié au mélèze est apparu rapidement et en abondance dans nos régions suite à l’introduction du mélèze ; il n’en a pas été de même pour le Boletus tridentinus également inféodé à cet arbre. Cette dernière espèce pourrait être considérée comme moins invasive. Les mêmes caractéristiques s’observent chez les champignons parasites.

Les données actuellement disponibles semblent montrer que le nombre d’espèces invasives chez les champignons symbiotiques et décomposeurs est nettement moins important que chez les plantes supérieures et les insectes (Courtecuisse 2006)). Par contre les champignons parasites sur animaux semblent assez fréquents. Parmi les cas typiques on cite Aphanomyces astaci (Chromista : faux champignon dont le « mycélium » est constitué d’une paroi cellulosique et non chitineuse et qui pourrait dériver d’algues ayant perdu leur chlorophylle). Ce faux champignon, d’origine américaine, a été introduit en Europe au XIXème et XXème siècles et a largement décimé les populations européennes d’écrevisses. Batrachochytridium dendrobatidis est un champignon appartenant aux Chytridiomycota, il est très virulent en Australie et en Amérique où il prolifère et décime les populations de batraciens, principalement les grenouilles. La mycose dermique due à ce champignon s’étend rapidement aux populations d’amphibiens. Ainsi Rana catesbeiana, introduite en Europe et en Asie, est atteinte de cette chytridiomycose. Il en est de même pour Xenopus laevis, introduit en Europe, en Amérique et en Islande ainsi que pour Pelophylax lessonae introduit en Grande-Bretagne (Fischer M.C., Garner T.W.J. 2007). Il semble bien que le commerce des animaux exotiques favorise considérablement l’extension de ces maladies. Il est donc urgent de contrôler ou d’interdire, si c’est nécessaire, ces introductions d’amphibiens parasités. Il semble, néanmoins, que les populations de batraciens belges soient actuellement indemnes (Parent com. pers.).

D’autres espèces invasives parasites sont signalées, comme Ophiostoma ulmi et Ophiostoma novo-ulmi (Ascomycète) qui s’attaquent avec virulence à l’orme au point d’avoir fait disparaître une bonne partie de ces arbres en Europe (le vecteur du parasite est représenté par des scolytes qui transportent les spores dans les galeries de l’écorce). Courtecuisse cite également Phytophthora ramorum (Chromista), espèce qui provoque la mort subite du chêne.

Pour terminer ce chapitre sur les champignons parasites il est indispensable de se pencher sur le cas préoccupant de Saprolegnia parasitica, encore un faux champignon filamenteux que l’on range dans les Saprolegniales des Oomycota. Pour situer l’importance du problème il faut rappeler que la productivité piscicole augmente de 11 % par an depuis une dizaine d’années. En 1990 la production piscicole mondiale était de 13 millions de tonnes. Elle est passée à 37,9 millions de tonnes en 2001. Une telle productivité pourrait dépasser celle du bœuf en 2010 étant donné que cette dernière est à la limite de ses possibilités. Actuellement la pisciculture représente plus de 30% de la production totale en poissons (58% en eau douce, 36% en eau de mer et 6% en eau saumâtre pour l’année 1999). Saprolegnia parasitica parasite principalement les salmonidés et spécialement le saumon dont l’élevage explose littéralement. Le Saprolegnia attaque l’épiderme pour envahir le reste de l’animal. Les élevages sont particulièrement atteints en Ecosse, en Scandinavie, au Chili, au Japon, au Canada ainsi qu’aux Etats-Unis. Plusieurs millions de kilos sont perdus annuellement (Van West P. 2006). En outre signalons que le saumon sauvage est également parasité par un copépode, Lepeophtheirus salmonis, parasite naturel du saumon sauvage. Dans certaines régions, comme la Colombie-Britannique au Canada, les saumoneaux sont particulièrement vulnérables au moment où, pour atteindre l’océan, ils doivent parcourir des kilomètres de rivière truffée de fermes piscicoles où prolifèrent ces parasites.

En ce qui concerne les macromycètes il existe également des néomycètes (terme préférable à néophytes puisque ce dernier désigne des végétaux et non des champignons qui appartiennent à un règne différent) qui, en général, envahissent des milieux plus ou moins artificiels créés par l’homme comme les terrils, les copeaux de bois (mulch), etc.

Pisolithus arrhizus (Scop. : Pers.) Rauschert, a été décrit pour la première fois par Michelli en 1729 sous le nom de Lycoperdoides album tinctorium radice amplissima. Cette espèce (voir fig. 1 et 2) est en effet caractérisée par des rhizomorphes assez longs de teinte jaunâtre ; elle a été signalée pour la première fois en Belgique , en 1906, par Van Bambeke. Elle a ensuite été retrouvée par Havrenne, sur un terril, en 1947. Plusieurs mycologues l’ont retrouvée en abondance sur les terrils du Borinage et du Centre ainsi que dans la région liégeoise (voir fig. 3).

Ce champignon apparaît comme le plus souvent lié aux schistes acides des terrils (pH entre 3 et 6). Il se développe dans des espaces ouverts, colonisés par des jeunes bouleaux que le pisolithe mycorhize. On le trouve également dans les zones en combustion où il supporte des températures atteignant 45°C. Il se présente sous de nombreuses formes (voir fig. 1 et 2) probablement liées aux conditions du substrat schisteux très variable. Ce champignon est capable de mycorhizer de très nombreuses espèces végétales ; son origine demeure incertaine mais il pourrait provenir des régions désertiques de l’hémisphère Sud (Australie ?).

