Chers Lecteurs,

Les quatre premiers articles que nous vous proposons constituent un ensemble que l’on pourrait intituler : économie, écologie et morale et, plus explicitement, on pourrait dire : économie solidaire et durable, écologie fondamentale et tendant vers un équilibre du type climax et une morale écologique déjà préconisée par Paul Duvignaud, dans de nombreuses publications.

Le discours de François HOUTART présenté à l’Assemblée Générale des Nations Unies à New York en octobre 2008 est un constat réaliste et apocalyptique de la situation planétaire. Il y souligne la pauvreté de 850 millions d’êtres humains causée par une logique qui s’est installée au cours des deux derniers siècles. La crise financière, économique, écologique et sociale n’est pas nouvelle mais elle a atteint des proportions gigantesques sans que personne n’ait pu prévoir son intensité ni son apparition soudaine. L’accroissement de l’utilisation des matières premières, principalement dans le domaine des énergies fossiles, est d’une telle ampleur que les océans ne parviennent plus à absorber les excédents de CO2. Pour François Houtart, professeur émerite de l’UCL et fondateur de Alternatives Sud, il est impératif que les Etats récupèrent la souveraineté sur les ressources naturelles et leur non-appropriation privée et qu’ils viennent au secours des paysanneries aux abois, littéralement exterminées par les monocultures industrielles et la politique agricole de l’Union Européenne et des Etats-Unis. La mobilisation des paysans, des peuples indigènes et de nombreuses autres classes sociales est indispensable et François Houtart réclame de la part de l’Organisation des Nations Unies un espace leur permettant de vivre, de s’exprimer et de s’épanouir.

Paul LANNOYE, député européen honoraire et administrateur du Grappe, pose un problème fondamental dans son article « Faut-il relocaliser l’économie ? », la relocalisation constituant le seul moyen de rééquilibrer les paramètres écologiques et économiques des sociétés humaines. Les défis sont sans précédent en ce qui concerne la folie des multinationales qui délocalisent pour satisfaire les exigences des actionnaires réclamant des croissances à deux chiffres. Paul Lannoye donne plusieurs exemples inadmissibles concernant les marchés de la viande, du textile et des équipements électroniques amortis en 2 ans avec, comme conséquence, des rejets pharaoniques de déchets. Paul Lannoye réclame une relocalisation de nombreux secteurs économiques qui devraient permettre un protectionnisme écologique, social et financier. Dans son édition du 24 mars le fort bien-pensant Le Figaro présente lui aussi un argument en faveur de la relocalisation, remarquant que « les Etats-Unis disposent d’un réseau de 8.000 banques locales indépendantes » qui financent des « petites entreprises » sur des « principes simples et transparents ». Ces banques qui ne spéculent pas ne sont pratiquement pas atteintes par la crise.

Jocelyne THOMAS, notre fidèle collaboratrice, a participé au colloque « Choisir la décroissance » organisé à l’ULB par l’AdOC -Association d’Objecteurs de Croissance- en collaboration avec ATTAC ULB et les a.s.b.l. les Amis de la Terre Belgique, Grappe et Respire. Cette réunion a connu un succès énorme. L’auditoire Paul-Emile Janson accueillait des centaines de participants de tous âges et d’horizons multiples. Jocelyne Thomas en donne un aperçu concis mais très complet. Dans sa conférence « Décroire pour décroître ? Objections et suggestion de croissance » Marie-Dominique PERROT démontre que la croissance à l’occidentale est un mythe et constitue un modèle intenable. L’exposé de Serge LATOUCHE, auteur du Pari de la Décroissance, est un plaidoyer pour devenir « des athées de la croissance et des agnostiques du progrès ». Un vrai régal pour les objecteurs de croissance quand l’orateur évoque un libéralisme « plus prompt à sauver la banque que la banquise ». Sa solution est le « cercle vertueux » des « 8 R ».

Tous ces exposés nous rappellent les avertissements faits par Paul Duvigneaud dans sa fameuse Synthèse écologique (1974), où il dénonce les pollutions en rapport avec les maladies de civilisation et, plus spécialement, la situation de deux milliards de paysans affamés, isolés dans l’immense espace rural. Il y rappelle aussi que la Noosphère prévue par Vernadsky est devenue une Technosphère de plus en plus hostile à l’homme.

Dans leur article « Les avions survivront-ils au pétrole ? » Michel WAUTELET, Damien DUVIVIER et Patrick BROCORENS, de l’UMH et du Comité « Pic du Pétrole » nous proposent plusieurs solutions pour la survie de l’aviation très énergivore en kérosène. Trois pistes sont possibles :1) la liquéfaction du charbon par le procédé Fisher-Tropsch, 2) les biocarburants de première génération, dont ils soulignent les conséquences néfastes pour l’agriculture et les biocarburants de troisième génération produits par les algues monocellulaires cultivées dans des bassins d’eau de mer saturée en CO2, dont le rendement photosyntétique peut atteindre 25 %, ce qui leur permet de fournir des quantités énormes d’huile par unité de surface jusqu’à 200 fois plus importantes que les biocarburants de première génération. La troisième solution consiste à utiliser des moteurs à hydrogène ce qui nécessitera de nombreuses centrales électriques pour permettre l’électrolyse de l’eau. D’autres solutions sont proposées comme les avions munis de piles à combustible ou même des avions solaires qui nécessiteraient des ailes énormes et des aérogares considérablement étendues. Les auteurs concluent qu’il faudra prévoir rapidement des plans de transition et des soins palliatifs destinés à accompagner le déclin prévisible du secteur aérien.

L’article de Pierre Piérart : « Nucléaire entre mythe et réalité » constitue une réponse argumentée à l’article de Messieurs Michel et Pilate publié le 9 février dans La Libre Belgique. Oui, nous avons toujours peur du nucléaire et nous disons clairement pourquoi.

Quant à la section mycologique, elle présente une « Petite revue de la littérature mycologique et considérations sur la mycologie ».

La revue de presse est axée sur les problèmes évoqués ci-dessus -notamment le nucléaire et l’économie- et sur l’inquiétude que l’un et l’autre peuvent générer. Comme de coutume, elle se fait aussi l’écho de divers thèmes liés à l’environnement.

Avec nos remerciements à tous les auteurs et aux collaboratrices et collaborateurs du CEAH, nous vous souhaitons une bonne lecture.

Pierre Piérart