Centre d'écologie appliquée du Hainaut

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mardi 12 août 2014

Bulletin N° 78 - Juin 2014

QUELQUES OBSERVATIONS PRINTANIÈRES

- Bernadette Lamblin -

Geopora sumneriana

Geopora sumneriana est un champignon printanier qui pousse en groupe sous le cèdre et l’if d’où son nom de Pézize des cèdres ou Géopore des cèdres. Cette espèce mycorhizienne est peu commune, toxique voire mortelle consommée crue.

L’apothécie d’abord sphérique, semi-hypogée ou à peine affleurante se déchire pour s’ouvrir en couronne ayant un aspect étoilé mesurant de 2 à 8 cm et laissant apparaitre l’hyménium gris-clair à café au lait, brunissant de plus en plus à la maturité du sporophore.

La chair est peu épaisse et cassante. La partie externe brun-foncé est garnie de poils. On les appelle parfois « les oreilles de la Terre » ou encore « les bouches de la Terre ». Il faut prendre le temps de les admirer avant que la chaleur et la sècheresse ne les fassent disparaître.


Lycogala epidendrum

Lycogala epidendrum est un myxomycète appelé aussi « Lait de loup ». Les mycomycètes sont dépourvus de mycélium, de basides ou d’asques La fructification de Lycogala epidendrum peut être observée sur le bois mort humide de feuillus ou de résineux, sur les souches, les troncs abattus... Il est assez courant de juin à novembre.

Ce sont des « amibes » unicellulaires qui se déplacent sous forme de petits plasmodes rouges. Lorsque les conditions changent, elles s’agrègent par le biais de signaux chimiques pour former des fructifications de 3 à 15 mm de diamètre, elles se nourrissent par phagocytose de bactéries, de levures et de spores. Elles peuvent être de forme ronde ou un peu comprimé avec une texture rugueuse ou verruqueuse.

Ces fructifications ressemblent à de petits coussinets, rose à brun, les sporanges se développent le plus souvent en groupes serrés de plusieurs individus et excrètent une pâte rose si la paroi extérieure est rompue avant que la fructification ne soit mûre. Le « lait de loup » suinte parfois spontanément. A maturité, la « coque » dure devient brune avant la libération des spores.

Ce myxomycète est difficile à classer parmi les êtres vivants, sa première phase rampante amiboïde évolue vers une fructification qui libère des spores extrêmement résistantes et durables.

C’est certainement le "myxo" le plus commun, à rechercher après de bonnes pluies, difficile de ne pas le voir dans sa forme immature, les petites boules molles, roses, tranchant nettement sur son support. A maturité, il devient gris brun et il est plus difficile de l'apercevoir.

Illustrations dans le bulletin N° 78 du CEAH

Bulletin N° 78 - Juin 2014

NOTIONS DE GÉOLOGIE ET DE GÉOMORPHOLOGIE DU SUD DE L'ENTRE SAMBRE-ET-MEUSE VUES PAR UN NATURALISTE D'IL Y A QUELQUES SIÈCLES
Avant-propos
Robert Octave Fourneau a retrouvé un texte d'un Naturaliste du XVIIIème siècle J. LECOMTE qui avait parcouru et observé les différentes parties du sud de l'ENTRE-SAMBRE-ET-MEUSE ; les extraits de ces propos font suite à un texte très détaillé sur les ardoisières, principalement sur celles situées en France actuellement. Il est curieux de constater que de très bonnes observations y étaient déjà faites même si elles sont rapportées confusément et que des termes d'autrefois ont évolué comme dans d'autres domaines de la langue française. Peut-être est-ce de cette époque qu'est née la confusion de l'appellation marbre pour tout calcaire poli dans le domaine commercial?

J. LECOMTE
"J'aborde maintenant le Pays du Marbre et je vous ai déjà fait observer que les pays de même nature avaient toujours quelques différences qui les caractérisaient et les rendaient dissemblables les uns des autres; celui-ci est peut-être plus PROPRE qu'aucun autre à donner cette idée.
Outre les grandes variétés qu'il y a entre bancs de marbre et les qualités très variées de ce marbre même, on voit de temps en temps des masses ou bancs de sorte de CHYTE (se prononce kite, comme dans trachyte, roche feuilletée volcanique) formés en feuillets très minces et très serrés les uns contre les autres et posés sur le marbre. Il semble que ces deux pays qui se touchent, le Pays aux ardoises au sud et celui à marbre, aient voulu conserver de l'alliance entre eux quoique ce chyte, à la vérité ne ressemble nullement aux ardoises, ni à aucune partie des roches ardoisées. Il ne s'y trouve pas de ce chyte singulier, le pays est plat et le chyte ne se trouve pas que dans les parties montagneuses telles qu'aux environs de Chimay, Philippeville et de Mariembourg. Dans tout ce pays comme dans tous les autres fournis de marbre, d'ardoise ou d'autres pierres, les bancs se succèdent les uns aux autres, changent souvent de direction, de situation et de qualité. Tout ce qu'on peut dire encore, est que tout ce qui est calcaire affecte la ligne horizontale tandis que les chytes ou ardoises affectent la ligne oblique ou perpendiculaire. Voilà les généralités de ce pays à marbre.
Le caractère général de ce marbre est d'être d'un fond gris bleu taché de blanc. Les qualités dont nous parlerons dans la suite, n'en sont que des variétés. Dans la région de Chimay on observera que dans les bancs brutes (sic à l'époque) et que l'on peut regarder comme de la pierre ordinaire sous lesquels se trouvent placés les bons bancs de marbre, on trouve de toutes les espèces de coquillages anciens, quoiqu'ils soient clairement semés. Plus les bancs sont élevés, moins ils sont bons, c'est à dire de marbre. Il est vrai que l'on doit distinguer les élévations qui résultent de la détérioration ou du dérangement des terres qui environnent les bancs. Ceux-ci souvent de bonne qualité, tel est le groupe de marbre sur lequel est posé le château de Chimay; il est vrai que cette élévation ne dépasse pas la hauteur de terrein (sic à l'époque) qui est vis à vis au nord; peut-être qu'il en a fait partie autrefois; la petite rivière ou le ruisseau qui y passe, a peut-être creusé ce fond (= Eau Blanche).