Selon certains auteurs australiens Pisolithus tinctorius (synonyme de P. arrhyzus) n’est pas associé à l’eucalyptus alors qu’une autres espèce, P. marmoratus , l’est. Il y aurait six espèces de pisolithe en Australie selon M. Priest qui en fait la révision (Fungi in Soputhern Australia de Neale L. Baugher et Katrina Syme – University of Western Australia Press – 1998, pag. 124).

Astraeus hygrometricus (voir fig. 5), comme le pisolithe se trouve en Belgique principalement sur les terrils mais sur des substrats neutres (pH 6 à 7,5) et dans des boulaies arrivées à maturité. Il a été décrit par Persoons en 1801 sous le nom de Geastrum hygrometricum. Il s’agit d’une espèce subméditerranéenne. Sur les terrils il prend un développement extraordinaire qui a été mis en évidence (Service de Biologie de l’Université de Mons) lors de l’abattage d’un bouleau dont on a mesuré la biomasse aérienne et souterraine, au mois de juillet 1979. L’examen des racines nous a permis de découvrir plus de 200 primordia +/- ovoïdes de couleur blanchâtre et variant de 0,5 à 2 cm. Ces primordia étaient encore non diversifiés et blanchâtres en coupe transversale. D’autres observations ultérieures nous ont permis de découvrir le développement du carpophore : la gleba devient gris cendré et un péridium apparaît différencié en 4 couches, ensuite le primordium se fissure au sommet. Vers septembre le primordium pèse +/- 10 gr. et l’exopéridium se découpe en 6 à 12 branches. Ce n’est que vers novembre - décembre que le champignon s’étale pour devenir épigé ; il atteint sa maturité avec endopéridium perforé en janvier. L’exopéridium stelliforme dépourvu d’endopéridium persiste pendant plusieurs mois dans la litière du bouleau. Il semblerait que l’Astraeus soit plus abondant sur les terrils du Borinage et du Centre par rapport au bassin liégeois (voir fig. 5).

Parmi les Basidiomycètes, Clathrus archeri (voir fig. 6 et 6 bis)a connu une expansion assez extraordinaire étudiée par Parent et Thoen (1986 et 2000). L’espèce a été décrite sous le nom de Lysurus archeri (Berkeley in Hooker, Flora Tasmaniae 2 , 264, 1860). Cette espèce décrite de Tasmanie est fréquente en Australie et en Nouvelle Zelande, elle est connue dans l’Archipel Malais et en Afrique du Sud. Différentes hypothèses ont été formulées sur son apparition en Europe. Elle aurait été signalée d’abord en Lorraine puis dans les Vosges à l’emplacement d’anciens camps américains ; on invoque aussi un transport par des laines venues d’Australie. Les travaux de Parent et de Thoen indiquent que l’espèce apparaît dans les Vosges pour se répandre en Lorraine et au Grand-Duché de Luxembourg. C’est en octobre 1968 que l’espèce est signalée pour la première fois dans la forêt de Soignes sur un talus au pied de hêtres non loin de l’Etang des Enfants noyés, à Boitsfort.

Le champignon se présente sous la forme d’un œuf gélatineux qui se développe en surface, entouré d’une volve et prolongé par des rhizomorphes comme c’est le cas pour le Phallus. L’œuf de Clathrus est arrondi et présente plusieurs boursouflures ainsi que quelques plaques blanchâtres ; en coupe transversale (voir photo 2) les 5 tentacules rouges sont déjà parfaitement visibles ; sur la coupe longitudinale on en distingue également 1 ou 2 (voir photo 1). La croissance de l’œuf est très lente ; au centre on distingue la gleba visqueuse et olivâtre qui contient les spores. Une fois la volve éclatée l’épanouissement se produit en quelques heures. Par contre, les observations faites par Yvonne Girard indiquent qu’un œuf placé pendant 10 jours au frigo s’y est épanoui en une demi-journée, tandis qu’un œuf mis sous une lampe de 60 watts s’est ouvert complètement en 2 heures. A maturité le champignon présente plusieurs bras triangulaires au nombre de 4 à 7 et de 10 à 15 cm. de long ; ils se courbent et s’inclinent vers l’extérieur pour former une étoile. L’odeur nauséabonde est la même que celle du Phallus et, comme ce dernier, le champignon attire un grand nombre de mouches qui disséminent les spores. Selon Michael l’odeur est encore plus forte que chez Phallus impudicus , elle rappelle celle des Rafflesiacées, ces fameuses plantes parasites sans chlorophylle réduites à des fleurs géantes pouvant atteindre 1 mètre et qui dégagent une odeur fétide attirant des mouches intervenant dans la pollinisation. Chose curieuse, ces Rafflesiacées ont des organes végétatifs très réduits (vu le parasitisme) qui ressemblent même à du mycélium (phénomène de convergence). En forêt de Soignes le champignon se développe sur un sol du type brun assez podzolisé, avec un pH de 4,5 ; la strate herbacé est très pauvre et caractéristique du mor, elle est représentée par Luzula pilosa et Vaccinium myrtillus. Les strates arbustives et arborescentes sont uniquement composées de hêtres. Clathrus archeri pourrait être une espèce saprophyte, humicole et +/- acidophile qui pourrait devenir une espèce compétitive de Phallus impudicus ; néanmoins on peut la retrouver, en France comme en Belgique, sur des sols variés, frais, herbus, sous feuillus et conifères. Son caractère invasif nous paraît moins accusé en Belgique qu’en France.

Parmi les macromycètes invasifs il faut noter plusieurs espèces liées à un substrat artificiel apporté par l’homme sous forme de débris de bois (copeaux, fragments d’écorce) que l’on désigne sous le terme de « mulch », et qui est souvent utilisé pour empêcher l’apparition des mauvaises herbes. C’est sur ce substrat que l’on peut observer des apparitions explosives assez inattendues. Elles semblent s’y cantonner mais pourraient, après un certain temps, menacer des ecosystèmes naturels. Agrocibe rivulosa et Agaricus rufotegulis décrits par Nauta en 1999, ont été trouvés sur le même milieu. Leur origine géographique reste toujours inconnue.

