Cupidosphère ou Coprosphère ?

Nous y voilà ! Nous y sommes parvenus : tout le système de la planète est en voie de désintégration. Adieu Vladimir I.Vernadsky (Biosfera, Leningrad, 1926) pour qui la noosphère représentait une biosphère physiquement transformée et améliorée grâce à l’intelligence humaine. Adieu Pierre Teilhard de Chardin (Le Phénomène humain) qui voyait en la noosphère une évolution et un cheminement vers la spiritualité (Vernadsky et Teilhard de Chardin s’étaient d’ailleurs rencontrés, à l’époque, à la Sorbonne). Aujourd’hui la dégradation de la biosphère est quasi-totale et l’humanité prépare l’apocalypse pour ses descendants. Qu’il s’agisse, selon Paul Duvigneaud (1974) de cupidosphère, résultant des pillages exercés par la société sur les ressources naturelles ; qu’on envisage la technosphère, fruit d’une action humaine de plus en plus envahissante au mépris total du milieu ; que l’on parle de coprosphère aboutissement d’une société de consommation rejetant d’énormes quantités de déchets non recyclés qui transforment la planète en cloaque ; qu’enfin on considère la kinosphère résultat de la mobilité, de l’agitation, des concentrations humaines, de la surexploitation et de la surproduction. C’est ainsi que s’amoncellent des stocks de plusieurs millions de voitures bien trop énergétivores par suite de la mauvaise volonté de constructeurs que les stratèges de l’économie vont renflouer à coup de milliards de dollars, déterminant ainsi un affairisme qui constitue l’une des causes des déséquilibres économiques, financiers, sociaux et politiques d’une société encombrée, endettée et agitée, et totalement dépourvue de mécanismes régulateurs.

La croissance évaluée en fonction du produit national brut (PNB) est un non-sens : il mesure la production utile et inutile, le gaspillage, les profits exclusivement financiers décidés par les actionnaires, les activités et produits criminels (déforestation, politique agricole occidentale basée sur l’emploi massif d’engrais et de pesticides, sur les subsides nationaux et, last but no least, le complexe militaro-industriel). Selon Sicco Mansholt le PNB doit être remplacé par le produit national utile (PNU). A titre d’exemple, la politique agricole des Occidentaux ne permet plus le suivi des agriculteurs du Tiers-Monde. C’est ainsi que, entre 2001 et 2007, 125.000 paysans indiens se sont suicidés tant la libéralisation de l’agriculture les a appauvris (communication du secrétaire général philippin de l’Asian Peasant Coalition à l’OMC en 2007 – Jean Ziegler, La Haine de l’Occident, pp. 111 – 112, 2008).

Bravo, Monsieur Paul Magnette, ministre du climat et de l’énergie. Lors de l’émission de la RTBF de mercredi matin 26 novembre relative aux problèmes de l’énergie, vous avez eu le courage de révéler ce que les médias nous cachent depuis des années, à savoir que l’énergie nucléaire produisait du CO2 (50 % par rapport à une centrale classique au charbon ou au gaz). Cette vérité, dénoncée par plusieurs scientifiques depuis une dizaine d’années, prend en compte le cycle complet de l’uranium, c’est-à-dire la préparation du combustible, la construction des centrales, le démantèlement et l’enfouissement des déchets nucléaires. Le lendemain Le Soir (« Les émissions cachées du nucléaire ») et La Libre Belgique (« L’observatoire de l’énergie en piste »), développaient le même thème, déclarant que la production de CO2 pouvait atteindre les 2/3 des émissions des centrales gaz-vapeur ultra performantes. Grâce à Paul Magnette la désinformation entretenue par le lobby nucléaire est enfin balayée. Un lobby devenu extrêmement actif ces dernières années avec, notamment, le groupe Areva qui exploite d’énormes concessions mises à sa disposition par le Niger au détriment des Touareg (voir en Revue de Presse « L’Algérie – Déchets radioactifs de la mine d’Arlit ») qui se voient privés d’une bonne partie de leurs pâturages. Areva entretient la même stratégie au Canada, au détriment des Inuits qui, eux, se voient privés de leur toundra. D’énormes quantités de déchets nucléaires sont abandonnées aux environs des installations minières et les travailleurs, sans protection et à peine rémunérés, sont soumis à la radioactivité non seulement du radon mais encore du radium et du polonium.

Actuellement la demande d’uranium est supérieure à l’offre. C’est ainsi que, pour l’année 2007, la consommation a été de 69.000 tonnes d’uranium destinées à alimenter les +/- 450 réacteurs de la planète alors que la production annuelle d’uranium ne s’élève qu’à 41.400 tonnes. Les réserves mondiales en uranium ne suffiront à couvrir la consommation actuelle que pendant quelques décades. L’exploitation de gisements de plus en plus pauvres en uranium ne feront qu’accentuer les émissions de CO2 par l’usage de ce type d’énergie.

Chers lecteurs, vous lirez dans ce numéro un article consacré à L’extinction de la mégafaune à la fin du quaternaire ; deux notes, l’une A propos de l’iode 131 et l’autre sur la Première découverte d’Amanita inopinata en Belgique ; un excellent article du Dr Lucien Giacomoni, que nous remercions vivement, Les Noces Barbares du Champignon et de l’Orchidée, paru dans la revue de l’AEMBA (Association Entrevalaise de Mycologie et de Botanique Appliquée, Bulletin n° 49 de juillet 2008).

Nous avons cru utile de publier une liste des différents articles parus depuis 2002 dans les bulletins du C.E.A.H.. elle témoigne de l’intérêt que nous portons aux multiples aspects de la nature, de l’écologie et de la défense de l’environnement.

Quant à la Revue de Presse, elle rend compte, cette fois encore, de la multiplicité des problèmes environnementaux, avec un accent tout particulier sur les questions liées au nucléaire, aux énergies et au réchauffement climatique.

Tous nos remerciements à Bernadette Lamblin et Anne-Marie Wantiez pour avoir organisé le grand nombre d’activités et les expositions mycologiques programmées par le CEAH et à Jean et Francine Lhoëst, à Mario Lemaire, à Pierrick Bernard et à J. Degreef, pour y avoir participé activement. Nous remercions également Monsieur Degreef pour la très intéressante visite du Jardin Botanique National de Meise, dont les serres tropicales ont été récemment rénovées. Toute notre gratitude à Michel et Andrée Alsteen qui, chaque année, mettent à notre disposition leur camping d’Epinois pour l’organisation de diverses activités nature et l’exposition mycologique qui ont connu un très vif succès auprès des écoles de la région de Binche. Un grand merci aussi à Jocelyne Thomas pour son aide précieuse dans la mise en page et le toilettage des articles du bulletin.

A tous nous souhaitons une bonne lecture et une très heureuse année.

Pierre Piérart