Suite de l'article dans le bulletin N° 78 du CEAH

Bulletin N° 77 - Mars 2014

L’HISTOIRE NATURELLE À L’ECOLE CENTRALE DE MONS (1798-1802)

- Michel Wautelet, Université de Mons -

Introduction

Les sciences, dont l’histoire naturelle, n’ont pas toujours fait partie des programmes d’enseignement secondaire. Dans nos pays, avant la Révolution française, l’accent est mis sur les auteurs latins. Ce n’est qu’à la fin du XVIIIe siècle que, sur l’initiative de savants français, une révolution dans l’enseignement apparaît, plaçant les sciences à une place importante. Cet article présente les débuts de l’enseignement de l’histoire naturelle dans le département de Jemappes, dont est issue notre actuelle province de Hainaut.

Contexte historique

Avant la Révolution française, l’enseignement n’a pas la place qu’on lui connaît aujourd’hui. Sous l’Ancien Régime, avant l’époque autrichienne, l’école n’intéresse guère l’Etat, qui s’en remet aux initiatives locales, privées et au clergé. Des prêtres et religieux dirigent de nombreux collèges. Les grands ordres religieux (Jésuites, Augustins, Oratoriens, Frères Mineurs) organisent les humanités, centrées avant tout sur l’étude des auteurs latins. C’est d’eux que provient la structure en six années des humanités et la tradition d’études gréco-latines.

Au XVIIIe siècle, sous le régime autrichien, l’Etat commence à s’intéresser à l’enseignement dans le but de développer l’absolutisme centralisateur et d’affirmer la prééminence du pouvoir civil. En 1773, le gouvernement des Habsbourg supprime la Compagnie de Jésus. Mais il conserve d’autres établissements religieux, qui entretiennent la tradition des études gréco-latines. En 1777, le Plan provisionnel de l’impératrice Marie-Thérèse est mis en œuvre par Desroches. Il crée une nouvelle forme d’études, penchant dans un sens plus moderne, qui réserve une part à la langue maternelle, aux mathématiques, à l’histoire, à la géographie, aux langues étrangères. Il n’est pas encore question de sciences. Sur le territoire de la Belgique actuelle, on remplace les établissements jésuites par 15 collèges directement gérés par l’Etat. Il y a sept collèges thérésiens (du nom de l’impératrice Marie-Thérèse) avec pensionnat, conçus sur le modèle de celui de Vienne : un à Bruxelles, quatre en Flandre et deux en Wallonie (Namur et Luxembourg). S’y ajoutent huit petits collèges royaux, dont aucun dans l’actuel Hainaut (qui est donc dépourvu de tout enseignement secondaire).

Le Hainaut et le Tournaisis sont annexés à la France en 1795 et deviennent le département de Jemappes. En janvier 1797, la loi du 3 brumaire an IV (25 octobre 1795) est mise en application dans nos régions. Elle se base sur un rapport de Lakanal présenté le 26 frimaire de l’an III (16 décembre 1794). Elle prévoit la création d’écoles primaires municipales, dont la religion est bannie, et qui échouent complètement. Elle impose aussi la création d’écoles secondaires, appelées écoles centrales, entièrement sécularisées, établies dans les chefs-lieux départementaux. Sur le territoire de la Belgique actuelle, il y en a sept, situées à Anvers, Bruges, Bruxelles, Gand, Liège, Mons et Namur. Le système introduit et impose dans l’enseignement secondaire des enseignements jusqu’alors méconnus : dessin, sciences naturelles (physique, chimie, botanique), langue maternelle, etc.

A Mons, l’Ecole centrale du département de Jemappes est fondée en 1797 et inaugurée en 1798. Elle ne fonctionne que pendant cinq ans. La loi du 11 floréal an X (1 mai 1802) supprime les écoles centrales. Celle de Mons fonctionne jusqu’au 22 décembre 1802. Bonaparte les remplace par des lycées de niveau secondaire supérieur, qui en reviennent largement au modèle du collège de l’Ancien Régime.

Suite de l'article dans le bulletin N° 77 du CEAH