Courtecuisse signale également plusieurs espèces dont Stropharia aurantiaca, Bolbitius incarnatus, Pleuroflammula ragazziana, Pluteus variabilicolor, Stropharia rugosoannulata, Amanita asterospus, A. inopinata et A. singeri. Cette dernière espèce, décrite par Bas, provient de la Sierra de la Ventana en Argentine ; elle a été retrouvée en Sardaigne en 1980 et à Lorient en 1984 dans une pelouse sous cyprès de Lawson (cette apparition très discrète a été constatée par Priou en 1985). Enfin il faut remarquer des espèces candidates au groupe des invasives qui sont thermophiles et dont l’expansion vers le Nord s’est manifestée au cours des dernières années. Parmi ces espèces on peut citer Oudemantiella mediterranea bien connue en Italie (voir bulletin sur la mycocénose n° 56 page 16) et qui a été retrouvée dans les dunes du Pas-de-Calais en 2004 ; jusqu’alors la station la plus septentrionale se situait en Vendée. Courtecuisse observe aussi des espèces qui peuvent s’échapper des serres, parmi lesquelles Clathrus ruber, Lysurus mokusin ou Mutinus ravenelii. En Belgique plusieurs espèces sont en voie d’augmentation. C’est le cas de Pycnoporus cinnabarinus, Neobulgaria pura, Fomitopsis pinicola, Stropharia hornemannii et Gloeophyllum odoratum.Thoen, Fraiture et Nicolas (1998) ont spécialement étudié la chorologie et l’écologie de Pycnoporus cinnabarinus (voir fig. 7). Les auteurs ont observé deux grandes vagues successives d’expansion du champignon (de 1974 à 1978 et de 1987 à 1994). Une corrélation significative entre le nombre des fructifications d’une part et l’ensoleillement et la température hivernale, d’autre part, a été établie.

En conclusion le caractère invasif des champignons apparaît comme très complexe et très varié en intensité. Ne faudrait-il pas distinguer des catégories à ce sujet ? Les espèces les plus agressives sont souvent des parasites du type Ophiostoma ulmi, O. novo-ulmi et Saprolegnia parasitica. On remarque également une intense prolifération des espèces apparaissant sur des milieux artificiels crées par l’homme (mulch, terrils, etc.).

Bibliographie :

Courtecuisse R.: La notion d’espèce invasive appliquée aux champignons – Etat des lieux, en particulier en France ; La Lettre de la SMF, n° 8, pp. 5-8 – 2006.

Fisher M.C., Garner T. W.J. : The relationship between the emergence of Batrachochytrium dendrobatidis, the international trade in amphibians and introduced amphibian species. Fungal Biology Reviews(BMS) , 21 part 1, pp. 2-9 – Februari 2007.

Fraiture A., Heinemann P., Monnens J. and Thoen D. (Dutch translation by Rammeloo J.) : Distributiones Fungorum Belgii et Luxemburgi, II. 64 p. (maps 81-132 ; to be published) – Jardin Botanique National de Belgique, Meise – 1993.

Fraiture A. : Mapping of Fungi in Belgium and the G.-D. of Luxembourg – Recent developments – Fungi of Europe – The Board of Trustees of the Royal Botanic Gardens, Kew and authors of thext and illustrations of individual papers, pp. 13-20 – 1993.

Heinemann P. And Thoen G. (Dutch translation by Rammeloo J.) : Distributiones Fungorum Belgii et Luxemburgi, I. 96 p. (maps 1-80) – Jardin Botanique National de Belgique, Meise – 1981.

Lambinon J. : Plantes introduites, naturalisées, invasives ... : enrichissement de la biodiversité ou menaces pour la conservation de la nature ? – Bull. C.E.A.H., 53, pp. 8-16 – 2006.

Michael E. – Hennig B.: Handbuch für Pilzfreunde B.II, pp. 142-146, pl. 142. Gustav Fischer, Yena – 1971.

Nauta M.M. : Notulae ad Floram Agaricinam Neerlandicam – XXXIII – Notes on Agaricus section Spissicaules – Persoonia, 17, 2, pp. 221-233 – 1999.

Nauta M.M. : A new Agrocybe on woodchips in Northwestern Europe – Persoonia, 18, 2, pp. 271-274 – 2003.

Parent G.H. & Thoen D. : L’extension probable de l’aire du Champignon-pieuvre, Clathrus archeri (Berkeley) Dring, en Belgique : territoires potentiels à prospecter. Les Naturalistes belges, 67, 1, pp. 21-28 – 1986.

Parent G.H. & Thoen D. : Etat actuel de l’extension de l’aire de Clathrus archeri (Berkeley) Dring (Syn. Anthurus archeri (Berk.) Ed. Fischer) en Europe et particulièrement en France et au Benelux. Bull. Soc .Mycol. Fr., 102, pp. 237-272 – 1986.

Parent G.H.,Thoen D. et Callonge FD. : Nouvelles données sur la répartition de Clathrus archeri en particulier dans l’Ouest et le Sud-Ouest de l’Europe. Bull. Soc .Mycol. Fr. ,116 (3), pp. 241-266 – 2000.

Peeters M. Franklin A. & Van Goethem J.L. : Biodiversity in Belgium – Royal Belgian Institute of Natural Sciences, Brussels, pp. 202-203 – 2003.

Piérart P. et Girard Y. : Anthurus archeri, le Champignon-pieuvre. Les Naturalistes belges, 50, 3, pp. 145-148 – 1969.

Piérart P. : Recherches sur la mycorrhization à la Fondation Universitaire Luxembourgeoise, à la Faculté Universitaire des Sciences Agronomiques de Gembloux et à l’Université de Mons-Hainaut – Belg. Journ. Bot., 131 (2), Special issue, Paul Heinemann Memorial Symposium, Systematics and Ecology of the Macromycetes, pp. 109-115 – 1998.

Piérart P. : Les champignons dans la ville. Bull. C.E.A.H., 57, pp. 25-27 – 2007.

Pilát A. : Gasteromycetes – Prague – 1959.

Priou J.P. : Amanita singeri Bas récoltée en France - Bull. Soc. Mycol. Fr.,101 (4), pp.323-326 – 1985.

Thoen D., Fraiture A. et Nicolas J. : Chorologie et écologie de Pycnoporus cinnabarinus (Polyporaceae) en Belgique, au Grand-Duché de Luxembourg et dans les régions limitrophes. Belg. Journ. Bot., 131 (2), Special issue, Paul Heinemann Memorial Symposium, Systematics and Ecology of the Macromycetes, pp. 260-272 – 1998.

Van West P. : Saprolegnia parasitica, oomycete pathogen with a fishy appetite : new challenges for an old problem. Mycologist (BMS), 20 part 3, pp. 99-104 – 2006.

Le Pic du Pétrole

LE PIC DU PÉTROLE EST EN VUE. PRÉPARONS-NOUS.

- Patrick Brocorens -, Service de Chimie des Matériaux Nouveaux, Université de Mons-Hainaut

En tant qu’éditeur, nous avons le plaisir de vous présenter un article de Patrick Brocorens qui est né en 1974 à Tournai. Il obtint en 2002 sa thèse de doctorat à l’Université de Mons-Hainaut dans le Service de Chimie des Matériaux Nouveaux du Professeur Jean-Luc Brédas. Ce laboratoire, à présent dirigé par le Professeur Roberto Lazzaroni, étudie principalement des matériaux plastiques prometteurs dans le domaine de l’électronique, la technologie de l’information, et la fabrication de cellules photovoltaïques. L’intérêt de Patrick Brocorens pour le Pic du pétrole résulte de plus de 10 années de recherches dans la chimie de ces matériaux à base de molécules et de polymères tous issus du pétrole et du gaz naturel.

Chaque jour à travers le Monde, des milliards d’individus, industriels, et responsables politiques planifient leur vie, investissent, et prennent des décisions comme si l’ère du pétrole abondant et bon marché était éternelle. Or de nombreux indices indiquent que cette ère dans laquelle nous sommes nés et avons grandi est prête de s’achever. Ce tournant historique s’appelle le Pic du Pétrole, c’est à dire le moment de l’histoire de l’humanité où la production de pétrole ne peut plus augmenter et entame son déclin. Etant donné le rôle central du pétrole dans notre civilisation, les conséquences seront incalculables.

Lorsqu’on essaie d’imaginer un monde avec moins de pétrole, on pense tout d’abord aux transports. Des modes de transports plus efficaces devront être mis sur pied. Pour les déplacements personnels, cela signifiera l’utilisation de véhicules plus performants, le co-voiturage, les transports en commun, la bicyclette, et la marche à pied. Le transport de marchandises sera plus onéreux, plus local, ce qui entraînera un déclin du transport par route et par avion, au profit du bateau et du train. Des déplacements plus difficiles mettront fin à la globalisation. Une réorganisation du travail sera nécessaire, la mobilité étant remplacée par l’accessibilité (télétravail, webconférence), de même qu’une réorientation des priorités économiques, certains secteurs entrant en crise aiguë (agro-business, transport aérien, tourisme exotique de masse, automobile, industrie plastique, et multinationales en général, très dépendantes des transports), alors que d’autres se développeront (énergies, agriculture organique, biomatériaux, recyclage, réparation, entreprises et commerces locaux). L’aménagement du territoire et le bâti devront être repensés. La population préférera se regrouper dans des centres urbains plutôt que dans des banlieues mal desservies éloignées de tout service, alors que les maisons passives ou à deux façades seront préférées aux bungalows à quatre façades tels qu’ils étaient conçus dans les années 80 et 90. L’alimentation sera plus locale, saisonnière, et moins variée.

Bien que les conséquences énumérées précédemment soient issues de rapports gouvernementaux sur les effets du Pic du pétrole sur nos sociétés, pour tout un chacun, elles paraissent sorties tout droit d’un film de science fiction. Dans le domaine des transports en particulier, envisager la marche à pied ou la bicyclette comme solutions en fera sourire plus d’un, qui s’attend à voir débarquer le véhicule high-tech à hydrogène. Mais il est en fait peu probable que la voiture individuelle reste un moyen de transport accessible à tous, non qu’il n’existe pas de sources d’énergie autres que le pétrole – des voitures électriques performantes existent déjà – mais parce que la disparition progressive du pétrole signifie que notre pouvoir d’achat va certainement diminuer. Le pétrole a en effet ceci de particulier que c’est à la fois une source d’énergie dense et une matière première incontournable. Lorsque le caractère extrêmement bon marché du pétrole et sa disponibilité en abondance auront disparu, c’est l’ensemble des biens de consommation qui augmenteront de prix, car aujourd’hui 100% des produits achetés en magasin dépendant de près ou de loin du pétrole.

Le pétrole, une matière première incontournable

Dans une voiture, les pneus sont en pétrole, le tableau de bord est en pétrole, les sièges sont en pétrole, les essuie-glaces, les pare-chocs, le tapis de sol sont en pétrole. Les vitres et la carrosserie ont consommé du pétrole, du gaz, et du charbon pour être fabriqués. Les routes elles-mêmes sont en pétrole (asphalte) ou ont consommé du gaz naturel (pour produire le béton). Le pétrole et le gaz naturel, ce sont également des milliers de produits de la vie quotidienne: shampoings, savons, détergents, cosmétiques, parfums, laques, teintures, peintures, vernis, médicaments, conservateurs, colorants, emballages, isolants, textiles et tapis synthétiques, plastiques, etc. L’agriculture industrielle moderne est elle-même une machine à transformer des énergies fossiles en nourriture (voir ci-contre). Celles-ci interviennent dans la fabrication des insecticides, pesticides, et engrais, le fonctionnement des machines agricoles, l’irrigation, la conservation, le transport, le traitement, l’emballage, et la préparation des denrées agricoles. Selon plusieurs études, 7 à 10 calories d’énergie fossile sont nécessaires pour amener une calorie de nourriture du champ à l’assiette. Le problème numéro un de l’ère de l’après-pétrole sera donc l’alimentation bien plus que les transports.

Le pétrole, une énergie dense, abondante et bon marché

Sur les marchés internationaux, le pétrole est à 0,30€/litre. Dans les stations services du pays, il est à 1,30€/litre (mi mai 2007). Est-ce cher ? Tout le monde s’accorde à dire que ces prix sont exorbitants et abusifs, accusant tour à tour les pays producteurs, les compagnies pétrolières et l’Etat de s’en mettre plein les poches au détriment du contribuable. Pourtant, si on examine ce que contient en énergie un litre de pétrole, on se rendra vite compte qu’il s’agit de prix dérisoires. Via un moteur, un litre d’essence est en effet capable d’effectuer un travail équivalent à 31 heures de travail manuel non stop. Essayez de trouver une personne qui voudra bien travailler pour vous pendant une semaine pour 1,30€. Et si vous n’êtes pas convaincu de la densité énergétique du pétrole, la prochaine fois que vous vous rendez au travail, poussez votre voiture au lieu de la conduire. Chaque jour en Belgique ce sont 72 millions de litres de pétrole qui sont consommés, 6.8 litres/habitant, soit l’équivalent de centaines de millions d’esclaves invisibles qui travaillent pour notre bien-être, et qui ont rendu possible, entre autres choses, la globalisation, les banlieues tentaculaires, les gratte-ciel, les fraises en décembre, le vin chilien et les kiwis de Nouvelle-Zélande sur nos tables, les vacances aux Canaries, les congés payés, la pension, et l’assurance chômage.

Un manque d’alternatives

Vu le rôle prépondérant du pétrole dans notre civilisation, il est inéluctable que notre mode de vie change. Pourtant, personne ne s’y prépare ou ne veut s’y préparer, essentiellement à cause d’une méconnaissance générale du rôle du pétrole dans nos sociétés et de ce qu’est l’énergie. Voilà pourquoi on entend de nombreuses personnes dire ‘les compagnies pétrolières et les gouvernements ont certainement des solutions dans leurs cartons, mais ils n’ont pas intérêt à les faire éclore tant qu’ils peuvent tirer un maximum d’argent du pétrole, mais ces solutions apparaîtront le moment venu’ ou ‘le moteur à eau existe’ ou encore ‘l’énergie solaire est gratuite, il suffit de la capter et plus personne ne se battra pour les ressources’. Impressionnés par les innovations technologiques incessantes, la majorité d’entre nous est fermement convaincue que la Science va venir avec une solution qui résoudra tous les problèmes. Or technologie et énergie sont deux mots qui ne sont pas interchangeables. L’énergie permet d’effectuer un travail. La technologie utilise ce travail pour effectuer toutes sortes de choses. La plupart des gens ne se rendent pas encore compte des quantités énormes de pétrole qui sont extraites du sous-sol et qu’on ne pourra reproduire ces volumes à l’aide des énergies renouvelables. Le danger dans le débat concernant le Pic du Pétrole est donc de donner la perception que des alternatives telles que les biocarburants ou le photovoltaïque vont combler le déficit. Le pétrole étant une énergie dense, un petit nombre de sites de production suffisent pour produire de grandes quantités d’énergie. Le solaire, l’éolien, au contraire, sont des énergies diluées. Il faut donc installer des surfaces considérables de collecteurs pour capter ces énergies. Ensuite, il faut transformer l’énergie captée (mécanique dans le cas des éoliennes, lumineuse dans le cas des panneaux solaires), en énergie utilisable, c’est à dire en électricité. Toute transformation d’une forme d’énergie en une autre impliquant des pertes, l’énergie captée par unité de surface est extrêmement faible. Les panneaux solaires à base de silicium ont un rendement de 15-20%. En deux années de fonctionnement, ils produiront une quantité d’énergie équivalente à celle qu’il a fallu dépenser pour les construire. Un panneau solaire doit donc fonctionner un temps énorme pour produire une très petite quantité d’énergie ; le panneau solaire est également extrêmement coûteux. Voilà pourquoi le photovoltaïque et l’éolien, malgré leur développement spectaculaire, ne représentent toujours que 0.03% de l’énergie consommée en Belgique et 0.34% de l’énergie consommée en Europe. L’électricité n’est pas non plus une énergie facile à manipuler (elle est quasiment impossible à stocker à grande échelle, et donc, que fait-on lorsqu’il n’y a pas de soleil ou pas de vent ?) et n’est pas adaptée à tout usage (comme nous le rappelle la compagnie pétrolière Chevron, 0% des avions fonctionnent au photovoltaïque, à l’éolien et au nucléaire). L’éolien et le photovoltaïque ne permettent pas non plus de fabriquer des pneus, des routes, et les milliers d’objets de la pétrochimie. Seule la biomasse forme une source renouvelable de combustible liquide et de matières premières pour l’industrie chimique, mais elle est limitée au niveau des surfaces exploitables. En Belgique, les surfaces agricoles et boisées n’occupent que respectivement 1740 et 580 m2 par habitant. Il est donc impensable d’utiliser massivement la biomasse comme source d’énergie. De nombreuses études ont déjà montré que la mise en place massive des biocarburants va accélérer la destruction des forêts tropicales et tempérées, épuiser les réserves d’eau, mener à des extinctions massives d’espèces, à peine ralentir le réchauffement climatique, faire flamber les prix de l’alimentation dans nos pays, et conduire des peuples entiers vers la famine.

Pic du Pétrole et réchauffement climatique

Bien qu’étant liés, le Pic du Pétrole et le réchauffement climatique sont différents dans leurs conséquences. Résoudre le problème du réchauffement climatique consiste à trouver un rythme de décroissance de la consommation d’énergie fossile qui soit compatible avec le maintien d’une économie saine. Le Pic du pétrole entraînera bien une décroissance de la disponibilité en pétrole, mais il n’est pas sûr que le rythme de ce déclin puisse être absorbé sans générer une crise économique. Une diminution trop rapide de la disponibilité en pétrole et en gaz pourrait inciter les gouvernements à abandonner les projets de séquestration du CO2, qui sont coûteux en énergie et en ressources financières, et à se ruer vers des alternatives catastrophiques telles que les biocarburants agricoles (tendance que l’on observe déjà) ou d’autres énergies fossiles mobilisables rapidement et facilement substituables au pétrole, mais bien plus polluantes, telles que le charbon et les sables bitumineux. La diminution de la disponibilité en énergie qui suivra les Pics pétroliers et gaziers rendra également plus difficile la gestion des conséquences du réchauffement climatique.

Le Pic du Pétrole en Belgique

Comme nous l’avons évoqué précédemment, de nombreuses études indiquent que le déclin de la production pétrolière sera très vraisemblablement accompagné d’un déclin du pouvoir d’achat et des licenciements massifs dans des secteurs entiers de l’économie. Malgré ce pronostic pessimiste, l’espoir existe. Des secteurs économiques entièrement nouveaux devront voir le jour, et notre bien-être et qualité de vie ne vont pas forcément diminuer, à condition que la transition s’effectue d’une manière ordonnée et intelligente, l’énergie la moins chère étant finalement celle qu’on n’achète pas. Mais il est évident qu’un plan de préparation au déclin de la disponibilité en pétrole est nécessaire de toute urgence. En Belgique, ce plan fait défaut. Le Pic du pétrole n’est au programme d’aucun parti politique. C’est pourquoi 10 scientifiques de l’Université de Mons-Hainaut et moi-même avons envoyé aux principaux partis politiques et bourgmestres belges une Résolution reconnaissant le défi posé par les Pics du Pétrole et du Gaz et l’urgence pour la Belgique à établir un plan de préparation et de réponse au déclin imminent de la disponibilité en pétrole et en gaz. Les exemples à travers le monde montrent que la commune est le niveau de pouvoir le plus prompt à se mobiliser une fois qu’il a pris conscience du problème. Nous espérons ainsi que les communes seront l’initiatrice d’une dynamique de réflexion et d’action qui se propagera rapidement à l’ensemble de la Belgique et de l’Europe. Et j’ai l’espoir qu’en s’y mettant tous dès aujourd’hui, il sera possible d’être à la hauteur du défi du Pic du Pétrole.

26 Avril 2007

Résolution reconnaissant le défi posé par les Pics du Pétrole et du Gaz et l’urgence pour la Belgique à établir un plan de préparation et de réponse au déclin imminent de la disponibilité en pétrole et en gaz.

Par le Comité « Pic du Pétrole » des Scientifiques de l’Université de Mons-Hainaut

Il est communément admis que les réserves de pétrole sont équivalentes à un peu plus de 40 ans de consommation, laissant sous-entendre que les besoins mondiaux seront satisfaits pendant plusieurs décennies. En pratique cette affirmation ne signifie pas grand-chose pour deux raisons. Premièrement, cela suppose une demande constante en pétrole, or le développement rapide des pays émergents entraîne une explosion de la demande (+40% d’ici 2025). Deuxièmement, cela suppose qu’il est possible d’extraire le pétrole aussi rapidement qu’on le désire. Or, pour des raisons géologiques et techniques, toute production de pétrole suit le schéma général suivant : la production augmente après les premiers forages, atteint un maximum –un ‘pic’– lorsque environ la moitié des réserves extractibles ont été produites, puis diminue progressivement jusque zéro. Ce schéma est valable aussi bien à l'échelle d'un champ de pétrole individuel que pour l'ensemble des ressources pétrolières mondiales. Du point de vue de l’économie, le moment où il n’y aura plus de pétrole importe peu. Ce qui compte, c’est le moment où il y en aura moins. En effet, passé le Pic de production, un déséquilibre croissant apparaîtra entre une demande qui augmente et une production qui diminue chaque année, entraînant tout d’abord volatilité et hausse des prix, et ensuite des pénuries.

Les Pics Pétrolier et Gazier : Quand ?

Les indices d’un Pic pétrolier imminent sont omniprésents :

· De nombreuses compagnies pétrolières voient leur production plafonner ou décliner. Relevons l’évolution entre 2001 et 2005 de la production de certaines compagnies : Exxon, -1% ; Shell, -5% ; BP (hors participation russe), -14% ; Chevron, -15% ; Repsol, -18%.

· Sur les 48 principaux pays producteurs de pétrole, 33 sont en déclin confirmé.

· En 2005 et 2006, les Koweïtiens, les Saoudiens, et les Mexicains annoncèrent que leurs champs ‘super géants’, qui produisent l’équivalent de 30% des exportations mondiales, entraient en déclin, et ce déclin est rapide (> 10%/an au Mexique, 5-12%/an en Arabie Saoudite) et difficile à compenser.

· Depuis l’an 2000, de nombreux pays ont franchi leur pic de production largement en avance par rapport aux prévisions de l’Agence Internationale de l’Energie (IEA) et de l’Administration de l’Information de l’Energie Américaine (EIA):

- la Norvège, Oman, le Mexique, et l’Australie ont franchi leur pic pétrolier avec respectivement 5, 9, 26 et 30 ans d’avance par rapport aux prévisions de l’EIA.

- La Grande-Bretagne et l’Amérique du Nord ont franchi leur pic gazier avec respectivement 10 et 28 ans d’avance par rapport aux prévisions de l’IEA.

Plus grave encore, plusieurs années (de 1 à 5 ans) se sont écoulées sans que ces pics n’aient été reconnus, et les taux de déclin de nombreux pays ont été sous-estimés (les productions pétrolières norvégiennes et britanniques déclinent de respectivement 7% et 10% par an). Si ces agences se sont si lourdement trompées pour tous ces pays, n’est-ce pas dangereux pour nos gouvernements de se fier aveuglément à leurs prévisions concernant le Pic mondial ?

De nombreux experts attendent un Pic pétrolier mondial dans l’intervalle 2005-2020. Nous pourrions déjà y être, car depuis 2005 la production mondiale de pétrole stagne. Et ce n’est qu’après avoir dépassé le Pic et avoir constaté que la production a décliné pendant plusieurs années que nous confirmerons avec certitude quand a eu lieu le pic. La situation du gaz est tout aussi préoccupante, car un nombre significatif de producteurs clés assurant 50% de la production mondiale sont entrés en déclin de façon largement inattendue, la plupart après l’an 2000: les Etats-Unis, le Canada, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, et les principaux gisements russes.

Les Conséquences de Notre Dépendance

Selon plusieurs études sérieuses, être surpris par l’arrivée du Pic du pétrole sans qu’aucune préparation n’ait été entamée ou même pensée aura des conséquences catastrophiques : crise économique sans précédent, compétition accrue pour les ressources, instabilité géopolitique, et baisse du niveau de vie des populations.

Le pétrole est capital pour les transports, le revêtement des routes, la lubrification de toute mécanique, la production de nourriture, des médicaments, et des biens de consommation de masse, le chauffage des habitations, et quantité d’autres éléments de l’économie.

Le gaz naturel est capital pour l’industrie, notamment l’industrie chimique et les engrais dont dépend l’agriculture, ainsi que pour l’extraction du pétrole des sables bitumineux et des gisements offshore. Le déclin du gaz naturel générera donc des problèmes supplémentaires d’approvisionnement en pétrole, en nourriture, et en biocarburants.

Peu de Temps pour Déployer des Solutions

Face au déclin du pétrole et du gaz, il n’existe aucune solution miracle sinon une combinaison de solutions à déployer en parallèle : économies d’énergie, énergies alternatives, et adaptation de notre mode de vie. Le succès de la transition vers un monde de l’après-pétrole dépendra du temps dont nous disposons pour mettre en place les solutions, car ce travail se réalisera à l’aide du pétrole et du gaz qui nous restent. Les éoliennes, les panneaux solaires, et toutes sources alternatives d’énergie dépendent actuellement des énergies fossiles pour être produits. Il est donc capital d’entamer la transition le plus tôt et le plus rapidement possible, alors que l’économie est saine et le pétrole encore abondant et bon marché, car même un déclin léger de la production de pétrole pourrait réduire rapidement notre disponibilité en carburants et faire flamber les prix. Trois facteurs vont jouer en ce sens :

· la baisse rapide des capacités exportatrices des pays exportateurs en déclin, ceux-ci satisfaisant en priorité leur demande intérieure avant d’exporter les surplus ;

· les quantités croissantes d’énergie, et donc de pétrole, qui devront être dépensées pour extraire le pétrole de futurs gisements plus difficiles d’accès ;

· la hausse du nombre de consommateurs. Selon l’Institut Français du Pétrole, un Pic peut survenir dès 2006-2009, suivi d’un déclin de 1,2%/an. Comme le parc automobile croît de 2,5%/an, la disponibilité en carburant par véhicule serait réduite de 30% d’ici 2015, et continuera à baisser par la suite.

Une étude gouvernementale américaine prévoit qu’une baisse de seulement 4% de la production de pétrole pousserait le prix du baril à plus de 160$. Chaque étape de préparation effectuée aujourd’hui se révélera donc bien meilleur marché que toute étape effectuée demain.

Un Réveil Tardif à la Réalité du Pic. Trop Tardif ?

Une étude pour le Département de l’Energie américain a estimé qu’il faut se préparer 20 ans avant l’arrivée du Pic si on veut éviter des conséquences désastreuses. Cependant, plusieurs facteurs risquent de repousser la mobilisation après le Pic, aggravant les conséquences :

· La date du Pic de production ne sera connue qu’une fois le Pic franchi.

· Le franchissement du Pic sera vraisemblablement accompagné d’une volatilité importante des prix. A des prix élevés succèderont des prix bas, donnant l’illusion que le problème n’est que temporaire. Ce scénario s’observe actuellement aux Etats-Unis pour le gaz naturel. Le déclin de la production nord-américaine de gaz provoqua des flambées de prix en 2000, 2003, et 2005, entraînant la délocalisation des industries gourmandes en gaz vers l’étranger et la perte de 3,1 millions d’emplois. Malgré qu’elle ait débuté il y a 7 ans, cette crise reste largement ignorée.

· Tout conflit pour le contrôle des ressources pétrolières ayant lieu au moment du Pic donnera l’illusion que les problèmes sont purement géopolitiques et non géologiques.

· Le principal obstacle sera cependant la nature humaine et sa résistance au changement. Pendant six générations, notre monde occidental a construit un mode de vie basé sur la réalité d’une énergie abondante et bon marché. Cette réalité est pour beaucoup un acquis ou même un droit immuable dont on imagine difficilement qu’il puisse un jour disparaître. Le Pic du pétrole engendrant des conséquences allant à l’encontre de notre expérience quotidienne, la première réaction face au Pic sera donc de refuser de croire qu’un Pic puisse se produire ‘maintenant’. Ensuite suivront les revendications pour s’opposer à toute évolution et maintenir en l’état la situation qui nous est familière. Pendant ce temps-là, il est probable que peu de réelles solutions soient proposées ou acceptées volontairement, alors que l’épuisement des ressources et ses conséquences ne feront que s’aggraver. Un exemple de fausse solution sont les biocarburants à base de maïs, de betterave, et de colza. Actuellement, les transports n’ont pas d’alternative réaliste aux carburants liquides; c’est en partie pourquoi on développe ces biocarburants. Cependant, ils aggraveront les problèmes :

- les quantités seront limitées ; couvrir 10% des terres agricoles belges par du colza ne produirait que 26 litres de biodiesel par habitant et par an.

- les biocarburants entrent en compétition avec la nourriture ; leur développement vient à peine de commencer, et déjà la production mondiale de céréales est inférieure à la consommation (6 des 7 dernières années ont été déficitaires). Et si des pénuries alimentaires n’ont pas eu lieu, c’est grâce aux stocks de céréales accumulés dans les années 80 et 90. A présent que les stocks ont fondu, les prix flambent (maïs, +100% en 2006, sucre, +100% depuis 2004), et ce phénomène s’accentuera à mesure que les biocarburants seront développés et que les énergies fossiles s’épuiseront.

- Les biocarburants nécessitent énormément d’énergie fossile pour leur fabrication.

Appel à la Mobilisation Générale

Un changement radical de mode de pensée et de perception de la réalité est un préalable nécessaire à toute forme d’action constructive. Mais ce n’est pas tout. Evoluer de la paralysie à une attitude active et positive ne pourra se faire que via des efforts conséquents d’information et d’éducation. Les discussions sur les conséquences et solutions possibles devraient être permanentes et les préparatifs menés à l’échelle individuelle, familiale, communale, régionale et nationale. Le plus tôt sera le mieux, car chaque jour qui passe, ce sont 84 millions de barils de pétrole en moins dont nous disposons pour effectuer la transition. Or l’ampleur des changements et des investissements prévisibles est synonyme de décennies d’efforts, et ce d’autant plus que les conséquences du Pic du pétrole s’additionnent à celles du changement climatique.

En Conséquence, le Comité « Pic du Pétrole » des Scientifiques de l’Université de Mons-Hainaut,

A décidé

DE CRÉER ASPO Belgique (www.aspo.be), la branche belge de l’Association Pour l’Etude du Pic du Pétrole et du Gaz (ASPO), dont le but est de suivre l’évolution de la formation du Pic du pétrole et de donner une réponse aux défis posés par le Pic du pétrole.

D’ALERTER les différents niveaux de pouvoir du pays de l’urgence à se préparer à l’arrivée du Pic mondial du pétrole.

D’INCITER chaque commune du pays à former le plus rapidement possible un Comité du Pic du Pétrole pour appréhender la nature du problème et étudier les solutions afin de pouvoir donner une réponse locale à la crise qui arrive.

D’INCITER le gouvernement fédéral, les gouvernements bruxellois, wallons et flamands à former le plus rapidement possible un Comité du Pic du Pétrole pour pouvoir donner une réponse nationale et régionale à la crise qui arrive.

D'INCITER le gouvernement fédéral à porter cette problématique au niveau de l'Union Européenne.

D’INCITER chaque responsable politique, scientifique, enseignant, chef d’entreprise, citoyen, à recevoir une information complète et impartiale concernant le Pic du Pétrole et ses conséquences.

D’INCITER les médias à porter une attention soutenue et sérieuse au problème de l’épuisement des énergies fossiles.

D’INCITER les scientifiques à orienter leurs recherches dans la perspective d’un monde où les énergies fossiles sont de plus en plus rares et chères.

Le Comité « Pic du Pétrole » des Scientifiques de l’Université de Mons-Hainaut

Dr. Patrick Brocorens, Faculté des Sciences
Pr. Véronique Bruyère, Faculté des Sciences
Pr. Philippe Dubois, Faculté des Sciences
Pr. Pierre Gillis, Faculté des Sciences
Pr. Michel Hecq, Faculté des Sciences
Dr. Marc Labie, Faculté Warocqué des Sciences Economiques et de Gestion
Pr. Roberto Lazzaroni, Faculté des Sciences
Dr. Francesco Lo Bue, Faculté des Sciences
Pr. Philippe Spindel, Faculté des Sciences
Pr. Pierre Rasmont, Faculté des Sciences
Pr. Michel Wautelet, Faculté des Sciences
Pour obtenir de plus amples informations sur le Pic du pétrole, ainsi que les références à la base de cette Résolution, un rapport plus complet intitulé Pic du Pétrole et Pic du gaz (Patrick Brocorens) est disponible sur le site d’ASPO Belgique (www.aspo.be).

Contacts :
Dr. Patrick Brocorens, Patrick@averell.umh.ac.be, Tel: 065/37.38.68
Pr. Pierre Rasmont, Pierre.Rasmont@umh.ac.be, Tel : 065/37.34.37
Pr. Michel Wautelet, Michel.Wautelet@umh.ac.be, Tel : 065/37.33.25